mercredi 12 avril 2017

Revue de presse : Mélenchon dans Les Échos

Qui l'eût cru ? Le quotidien économique Les Échos a publié mardi 11 avril un numéro “Spécial Mélenchon”, titrant :

Mélenchon, le nouveau « risque » français


En page 2, Cécile Cornudet analyse les causes de l'ascension du candidat, concluant d'un lapidaire : “Mais il y a toujours un angle où l'hologramme apparaît pour ce qu'il est : une image.”


Page 9, l'éditorial de Dominique Seux est plus radical – pas au sens de “gauche radicale”, il ne s'agit pas d'hagiographie, on l'aura deviné !
“Il est temps, vraiment temps, que les yeux se dessillent. Jean-Luc Mélenchon défend un projet insensé que peu de gens ont apparemment lu. […] Reposant sur une double illusion économique, ce projet radical aurait le même destin que le Programme commun de 1981 : l'échec.”


Page 22, le quotidien présente le “scénario noir qui fait frémir les marchés”, en particulier au regard de ses prémices, les taux d'intérêt sur la dette française qui seraient en hausse.


Ce n'est pas tout ! En toute dernière page apparaît une caricature assez réussie du candidat-dégagiste, assortie d'un point de vue sans appel, précisant le “chemin de croix” de 200 milliards de dépenses, rappelant les sympathies de JLM pour Chavez ou Castro, soulignant les similitudes de son programme avec celui du FN, qualifiée de “frappante”, pour terminer avec l'estocade finale : “…passe des frites au quinoa, presque un papy gâteau. Il lance une webradio baptisée ‘Les Jours Heureux’. Pour qui ?”.


À croire que la rédaction des Échos soupçonne son lectorat d'envisager un vote Mélenchon. C'est dire l'ampleur de la contagion !

Mais la véritable conclusion n'est-elle pas fournie par Bruno Jeambart (OpinionWay), interviewé par Les Échos sur cette même page 22 ?

“Plus on parle du ‘candidat qui monte’, plus il monte et plus on en parle.”

samedi 1 avril 2017

Taxer les robots ?

Le débat politique a le don d'inventer des formules inappropriées, qui ferment ledit débat au lieu de l'ouvrir. Ainsi de l'expression : “taxer les robots”.
Le verbe “taxer” induit une notion de sanction, d'incitation négative, tout comme dans “taxe carbone” ou les taxes sur le tabac.

Or, de quoi s'agit-il en pratique ? De la question des cotisations sociales avant tout. Parfois appelées “charges”, autre terme ambigu, rappelons que leur assiette concerne avant tout les salaires, donc… les êtres humains. Prélever des cotisations sociales reviendrait donc bien à “taxer les emplois”, ou “taxer les hommes”. Quand on entend “taxons les robots !”, les milieux économiques poussent des cris d'orfraies : “Ah ! On va empêcher le progrès !”. Ces mêmes milieux ne semblent pas, en revanche, s'indigner d'une taxation des emplois humains – sauf bien sûr pour prôner une baisse généralisée des “charges sociales” par report des sommes correspondantes sur le budget de l'État (car, rappelons-le, les bien connues “exonérations de charges” sont compensées à l'euro par l'État dans le budget de la Sécurité sociale).

Il me semble, aussi étrange que cela apparaisse, qu'un quasi-consensus existe autour de la taxation des robots, masqué par des confusions de vocabulaires. Benoît Hamon l'indique expressément dans son programme, prévoyant une cotisation sociale des robots. Il n'est pas le seul ! Le programme de François Fillon indique en effet ceci :
Mettre en place une « TVA compétitivité » en augmentant de 2 points le taux normal. […] Cette TVA compétitivité permettra de financer la baisse des charges pesant sur les salaires pour redonner de la compétitivité à nos entreprises et donc créer des emplois.
Les entreprises verseraient donc 2 points de TVA en plus – sans garantie de report direct sur leurs clients (cela dépendra de leur situation concurrentielle). En contrepartie, l'État financerait la baisse des charges annoncée dans la seconde phrase. À quoi s'appliquent les 2 points de TVA ? À la valeur ajoutée, comme l'indique le sigle. La valeur ajoutée, c'est la différence entre les achats d'une entreprise et ses ventes, base de calcul qui comprend l'amortissement des machines et donc… les fameux robots ! Le programme de François Fillon propose clairement d'alléger les charges sur les salariés en prélevant plus de taxes (TVA) sur les machines. Rien d'autre !

Sur le fond, de quoi parle-t-on ? D'une réflexion sur la façon de financer le budget social de la nation. Faut-il le faire dans une logique assurantielle – les cotisants sont ceux dont on assure les risques de maladie, de vieillesse ou de chômage – ou dans une logique de solidarité – et dans ce cas, la totalité de la valeur produite (VA) verse une contribution. De ce fait, une entreprise qui, du jour au lendemain, licencierait tous ses salariés pour les remplacer par des automates, continuerait à cotiser sur sa valeur ajoutée, alors que dans le système actuel, elle ne verserait plus un centime de cotisations sociales.

Le débat reste difficile. Un dialogue de sourds, handicapé par l'expression “valeur ajoutée”, qui fait référence à la TVA, l'impôt-roi de notre système fiscal. Borloo, en 2007, en avait fait les frais, prônant des cotisations sociales assises sur la valeur ajoutée juste après la présidentielle, ce qui lui avait coûté son poste de ministre de l'économie et des finances.

Au bout du compte, nous sommes face à une affaire de modalités de prélèvements : plutôt que de proposer d'augmenter la TVA – dont on connaît les effets pervers sur les consommateurs – pour, ensuite, alléger les cotisations sociales, mieux vaudrait aller à la source, et modifier l'assiette des cotisations sociales en l'étendant aux amortissements, donc aux machines, donc aux robots. Pour certaines entreprises, les cotisations baisseraient, pour d'autres elles augmenteraient. Le tout serait de déterminer des taux raisonnables. Mais, dans tous les cas, le travail humain serait moins pénalisé que dans le système actuel. N'est-ce pas l'essentiel, l'humain ?

mardi 21 mars 2017

Illusions proportionnelles

Comme un serpent de mer, la question du mode de scrutin des élections législatives revient à l'occasion de la présidentielle : faut-il instituer un scrutin proportionnel ?
Il n'est pas absurde de poser la question. Encore faut-il en mesurer précisément les enjeux.

La cartographie du parlement néerlandais récemment élu au scrutin proportionnel doit nous faire réfléchir :


Observez ce fromage à 13 parts…
Tous les défauts d'un scrutin proportionnel y sont illustrés, à commencer par le mélange des genres, à savoir la confusion entre parti politique et syndicat catégoriel. Ce parti des retraités, par exemple. En quoi les opinions des retraités devraient-elles être uniformes au point de se regrouper dans un seul parti ? N'existe-t-il pas des retraités de gauche et de droite ? Pourquoi pas, dans ce cas, un parti des salariés, un parti des chômeurs, un parti des travailleurs indépendants et un parti des femmes au foyer ? 
Le pire, à mes yeux, ce sont ces partis teintés de religion. À nouveau, ils présupposent que la religion, selon son penchant totalitaire, surplomberait toute autre orientation politique. Que signifient ces partis chrétien-démocrate ou l'union chrétienne ? Et ce parti protestant “réformé” ? À quoi cela rime-t-il ?

Le summum du grotesque est atteint avec le parti des animaux. Ses 5 représentants seraient-ils des chevaux, des chiens ou des lions ? La cause animale se doit-elle d'être séparée des Verts ?
Plus classique, et néanmoins labyrinthiques sont ces distinctions jésuitiques entre travaillistes, démocrates ou chrétiens-démocrates… sans oublier ce forum pour la démocratie, que sa situation à droite de l'éventail ne dit rien qui vaille. Enfin, avec le parti “Denk” (qui signifie “penser” ai-je cru comprendre), ce sont les immigrés turcs qui l'ont fondé. Quelle mosaïque ! Encore une fois, n'existe-t-il pas des Turcs de droite et des Turcs de gauche ?

Je n'ose imaginer la même fragmentation en France.
À lui seul, le PS moribond pourrait donner naissance à quatre ou cinq mini-partis. Mais ce n'est pas le plus grave ! On verrait les catholiques fonder je ne sais quel parti du sens commun ou autre faction, tandis que plusieurs partis musulmans s'attacheraient à prôner chacun leur “islam de France”. Nous aurions également un quarteron de partis écologistes, ainsi qu'un trio de partis d'extrême-gauche aux tendances radicalement irréconciliables. Et à droite ? On se souvient de la primaire de novembre dernier. Il y aurait de quoi fonder un sextet de micro-partis. Le FN se diviserait également entre membres de la famille Le Pen, père, fille et nièce – ils sont déjà trois…

Bref ! Une assemblée de députés n'est en aucune façon un “échantillon représentatif” statistique d'une population, mais un éventail de grandes tendances destinées à dégager une majorité, sans laquelle une démocratie se réduit à une sorte de vente aux enchères, de foire à la ferraille où chaque décision est suspendue aux caprices des amis des bêtes, des chasseurs ou des partisans de Jeanne d'Arc. De quoi perdre tout… sens commun.

“Instiller” une dose homéopathique de proportionnelle pourrait se concevoir, tant la bipolarisation induite par le scrutin majoritaire actuel peut parfois nous handicaper. Mais point trop n'en faut. Méditons l'exemple néerlandais !