vendredi 17 janvier 2020

Qu'il est doux, mon vélo !

Place Charles-Hernu, à Villeurbanne, les piétons traversent en foule compacte deux avenues pour aller du tramway vers le métro et vice-versa. Me trouvant parmi eux ce matin, j'attendais le feu rouge avec patience, puis m'engageai dès que le logo piéton passa au vert. Il s'en fallut de peu que je ne fusse heurté par un cycliste passant comme une fusée, alors que les véhicules à moteurs avaient stoppé depuis dix secondes au moins. Je l'apostrophai : “Et le feu rouge ?!”, et reçus une injure comme toute excuse, de la part d'un gentleman cycliste, la cinquantaine…


Et je m'interrogeais. Comment ces pratiquants de transports “doux” peuvent-ils être aussi violents ? Comment ces chantres de l'écologie “responsable” peuvent-ils être aussi irresponsables ? Quel égocentrisme les anime, eux qui sont prompts à dénoncer les comportements dangereux des automobilistes ? Quelle suffisance les habite, les poussant à se croire infaillibles au point de brûler ces feux tricolores, inventés à défaut de mieux pour, justement, éviter les accidents dus à l'inattention ? Car les automobilistes aussi, attentifs et parfaits, pourraient brûler les feux rouges, pourquoi pas pendant qu'on y est ?

Et je lis dans Le Monde des Livres reçu dans ma boîte aux lettres que Benoît Duteurtre, un de mes auteurs-fétiches, vient de publier un pamphlet sur ce sujet, intitulé “Les Dents de la maire”. Tout un programme pour les municipales (je me suis empressé de le commander chez ma libraire préférée).

mardi 14 janvier 2020

Âge Pivot : de quoi s'agit-il ?

L'âge pivot !
Que peut bien signifier ce terme nouveau, prodige technocratique popularisé par la réforme des retraites ?

Ouvrons un dictionnaire, Le Robert par exemple.

Pivot : Extrémité amincie d'un arbre tournant vertical. Non, ce n'est pas cela…
Pivot : Ce sur quoi repose et tourne un ensemble. Peut-être…
Pivot : Racine principale qui s'enfonce la première et s'enfonce verticalement dans le sol. Non…
Pivot : Support d'une dent artificielle. Aïe ! Surtout si on me l'arrache, mon âge pivot…
Pivot : point autour duquel une troupe exécute un changement de direction, hommes situés à ce point (militaire). Ça y ressemble…

À bien y réfléchir, l'âge pivot, ce doit être l'âge de Pivot, Bernard, qui aura 85 ans le 5 mai prochain. Voilà qui me semble plus probable et conforme : nous prendrons notre retraite à l'âge de Pivot, soit 85 ans, CQFD.

Merci de votre attention !

samedi 28 décembre 2019

La voie Mallory à l'aiguille du Midi

Extraits de notes prises au retour de l'ascension de la voie “Mallory” à l'aiguille du Midi, le 28 décembre 1992 (il y a donc exactement 27 ans, cet article étant publié le 28 décembre 2019). Nous étions deux cordées conduites par des guides de la Compagnie de Chamonix, Gilbert Pareau encordé avec Sabine, et l'auteur de ces lignes, encordé avec Marc Céreuil.

Et voilà ! Gilbert nous propose d’aller à « la Mallory » lundi. L’aura terrible et grandiose de ce versant de l’Aiguille n’est pas sans me nouer les tripes. Mais je n’ouvre pas le Vallot : on verra où c’est sur place.

Première benne de l’Aiguille, 7h45. Peu de monde. Brouillard de fond de vallée, froid vif. Marc sera mon guide, car Gilbert ne peut prendre qu’une seule personne sur sa corde. L’approche est tracée, nous ne traînons pas. Un heure jusqu’au pied du couloir. À 9h50, ce lundi, le sort en est jeté : nous voici partis dans cette abrupte face !

Après 150 m de couloir, on tourne à droite pour rallier le fil d’un éperon par une rampe neigeuse. On en suit le fil, puis on passe à gauche. Et c’est la rampe médiane, une gigantesque paroi inclinée à 45/50°, que l’on gravit en écharpe ascendante vers la gauche. « C’est là qu’on est content de n’avoir qu’une seule personne sur sa corde », remarque Gilbert. Le rythme est rude : peu à peu, Gilbert et Sabine nous distancent. Vers midi, nous effectuons un bref arrêt au pied d’un court passage mixte. J’engloutis un deuxième Isostar. Il fait froid, mais moins qu’au “Fil à plomb”, moins 10° environ.

Je sens la fatigue poindre. Arrêt casse-croûte. Maintenant, nous sommes pile sous les câbles ! Les bennes passent au-dessus de nos têtes. Tout à l’heure, une main s’est glissée par la fenêtre pour nous adresser un signe. J’ai répondu d’un geste de la main gauche. Sabine entendra une remarque savoureuse, dans la benne lors de la descente : « Jamais je n’aurais cru qu’on passait par là ! Je croyais qu’il s’agissait de traces d’animaux… » Le fait est qu’on n’a aucune notion d’échelle, dans le téléphérique : on ne se rend pas compte que la face mesure 1200 mètres de haut. De là à confondre les traces d’humains avec des pattes de choucas…

Maintenant, la montée est rectiligne. À gauche, tout proche, l’énorme sérac menaçant… Un sacré morceau ! Je m’arrête souvent… Sabine et Gilbert ont disparu entre deux vagues de glace bleue. Que cette dernière montée me semblera longue ! Enfin, nous traversons à notre tour. Cette progression horizontale paraît reposante, même si le « gaz », à gauche, ne manque pas de sévérité. Enfin, nous remontons jusqu’à l’arête. « C’est ce qui s’appelle “couler une bielle” », observe Marc tandis que je me laisse doubler par une autre cordée. Là-haut, Sabine apparaît. Elle me regarde arriver. Que les derniers mètres sont durs ! Enfin, nous arrivons, avec une heure de retard sur Sabine et Gilbert.

Ci-dessus : un tracé de l'itinéraire sur le site Camp-to-Camp

Horaire de l'ascension :
Départ de la station de téléphérique du Plan de l'Aiguille (2317 m) à 8h20
Rimaye du premier couloir à 9h20
Équipement une cinquantaine de mètres au-dessus à 9h40-50
Arrivée au sommet (3800 m) à 13h30 (cordée 1) et 14h35 (cordée 2)
Montée : 5h10 et 6h15, dont une heure d'approche


Croquis que j'avais dessiné au retour de l'ascension

La “voie Mallory” à la face nord de l'aiguille du Midi a été ouverte le 5 août 1919 (il y a donc un peu plus d'un siècle) par les alpinistes britanniques H.E.L. Porter et George Herbert Leigh Mallory. Né en 1886, ce dernier disparut le 8 juin 1924 sur l'arête sommitale de l'Everest (son corps sera retrouvé par une expédition américaine, 75 ans après sa disparition, en 1999). L'itinéraire gravi le plus souvent est en réalité une “rectification” inaugurée par l'Espagnol J.L. Urquizar le 25 juillet 1971, qui suit la rampe de neige et de glace située sous une arête rocheuse derrière laquelle étaient passés Mallory et Porter.

On peut voir un film de l'ascension de la voie datant de 2003 sur TV Mountain. Deux alpinistes, non encordés et donc en solo, qui grimpent très vite…