samedi 15 septembre 2018

L'été des mes 60 ans (4)

Épisode 4 - 30 juillet - Les Chéserys, “Balade pour V.V”

Sommaire de la série :
Épisode 1 • Épisode 2 • Épisode 3 • Épisode 4 • Épisode 5 • Épisode 6 • Épisode 7 • Épisode 8

Ah, les Chéserys ! L'amour fou des dalles de gneiss, qui me conduit pour la neuvième fois (*) dans ce secteur paradisiaque – n'ayons pas peur des superlatifs. L'équipe victorieuse de la Petite Verte est reconstituée : Zian-l'Argentéraud en premier de cordée, Laurie-du-canton-de-Vaud en co-seconde (ci-dessous).


Non sans malice, j'avais négocié un rendez-vous “sur place”, ce qui me permet de faire l'approche tranquillement, rejoint par les deux trailers à l'heure convenue – exactitude suisse de circonstance.
La voie de ce 30 juillet se situe dans le secteur “Aubade”, au développement plus important que les autres secteurs : plus de 200 m, contre 120 à 150 ailleurs. La photo de l'itinéraire publiée dans le topo de Burnier et Potard (références en fin de billet) donnait envie, malgré des cotations trop élevées semblait-il. Des recherches sur le web semblant les atténuer, c'était l'occasion de tenter cette “balade”, validée par Zian, un critère de confiance !

Cinq grandes longueurs vont s'enchaîner. Titillé par le topo, je bénéficie d'une concentration ad hoc. Avec Laurie, nous alternons – second(e) ou troisième. La première longueur, brève, est en 4c/5a. La seconde envolée s'achève par un petit mur en 5b+ subtil (ci-dessous).


Au-dessus, deux longueurs de dalles couchées (départ en 4c, puis 3a) forment un intermède esssouflant – tentation d'aller vite. Le finale est de très haute tenue : 50 mètres soutenus, en 5a/5b+, avec un passage louvoyant lisse et technique (un point de repos sur racine de rhodo, est-ce permis ?). À 4 mètres du relais, où Laurie et Zian m'observent tout sourire, il faut encore m'employer dans un ressaut délicat, cristallin, proche du granite. Un petit sapin marque la fin des difficultés.

La dernière longueur (50 mètres) se termine au pied d'un petit sapin

Pour m'encourager, Zian invente un de ses proverbes humoristiques : « Du 6a à 60 ans ? Du 7a à 70 ! » Merci, m'sieur le guide ! (Oui, je sais, ce n'est pas du 6a, c'est, comme le disent les contributeurs de CtoC : “une voie facile”).
Trois grands rappels nous ramènent au sol, d'où une descente dans les “teppes” permet de retrouver les sacs – et une gourde d'eau rêvée par des gosiers asséchés par le soleil et les rires.


Les rappels : d'abord le guide, ci-dessus, qui démêle les cordes et trouve les ancrages, puis les deux clients, ci-dessous Laurie qui entame le premier rappel


Même procédé pour le retour : je laisse courir mes jeunes amis, non sans avoir noté le lieu du rendez-vous : la Boërne, où nos soifs seront enfin vraiment étanchées, voir ci-dessous :

Paparazza : Laurie © en exclusivité

Après la “ballade” dans les dalles de gneiss, l'ambiance est au beau fixe à la Boërne. Que du bonheur pour cette journée gaie et ensoleillée !

Nous ne saurions trop vous recommander de vous procurer le topo “Vallée de Chamonix, sites d'escalade”, de François Burnier et Dominique Potard.
Le topo de “Balade pour V.V.” figure page 193 de l'édition 2015 (ISBN 978-2-910672-20-4).

La voie a été ouverte par François Burnier (également auteur du topo, donc), Victor Burnier et Denis Poussin en 2014.
Il semble bien qu'il s'agisse d'une “balade” (promenade) et non d'une “ballade” (musicale, aubade…)

Nos remerciements pour ce bel itinéraire !


(*) Le syndrome des listes va encore frapper :

1. Voie de l'EHM (5 juillet 1987)
2. Voie Blanche (1 long. D. et W. Ravanel) (5 juillet 1987)
3. Voie Jaune (26 mai 1991)
4. Voie Aubade (1 octobre 2011)
5. Voie La Blonde (24 octobre 2012)
6. Voie Greg Buffat (3 septembre 2014)
7. Voie La Rousse (3 septembre 2014)
8. Voie Rouge (19 juillet 2016)
9. Une balade pour V.V. (30 juillet 2018)

L'été de mes 60 ans (3)


Épisode 3 - 25 juillet - “Vallo”

Sommaire de la série :
Épisode 1 • Épisode 2 • Épisode 3 • Épisode 4 • Épisode 5 • Épisode 6 • Épisode 7 • Épisode 8

Vallo ? Rien à voir avec une ex-ministre de l'éducation nationale, ni avec une ex-première dame. Non, “Vallo” est le diminutif de Vallorcine, et désigne la jolie falaise d'escalade (90 m de haut) située à deux pas de la gare homonyme, sur la commune dont le nom viendrait du latin vallis ursina, “Vallée des Ours”.
C'est Zian qui m'avait convaincu d'aller “faire des gammes” sur ce granite d'apparence lisse et pourtant “prisu”. Nous gravirons deux itinéraires. D'abord une combinaison de trois itinéraires se terminant par l'élégant “Pilier de Vallorcine”, à base de dalles fendues de minces fissures opportunes en 4b/4c. À nos côtés résonnent de nouveau des phrases en anglais, preuve s'il en était besoin, que les anglophones sont nombreux, y compris dans la Vallée des Ours (bears) – Stuck inside of nos dalles with the dévisse blues again (les dylaniens apprécieront… ou pas !).


Seconde partie dans laquelle je retrouve avec surprise de très vieux réflexes enfouis depuis des décennies dans les recoins de mon cerveau de monchu : “Courage… dülfons !” propose une vraie “dülfer”, technique athlétique qu'a priori j'apprécie peu, qui, ce coup-ci, fonctionne, pour une dizaine de mètres d'opposition résolue et sans repos. Un 4c/5a finalement réjouissant. En descendant en rappel, je reconnais les dalles de la voie “Traces de grizzli”, où j'avais bataillé dans les années quatre-vingt avec Gilbert ou Christian (6a+).


Allons ! Il est temps de rentrer à Villeurbanne compter les aspirateurs, épilateurs, yaourtières et fontaines à bière pour un de mes fidèles clients, avant de retourner là-haut pour le prochain épisode.

Remerciements à Zian pour les photos (et l'assurage !)

dimanche 9 septembre 2018

L'été de mes 60 ans (2)

Épisode 2 - 23 juillet - Petite Aiguille Verte

Sommaire de la série :
Épisode 1 • Épisode 2 • Épisode 3 • Épisode 4 • Épisode 5 • Épisode 6 • Épisode 7 • Épisode 8

Après les Aiguilles Rouges, le côté Mont-Blanc. Changement de versant, de décor, de technique et d'équipage. Nous serons trois, ce 23 juillet. Je retrouve ma timidité naturelle au moment d'aborder la jeune femme qui arrive à la station du téléphérique : “Vous êtes bien la cliente de Zian ?” J'ai toujours apprécié les cordées de trois. Un premier et… deux seconds, plus de travail pour le guide, certes, et plus de convivialité pour les “monchus”, qui se soutiennent moralement. Non sans appréhension : serai-je à la hauteur ?
J'aime ces trajets en téléphériques, calmes et fébriles à la fois, tandis que la benne glisse sur le câble et que l'air se rafraîchit à toute allure. Grands Montets, 3295 m. En face, la Petite Aiguille Verte, 3512 m, de la vraie haute montagne facile d'accès, où je vais retourner pour la treizième fois (1).


Une chance inouïe ! En cet été caniculaire, une récente précipitation a déposé de la neige fraîche, immaculée et scintillante sur la glace grisâtre qui enlaidissait les pentes. L'approche est menée à un rythme de trentenaires – encordé, je ne peux que suivre, en silence, mieux vaut économiser son souffle plutôt que de l'épuiser à râler, après tout…


L'itinéraire dit de la “Demi-Lune” consiste à aborder les pentes sur la gauche, par quelques brèves longueurs assez raides. Ah, quel plaisir de monter plus lentement et de se concentrer sur piolet et crampons ! Rimaye, piolet canne ou ancre, encoches pour les pieds, un terrain récréatif.


Croisement avec Marc (qu'on aperçoit en contrebas ci-dessus) et son client sur la demi-lune. Comme moi, Marc a été monchu, étant jeune ; il est aujourd'hui guide (et a été enseignant à l'ENSA !)… alors que je suis toujours monchu ! Son cliché est des plus réussis (ci-dessous), juste avant que la corde ne me rappelle qu'on m'attend, un peu plus haut.


La fonte des neiges éternelles a mis au jour des blocs formant boîte aux lettres, dans laquelle nous nous glissons, avant d'aborder le “mur” final, aux fissures conçues spécialement pour les pointes avant des crampons. La cordée de trois fonctionne à merveille, Laurie et Zian, par leur “coolitude” de trentenaires, donnent des ailes au sexagénaire. Halte sommitale égayée de produits frais en provenance directe de Suisse – le pays de Laurie.


La descente par la voie normale me paraît plus longue et délicate que dans mes souvenirs. Il faut dire que la glace n'est pas loin, sous la neige fraîche. Je rougis d'aise quand Zian me lance un “vas-y Armand” tandis que je mets un point d'honneur à cramponner face au vide, les pieds en canard… Une longue procession anglophone s'échelonne sur l'itinéraire, nouveau clin d'œil britannique. La rimaye est bouchée, ce qui m'étonne compte tenu des conditions.


Le retour au col des Grands Montets est rapide et aisé. Je laisse les “jeunes” remonter les volées de marches métalliques à toute allure, et les rejoins à la buvette où une bière m'attend, délicate attention, et première pour moi en altitude (“C'est salé, et ma foi désaltérant”, pensé-je en la dégustant). Ah, çà, on est bien, vraiment bien, là-haut, après l'effort, tous les trois à deviser gaiement face aux Drus… Pourquoi donc faut-il redescendre, hein ?


Le même endroit, une semaine plus tard. Le contraste est saisissant. La montagne martyrisée par la canicule…

Addendum : bien nous en a pris de profiter de cette opportunité d'aller à la Petite Verte… Le 11 septembre 2018 (date symbolique), un incendie accidentel devait ravager la gare de Lognan et détruire l'ensemble de l'installation du téléphérique ! À ce jour (juillet 2019), la réouverture est prévue, au mieux, en 2022.

(1) Les alpinistes sont souvent des obsessionnels des listes. Exemple.


Remerciements à Marc, Laurie et Zian pour les photos.

dimanche 2 septembre 2018

L'été de mes 60 ans (1)

En attendant l'apocalypse annoncée, carpe diem pour quelques jours encore, là-haut, dans les montagnes – avant qu'elles ne s'écroulent. Quel titre leur donner ? “L'été de mes soixante ans”, tiens, par exemple, terrible constat du temps qui a passé… Or, s'il y a des lieux où le temps ne s'écoule pas de la même façon, c'est bien en montagne. Croyez-moi ou pas, ces instants de bonheur, qui semblent a posteriori avoir duré quelques secondes, ont eu leurs arrêts sur images proches de l'infini.

Sommaire de la série :
Épisode 1 • Épisode 2 • Épisode 3 • Épisode 4 • Épisode 5 • Épisode 6 • Épisode 7 • Épisode 8


Épisode 1 - 20 juillet, Hotel California à Planpraz

La voie d'escalade s'appelle “Hotel California”, l'auteur (lisez : “ouvreur”) en est une fois encore Manu Méot, qui sait découvrir des rochers grimpables là où le néophyte ne voit que chaos de végétation, et dont j'avais déjà apprécié La Saumonée ou Label Virginie.

Située à deux pas du téléphérique de Planpraz, la voie commence au bord du sentier, et nous emmène dans quatre ressauts successifs, dix longueurs en quatrième degré, flirtant parfois avec le cinquième.
Le style d'escalade privilégie ce que j'appellerais des “petits murs à becquets”, brefs passages dans lesquels les prises salvatrices (ou salutaires) apparaissent comme par magie au moment où on commence à les prier ardemment de se manifester. Notre cordée, guide et vétéran, est suivie d'une autre, deux Britanniques dont le second affiche au compteur une décennie de plus que l'auteur de ses lignes – comme quoi…

Au chapitre des petits incidents de parcours ?
(1) Des cordes emmêlées par mes soins, sous-titrées avec talent par nos amis anglais, “big f… knots”.
(2) La dixième et dernière longueur, dans un ressaut indépendant, qui s'avère notablement plus difficile que les précédentes, et surtout très athlétique, un genre que je prise (ha ! ha !) peu. D'où une séance de ce qu'on pourrait nommer du “A-triple zéro” (les praticiens comprendront), trois essais et beaucoup d'énergie pour sortir du piège (une photo du passage est visible sur Camp-to-Camp). À croire que les ouvreurs ont voulu, comme dans la chanson des Eagles, réserver le plus dur pour la fin – le solo de guitare en musique, le surplomb redoutable pour l'alpinisme…


C'est à Zian que je dois tout le plaisir de cette sortie : m'avoir précédé, assuré, rassuré, encouragé, photographié, haler presque (à ne pas confondre avec “hâler”), en résumé, guidé, dans ces ressauts de gneiss – ah, le gneiss ! – dans la bonne humeur et la compétence les plus aiguisées. Remerciements à Christophe P. pour ces clichés pris du dixième relais et le salut de la photo figurant plus haut.

Bonus vidéo : “Big F… Knots ” (VO)



Big F… Knots : notre président de la République s'emmêle dans les métaphores

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je trouve que cet extrait du discours sur le plan pauvreté du 12 septembre est pour le moins embrouillé (c'est nous qui soulignons). La corde me paraît curieusement extensible, et la notion de “derniers de cordée” (au pluriel) pas vraiment “alpinistique” si je puis me permettre… Pour tout dire, je préfère partir en course avec Zian qu'avec Manu (avec mes excuses au président).
« Mais considérer que ces trois projets sont indissociables et qu'on n'en réussit pas un sans les autres, ce combat, c'est un combat de justice, de dignité, de responsabilité, n'oublier personne, c'est dire en quelque sorte comme diraient certains, au premier de cordée : n'oubliez pas les derniers de cordée. Et je crois beaucoup, moi, à cette métaphore, pour celles et ceux qui aiment la montagne. Un premier de cordée, il a une corde et il est rattaché à d’autres, et c’est à dessein que j’ai employé cette formule. Il y a toujours des gens pour ouvrir une voie, il y a des gens plus véloces, il y a des gens qui ont plus de chances, il y a tout un tas de raisons. Mais il en faut ! Et tirer sur la corde pour qu’il monte moins vite n’aidera pas ceux qui restent en bas, c’est faux. Et c’est ce qu’on fait, depuis des années parfois : tirons la corde du premier qu’il n’aille pas galoper dans les hauteurs de la montagne, des fois qu’il aille voir le col et passer derrière, ça n’aide en rien ceux qui restent en bas de la montagne. Mais que celui qui monte se souvient qu'il a une corde, et cette corde, elle sert à quoi ? A l'assurer, il n'y a personne qui est premier de cordée s'il (sic) reste de la société ne suit pas. […] Cette cordée, c'est la cohésion d'un pays, c’est nous, et donc j'attends de chacune et chacun pour réussir cela, et ce combat, ce à quoi vous avez travaillé, et ce pourquoi je veux vous remercier, ça n'est pas l'affaire de quelques-uns, ça n'est pas l'affaire de celles et ceux qui resteraient d'un côté de la corde, ça n'est pas non plus un plan et une stratégie du seul gouvernement ou d'une seule ministre, Madame la Ministre... quel que soit votre engagement, et je vous remercie de celui-là »

mardi 11 juillet 2017

Une longue arête quelque part sous l'M

Éditeur de mon état, je ne résiste pas au “pouvoir des livres” – c'est ainsi, c'est plus fort que moi.

JMEditions venait de publier son nouveau topo Chamonix Granite, consacré aux aiguilles de Chamonix et, bien sûr, je me l'étais procuré “en urgence”. Surprise en l'ouvrant : un itinéraire inédit (et facile) que je n'avais jamais remarqué dans aucun Vallot, Piola ou autre topo. Un itinéraire dont j'avais rêvé en l'observant depuis la vallée, certain qu'il ne se parcourait pas ; et que j'avais observé de près en randonnant dans le secteur et en quittant les sentiers pour aller “un peu plus haut”. Eh bien si : il se parcourt. Je vous le confirme puisque j'en reviens (entier), après l'avoir suivi guidé par Zian. Oui, mieux vaut un guide en chair et en os plutôt qu'un livre en papier pour aller “grimpailler”, du moins pour un “monchu” de mon espèce. Le “pouvoir des livres” est grand – il ne me transforme cependant pas en Rébuffat ou en Killian Jornet, loin s'en faut !

 
Ah, certes, ce n'est pas une escalade difficile ; la difficulté ne dépasse pas le 3c. Mais elle est longue, plus de 1,5 km de développé de l'attaque jusqu'au final – j'aurais dû mesurer sur la carte avant de partir…


On gravit au passage une douzaine d'éminences, d'allure et de stature variées, reliées par des passages sur des blocs, des arêtes gazonnées et des traversées “de chamois”, pour “sortir” à 2630 m d'altitude, soit quelque 400 mètres depuis l'attaque.


Je m'étais dit : une escalade facile… ça tombe bien, je n'ai aucun entraînement. Voilà qui me remettrait en selle. Ha, ha… présomptueux, le monchu ! Car j'ai dû me houspiller – à voix basse ou à voix haute – pour cheminer aussi longtemps, pour être attentif au terrain, suivre les indications de mon guide, capable de discerner des passages dans ce chaos rocheux, escaladant ici, descendant plus loin, traversant avec précaution sur des lames effilées, tandis que le premier de cordée plaçait çà et là coinceurs, sangles ou anneaux de corde pour assurer ma progression, et nous mener à bon port… juste au moment où l'orage commençait à gronder, au grand dam de ces pauvres Anglais engagés dans la NNE de l'M, qui hurlaient “Belay !” comme pour conjurer le sort – et la foudre.

Mais c'est quoi, cet itinéraire ? Allez, je vous en “livre” les caractéristiques :
Les Frêtes de Charmoz, qui commencent au signal Forbes, face aux Drus, à 2200 m d'altitude, pour nous conduire au très émouvant “mémorial Eric Escoffier” (2450 m, ci-contre), puis au sommet effilé du signal supérieur des Charmoz (2475 m). À partir de là, le soleil, la fatigue, la soif ont obscurci mon esprit topographique. Tout ce que je sais, c'est que les sommets se succédaient sans répit, avec parfois des bizarreries pour les gravir ou contourner, et que l'arête finale, beaucoup trop longue (!), oppose trois ou quatre “faux sommets” – ça existe, oui : on croit être arrivé… et puis non, il y en a encore un au-dessus.
L'élégance suprême, si l'on est un alpiniste endurant, serait de poursuivre jusqu'à l'aiguille de l'M. La classe ! Pour ma part, après 5h30 d'efforts depuis le Montenvers, le retour me suffisait amplement. 2h30 de descente (au ralenti) pour retrouver le petit train rouge, la gorge sèche et les jambes raides.
Comme l'a dit mon guide : “Ce genre de course, il faut l'avoir faite une fois !” Je suis d'accord. Et j'ai été très heureux – si, si ! – de parcourir ces frêtes (rien à voir avec les “frettes” des manches de guitare, soit-dit en passant).


Vue générale, prise à l'automne, qui illustre la longueur des frêtes.

NOTA BENE : en tant qu'alpiniste de niveau modeste, je ne saurais trop recommander aux cordées peu expérimentées d'être extrêmement prudentes et réalistes avant de s'engager dans cette voie. La difficulté en escalade n'est pas un problème. En revanche, la sécurité, l'assurage et la progression sont difficiles, en raison de la nature du terrain, des sinuosités à trouver et de l'exposition des pentes herbeuses des deux flancs. Ce n'est pas parce que des moutons s'y risquent que les êtres humains peuvent les imiter !