jeudi 24 novembre 2016

Accident nucléaire ?

En ces temps de précampagne présidentielle, une lecture s'impose, celle du livre de Michel Winock, Les élections présidentielles en France (Tempus, éditions Perrin, 9 €), qui vient de (re)paraître, actualisé, en particulier sur la période 2007-2016.

L'auteur a le mérite de remettre en perspective ce scrutin préféré des Français, depuis son institution en 1962 – sans oublier ses lointaines origines, datant de… 1848 ! Et il le fait avec clarté, humour parfois (qui l'eût cru ?), tirant les enseignements de chaque élection. Revisiter ainsi l'histoire permet de mieux comprendre les enjeux actuels.

Pourquoi donc un tel attrait pour l'élection présidentielle ? Dès l'introduction, le constat est cinglant : “La dimension ludique ou sportive n'échappe à personne”. Se passionner, c'est louable ; encore faudrait-il ne pas en perdre la raison.

Michel Winock pose un regard lucide sur les excès de candidats choisissant de choquer pour exister – nous songeons aux Le Pen, bien sûr, mais aussi à Nicolas Sarkozy :

“La diabolisation d'un acteur politique n'a jamais empêché son ascension ; la contre-propagande peut aussi être une propagande. On l'a bien vu avec Le Pen. Un homme qui secrète une adversité violente ne peut laisser indifférent ; grâce aux coups il existe, il grandit, il acquiert un prestige sous les injures de l'ennemi qui, sans le vouloir, l'exhausse au-dessus des autres. L'abomination par les uns produit la confiance des autres.”
Un paragraphe que nous devrions tous méditer.

La célèbre “rencontre entre un homme et le peuple”, tant vantée par de Gaulle, tourne aujourd'hui à la course à l'échalote ; une vraie caricature, que Gérard Courtois, dans Le Monde du 22 novembre, qualifie avec pertinence de “machine à farces et attrapes”, rappelant la longue liste des “sacrées surprises” des présidentielles, de De Gaulle se croyant assuré d'une élection au premier tour en 1965, jusqu'au second tour Jospin-Chirac pronostiqué au printemps 2002 comme “une évidence”…

Et le chroniqueur de conclure : “Pour le meilleur et le moins bon, l'élection présidentielle ne se résume jamais à un mariage de raison entre le peuple et un candidat. […] Elle n'est pas seulement affaire de quotient intellectuel ou rationnel, mais aussi de quotient émotionnel”.

Prenons garde ! À force de nous étourdir de surprises, retournements et performances, nous en oublions le fond, et jouons malgré nous avec le feu.
La vision la plus terrifiante, à mes yeux, serait celle d'une Ve République, construite sur la personnalisation de l'exécutif par un de Gaulle, qui se terminerait en naufrage, en accident nucléaire : l'élection-surprise de Marine Le Pen au second tour. “La rencontre entre une femme et un peuple”, pour le pire, cette fois. Car ce qui serait quasi impossible dans le cadre d'une élection législative (on songe à l'Allemagne), pourrait le devenir dans une présidentielle, sous l'influence des abstentions, votes blancs et reports de voix absents. Au second tour, pas de triangulaires, c'est là le risque majeur.
Des naufrages, nous en avons connu, dans d'autres circonstances. N'ayons pas la mémoire courte !

samedi 19 novembre 2016

Primaires à droite : la convergence des courbes

À la veille du premier tour de la primaire de la “droite et du centre”, une totale incertitude règne, à un point que personne n'imaginait il y a seulement un mois.

À l'évidence, la mission des instituts de sondages est “impossible”, tant les aléas sont nombreux :
  • Incertitude sur le nombre de votants,
  • Quel que soit ce nombre, il ne représente qu'un petit 10% des votants d'un scrutin présidentiel,
  • Absence de scrutin de référence à droite, et un seul à gauche,
  • Changements rapides des intentions de vote : il ne s'agit en effet pas de basculer de gauche à droite, juste de choisir un candidat parmi sept dont les propositions sont proches, par construction.


Le phénomène de la convergence – voire du croisement – des courbes est proprement spectaculaire !
En octobre, Alain Juppé distançait Nicolas Sarkozy de près de dix points, tandis que François Fillon se situait très loin derrière. Et voilà qu'ils se seraient rassemblés dans un “mouchoir de poche”, quasiment à égalité.

Le suspense règne ! De deux choses l'une, nous semble-t-il :
  • Soit les tendances des courbes se prolongent, comme dans le cas de Donald Trump, et l'on aurait le résultat inattendu d'un Fillon en tête, suivi de Nicolas Sarkozy – Alain Juppé étant sur la pente descendante ;
  • Soit les électeurs “corrigent” la tendance observée et se mobilisent plus que prévu. Dans ce cas, on peut penser que Nicolas Sarkozy pourrait passer en tête, car il correspond (heureusement ou malheureusement !) au profil préféré des militants et sympathisants les plus proches du parti LR.
Et il restera, au second tour, à évaluer les ralliements et reports de voix, les premiers parfois délicats et les seconds incertains. Nicolas Sarkozy, s'il est concerné, aura peut-être un peu plus de mal à “rassembler”, même si l'on a observé de surprenants ralliements dans la primaire de gauche de 2011 (on songe à Montebourg).

Si les paris étaient ouverts, nul doute qu'il serait difficile de prendre position ! Et dire que l'identité du prochain président de la République dépend de ces aléas… Il y a quelque chose d'angoissant dans cette loterie !

Addendum du 21 novembre
Les courbes ont non seulement convergé… elles se sont carrément croisées !



Peu doué pour les pronostics, j'avais ci-dessus imaginé un duel Fillon-Sarkozy, très largement démenti – quant à l'hypothèse du “sursaut-Sarko”, elle était encore plus éloignée de la réalité ! Je mesure que j'ai peu de dispositions pour jouer les devins ;-)
La seule “courbe” dont la tendance ne s'est pas accentuée est celle d'Alain Juppé. L'influence du “vote révolutionnaire” des gaucho-centristes ? À noter aussi le total des voix des trois premiers : dans le dernier sondage, il était de 88% (30 + 2 fois 29). Au final, il monte à 93%, autre explication de l'envolée fillonesque : une sorte de “vote utile”, rejetant aux tréfonds les quatre autres candidats.