samedi 18 avril 2020

Coronavirus, un mois plus tard

Lundi 13 avril au soir, Emmanuel Macron annonçait dans une allocution que le confinement pourrait prendre fin le 11 mai, selon des modalités à préciser. En ce samedi 18 avril, le premier mois de confinement est désormais dépassé. Nous serions donc, à peu de chose près, à mi-parcours. L'occasion d'un nouvel article de blog, histoire de faire le point… sans illusion aucune quant à sa pertinence. Ressenti, donc.

Le site web du Monde propose une page de suivi de la pandémie à cette adresse ; elle est mise à jour quotidiennement. Deux extraits, pour situer le contexte (et le “sauvegarder”) :



En France, tout d'abord : Les cas confirmés ont dépassé les 100000 personnes, tandis que les décès approchent des 20000. Les hospitalisations et les admissions en réanimation diminuent très légèrement. Nous n'en avons pas fini ! (une page gouvernementale est également disponible pour les statistiques).




La comparaison du nombre de décès entre pays présente un biais, car elle ne tient pas compte de leur taille respective. Des enseignements cependant : si l'auteur de ce blog déteste qu'on lui brandisse sans cesse l'exemple Allemand, force est de constater que, cette fois, c'est justifié. Comment les Allemands ont-ils fait pour enregistrer 4 fois moins de morts que la France – du moins à ce jour ? La France, dont le rythme des décès commence à ressembler à ceux de l'Espagne et de l'Italie, deux pays que nous avions tendance à considérer comme “déficients”, du haut de notre superbe cocardière…

Voilà pour les chiffres.

Côté ressenti ? Un cocktail : un tiers d'optimisme, un tiers d'angoisse, un tiers de colère…

Optimisme ?
Macron n'a pas osé la formule : “Je vois le bout du tunnel !” Il y a de ça, cependant… Ceux qui me connaissent savent que j'ai un côté “légitimiste”. Mon premier réflexe n'est pas de cracher un chapelet d'injures à la figure (sur écran, hein !) de notre président. Je lui suis plutôt reconnaissant d'avoir assumé son rôle, et de nous donner une lueur d'espoir. Il demeure loin d'être irréprochable, certes, mais ce qui est fait est fait. Il reste donc à espérer que le déconfinement (néologisme qui figurera dans les dictionnaires à partir de 2021) se passera bien…

J'entends, ici ou là, des philosophes qui appuient là où ça fait mal : notre société serait désormais incapable d'accepter la mort, et exigerait de ses gouvernants une totale protection. On doit aussi considérer cette analyse, elle a sa pertinence : il suffit de comparer les différentes épidémies pour en prendre conscience. Ce que je déteste, en revanche, c'est l'emploi de comparatifs statistiques pour l'illustrer, dans le genre “20000 morts ? C'est rien à côté de [complétez ici selon vos marottes]”. “Comparaison n'est pas raison”, serais-je tenté de leur souffler, à nos philosophes.

Angoisse ?
La peur demeure, tapie au fond de ma petite tête ! Et si une seconde vague nous frappait, cet été, après un déconfinement façon “volée de moineaux” ? Aurons-nous, à ce moment-là, les moyens de financer un “reconfinement” (néologisme à venir), après le premier, qui nous aura coûté collectivement plusieurs centaines de milliards d'euros ?
Et si, pour régler le problème, j'étais – oui, moi, le gars qui tape laborieusement sur son clavier – fauché par la vague (ça se dit, ça ?) du covid ? Les fantasmes pullulent, dans ces circonstances…

Colère ?
Elle domine sur le plan des aides d'État. À ce jour, le travailleur indépendant que je suis n'est éligible à aucune aide, pour des raisons de pourcentages et de cases à cocher. Seule faveur ? Les cotisations sociales de fin mars et début avril ont été “reportées” (il me faudra les payer d'ici la fin de l'année). Le “trou d'air” de mars-avril devra donc être rattrapé d'ici décembre. Au boulot, faignant !

Quant aux prêts bancaires, soit leur montant était “trop faible” (sic) pour ma banque, peu encline à constituer un dossier pour quelques milliers d'euros, soit, quand j'ai sollicité d'autres banques, il était hors de question pour elles de prendre un nouveau client professionnel ces temps-ci. En un sens, je le savais, quand je suis devenu travailleur indépendant : je devais savoir me débrouiller par moi-même. Nous y sommes.

D'ailleurs, le darwinisme économique est la règle : par exemple, une grande chaîne de librairies payant déjà à 60 jours fin de mois n'a pas honoré son échéance du 31 mars ; j'ai donc l'honneur et l'avantage de lui faire crédit. Dans mes moments de colère intérieure, je me disais ceci : “C'est comme dans les EHPAD, la collectivité n'ose le formuler, mais ça ne la dérange guère qu'on se débarrasse des plus faibles, un fardeau de moins. Même chose pour les TPE qui ne sont pas des “gagneuses”. Ça fera le ménage ! C'est vrai, quoi, ils nous coûtent un pognon de dingues, tous ceux-là…”
Mais ce n'est que de la colère ! Et vous le savez comme moi : elle est mauvaise conseillère. Car, objectivement et comme disaient mes parents quand j'étais gosse : “Tu n'es pas à plaindre, allons !” Ils exagèrent, mais il y a de ça : il est des situations ô combien pires, je le sais…
Aussi vais-je arrêter là mes jérémiades.
Prenez soin de vous !

mardi 14 avril 2020

Le monde d'après

Mais qu'est-ce qui nous passe par la tête quand on dort ? Voilà de quoi j'ai rêvé la nuit dernière, juste après l'allocution de notre président Macron, le 13 avril. J'y peux rien, c'est mon inconscient. Je le restitue à la virgule près, mon gars !

J'entrais dans mon bistroquet préféré, m'avançais jusqu'au comptoir et commandais un double whisky. Et là, surprise ! je n'en croyais pas mes yeux : juste à côté, Yannick Jadot, en personne, était en train de siroter une chartreuse verte. Je n'ai pas pu m'empêcher de me rapprocher…
– Euh, bonjour, vous ne seriez pas Yannick Jadot ?
– T'as mis dans l'mille, mon gars, Jadot, himself-en-personne, pour vous servir. À propos de servir, barman, tu m'en sers une autre, de chartreuse ? Faut pas s'laisser abattre.
Je brûlais de savoir…
– M'sieur Jadot…
– Just call me Yann, my friend ! J'suis au parlement Teuropéen, moi.
– Yannick, que proposes-tu pour le monde d'après ?
– Le monde d'après ? Alors là, mon gars, tu vas rire… ou pleurer, j'sais pas trop. Parce que ta vague épidémique, le covid millésimé 19, c'est qu'une vaguelette, faut pas rêver, bonhomme ! Quand on sera défonquiné, déconfis, enfin quand on en aura fini avec la vaguelette, c'est un tsunami que tu prendras dans ta gueule, moi, j'te l'dis. Le réchauffement climatique, il va te chauffer les fesses, ha, ha ! Tu vas la sentir, ta douleur, mon zigue…
– Mais vous avez des solutions, j'en suis sûr… ai-je hasardé, timide.
– Ben tiens ! Déjà, tu vires végane, et d'une. Pâques au violon, compost au balcon. Et une poule en prime pour les œufs (de Pâques, ha, ha !) Et après la récession, là, les 10% en moins sur le péhibé, tu vas voir la décroissance que tu vas encaisser, tu le regretteras, ton covid-bidule.
– Ce n'est guère rassurant…
– S'agit pas d'te rassurer, moi, j'suis un lanceur d'alerte, alors j'alerte. Pense aussi à tous les réfugiés climatiques, couteau entre les dents, mieux, machette entre les dents, y vont déferler par millions, t'as pas fini de trembler…
J'en avais assez entendu. Il me fallait une pause. Tandis que Yannick commandait sa troisième chartreuse verte, j'ai jeté un œil sur la salle. J'avais envie de m'asseoir. Nouvelle surprise ! Pas possible, ils s'étaient donné le mot : voilà que François Fillon me faisait signe de venir m'asseoir à sa table.
– Tu bois quoi, mon gars ?
Décidément ! Mais qu'avaient-ils donc à m'appeler "leur gars", tous ?
– Ben… un autre whisky.
– Un penderyn du pays de Galles ? Penelope m'en rapporte toujours. Garçon, un penderyn !
– Merci, m'sieur Fillon.
– Appelle-moi Fanfoua…
– Fanfoua. Quel est votre programme pour le monde d'après ?
– Le monde d'apouet ? Le paradis libéral, bonhomme. Parce que c'est pas tout d'avoir glandé en confinement, les mecs, maintenant, va falloir bosser ET raquer. Au pelote les 35 heures, ça fait 20 ans qu'on en rêve ! Liberté des horaires, 24 heures maximum par jour – faut pas pousser, on est pas des monstres. La semaine des 70 heures, ça permettra de rattraper le retard. Retraite à 90 ans, on transforme les EHPAD en ateliers de fabrication de masques. Quant aux fonctionnaires, j't'en fous un million au rebut, poubelle le vie ! Faut dégraisser les mammouths, mon gars. Tu vois c'que j'veux dire ?
– Oui, à peu près, ce n'est guère rassurant…
– J'suis pas là pour te rassurer. Tina, Tiiiinaaaa ! commença-t-il à hurler.
Je jetai des œillades gênées dans le bar, cherchant la serveuse surnommée Tina.
– Zère, mon gars…
– Zére ?
– Zérize…
– Cerise ?
– Non, zèrize, écoute quand je te parle angliche, zère ize no alternative.
– Je comprends pas…
– Mais bougre d'âne, Margaret, tas de chair, tu te souviens ? Il n'y a pas d'autre solution. Faut bosser, blitzkrieg droit du travail, austérité, TVA à 33% pour toutes et tous, égalité absolue, rhume plus remboursés, finis les éternuements gratuits, raouste…
Je l'ai laissé marmonner, m'éclipsant discrètement. Décidément, le monde d'après, il était mal barré.
Et j'ai entendu un appel résonner :
– Jean-Luc !
Qui connaissait mon prénom ?
– Le Jean-Luc parle aux Jean-Luc !
Mélenchon ! Cette fois, c'était une réunion plénière. Le bras levé, il me faisait signe de le rejoindre, à l'autre bout de la salle. Mon verre de penderyn en main, je me suis approché, flatté d'entendre mon prénom.
– Alors, mon Jean-Luc, tu veux peut-être prendre connaissance de mon programme pour le monde d'après, l'après-Macron, l'après-tout, l'après-midi, ha, ha ! Mais c'est quoi, ce whisky ?
– Un penderyn.
– Ça vaut rien. Patron, une vodka pour mon Jean-Luc !
– Une vodka ?
– Ouais, ça te remettra les idées en place. J'suis sûr que tu me crois nostalgique de l'ursse, à tous les coups.
– Non, non, pas l'ursse. Insoumis, juste insoumis.
– Ah ben voilà ! Alors, le monde d'après, tu sais quoi, mon Jean-Luc ?
– Non.
– La septième République !
– Ce serait pas plutôt la sixième ?
– Foutue, la sixième, dépassée, moi j'ai déjà passé la septième.
– Ah bon ?
– Eh oui, commissaire ! Une assemblée constituante va être reconstituée, on va tout tirer au sort, les constituants, les constituantes, les fauteuils, la couleur des rideaux, les huissiers, les huissières, l'adresse, les masques – ben ouais, faut rester prudents.
– Et elle fera quoi, cette assemblée ?
– Elle tirera au sort les articles de la nouvelle constitution ! Comme le Loto, mon Jean-Luc, des boules qui tournent, on arrête le bouzin et hop ! Article 49, alinéa 3, tous les bars serviront de la vodka aux Jean-Luc en goguette ! Article 14, alinéa premier : Mélenchon est président à vie, dans l'ordre, placé, sans handicap. Article 28…
La vodka arrivait. Je trinquai avec mon Jean-Luc (l'autre), qui m'adressa un clin d'œil complice tout en énumérant ses articles.
Il était temps de sortir du bar, j'en pouvais plus, je voulais retourner dans mon monde d'avant, moi, rendez-moi mon nouveau monde en marche… quand j'ai été interpellé une nouvelle fois.
– Citoyen ! Approche…
Une silhouette dans l'ombre, au fond à droite, juste à côté de la porte des toilettes.
– N'aie pas peur, approche…
Je m'exécutai.
– Assieds-toi, mon gars.
– Ça va pas recommencer !
– Si, mon gars, si. Tu m'as reconnu ?
– Euh…
– Génération point Hesse, ça te dit rien ?
– Point hesse ?
– Benoit Hamon, merde, monsieur six-pour-cent.
– Excusez-moi, je vous avais pas reconnu…
– C'est vrai qu'avec le confinement, j'ai une coupe plus longue que d'habitude.
On ne voyait plus ses oreilles, et de longues mèches tombaient sur ses épaules.
– J'vais t'le décrire, moi, mon monde d'après…
Décidément, c'était une manie.
Benoit vida cul sec son verre de pastis.
– Revenu universel pour tousse-point-toutes !
– Tous point toutes ?
– La parole inclusive, abominable macho.
– La ?…
– M'interrompt pas ! Versement à toutes, et à tous, sans conditions, d'un revenu universel de 5000 euros par mois.
– Wouah ! ne puis-je m'empêcher de m'exclamer.
– Ça t'épate, citoyen, hein ? La note est salée, 3000 billards.
– Des “billards”, je comprends pas ?
– Te fous pas d'moi, t'as farpaitement compris, comme disait Obélix, 3000 milliards.
– Et on les trouve où ?
– Une taxe sur les riches, des écotaxes verdissantes, une taxe sur les robots, une taxe sur les bureaux, une taxe sur les GAFA. Ah, les GAFA ! Mais y gagnent des milliards, ces pourris !
– Donc, 5000 euros par mois, d'accord. Et on fait quoi, sinon ?
– Ben tu bosses, mon gars, carte blanche, volontariat, bénévolat, citoyenneté et tout le tralala.
– Vous croyez que ça marchera ?
– Ben évidemment ! N'écoute pas la désinformation, mon gars…
– Arrêtez de m'appeler votre gars, là, j'en peux plus !
– Comme tu voudras, citoyen. Alors t'iras bosser en fonction de ta feuille de route, c'est l'adjudant du quartier, le garde-vert, le commissaire…
– Comme Mélenchon ?
– Mélen quoi ? Connais pas ! Jamais entendu parler, moi, de Mélenchon. Arrête de me couper la parole tout l'temps. Je te le dis, moi les citoyen-point-ènes, tout le monde inclus, notamment et z' y compris, on va tracer une nouvelle route pour le monde d'après ! Garçonne, une autre Pastisse !
– Mais c'est un garçon, je crois…
– Préjugés de genre, atteintes à la dignité LGBTQ+, ton compte est bon. Hashtag "Le Porc Salut", t'est foutu, hu, hu !
– Mes excuses.
– C'est pas grave, ma garce !

Et je me suis réveillé. Silence du matin. Le monde d'avant… Le monde du confinement. Quel soulagement, mes amis !


Avant et après… ou après et avant, au choix !

mercredi 8 avril 2020

Coronavirus : quelle générosité ?

Dimanche dernier, le 5 avril, j'avais publié un texte sur la pandémie du Covid-19. Tenter de faire le point par écrit m'a toujours semblé salvateur, j'en ressentais l'impérieux besoin, ne serait-ce que pour ralentir la “machine à fantasmes” qui démarre toujours au quart de tour dans ce genre de circonstances. Écrire rend… raisonnable, aux antipodes des angoisses, des peurs, des colères… J'avais promis dans ce texte de ne pas le modifier a posteriori, et je tiens parole. Suite à des échanges avec des amis et relations, j'ai ressenti le besoin de poursuivre mes réflexions ; c'est l'objet de ce nouveau texte.

Ma principale interrogation portait sur l'adjectif “généreux” que j'ai employé dans mon texte du 5 avril, dans lequel j'écrivais :
« Le choix politique d'arrêter un tiers au moins de l'activité économique, de généraliser le chômage partiel, de mettre en place toutes sortes d'aides, de “débloquer” (terme paradoxal) des centaines de millions d'euros pour faire face à la pandémie est pour le moins généreux. L'attitude contraire, le “laisser-faire” d'antan, aurait soulevé des oppositions outrées et des accusations extrêmes contre ceux qui nous gouvernent. “Généreux” ? Je sais que l'adjectif peut paraître inadapté… »
Après avoir publié le texte, la question me trottait dans la tête, comme on dit, et, confrontée aux avis de plusieurs personnes, elle a reçu des réponses contrastées !

Je reste convaincu que le choix du confinement, d'un fort ralentissement économique couplé à des aides massives, est moins “cruel” que d'adopter l'autre parti, à savoir ce qu'on appelle l'immunité de groupe. Il était adopté de fait lors des précédentes épidémies, grippe espagnole de 1918-1920, grippes de 1957 ou de 1969, et fait de très nombreuses victimes (en France, respectivement 400 000, 15-20 000, 30-35 000). Un article clair et documenté des “décodeurs” du Monde indique que cette immunité ne serait atteinte que lorsque 40 millions de Français seraient infectés, ce qui pourrait causer plusieurs centaines de milliers de morts. Le taux de “létalité” du Covid-19 est encore mal connu ; il serait estimé entre 1 et 2 %, ce qui correspondrait à 400 000 à 800 000 morts pour la seule France… (pour la comparaison avec les autres épidémies, voir cet article de Wikipédia).
On comprend que la pari que se préparaient (plus ou moins) à prendre la Grande-Bretagne, les États-Unis, les Pays-Bas ou la Suède était pour le moins risqué ! On imagine mal, de nos jours, une telle brutalité dans la gestion de l'épidémie.

Un autre élément a été déterminant, me semble-t-il : le cas de la Chine.
C'est en Chine que l'épidémie a démarré, comme on le sait. Les autorités chinoises ont décrété le confinement, et mis en place des structures hospitalières en urgence. Quand on se souvient du peu de cas que faisait un Mao des victimes de ses actes (le Grand Bond en Avant et ses dizaines de millions de victimes), reconnaissons un changement de pied indéniable – il faudrait en analyser les motivations, mais peu importe à ce stade de notre réflexion.
Dès lors, le monde occidental pouvait-il “faire moins” que la Chine ? Certainement pas. Il me semble que ce point aura été décisif, sans être la seule explication.

J'avais parlé dans mon précédent article de la forte demande de protection des populations. Elle est indéniable et porte en elle un paradoxe : si l'on observe les avis et commentaires des réseaux sociaux, la confiance envers les autorités politiques est très faible – c'est un euphémisme ! – et pourtant, les citoyens se tournent vers l'État pour qu'il les protège… Tout au plus certains relèvent-ils le faible nombre de victimes – selon eux – pour contester la nécessité du confinement, mais qu'en serait-il de leur opinion si les morts se comptaient par centaines de milliers ? Et souvenons-nous des cris d'orfraies en 2009 quand Roselyne Bachelot avait stocké vaccins et masques : “Les lobbies ! Les lobbies !” scandait-on face à ces mesures préventives jugées excessives au point que l'État renonça par la suite à ses stocks de masques.

Tout aura donc reposé sur un “pari” dans l'autre sens : prendre des mesures susceptibles de réduire le nombre de morts, d'abord sanitaires puis économiques : car se retrouver en “bonne santé” dans un pays ruiné, sans travail, sans plus de protection sociale, bref, dans la misère la plus noire, voire la “mort économique”, serait une bien triste conclusion…

On ne saura vraiment si le pari a réussi que dans plusieurs mois, une fois les données et statistiques connues : taux de létalité, nombre exact de victimes, nombre probable de victimes en hypothèse d'immunité collective, etc. Il sera alors facile de dire : “il aurait fallu”. C'est comme ces prophéties qui nous sont révélées a posteriori !

Alors, généreux, ou pas ? Je crois que je vais abandonner “généreux”. Disons… contraint, et conscient de l'intrication des intérêts économiques et sanitaires, comme la Chine, si ça se trouve, peu encline à compromettre sa capacité productive par une épidémie dévastatrice. L'économie n'est pas négligeable, il ne s'agit pas que de finances ou de profits, mais aussi de la gestion collective de nos destins. Si une convergence entre l'économique et le social nous permet de mieux nous en sortir, difficile de la refuser, c'est rare (on songe à la Libération, en 1944). Il sera temps, une fois l'orage passé – mais quand ? – de tirer les enseignements, tous les enseignements, de cette terrible crise.