samedi 11 juillet 2020

Grenoble - îlot des Arts

Intermède architectural…
À Grenoble, en 1991, j'avais participé à la réalisation d'une opération immobilière en tant que maître d'ouvrage délégué, l'îlot des Arts.


Elle se composait de trois bâtiments : un petit immeuble au fond à gauche dans une dent creuse, un immeuble principal au centre (dont une façade donne sur les voies ferrées…), et un troisième donnant sur le cours Berriat. Les deux premiers abritaient des logements sociaux, le troisième des logements en promotion immobilière (ventes), l'objectif étant d'équilibrer le financement de cet ensemble dans sa globalité. L'architecte, Patrick Chedal-Anglay, s'était distingué par sa créativité, son souci du détail, et une capacité presque héroïque à combiner les contraintes nombreuses de l'ensemble.


Parmi ces contraintes, l'obligation de construire des parkings pour l'ensemble des résidents dans le bâtiment principal. Comme le sous-sol grenoblois était humide et instable, un seul niveau seulement pouvait être en sous-sol, il fallait donc placer des parkings au rez-de-chaussée et au premier étage ! À se demander si nous construisions un immeuble d'habitation ou… un garage !


L'architecte avait déployé de louables efforts pour habiller ces particularités de volumes élégants, inattendus, voire humoristiques, à l'instar de ce “thermomètre” des étages, ménageant une fente graduée dans laquelle l'ascenseur faisait office de mercure ! (4) L'escalier menant au 2e étage était logé dans une tourelle en forme de salière (3). Le triangle de béton abritant des locaux techniques offrait une terrasse aux habitants du dessus (2), tandis que les flancs des parkings arboraient des imitations de bouches de canons façon bunkers du Mur de l'Atlantique… très second degré. La rampe hélicoïdale d'accès aux parkings était masquée par des murs courbes (1). L'ensemble était couronné de toitures en pentes avec derniers étages en attique, tandis que le bâtiment à la vente arborait un élégant toit arrondi avec terrasse à l'avenant, ainsi qu'un angle aigu délicat à traiter à l'entrée de l'îlot.

J'avais pris une photo pendant le chantier où l'on voit le souci formel et de détail de l'architecture :
• Le triangle de béton brut, assez Corbuséen dans son esprit avec ses percements circulaires,
• Ce que j'appelais “la salière” avec son escalier intérieur,
• Le “thermomètre” de l'ascenseur avec ses graduations et passerelles d'accès, la dernière avançant en dehors du gabarit comme pour offrir un promontoire de contemplation !
• Les “canons” du bunker de parking servant de bouches d'aération.
• Les trois hublots circulaires du renflement, à droite de l'ascenseur, avec des fenêtres étroites complémentaires (des studios, de mémoire, à trois ouvertures donc).
• Le dernier étage en attique, avec des duplex (toujours de mémoire, sans certitude).

La construction de l'ensemble avait nécessité de complexes appels d'offres et, surtout, de difficiles formalités pour obtenir les financements aidés (prêts de la Caisse des Dépôts). Les crédits annuels limités nous avaient obligés – sur proposition de la DDE – à “découper” l'immeuble central en deux dossiers de financement, le premier pour le sous-sol + 1 étage, le second pour les étages restants, ce qui était pour le moins angoissant : quid, une fois le chantier démarré, si le second dossier était soudain annulé dans les crédits de la DDE ? Heureusement, rien de tel ne se produisit !


L'immeuble de la cour intérieure (ci-dessus) semble avoir mieux vieilli que la façade sur le cours Berriat (ci-dessous), probablement parce que la copropriété, près de trente ans après la construction, n'a pas encore décidé de ravalement…


La partie centrale en avancée décalée, m'avait beaucoup plu pour son dessin. Son arête de gauche, délicate à “coffrer” (vieux souvenir), nécessiterait une réhabilitation.

vendredi 10 juillet 2020

Black Out

Paradoxe de notre époque : jamais nous n'avons eu à notre disposition autant de moyens de communication, jamais pourtant nous n'avons eu autant de peine à communiquer.

Sur les deux dernières années, j'ai observé une rapide évolution, menant tout droit à ce que j'appellerais le “black out” – excusez l'anglicisme – autrement dit : l'absence totale de réponse quel que soit le mode de communication choisi.

Le plus frustrant est que ce silence-radio émane d'amis ou de proches, pour lesquels soudain que je suis devenu quasi “indésirable”, noyé au dernier rang de listes de messages beaucoup trop longues pour être consultées exhaustivement. Mon statut devrait-il évoluer vers le “premium” ou le “VIP” ? Je ne sais… Et n'y parviens pas d'ailleurs.

Le phénomène peut se comprendre : lorsqu'on reçoit chaque jour des dizaines de SMS, d'appels téléphoniques, messages Facebook de ses parents, enfants, conjoints, collaborateurs professionnels, difficile d'accorder de l'espace et du temps à cet ami qui aimerait juste discuter quelques instants, soumettre une idée, échanger quelques propos, ou annoncer un événement peu adapté au SMS.

La hiérarchie des modes de communication devenant incertaine, on ne sait quel moyen employer. Il faut se souvenir que Untel ne répond plus jamais aux mails, mais uniquement aux messages Facebook, que UnAutreTel n'est joignable que par SMS, que UnAutreTelEncore ne souhaite converser qu'oralement par téléphone. Si, pour ne pas “déranger”, je recours à des moyens de communication asynchrones, qui ne nécessitent pas de réponse immédiate – au premier rang desquels le mail – la parade devient inopérante. La masse des mails “non lus” devant s'accumuler, ils sont irrémédiablement mis à la poubelle ou laissés orphelins dans une liste pléthorique.

Le plus spectaculaire est le sort du courrier postal : palpable, physique, acheminé avec une régularité et une efficacité admirables par la Poste, il devrait être la parade ultime. Eh bien… non ! Certains de mes correspondants avouent ne plus relever leur boîte aux lettres ! D'autres affirment, péremptoires, que “non, ils n'ont rien reçu”, y compris pour des courriers suivis, certains que la Poste, c'est bien connu, perd la plupart des courriers qu'on lui confie (je réitère par expérience : ce n'est pas le cas, une légende urbaine !). Dès lors, à part prendre sa voiture et se rendre physiquement au domicile de son interlocuteur, il reste peu de solutions.

Je viens de l'expérimenter, alors qu'un ami cher venait de disparaître et que je souhaitais en avertir des connaissances, plus ou moins proches. Ne voulant pas utiliser ni le mail, ni le SMS, ni le message audio, je n'avais plus qu'une solution : envoyer un SMS ou laisser un message audio demandant quand on pourrait s'appeler, sans dramatiser. Le procédé a fonctionné, même s'il m'a fallu entre 48 heures et une semaine pour obtenir un RV téléphonique…

Si l'on élargit le sujet, la technique de la “non-réponse” s'étend à la communication professionnelle : j'en parlais tout récemment sur ce blog à propos d'une caisse de retraite, c'est la même chose pour des demandes de règlement de factures impayées : soit l'on m'indique que mon courriel est (forcément !) “passé en spam” (encore faut-il avoir forcé la Ligne Maginot des automates téléphoniques), soit la réception d'une lettre avec accusé de réception (revenu signé) n'est pas suivie d'effet.

mardi 16 juin 2020

(Petite) saute d'humeur

Brève saute d'humeur face au dialogue de sourds échangé avec ma caisse de retraite, la CIPAV.

(1) Le 28 mai, je dépose un message sur leur site :


« Bonjour, j'ai déposé ma DSI le 23 avril, et l'URSSAF m'a d'ores et déjà envoyé ma régularisation de cotisations. Côté CIPAV, je n'ai rien vu. Avez-vous rencontré des problèmes informatiques ? Merci pour vos précisions. Bien cordialement. JL TAFFOREAU »

(2) La DSI est la déclaration sociale des indépendants, déposée le 23 avril à 16h31 (soyons précis) sur le portail Net- entreprises, comme en témoigne cet extrait dudit portail :



(3) Que me répond la CIPAV, 3 semaines plus tard ?

« Nous faisons suite à la demande que vous nous avez adressée via la messagerie sécurisée de votre espace personnel Cipav. Un réajustement de vos cotisations 2020 sera appliqué lorsque nous aurons connaissance de vos revenus 2019. Ainsi, nous vous invitons à établir au plus tôt votre déclaration de revenus sur le portail Net- entreprises via votre compte en ligne : espace-personnel.lacipav.fr. »

On se demande si l'on a affaire :
Hypothèse 1 : à des démeurés (peu probable, respectons les employés de la CIPAV !)
Hypothèse 2 : à un stupide robot (ce qu'on appelle en termes techniques “la connerie artificielle”)
Hypothèse 3 : à des gestionnaires de messagerie qui ne savent pas lire (ou ne veulent pas lire)

Je pencherais pour l'hypothèse 3…