vendredi 20 février 2015

L'esprit du 11 janvier ?

Mon “cher” (2,20 €) quotidien Le Monde a le don de m'exaspérer, ces dernières semaines…

Dans le numéro daté du 19 février, mes chers éditorialistes déplorent le “blocage français face aux réformes”. Et, ô surprise, voici que je découvre un étonnant parallèle à propos de l'adoption par défaut de la loi Macron. Je cite :
« Ce qui aurait été un marqueur symbolique fort de “cet esprit du 11 janvier” a été balayé par une alliance des conservatismes de droite et de gauche. »
Comme quoi les ressentis peuvent diverger ! L'auteur de ces lignes faisait partie des quelque trois cent mille personnes descendues dans la rue le 11 janvier à Lyon. Il n'avait pas compris que, ce faisant, il manifestait pour la loi Macron. Peut-être un petit sondage, comme les journalistes les affectionnent, serait-il opportun pour vérifier cette hypothèse ?

Étant contre la loi Macron, voici donc le blogueur rangé parmi les “conservateurs”, ceux qui empêchent la France de se réformer. Sempiternelle rengaine ! Mais de quelles “réformes” s'agit-il ? Le contenu devrait avoir de l'importance, le contenant ne suffit pas.

Sur cette épineuse question du travail dominical, pour se cantonner à ce symbole, de deux choses l'une, à notre sens :
  1. Soit il s'agit d'une découverte mirifique, qui va entraîner la création de dizaines de milliers d'emplois et faire redémarrer la croissance. Dans ce cas, pourquoi être aussi timides ? On aurait tendance à suivre la fabuleuse NKM, qui prône carrément d'ouvrir les commerces parisiens 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7…
  2. Soit la mesure reste modeste, entachée d'effets secondaires comme un mauvais médicament (faillites de petits commerçants, énièmes complications dans la vie des familles, surtout si elles sont “monoparentales”). Dans ce cas, pourquoi briser un symbole de gauche – une conquête sociale séculaire déjà battue en brèche – pour si peu ?
La loi Macron a donc faux dans les deux cas.
C'est de surcroît une loi, excusez le terme, “faux-cul” car elle mélange des mesures dans un sens et dans un autre, autant d'arguments destinés à la faire approuver de tel ou tel bord. Un chantage révoltant, dans le registre : “Vous voulez que telle mesure que vous trouvez favorable s'applique ? Alors approuvez en même temps celles qui vous révulsent !”

Le courage réformateur, formule convenue, semble ne s'appliquer que lorsqu'on s'attaque aux plus faibles. Un bon exemple en est l'assouplissement des procédures de licenciement dans les PME. Quid de la réforme des niches fiscales ? Quid de la lutte contre les paradis fiscaux ? Quid de la réforme du système financier et bancaire ? Quid de la réforme de la profession de notaire ? Est-ce le “conservatisme” des Français qui interdit de s'attaquer à ces sujets autrement plus déterminants que le travail dominical ou les transports en autocar ?…

La colère n'est pas loin. Vous la sentez dans ces doigts qui courent sur la clavier ? Oui, il y a de ça. Pourquoi voter PS, désormais ? Autant choisir des partis qui professent ouvertement un programme libéral, comme certains centristes, au moins sera-ce plus cohérent. Et à défaut, il ne restera plus grand-chose à part l'abstention. Un comble pour un passionné de politique, qui vote avec ardeur depuis près de quarante années. Eh oui, grâce au trio Hollande-Valls-Macron, voilà où nous en sommes. Amère déception…

samedi 14 février 2015

La monarchie républicaine persiste et signe

Le député PS Laurent Baumel nous rappelle combien notre régime politique s'apparente à une “monarchie républicaine”. Le diagnostic n'est pas nouveau, Maurice Duverger ayant publié dès 1974 un livre portant ce titre, ce qui ne l'empêche pas d'être pertinent.

Il est vrai que le parlement se voit le plus souvent dépouiller de son droit d'amendement – sans parler de l'initiative des lois, appelées “propositions”, tandis que celles du gouvernement sont des “projets” (tout est dit dans ce vocabulaire). Élu dans la foulée du président de la République, l'assemblée nationale perd encore plus d'indépendance que du temps du septennat. Laurent Baumel voudrait supprimer le droit de dissolution du président. Dans ce cas, malheureusement, il faudrait aussi “ancrer” de façon encore plus stricte les législatives aux présidentielles, ou alors une démission, un empêchement ou un décès du président placeraient mécaniquement et sans recours les législatives au milieu d'un quinquennat. On le voit, une fois encore, notre système est devenu irrationnel.

Laurent Baumel remarque aussi avec justesse que le pouvoir d'initiative des lois est plus que jamais entre les mains de l'exécutif, les membres des cabinets remplaçant sur ce point les députés. Un comble ! Quant au mélange des genres entre politique et affaires, il s'est accru dans des proportions considérables : “Aujourd'hui, quelqu'un comme Emmanuel Macron incarne la porosité des deux milieux.” Le projet de loi portant son nom en témoigne avec éclat.

Entre la paralysie d'un système constitutionnel dans lequel l'assemblée domine (les IIIe et IVe Républiques) et les dérives d'une monarchie républicaine, reconnaissons que le juste milieu n'a pas encore été appliqué… du moins en France !