vendredi 30 décembre 2011

Les onze de 2011

Beaucoup de 11 dans cette année 2011, ne trouvez-vous pas ?

11 février 2011 : Démission du président égyptien Hosni Moubarak
11 mars 2011 : tsunami au Japon et catastrophe de Fukushima
11 avril 2011 : arrestation de Laurent Gbagbo
11 mai 2011 : séisme à Lorca (Espagne)
11 septembre 2011 : anniversaire des dix ans du 11/09/2001
11 novembre 2011 : il ne s'est rien passé à 11 heures 11 minutes, contrairement aux annonces des numérologues…
11 décembre 2011 : importante révision des horaires de la SNCF

Bon, je force un peu le trait, surtout pour décembre ! – j'exagère, comme le proclame le titre de ce blog. Mais il y a de ça…

vendredi 23 décembre 2011

De la politique-fiction pour rire

Un peu de politique-fiction “pour rire”, intitulée “des vœux inattendus”, dans le registre des inventions de communicants maladroits.

Le 31 décembre 2011, le président Sarkozy arbore la mine sombre des périodes de crises.

Mes chers compatriotes, le salut de la nation exige de limiter la période d'incertitude de la campagne présidentielle au strict minimum. La France ne peut se permettre de passer cinq mois dans l'attentisme. Aussi ai-je décidé de remettre mon mandat entre les mains des Français. Mes fonctions prendront fin ce soir à minuit. Selon les termes de la constitution, l'élection se tiendra ‘dans les 20 jours au moins et les 35 jours au plus*’. Je demande au Conseil constitutionnel de l'organiser au plus vite, de préférence avant la fin du mois de janvier…

Les communicants ont oublié un point crucial : si le président démissionne pour accélérer la tenue des élections, alors… il n'est plus président. Il ne peut donc plus présider de sommets, conseils des ministres et autres instances dans lesquelles il puisse faire montre de pugnacité et d'initiative. De surcroît, la constitution précise que le président du Sénat assure l'intérim. Or, celui-ci est de gauche, en la personne de Jean-Pierre Bel, qui devra composer avec François Fillon et son gouvernement…

Quoi qu'il en soit, ce “coup de pied dans la fourmilière” de la campagne électorale, aussi inattendu que soudain, va considérablement animer la période des vœux, ne serait-ce que pour les candidats en train de s'adonner à la “pêche aux 500 signatures” !

* Les élections se tenant un dimanche, le 5 février serait trop tardif (36 jours), seul pourrait donc être retenu le dimanche 29 janvier (ou le 22 janvier si l'on se situait en deçà du maximum). Les dates des élections de 1969 et 1974 confirment des délais inférieurs à 35 jours.

dimanche 18 décembre 2011

M… ou le magazine du Monde

Le quotidien Le Monde publie depuis quelque temps un nouveau supplément hebdomadaire.
Ceux qui auraient imaginé que cet hebdo pouvait ressembler au quotidien seront surpris…

En Une : Benjamin Millepied en fait-il trop ?

Une interrogation cruciale ! Je n'avais jamais entendu parler de ce millepattes, une chose est sûre : il n'habite pas sur le plateau de Millevaches.



Feuilletons l'hebdomadaire.
Première rafale de pub :
  • Giorgio Armani,
  • Chloé,
  • Principauté de Monaco,
  • Gucci.
Le décor est planté.

Carte blanche à Ramsay de Give, photographe
Pub : Champagne Dom Pérignon.
Ensemble, c'est tout, micro-éditorial :
« Cette année, la crise – et l'angoisse sourde qu'elle suscite – donne à Noël un goût un peu amer. »
Pub : Champagne Moët & Chandon.
Le goût un peu amer de la crise n'est donc pas pour tout Le Monde.
Pub : Elie Saab, le parfum.
Pub : Blanc de Blancs Ruinart (à consommer avec modération, le prix que l'on imagine doit inciter à la modération, n'en doutons pas).
Page 22, courriers de lecteurs. L'un d'entre eux assure qu'il « retrouve la qualité et le contenu des articles qui font du journal Le Monde mon compagnon depuis trente-cinq ans. » C'est du storytelling, ça ! Comment ce lecteur est-il parvenu à se concentrer sur les articles au milieu de ce fatras publicitaire ?
Pub : Trouver le cadeau parfait avec Bang & Olufsen (la hi-fi bon marché, c'est bien connu).

M La semaine :
  • Une photo d'un républicain issu du Tea Party.
  • Caricatures d'Angela Merkel, croque-mitaine de l'Europe.
  • Discrètement, une page sur le vote des étrangers (pub Epson) et la prison (pub montrant un scooter des neiges au Canada, avec le commentaire : « Ça change du périph ! »)
À gauche : La prison, zone de non-droit du travail.
À droite : Cet hiver, louez votre décapotable.
Le poids des mots, le choc (chic) des photos !
  • Une page sur Greenpeace voisinant avec une page de pub pour Tahiti.
  • Le low cost à gauche, le champagne G.H. Mumm à droite.
Tournons les pages…

Pub : Sephora, whisky Ballantine's, champagne Gosset (encore un Blanc de Blancs)
Christian Salmon s'interroge sur « le commerce des larmes ».
Page 55, nous entrons (déjà !?) dans le cœur du magazine, avec 5 pages sur le Millepied précité, suivies de 3 pages sur les Lego.
Page 64, 5 pages sur Julian Assange, premier article un tant soit peu sérieux (?)
Page 70, le pistolet en or de Kadhafi. Du beau bling-bling, du vrai !
Page 75, une éditrice propose un livre, Le Ramayana, au prix de 940 euros pour 1480 pages, à peine plus cher qu'un iPad, précise le journaliste. A-t-il compris ce qu'est un iPad ? Pas sûr… En tout cas, voilà le cadeau idéal et pas cher pour Noël.
Page 77 : Traders et maîtres de l'échiquier. Intéressant article sur une profession modeste.
Tous à table ! Les photos du photographe annoncé au début du magazine. Ça c'est du réalisme social, coco, et en plus c'est joli à regarder, une coupe de champagne à la main.

Page 89 : enfin, l'essentiel, avec les cadeaux conseillés par M :
  • Porte-monnaie Cartier (190 €)
  • Coffret de champagne Ruinart (ruineux : 190 €)
  • Un Playmobil chef-indien de 30 cm de haut (129 € le personnage + 99 € pour le cheval)
  • Sac Longchamp (190 €)
  • Polo Lacoste Cool Cats (135 €)
  • Le must : une Usine Occupée en bois qui diffuse de l'huile essentielle (65 € seulement, idéal pour se calmer les nerfs après avoir fermé une usine la veille des vacances)
  • Porte-clés Louis Vuitton (155 €)
  • La lavande Jersey de Chanel (pas de prix)
  • Bonnet et écharpe Ralph Lauren (130 + 150 € = 280 €)
Christophe Donner évoque le printemps arabe au travers d'expositions de peinture…
Dernière page : La loupe diamantaire de Lorenz Bäumer, joailler de la place Vendôme
Quatrième de couverture : Chanel

Comme l'annonçait la rédaction, il s'agit bel et bien d'un “suivi intelligent et hédoniste du lifestyle”. Le lifestyle de qui, exactement ? serait-on tenté de demander…

La conclusion revient à l'éditorialiste :
Ce nouveau numéro de M Le Magazine « donne à Noël un goût un peu amer ». En pleine crise économique, cette avalanche de luxe et de bling-bling donne un goût “plus qu'un peu” amer. Elle donnerait même la nausée…

Bref, un magazine du M… tel que nous le rêvions tous !
(Notez que j'ai écrit “du” M, hein, n'imaginez pas que j'allais exagérer !)

dimanche 27 novembre 2011

Les plus beaux sommets du massif du Mont-Blanc

Quand on roule sur autoroute durant quelques heures, il est toujours amusant de chercher un sujet pour occuper ses pensées. Voici quel fut le mien samedi : quels sont les plus beaux sommets du massif du Mont-Blanc que j'ai eu la chance de gravir un jour ?

Les critères retenus ont été : le sommet lui-même, bien sûr ; l'itinéraire suivi pour le gravir a joué aussi ; son “aura” (histoire, aspect vu des vallées) ; et la subjectivité personnelle.

Numéro 1 : l'aiguille Verte (4122 m)
Pour l'esthétique de la montagne, la perfection du sommet, son altitude (un plus de 4000), un belvédère au panorama exceptionnel, la beauté de son itinéraire de montée (le couloir Couturier), l'engagement de son itinéraire de descente (le couloir Whymper), son histoire (de Whymper à Armand Charlet)…

Numéro 2 : le Grépon (3482 m)
Pour sa forme : un véritable monument de granite, pour ses itinéraires (le versant Mer-de-Glace, la fissure Knubel, la voie normale) et leur intérêt technique majeur, pour l'ambiance au sommet…

Numéro 3 : le Chardonnet (3824 m)
Pour l'esthétique de la montagne et de son sommet (en cela comparable à la Verte), pour la beauté de ses itinéraires (l'arête Forbes, magnifique), l'engagement de sa voie normale de descente, son altitude élevée…

Numéro 4 : le mont Maudit (4465 m)
Pour son édifice sommital, relativement peu fréquenté, pour son altitude (le plus haut en dehors de son célèbre voisin), pour son arête Kuffner (un des plus beaux itinéraires du massif), pour son dessin élégant vu de la vallée…

Numéro 5 : l'aiguille de Bionnassay (4052 m)
Pour sa face nord-ouest, pour son sommet effilé (et l'arête conduisant au col, extrêmement fine), pour son allure joliment dessinée vue de la vallée (la symétrie avec l'aiguille de Tricot), pour son altitude (plus de 4000 m)

Numéro 6 : le mont Blanc (4808 m)
Parce que c'est le mont Blanc… ce qui ne lui donne pas pour autant la première place !

Hors concours : l'aiguille du Midi (3842 m)
Pour ses itinéraires en faces sud et nord-ouest (Rébuffat, Mallory, Frendo…). Pour le téléphérique, qui ouvre les portes d'un domaine d'alpinisme richissime (Tacul notamment). Hors concours car on ne peut aller au vrai sommet par des moyens classiques (il ne reste que l'ascenseur).
On remarquera avec amusement que les altitudes du Grépon (3482) et du Chardonnet (3824) sont des anagrammes de celle de l'aiguille du Midi (3842).

Sommets que je n'ai pas gravis et qui entreraient certainement dans la liste :
Les Grandes Jorasses, les Drus, le Grand Capucin, les Courtes, les Droites.

jeudi 3 novembre 2011

Le référendum grec

L'actualité des derniers jours m'a rappelé un (vieux) souvenir d'étudiant, ce sujet de dissertation :
« Un référendum est-il plus démocratique qu'une élection ? »
Le référendum envisagé par le premier ministre grec au sujet du plan de sauvetage de la Grèce – et de l'euro – confère une acuité spectaculaire à la question !

Démocratie directe ou démocratie représentative ? C'est une classique. À première vue, on a tendance à préférer le référendum, car ce sont les citoyens qui répondent directement. C'est oublier que le référendum souffre d'un grave défaut : une réponse binaire, oui ou non. Plus grave encore : en cas de “non”, aucune solution de rechange ne peut être proposée par les votants. On se souvient de la polémique sur le “plan B” lors du référendum français de 2005 sur le traité européen. La réponse négative n'est pas non plus motivée : on ne demande pas aux citoyens de dire pourquoi ils votent “non”. D'où de terribles confusions, l'amalgame d'oppositions incompatibles. Et songeons aux référendums tenus récemment en Suisse. Ils n'auguraient pas de décisions… démocratiques ! Le pire aura été la confusion, en 1969, entre la question posée par de Gaulle – dont pas grand monde ne se souvient – et la réponse négative qui était un congé donné au vieux président.

On pourrait préférer la démocratie représentative. Si, si, vous savez : ce qu'on appelle des “députés” se rassemblant dans un “parlement” et votant des textes. Mieux encore : ils peuvent les amender, ils peuvent débattre, ils peuvent voter à plusieurs reprises, ils peuvent relayer ce qu'ils entendent dans leurs circonscriptions. Dans une situation telle que la Grèce, ne serait-ce pas une meilleure formule ? À condition, bien sûr, que les représentants aient la confiance du peuple…

Le référendum a sa justification pour approuver (ou rejeter) des choses précises et concrètes : un traité, une constitution, une loi importante. En 1946, la première mouture de la constitution française avait été refusée, une autre a vu le jour un peu plus tard – avec nouveau référendum. On n'est pas sûr d'avoir gagné au change, mais c'est une autre question ! On le comprend bien : un référendum réussi doit être précédé d'un débat devant le parlement – c'est d'ailleurs ce que prévoit la constitution de la Vème République (même si de Gaulle avait transgressé cette règle).

Les partisans du référendum affirmeront que pour la Grèce, la décision à prendre est aussi importante qu'une constitution ou un traité. On en leur donnera pas tort. Que M. Papandréou prenne garde, cependant. Si la question du référendum est “approuvez-vous l'accord conclu avec nos partenaires européens en octobre”, et que la réponse est “non”, que pourra-t-il se passer ? Un nouveau plan sera-t-il bâti ? Mais surtout lequel ? Et puis, comment le faire ré-approuver sans perdre encore de précieux mois ?
Comme le disent nombre de commentateurs, il y a un côté roulette russe dans le projet du premier ministre grec.

EΥPΩ - Cela me rappelle la question posée par un petit garçon à son père à propos des nouveaux billets de banque en euros. C'était en 2001. « Papa, ça veut dire quoi, EYPO ? » Et le père de répondre : « Eh bien, tu vois, c'est parce que les grecs n'ont pas le même euro que nous. Chez eux, c'est l'eypo ! » Il y a fort à craindre que cette remarque naïve était prémonitoire…

Il se peut que mes propos soient déjà obsolètes tant l'actualité va vite ses derniers jours. Je vais aller jeter un œil sur les actualités…
[18h10 : il semble en effet que M. Papandréou soit en train de renoncer à son projet de référendum]

Et si la Grèce sortait de la zone euro ?
Un article de l'Expansion explique assez clairement les conséquences, pour un pays comme la Grèce, d'une sortie de l'euro (http://lexpansion.lexpress.fr/economie/si-les-grecs-disaient-non-a-l-euro_268516.html)
  • Dévaluation immédiate de la drachme (de l'ordre de 50% par rapport à l'euro).
  • Gain de compétitivité à l'exportation (et en tourisme), mais renchérissement symétrique des prix à l'importation (notamment l'énergie), or la Grèce importe beaucoup.
  • Renchérissement, aussi, des dettes des entreprises grecques, contractées en euros.
  • Même punition pour la dette souveraine. Le gouvernement grec pourrait alors faire défaut à 100%, ce qui aurait de graves conséquences : refus de tout autre prêt, alors que le déficit des finances publiques subsiste (et donc nouveau tour de vis sur les impôts et nouvelles coupes dans les dépenses).
  • Les banques grecques devraient dire adieu au remboursement de leurs créances sur leur propre État, et devraient être recapitalisées. Mais comme la Grèce n'aurait plus de ressources, elle ne pourrait faire autrement que d'utiliser la création monétaire (la “planche à billets”), et d'entrer dans une spirale inflationniste.
De quoi nous faire réfléchir, non ?

lundi 31 octobre 2011

La TVA augmentera

En dépit des dénégations de notre président de la République, une hausse de la TVA est inévitable. Il l'a d'ailleurs avoué de façon très détournée en disant qu'il n'y aurait pas de “hausse généralisée”. Je n'avais d'ailleurs pas compris le sens exact de la formule. “Généralisée” signifierait donc : “tous les taux” (il y en trois, le super-réduit à 2,1%, le réduit à 5,5% et le normal à 19,6%). Comprendre : “il y en aura au moins un qui augmentera”. Complexe, la langue de bois, n'est-ce pas ?

Curieusement, la presse semble indiquer que ce serait le taux réduit qui pourrait augmenter, ce qui semble mal inspiré, celui-ci étant en principe appliqué aux “produits de première nécessité”, que l'on devrait au contraire protéger pour d'évidentes raisons de justice fiscale.

La raison en est malheureusement claire : le taux réduit ne s'applique pas uniquement aux produits indispensables, puisqu'on y trouve les entrées de parcs de loisirs, que M. Raffarin avait défendu bec et ongles. Mais ce n'est pas tout : les nuits d'hôtels bénéficient aussi de ce taux, probablement pour favoriser le tourisme – un point qui a été stupidement “corrigé” par une taxe spéciale de 2% sur les prestations excédant 200 euros. Au nombre des bénéficiaires de ce taux figurent aussi les livres, les abonnements de télévision, les travaux dans les logements, les fleurs et les transports publics de voyageurs – sans oublier les prestations des bars et restaurants !

Tout cela plaide en faveur d'un taux intermédiaire, dont l'apparition est désormais probable. Rappelons qu'il a existé un tel taux jusqu'en 1977, un moment à 13%, tandis qu'existait un taux “majoré” de 33,33% sur les produits dits de luxe, qui incorporaient… les automobiles. Je me suis toujours demandé ce qui avait passé par la tête d'un fonctionnaire du ministère des Finances pour avoir choisi le “virgule 6” du taux normal (1977). Nous le traînons depuis lors, même s'il a évolué : 17,6%, puis 18,6% en 1982, 20,6% en 1995, réduit sous Jospin à 19,6% (avril 2000).

Pour ma part, voici ce que je proposerais : comme nous traversons une période difficile, on pourrait baisser le taux réduit, par exemple de 5,5 à 5%. Parallèlement, les produits et prestations ne relevant pas de la “première nécessité” seraient imposés à un taux intermédiaire de l'ordre de 8%. Enfin, pour contribuer au bouclage du budget, le taux normal passerait à 20%. La simplification apportée par des calculs désormais “ronds” permettrait d'économiser de l'énergie (ordinateurs, calculettes, cerveaux des comptables, patience des informaticiens se battant avec les arrondis), ce qui est “bon pour la planète”. Là, je plaisante, vous l'aurez compris.
Quant aux boissons sucrées, au lieu de créer une taxe spéciale (encore !!), mieux aurait valu les faire passer au futur taux intermédiaire, voire au taux normal, au moins ce serait clair et net. Et tant pis si Coca-Cola crie à la misère !
Mais, je vous en conjure, mesdames et messieurs des Finances, arrêtez de multiplier les petites taxes annexes, il n'y a rien de plus absurde et inefficace, sans oublier la complexité que cela induit. Et personne n'est dupe, rien ne sert de se cacher derrière son petit doigt.

vendredi 28 octobre 2011

Présent de narration


J'ai une marotte, celle de la conjugaison, et de l'abus du présent de narration, qui a l'inconvénient de gommer toute référence temporelle. En voici un exemple criant, si l'on peut dire, relevé durant l'interview de Nicolas Sarkozy, jeudi 27 octobre au soir.

Jean-Pierre Pernaut. — Est-ce que vous vous sentez visé par le climat actuel de ces affaires ?
Nicolas Sarkozy. — Oh, pas du tout ! Pourquoi ? Je suis candidat aux présidentielles en 2007, on me découvre des comptes, c'est l'affaire Clearstream…
Yves Calvi. — Vous êtes candidat ?
Nicolas Sarkozy. — Non, en 2007, j'étais candidat…
Yves Calvi. — Ah !
Nicolas Sarkozy. — Pardon, c'est une… c'est peut-être un manque de concentration, monsieur Calvi, j'ai parlé de 2007, c'est l'affaire Clearstream…

Si M. Sarkozy avait dit : “Quand j'étais candidat aux présidentielles, en 2007, on m'a découvert des comptes…”, tout aurait été clair. Yves Calvi ne se serait pas saisi du présent “je suis”. De même, lorsqu'il rectifie, M. Sarkozy aurait dû poursuivre au passé composé : “J'ai parlé de 2007, c'était l'affaire Clearstream”.
Cette mode du présent à tout prix tourne à la confusion, c'est inévitable !

mercredi 26 octobre 2011

Deux sons de cloches


Il est toujours sain de confronter les points de vues. Deux livres parus récemment, signés de deux personnalités aux compétences économiques reconnues, traitent de la façon de sortir des difficultés économiques que nous traversons. Leurs thèses sont radicalement opposées, mais pourtant démontrées avec application et précision.

Pour Jean Peyrelevade (proche de François Bayrou), l'état critique de la France, en particulier de ses finances publiques, nécessite un rééquilibrages des budgets et une restauration de la compétitivité passant par d'inévitables sacrifices des agents économiques, au premier rang desquels les ménages.

Pour Jacques Généreux (proche de Jean-Luc Mélenchon), il serait possible de changer de paradigme en prenant des mesures draconiennes au regard tant de la dette publique que du contexte de la concurrence néo-libérale.

Rien de commun entre ces deux thèses, si ce n'est peut-être leur “radicalité”. J'entends par là des affirmations et des remèdes draconiens dans les deux cas !
Je ne trancherai pas ici, je n'en ai pas la compétence…

Jacques Généreux expose la façon dont un président tel que Mélenchon devrait gérer son arrivée au pouvoir. Quelques mesures autoritaires paraissent à la fois inquiétantes et surtout déphasées. Schématiquement, il propose de fermer les Bourses et les marchés de capitaux durant une période transitoire à l'arrivée au pouvoir du Front de Gauche. Le problème est qu'on n'arrive pas au pouvoir sans préavis (sauf révolution violente) et que, par conséquent, les acteurs économiques anticiperaient lesdites mesures ! Si vraiment Mélenchon accédait au second tour de la présidentielle avec des chances raisonnables d'être élu, on imagine sans peine l'ambiance durant les deux semaines d'entre-deux-tours : fuite des capitaux, mesures conservatoires de la part des marchés, etc.

Jean Peyrelevade, de son côté, envisage une cure d'austérité (appelons les choses par leur nom) qui aurait l'avantage de remettre en ordre les “fondations” de notre politique budgétaire et sociale. Cependant, il y va fort ! Si l'on peut, à certaines pages, être convaincu par ses démonstrations, on s'inquiète en revanche de l'accueil que la population ferait à de telles mesures.

C'est pourquoi, en un sens, je me permets ici d'émettre l'opinion, toute personnelle et subjective j'en conviens, qu'une politique intermédiaire, dont François Hollande est le promoteur, pourrait être plus efficace : restaurer les équilibres budgétaires avec doigté, afin d'éviter tout tsunami financier ou récession, puis, une fois les “fondations” de l'édifice consolidées, envisager des réformes plus audacieuses – et surtout plus exaltantes !

dimanche 16 octobre 2011

Deux impétrants

Arnaud Montebourg a récemment qualifié les finalistes de la primaire du PS d'impétrants.
Contrairement à nombre d'esprits chagrins, je trouve rafraîchissantes ces initiatives des politiques d'employer des mots rares. On se souvient du succès de l'abracadabrantesque de Jacques Chirac, ou du verbe instiller, remis au goût du jour par François Mitterrand, je crois, à propos du mode de scrutin (“instiller une dose de proportionnelle”). Il y eut aussi le retour de l'embellie, amélioration momentanée d'une situation, à propos de l'économie.
En procédant ainsi, ces personnalités politiques donnent immédiatement une notoriété large et rapide à des termes tombés en désuétude, participant à l'enrichissement de notre langue quotidienne.

Alors, qu'est-ce qu'un impétrant, terme à connotation juridique qu'un avocat tel que Montebourg a lâché en une sorte de réflexe ?
Le Robert indique qu'impétrer, c'est obtenir quelque chose d'une autorité compétente à la suite d'une requête. Si le mot sonne un peu “ancien régime”, il convient assez bien à la position de François Hollande et Martine Aubry qui, en ce dimanche 16 octobre, cherchent à obtenir de l'autorité du suffrage universel – les citoyens – la faculté de devenir le candidat du PS pour l'éléction présidentielle de 2012.
Cet aspect “requête” les ramène à plus de modestie face à ceux qui placeront leur bulletin dans l'urne.

Tout cela me convient très bien ! Rien d'abracadabrantesque là-dedans : Montebourg n'a fait qu'instiller un peu de vocabulaire dans les médias, une embellie langagière que je ne puis que saluer !

vendredi 14 octobre 2011

Voilà !

Avez-vous remarqué combien le mot “voilà” est répété dans les médias ?
Lors du débat Aubry-Hollande, c'est la candidate qui a, de loin, battu le record.
Plus tard, sur BFM-TV, la présentatrice a ponctué la quasi-totalité de ses phrases par un “voilà” satisfait.
Reconnaissons que le mot est commode quand on est en panne d'inspiration :
« Je pense que, en fait, je dirais que… Bon, voilà ! », et c'est réglé.
Un jeu à proposer : compter les “voilà” à la radio ou à la télévision et décerner le Prix de la plus grande densité à l'heure (peut-être même un groupe Facebook existe-t-il déjà pour ce faire).

Voilà, c'est dit !

samedi 1 octobre 2011

Récidive ?

Après “Spitnik”, la tentation était grande de profiter encore une fois de la météo clémente pour retourner “grimpailler”. Ce sera aux Chéserys, juste au-dessus de Tré-le-champ, où un topo (voir en fin d'article) annonçait une voie récente aux caractéristiques alléchantes : “Aubade”. Annonce confirmée : une très belle escalade, 100% en dalles, jamais pénible, oscillant entre le 4c et le 5b, qui se révèle être la plus longue des Chéserys avec ses 200 mètres.

La première longueur part directement du sentier. Ah, le gneiss des Aiguilles Rouges et sa couleur caractéristique !

Au terme d'une première longueur de quelque 50 mètres. La dalle d'attaque est visible en bas à droite de la photo.

Un chamois semble avoir décidé de nous suivre. De quoi attraper des complexes !

Le chamois (le vrai), observe les bipèdes qui… l'observent.

Tout en haut de la voie, dans une dalle aisée qui suit un élégant bouclier rocheux assez redressé.

Bis repetita : après l'autoportrait dans “Spitnik”, Zian récidive avec talent. L'avant-dernier relais est installé dans la végétation.

Ce que l'on peut admirer depuis le sommet de la voie. Comme “toile de fond”, on trouve difficilement mieux !

Premier rappel : le “monchu”, les doigts de pied en éventail, se repose tandis que le premier de cordée s'en va à la recherche de l'ancrage suivant…

 Et c'est reparti pour un nouveau rappel de cinquante (et quelques) mètres.

Je ne peux que récidiver ma conclusion de l'article de la semaine dernière :
Il me reste à remercier Zian pour cette expérience ô combien plaisante, organisée avec un soin et un professionnalisme hors-pair ! (Ainsi que pour les photos, bien sûr).

Sources

La toute dernière édition du guide Vamos, une référence, avait permis de découvrir la voie “Aubade”, ouverte tout récemment, en septembre 2010. On ne saurait trop recommander de se procurer cet épais volume, illustré à la fois d'itinéraires dessinés et de photos légendées. Écrit par deux guides, Dominique Potard et François Burnier – ce dernier faisant d'ailleurs partie des ouvreurs de “Aubade“ avec Denis Poussin et Robert Lehmann –, ce topo en est à sa huitième édition !
Lien vers la page du topo sur le site des éditions Vamos.




Hasard ou coïncidence ? J'ai découvert le lendemain de l'ascension qu'un tracé très bien cadré de la voie était apparu tout récemment sur le site d'Hervé Thivierge, Grimpailler.com (où nous avions déjà déniché le topo de “Spitnik” la semaine dernière).
À noter pour les répétiteurs : lors de notre ascension du 1er octobre 2011, le passage-clé (5b) était devenu obligatoire en raison d'un spit dépourvu de plaquette (seul le pas de vis dépassait du rocher). Il s'agit d'un rétablissement délicat au-dessus d'un petit ressaut plus raide que la moyenne de la voie.
L1 : très belle dalle verte
L2 : ressaut en dalle
L3 : nouveau ressaut, plus technique
L4 : le “crux” et un mur soutenu
L5 : nouveau mur, comparable au précédent. Les ouvreurs ont eu le talent de “renifler” les beaux passages
L6 : tout petit passage raide (3-4 m) et marche
L7 : marche, avec ou sans les mains selon les goûts
L8 : bouclier assez raide, bonnes prises, très agréable
L9 : l'inclinaison diminue
L10 : deux bouts de rocher juste pour aller s'installer confortablement dans un espace dégagé
Dans la pratique, il est possible d'enchaîner deux longueurs, mais l'addition dépasse les 50 mètres. Samedi, nous avons effectué une unique longueur de R5 à R9.

jeudi 29 septembre 2011

Pas si primaires que ça !


Pas si “primaires” que cela, les primaires du PS ! Le débat d'hier, 28 septembre, a été d'une grande tenue et d'un intérêt majeur. Sans vouloir être caustique, on aimerait assister à la même chose à droite, un débat entre Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, Dominique de Villepin, Jean-Louis Borloo, Jean-François Coppé et… François Bayrou !

Signe de l'intensité et de la qualité du débat, l'un des commentateurs intervenant durant les entractes a trouvé qu'il était “trop technique”. Eh bien oui, monsieur, les candidats ont abordé des questions de fond, telles que la dette, la fiscalité ou la TVA sociale. Tant mieux !

La confrontation des personnalités et des idées a mis en évidence nombre d'enjeux et révélé les qualités et défauts de chacune et chacun.

Ségolène Royal n'a guère convaincu avec ses foucades : interdire les “licenciements boursiers” ou bloquer les prix (le carburant) n'a malheureusement guère de sens. On imagine, dans ces conditions, que nombre d'entreprises renonceront tout simplement à s'installer en France. Peut-être évitera-t-elle quelques licenciements çà et là ; elle évitera en tout cas des créations d'emplois.
Arnaud Montebourg a joué l'aiguillon, lançant ses piques avec le talent d'orateur qui lui est propre. Si ses propositions peuvent séduire, elles risqueraient, s'il devenait favori, d'attirer les foudres des “marchés” et de compromettre le redressement du pays.
Manuel Valls a, lui aussi, été l'aiguillon, dans un autre sens : rester crédibles, lucides et réalistes. Il avait raison, car la situation n'autorise pas les approximations et mesures illusoires.
Martine Aubry n'a cessé de se “voir” en présidente de la République, afin de contrer ceux qui la prétendent candidate de substitution. En revanche, sa ligne n'apparaissait pas clairement, si ce n'est peut-être qu'elle la jouait un peu “Angela-Merkel” de France !
Jean-Michel Baylet, jovial et simple, a su ramener le débat vers l'Europe, ce qui n'est pas aisé mais s'imposait, ainsi que vers la laïcité ou la justice fiscale.
Enfin, François Hollande a joué très adroitement le rôle du candidat “sérieux”, non sans insister sur son contrat de génération. Symbolique forte, certes, application plus douteuse cependant. Il a rappelé avec justesse qu'une réforme fiscale préalable s'imposait, sans laquelle rien ne serait possible.

Ce qui ressortait clairement, c'est qu'un (ou une) président(e) de gauche, arrivant au pouvoir, aurait a faire preuve d'autorité et de discernement. Autorité pour réformer la fiscalité, discipliner le système financier – une tâche rude ! –, être actif au niveau de l'Union européenne afin d'obtenir des arbitrages favorables à tous ; discernement pour se garder comme de la peste des fausses solutions, sans pour autant abandonner toute idée de créer des “chocs” psychologiques en étudiant avec sérieux comment, par exemple, mieux armer l'Europe face à la concurrence mondiale.

Tout ce petit monde a su débattre, résumer en quelques phrases des enjeux complexes, mettre sur la table les sujets délicats qu'il faudra traiter demain. On était loin des gadgets de com' trop souvent employés dans les campagnes électorales. Au-delà des préférences partisanes, ce débat a considérablement revalorisé l'image de la gauche – et je ne crois pas exagérer en disant cela !

mardi 27 septembre 2011

Walter Bonatti

Walter Bonatti, l'un des plus grands alpinistes de sa génération, est mort le 13 septembre dernier, à l'âge de 81 ans (né à Bergame le 22 juillet 1930). Le web regorgeant d'informations le concernant, je n'aurai pas ici la prétention de rédiger une notice exhaustive. Je me contenterai de relever deux caractéristiques marquantes – à mes yeux du moins – de cet alpiniste hors-normes.

Sa précocité tout d'abord.
Bonatti a réussi dès l'âge de seulement 19 ans (1949) de très grandes ascensions : face nord-ouest du piz Badile, face ouest de la Noire de Peuterey et éperon Walker aux Jorasses, sixième ascension pour cette dernière. Excusez du peu ! Et il fêta son 21e anniversaire au bivouac en ouvrant sa célèbre voie du Grand Capucin (20-23 juillet 1951)…

Sa résistance ensuite.
Rarement alpiniste aura résisté à des conditions aussi périlleuses, que ce soit son bivouac sans matériel à plus de 8000 mètres au K2, sa retraite dans la tempête hivernale au retour du mont Blanc (décembre 1956, après avoir tenté d'assister Vincendon et Henry), ou la tentative au pilier du Frêney (1961) : partis à sept, ils subissent les assauts du mauvais temps durant plusieurs jours ; seuls Pierre Mazeaud, Roberto Gallieni et Bonatti survivront durant une terrible retraite… Il faudrait y ajouter ses premières solitaires, à une époque où ce genre d'entreprise était particulièrement hasardeuse (pilier SW des Drus, face nord du Cervin en hiver).

Deux jours avant sa disparition, une sorte d'écho symbolique s'était produit aux Drus, non loin du pilier qui portait son nom : une vaste plaque de rocher s'écroulait avec fracas…

lundi 26 septembre 2011

Spitnik - val Ferret

Folie des grandeurs
Tenter un retour à l'escalade ? Ça me démangeait, même si je n'avais pas grimpé depuis une éternité (1995), avec cependant une exception, en 2005 (six ans, déjà). Saurais-je encore trouver des prises ?

Le meilleur moyen de le savoir était encore d'essayer et, auparavant, de racheter des chaussons d'escalade adaptés à mes petons sensibles : je n'ai pas du tout la vocation des japonaises du XIXe siècle ! La vendeuse du Vieux Campeur se demandait où allait s'arrêter ma “folie des grandeurs” : ce sera du 44 pour un gars chaussant du 42 en ville !

Néo-néophyte
Une fois équipé, je devais trouver un guide assez patient pour conduire un tel néo-néophyte. Ce sera Zian, qui me connaît pour m'avoir emmené à l'aiguille des Grands Montets ou à l'arête des Cosmiques. Où aller ? Au téléphone, il m'a proposé exactement ce à quoi j'avais songé quelques mois plus tôt en découvrant une photo attrayante sur le site d'Hervé Thivierge (à recommander). Ce seront donc les dalles de Pré de Bar, tout au fond du splendide val Ferret, sur le versant italien du massif du Mont-Blanc.

Ci-dessus : l'ambiance paradisiaque du val Ferret. Le départ et l'arrivée de la voie sont repérés par les deux flèches.

Que dalles ?
Qui dit “dalles” dit escalade délicate, sollicitant peu les bras, rassurante et “cool”. Je suggérai par exemple la voie tout à gauche, “Ryoby”, qui ne dépasse pas le 5a. Moue peu enthousiaste du guide. Il choisira pour moi : la voie “Spitnik”, répondant au signalement de “voie en dalles”… sauf que les ouvreurs, non sans malice, ont décidé de pimenter le parcours de deux passages carrément surplombants, de vrais “toits”.

Le premier sera l'occasion de toutes les manœuvres réprouvées par les tenants de l'escalade dite “libre” : point d'aide (pour les mains et les pieds, avec cordelette s'il vous plaît), ahanements*, blocages de la corde par l'assureur pour autoriser le repos des bras…
* Un néologisme qui s'impose ici, du verbe ahaner, qui se passe de commentaires !

Problèmes de lecture
Un blog italien précise : “un tetto di non facile lettura e molto fisico che le guide danno 5c, ma secondo noi è almeno un 6a”, ce qui doit signifier “un toit difficile à lire et très physique, que le topo annonce en 5c mais qui, selon nous, est au moins un 6a” – ceci pour me rassurer sur ma médiocre performance ! Car s'il est difficile à lire, ce toit est aussi difficile à écrire, si je puis me permettre ce calembour…

Ci-dessus : le départ de la dernière (longue) longueur. Un mur, puis un surplomb (on le devine à l'angle de la corde rouge) et le spigolo, ou relaye le premier de la cordée. La corde bleue est l'un des brins de notre rappel.

Le second, fort heureusement moins difficile, se négociera en bon style, sans point d'aide, non sans auto-exhortations à voix haute (!) Quant au reste, c'est du grand plaisir de grimpe, sur un granit très sculpté, avec des dalles “pures” en premières longueurs et des passages plus redressés dans la seconde partie. De quoi s'employer à la “lecture” du rocher, un exercice plus ardu que celle des livres…

Ci-dessus : le “monchu” émerge du dernier mur. On distingue, au fond, une cordée dans la voie “Bierfest”.

La voie n'est pas très longue : 160 mètres environ remontés en 5 longueurs (trois de 25 à 30 m, une de 30 et une dernière de 50, shuntant un relais). 4 rappels (cordes de 50 m) suffiront pour la descente.

Ci-dessus : Zian réussit un “autoportrait avec client”, pas facile à cadrer !

Il me reste à remercier Zian pour cette expérience ô combien plaisante, organisée avec un soin et un professionnalisme hors-pair ! (Ainsi que pour les photos, bien sûr).

Quelques notes…
Nous avons attaqué par le voie “Ligne blanche”, dont la première longueur est de même difficulté que celle de “Spitnik” (5a, fin et délicat). Suivent une quarantaine de mètres de dalles (4c puis 4b) avant le premier “toit” (5c, 2 spits). La longueur suivante est une promenade, agrémentée d'un petit bloc en 4a. La dernière longueur commence par un petit mur (4c), suivi du second “toit” (5b), d'un “spigolo” arrondi, auquel je préférerai le dièdre à sa droite (4c), avant un final composé d'un dièdre (4c) et d'un mur aimable mais technique (5b). Cette ultime longueur (50 m) peut se découper en deux (relais au sommet du “spigolo”).
Outre le site d'Hervé Thivierge, précité, on trouve un topo assez complet sur le site Sport Militare Alpino (www.sportmilitarealpino.it), et un très beau reportage photographique sur le site d'un grimpeur italien, à cette adresse.

samedi 10 septembre 2011

Grèce : qu'en penser ?

Que va devenir la Grèce ? Quelle opinion avoir sur ses déboires ? Je ressens pour ma part une indubitable ambivalence.

D'un côté, comment imaginer une monnaie commune sans un minimum de solidarité et de péréquation ? Surtout à l'égard d'un pays dont le poids économique est somme toute modeste. Imaginerait-on, en France, de se désolidariser d'une région au motif qu'elle serait moins riche que les autres ? On peut être indisposé par la position hésitante de l'Allemagne, qui semble vouloir bénéficier des avantages de l'euro sans cependant en assumer les inconvénients (i.e. disposer d'un marché d'exportation dans la zone euro sans accepter de mutualiser la dette). La cure d'austérité imposée à la Grèce peut aussi apparaître comme cruelle et, surtout, inefficace, puisque la récession qu'elle provoque ne fait que creuser ses déficits.

D'un autre côté, force est de reconnaître que quatre constatations ne plaident pas en faveur d'Athènes :

1. Avoir maquillé ses comptes publics, qui plus est avec l'aide d'experts américains, la banque Goldman Sachs. Que voilà une curieuse attitude de “conseil”, de surcroît de la part d'un établissement financier dont le rôle dans la crise des subprimes fut pour le moins trouble…

2. La part de l'économie souterraine atteint les 20% du PIB, un taux record, qui a augmenté depuis que les impôts ont été eux aussi augmentés. Dès lors, il n'est guère étonnant que les recettes fiscales soient amputées dans des proportions dramatiques. Il est révoltant pour les autres pays de la zone euro de financer indirectement cette économie hors la loi. Il y a là un problème d'éthique, qui touche également l'Italie (15 à 17% selon les estimations). Cette “tradition” méditerranéenne empoisonne l'Union Européenne. Notons que la France n'est pas en reste, avec un ordre de grandeur de 4 à 10% (une large fourchette !)

3. Pour tout arranger, l'administration fiscale grecque est corrompue : il serait relativement aisé de payer les contrôleurs fiscaux pour qu'ils ferment les yeux. Dans ces conditions, il y a peu d'espoir d'un redressement des finances publiques de la Grèce.

4. Les mesures arrêtées pour tenter de juguler l'hémorragie des finances grecques sont certes discutables. Il n'en demeure pas moins qu'elles sont la condition sine qua non de l'application d'un plan d'aide de la part de ses partenaires de la zone euro. Mais elles tardent à être mises en œuvre. Athènes joue avec le feu.

Quand on apprend que la Finlande exige des garanties spéciales avant de contribuer au plan d'aide, que l'Allemagne renâcle de plus en plus à le pérenniser, et que la Slovaquie ne se presse pas pour le faire approuver par son parlement alors qu'il y a urgence, on peut légitimement se demander ce qui va se passer dans les mois qui viennent.

Sans vouloir jouer les Cassandre – déesse grecque, rappelons-le – je me demande sincèrement comment l'on pourra éviter une sortie de l'euro de la Grèce, qui ne pourra que déclencher de graves turbulences dans toute la zone, au premier rang desquelles l'envolée des taux des dettes souveraines*.

(*) Nous payons à peu près 50 milliards d'intérêts par an, pour une dette de l'ordre de 1800 milliards, ce qui équivaut à environ 2,7% de taux moyen. Imaginez le “trou” dans nos finances si ce taux n'augmentait ne serait-ce que d'un point ! Et pour disposer d'un ordre de grandeur, certains éléments de la dette de la Grèce sont refinancés par les marchés au taux de 25%…

vendredi 9 septembre 2011

Assistanat : la paille et la poutre

Souvenez-vous, début mai 2011, Laurent Wauquiez (ministre des affaires européennes) déclarait que "l'assistanat est un cancer". S'il visait les aides sociales, et en particulier le RSA, peut-être aurait-il dû aller voir ailleurs – par exemple du côté de ces niches fiscales qui défrayent la chronique ces temps-ci (y compris les miennes, excusez l'autopromotion).

Car c'est un peu la paille et la poutre, cette histoire. Quel est le vrai “cancer” ? Sont-ce les aides sociales aux plus démunis, déjà maltraités par la vie et par la société, ou bien seraient-ce les aides économico-financières accordées aux plus favorisés ?

Bénéficier de larges déductions fiscales pour investir dans des hôtels de luxe dans les DOM-TOM, ou pour acheter, puis louer, un logement ou une résidence de tourisme, obtenir des réductions d'ISF en souscrivant on ne sait quelles parts de sociétés, rembourser des millions d'euros aux plus riches des contribuables, faire en sorte que l'État solvabilise les acquéreurs d'automobiles en leur versant des primes, accorder des remises d'impôts sur les sociétés à des groupes qui versent de confortables dividendes à des actionnaires  trop gourmands – l'énumération pourrait être longue – qu'est-ce d'autre que de l'assistanat, et de mauvais aloi de surcroît ?

Oui, en un sens, les niches fiscales non justifiées par d'authentiques critères de solidarité sont bel et bien le cancer de la fiscalité française. Notre gouvernement, et M. Wauquiez en particulier, devraient s'en aviser au moment où les députés de l'UMP se déballonnent face aux lobbyistes de tout poil*.

(*) De ce point de vue, la réaction indigne et sordide de Coca-Cola hier soir (démentie dès le lendemain matin) d'exercer un chantage à l'investissement en France parce que le pays envisage de taxer (faiblement : 1 centime par canette) la boisson américaine, est révélateur !

mercredi 7 septembre 2011

Niches fiscales : les chiens aboient, l'amendement passe…

Réformer la fiscalité ressemble à une mission impossible. Les mécanismes dérogatoires, rassemblés sous la dénomination de "niches fiscales", ont encore de beaux jours devant eux. Comme le relevait avec humour et pertinence un ancien ministre du budget (Alain Lambert) : “Derrière chaque niche, il y a un chien”. Si l'on tente de ravir son os à l'animal, celui-ci montre les crocs !


C'est ce qui vient de se produire avec le projet du gouvernement de rétablir un taux de TVA “normal” sur les entrées de parcs de loisirs. Pourtant, cette activité est assez éloignée des produits et services de “première nécessité” pour lesquels la TVA est de seulement 5,5%. Il a cependant suffi que M. Raffarin aboie un peu fort pour que la mesure soit annulée*. On mesure combien les niches fiscales ont des effets pervers : elles transforment des mesures dérogatoires ou exceptionnelles en contexte “normal”, ce qui rend leur suppression extrêmement délicate. On songe à ce propos au taux réduit accordé à la vente sur place dans les restaurants et cafés (coût annuel : 2 milliards d'euros). Il sera difficile de revenir en arrière – alors même que le secteur vivait depuis toujours avec un taux standard (19,6%).

François Hollande prône une vaste réforme fiscale. Il a raison : minée de l'intérieur, entre autres choses par ces fameuses "niches", notre fiscalité ne ressemble plus à rien et, surtout, est devenue injuste et inefficace. Mais quand on observe la levée de boucliers provoquée par les seules entrées de parcs de loisirs, pourtant de faible enjeu (90 millions d'euros sur un total de près de 60 milliards pour l'ensemble des niches), on comprend que la tâche sera ardue ! Thomas Piketty, Camille Landais et Emmanuel Saez, les auteurs de Pour une révolution fiscale, qui proposent rien moins que de supprimer l'ensemble des niches fiscales de l'impôt sur le revenu, font l'impasse sur la difficulté politique extrême de cette audacieuse réforme.

On peut craindre, au final, que les seules niches supprimées soient celles qui répondaient plus à des impératifs de justice sociale qu'à des intérêts de lobbies. Ces derniers sont en effet beaucoup plus efficaces pour faire pression sur les gouvernements que ceux qui souffrent de difficultés sociales…

————
* Parmi les bénéficiaires de taux de TVA réduit figure l'hôtellerie. Le gouvernement envisage donc de taxer les hôtels de luxe à la place des parcs de loisirs. Pourquoi pas ? Mais c'est ajouter une nouvelle taxe spécifique à notre dispositif fiscal. Encore une fois, l'hôtellerie n'est pas à proprement parler un “bien de première nécessité”. Ce sont plutôt des considérations de concurrence touristique qui ont conduit à faire bénéficier les hôteliers de la faveur d'un taux à 5,5% (coût annuel : 900 millions d'euros). Là encore, on peut s'interroger sur la légitimité d'un tel avantage…

mercredi 24 août 2011

R. Stevie Moore : fascinant !

Une découverte surprenante et attachante s'il en est.


C'est un article du (très sérieux) quotidien Le Monde (*) qui m'a permis de découvrir le talent de Robert Stevie Moore, marginal américain aux dons mélodiques avérés. Voici mes préférées :
  • I Like To Stay Home (logique pour un fan du home studio). Vidéo ici ou aussi là.
  • Why Should I Love You (un morceau qui a la simplicité virtuose des Beatles de l'époque Can't Buy Me Love, yeah, ha, ha, all right, come on). Vidéo ici.
  • Play Myself Some Music (avec la formule finale “silence makes me cry"). Vidéo ici.
  • I Love You Too Much To Bother You (simple et efficace).Vidéo ici.
Méfiez-vous : ce gars a la capacité de vous accrocher avec des mélodies qui ne vous sortent plus de la tête. Ça ne vous rappelle pas quelqu'un ?
Si : Paul McCartney, Sir Paul himself ! D'ailleurs, Stevie Moore est un excellent bassiste et multi-instrumentiste aussi…

(*) Ci-dessous la photo de R. Stevie Moore 2011, entouré du jeune groupe qui l'accompagne :

Dix ans déjà !

La peur de la “mauvaise note”
Tels des élèves peureux face aux maîtres d'école, les gouvernants français s'agitent soudain pour ne pas récolter une “mauvaise note” des agences de notation. Il faut dire que la “note” serait salée, au double sens du terme. Les intérêts de notre dette consomment d'ores et déjà l'équivalent de l'impôt sur le revenu. Il ne faudrait pas qu'ils s'accroissent trop, au risque de mettre le budget sens dessus dessous…

Antifiscalisme primaire
Dix ans, déjà. Dix ans que l'antifiscalisme primaire de la droite libérale est à l'œuvre, vidant consciencieusement de leur substance la plupart des impôts : impôt sur le revenu, au premier chef, mais aussi impôt sur les sociétés et taxe professionnelle – sans oublier le versant social avec les exonérations de charges à tout-va. Le plus grave, c'est que le système fiscal n'a plus ni queue ni tête, qu'il est devenu non seulement illisible mais absurde et injuste, un mille-feuilles de taxes et d'exonérations qui se neutralisent les unes les autres, affichant parfois des taux impressionnant les contribuables sans pour autant aboutir à des montants significatifs.

Règle d'or
Et l'on s'étonne au moment de tirer le trait final : tiens, oui, un déficit apparaît. Et d'en avoir plein la bouche d'une règle dite d'or que l'on ne s'est jamais appliquée à soi-même depuis dix ans, multipliant les réductions d'impôts et les si fameuses “niches” fiscales gardées par des chiens qui savent montrer les crocs pour ne pas qu'on les dérange.

Rigueur électorale
Fait néanmoins exceptionnel : en pleine période électorale, des mesures de rigueur sont prises. C'est dire si l'opinion des agences de notation compte incomparablement plus que celle des électeurs. À méditer ! Ne faudrait-il pas demander auxdites agences de nommer elles-mêmes le meilleur président de la République ? On gagnerait du temps et de l'énergie.

Culot monstre
Mais soyons précis : si des mesures sont annoncées, elles suivent de peu des tentatives de “cadeaux électoraux”, au premier rang desquels la réduction de l'ISF (pour un coût de 2 milliards tout de même). Le chroniqueur du Monde avait raison de relever que le gouvernement a un “culot monstre” en jouant les chantres de la vertu budgétaire. Comme quoi il suffit de proclamer des contre-sens pour être cru. La communication politique a encore de beaux jours devant elle…

mercredi 10 août 2011

Le Monde perd la boule

Les abonnés au quotidien Le Monde peuvent recevoir par courriel des “alertes” rédigées par le site web www.lemonde.fr. Depuis deux ans, je n'ai qu'à me louer d'avoir choisi ce procédé pour au moins deux raisons :
  1. Les alertes sont envoyées avec parcimonie, uniquement lorsqu'une information capitale est détectée par la rédaction (fréquence moyenne : 3 à 4 par semaine).
  2. Elles sont concises, précises et l'on en tire immédiatement un éclairage utile sur les événements qui se sont produits.
Or, que se passe-t-il ces derniers jours ? Probablement saisis par la fièvre du krach boursier, voici que les responsables de ces “alertes” ne cessent de nous bombarder de messages contradictoires sur telle ou telle chute, rebond, plongeon ou nervosité des Bourses. Nervosité, c'est là où le bât blesse ! Ce qu'on attend de journalistes professionnels, c'est justement de ne pas céder à la nervosité. Jugez-en :


Neuf “alertes” en 48 heures (les heures indiquées correspondent aux moments où j'ai relevé mes messages). La confusion règne. Tout est contradictoire et ne dégage aucune tendance, aucune indication utile – si ce n'est, encore une fois, la nervosité. Tout le contraire de ce qu'on attend d'un organe d'information serein capable de faire le tri et de ne pas céder à la panique. À quoi cela sert-il de multiplier ce genre de messages ? À rien : leur abondance les banalise, tandis que leur teneur n'informe pas, elle désoriente…
Nul doute que Le Monde (ou le monde, d'ailleurs) a cédé au vertige de chroniquer en direct l'écroulement d'un système financier devenu fou… Pas de chance : ce n'était apparamment pas pour tout de suite.

À bientôt pour de nouvelles “alertes” !

lundi 18 juillet 2011

Colère

François Fillon a déclaré :
"On me dit qu'il y a une polémique en France sur les propos que j'ai tenus en réponse à Mme Joly qui proposait de supprimer le défilé militaire du 14 juillet. Je vais vous dire : je m'en félicite parce que je suis en colère."
Donc, notre Premier ministre est en colère.

C'est très à la mode d'être en colère… mais il y a un vieux proverbe qui dit que “la colère est mauvaise conseillère”. En outre, il me semble – arrêtez-moi si je me fourvoie – qu'un Premier ministre se doive de maîtriser ses émotions, surtout la colère. Imaginez ce que cela pourrait donner dans des instances internationales ou lors de difficiles négociations diplomatiques ! Qu'il passe ses nerfs sur un punching ball avant de faire des déclarations intempestives. Ce manque de tempérance est bien peu flatteur pour la fonction qu'il exerce.

Et notre président de la République ? Quel calme ! Quel silence ! Il est aux abonnés absents ? Est-ce cela, se “représidentialiser”, ne plus rien dire du tout ? Vraiment, on passe d'un extrême à l'autre… Le roi fainéant à Brégançon, ça ne vous rappelle rien ?

Le “calme Fillon” en colère et le “turbulent Sarkozy” qui ne pipe plus mot, voilà qui sent très fort les conseils de boîtes de com' !

samedi 16 juillet 2011

Une histoire de Dôme

Ce panorama, j'ai la chance de le contempler régulièrement depuis des décennies :


Ambiance “neige fraîche” le 13 juillet 2011.

Concentrons-nous sur le motif central, Goûter et mont Blanc, en fin de journée le 15 juillet 2011 :


Comme semble l'indiquer cet ancien croquis, dessiné par mon père dans les années soixante-dix :


…le Dôme du Goûter se situe à gauche de l'aiguille homonyme, repérable à une côte rocheuse sous son sommet.
Or… il n'en est rien ! Il aura fallu près de cinquante années avant que je ne me rende compte que…


1. Le Dôme du Goûter est la bosse plus à droite (4304 m), que la perspective fait paraître moins haut que l'autre sommet
2. Ce sommet marqué par une petite côte rocheuse est la pointe Bayeux (4258 m)
3. La trace des ascensionnistes du mont Blanc passe bien entre les deux sommets
4. Le refuge de l'aiguille du Goûter, d'où ils sont partis
5. Le mont Blanc, caché derrière la bosse de la pointe Bayeux
6. Ce qui devrait être la pointe Bravais (4057 m)
7. Le Mur de la Côte, sur l'itinéraire des “trois monts”
8. Le refuge de Tête Rousse
9. Le piton des Italiens

Fantastique découverte !
(Bon, je sais, il faut être initié pour comprendre le sens de cette remarque).

PS : je ne sais toujours pas si, oui ou non, je suis passé au sommet du Dôme…

Les clowns du cirque

Le cirque de la Présidentielle a commencé son spectacle, approchez messieurs-dames, approchez !

À ma gauche, le clown Auguste et son nez rouge – pardon, la clowne Eva et ses lunettes rouges ;
À ma droite, le clown Blanc – pardon, le clown gris Fillon et ses cernes encore plus gris.
 
La première propose de remplacer le défilé militaire du 14-Juillet par un défilé “citoyen” rassemblant, entre autres, des écoliers et des personnes âgées. On imagine l'ambiance, surtout pour les grabataires ! Peut-être que s'y joindraient aussi les boulangers avec leurs baguettes, les paysans avec leurs fourches et les dépanneurs Darty en camionnettes (quoique, les camionnettes, avec la pollution…)

Le second, sinistre sire, accuse la première de n'être pas entièrement française. Ce serait drôle si ce n'était pitoyable. Le fond du fond du panier graveleux (si tant est qu'un panier graveleux existât).

Et si on revenait aux fondamentaux : le 14-Juillet n'a jamais été la “fête de l'armée”, donc, c'est vrai, il n'y a pas de raison de ne fêter que cette institution. Pour mettre tout le monde d'accord, peut-être faudrait-il s'interroger sur l'origine historique de ce 14 juillet-là. Mais j'ai cru lire quelque part que M. Fillon avait eu son bac de justesse…

Tout ça pour se faire du buzz…

NB en PS : quant à Yves Cochet, dans une tribune publiée par Le Monde, il nous tance vertement avec son “Dernières vacances avant la récession” dans laquelle il propose le rationnement des “biens de base”. Rien que ça.

Le cirque est en marche, bonnes vacances à tous (avant récession).

mardi 5 juillet 2011

Les 400 coups

Didier Pourquery, rédacteur en chef du Monde magazine, a rédigé près de soixante éditoriaux organisés tous de la même façon, en employant le mot "coup". Si cela me laissait froid au départ, je m'y suis accoutumé. Et j'ai pris conscience du nombre gigantesque d'expressions françaises utilisant ce mot.
Son dernier "coup" est, de son propre aveu, un coup d'arrêt. Le cent soixante-dix-huitième !

Il aurait pu atteindre les 400 coups, à ce rythme-là !

Consultez la page du Trésor Informatisé de la Langue Française sur ce mot, ça vaut le coup (!!)

jeudi 30 juin 2011

Casino des ambitions

François Fillon a peut-être trouvé la formule juste quand il a dénoncé le “casino des ambitions”… sauf qu'il l'appliquait à la primaire socialiste, alors qu'elle me paraît convenir à merveille à l'élection présidentielle.

Un casino dont la roulette fut bien cruelle quand elle priva Lionel Jospin de second tour en 2002 pour un écart de 0,68% des suffrages exprimés (moins de 200000 voix)

Un casino à quitte ou double quand Valéry Giscard d'Estaing l'emporta le 19 mai 1974 avec un peu plus de 400000 voix d'avance sur François Mitterrand (sur un total de suffrages exprimés dépassant les 26 millions)

Un casino où tout le monde se presse – on devrait installer des physionomistes à l'entrée ! – figurants d'extrême gauche pourtant adversaires résolus des élections (“pièges à cons” selon eux), animateurs de télévision, ancien juge d'instruction, représentants de chasseurs,  dissidents et doublons de tout acabit, royalistes, fascistes, trublions et autres vociférateurs… en attendant footballeurs professionnels et mannequins de mode (tiens ! voilà une idée pour 2017 !)

N'est-ce pas le casino des ambitions qui transforme un homme politique pourtant intelligent en “colossal sans finesse” (Jean-François Copé), qui incite un candidat à torpiller son collègue (Chirac en 1981), qui empêche un centriste de se trouver un parti tant il la “joue perso” (Bayrou à deux et bientôt trois reprises), ou pousse une candidate socialiste à dérailler dans la bravitude sous les attaques de ses congénères ?

Oui, il y a quelque chose de malsain dans cette ultra-personnalisation de l'élection, qui ne profite pas vraiment à la démocratie.
Vous pensez que j'exagère ? Rendez-vous fin avril 2012, et vous constaterez qu'il y aura de ça…

En ce sens, la primaire socialiste ressemble plus à un garde-fous qu'autre chose, en jouant le rôle de filtre, pour le meilleur… et pour le pire.
Pour ma part, je serais bien en peine de faire un pronostic pour octobre 2011 : qui l'emportera du trio infernal Aubry-Royal-Hollande, quand on sait les haines recuites qui les séparent, en particulier Royal-Hollande (les deux “ex”) et Royal-Aubry (celle à qui la seconde a “piqué” son poste de justesse).

mardi 21 juin 2011

Principe(s) de précaution

Dans son dernier numéro, Marianne examine une série de médicaments qui “menacent notre santé”. Parmi eux figure, d'après l'hebdomadaire, un produit destiné au sevrage du tabac, qui contient de la varénicline.

Son remboursement par la Sécurité Sociale n'est plus admis car l'un de ses effets secondaires est d'entraîner des dépressions, voire des suicides.
Est-ce vraiment un problème ? Il suffirait d'apposer une mention claire avertissant les consommateurs sur le paquet, dans l'esprit du montage ci-contre. Le principe de précaution, nous y sommes habitués, puisqu'il est inscrit dans la Constitution. Et comme il semble que le budget de la Sécurité Sociale soit gravement grevé des frais induits par les maladies des fumeurs, mieux vaudrait à nouveau rembourser ce médicament : il permettra d'importantes économies grâce à ses effets secondaires…

NB : ce billet est signé d'un fumeur, qui exagère, même s'il y a de ça…

lundi 20 juin 2011

Peut-on se “démondialiser” ?

Dans son petit livre publié chez Flammarion (1) Arnaud Montebourg prône une “démondialisation”, à rebours de la tendance générale. L'initiative est courageuse et ne manque pas de pertinence. À lecture de ces quelque 80 pages, on constate que la mondialisation que certains nous disent “heureuse” (2) est en réalité un vaste désordre. Pas étonnant que ses effets secondaires – voire “pervers” – soient nombreux.

Un cas exemplaire (page 22)
Un transporteur fait venir à Marseille par avion-charter des chauffeurs de camions turcs. Ils prennent le volant de leurs poids-lourds dès leur débarquement du bateau qui les achemine, et s'en vont livrer leurs chargements en France. Cette astuce permet de diviser par deux le coût du transport, et dans certains cas, de contourner la législation du travail française. Montebourg précise que sur les parkings l'entente avec les routiers français est peu cordiale. La mondialisation heureuse n'est pas passée par là. Peut-être M. Minc devrait-il faire une tournée d'été des parkings d'autoroutes ?

Au-delà du constat, malheureusement, Arnaud Montebourg peine à nous convaincre que son programme pourrait être appliqué. Il faudrait pour cela rallier à son panache (dont il ne manque pas) les institutions européennes et l'OMC, une mission que même Jim Phelps refuserait d'entreprendre. Il faudrait aussi convaincre l'Allemagne, nation qui tire des avantages stratégiques de ladite mondialisation, en particulier la vente de machines-outils aux pays émergents. Il faudrait enfin compter  avec les représailles des marchés financiers…

Pourtant, le bon sens serait de comprendre que des pays aux normes sociales et aux niveaux de revenus sans aucune commune mesure avec ceux de l'Europe posent des problèmes de “compatibilité”, pour utiliser une métaphore informatique. Des systèmes trop hétérogènes fonctionnent mal ensemble et causent des plantages, comme on dit en jargon. Ne faudrait-il pas imaginer des “tampons” (buffers), ou autres “sas”, afin que les chocs soient moins violents ? Car cette concurrence largement faussée ne crée le bonheur ni d'un côté, ni de l'autre.

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(1) Votez pour la démondialisation !, Arnaud Montebourg, avec une préface d'Emmanuel Todd, éditions Flammarion 2011, ISBN 978-2-0812-6883-8. Prix de vente : 2 € seulement. On notera que l'impression est réalisée en France, et que la mise en pages – de très grande qualité – est signée de Meta-systems (Roubaix).

(2) La seule preuve, en définitive, que Montebourg pourrait avoir visé juste est que l'auteur du livre La mondialisation heureuse, Alain Minc, a perdu son calme et qualifié les thèses du candidat PS à la primaire de “débilités”… avant de le mettre dans le même sac que Marine le Pen, étiqueté “connards antieuropéens”.
Source : page 4 de l'interview accordée par Alain Minc au site nonfiction.fr du 23 mai 2011, en ligne à la date de rédaction de ce billet sur le site.

mardi 14 juin 2011

Des “Non” francs et massifs

Aïe, aïe ! Rarement résultat de référendum aura été aussi net ! Voici qu'en Italie le triple-référendum organisé ce dimanche s'est soldé par plus de 90% de "Non". De quoi se souvenir de la célèbre formule de De Gaulle : “Un oui franc et massif”… en inversé. Au jeu des différences, on notera que si de Gaulle avait envisagé de démissionner en 1960 s'il n'obtenait pas une majorité de Oui par rapport aux inscrits, Silvio Berlusconi ne voit pas les conséquences politiques de la consultation du même œil ! Mais il est également vrai qu'il s'agissait de référendums d'initiative populaire – nuance !! – conduisant le chef de l'État italien à demander à ses concitoyens… de ne surtout pas aller voter !

Humour involontaire des paradoxes…

mercredi 8 juin 2011

Abracadabrantesque !

Apprendre l'Histoire en s'amusant ?
C'est le défi relevé par Marie-France Lavarini et Jean-Yves Lhomeau avec leur livre Une histoire abracadabrantesque, abécédaire de la République.

Toutes les expressions qui ont laissé une trace dans notre Cinquième République sont autant de prétextes à de brefs rappels du contexte qui les a vues naître. Passionnant !
On pourrait reprocher au livre de faire la part un peu trop belle à de Gaulle. Reconnaissons qu'il fut, cependant, l'un des plus prolixes.

Échantillons
Avions renifleurs, bravitude, cactus, droit dans ses bottes, grain à moudre, je vous ai compris, Liliane fais les valises, monopole du cœur, oui franc et massif, petit télégraphiste, plan B, quarteron de généraux en retraite, roquet, sauvageons, travailler plus pour gagner plus, vieux kroumirs racornis…

Si vous êtes capables de retrouver les auteurs et l'époque de ces quelques formules, c'est que vous êtes très fort !

mardi 7 juin 2011

Présomptions

À propos de la bactérie qui vient de causer la mort de nombreuses personnes en Allemagne et en Europe, José Bové dénonçait le manque de coordination des pays européens en les comparant à des “coqs sur leurs tas de fumier”.

Une image bien choisie, que j'appliquerais pour ma part aux médias : de vrais coqs, qui crient à tort et à travers, perchés sur le tas de fumier de leurs pseudo-révélations…

Sans avoir aucune certitude, se fondant sur des présomptions (un terme très usité ces temps-ci), ils ont tous titré sur “le concombre”, la “bactérie tueuse” et tutti quanti, causant de graves difficultés à de nombreux exploitants agricoles. Le coût du plan d'aide en cours de mise en place au niveau européen est de 180 millions d'euros.

Et si l'on demandait à tous ces médias prompts à diffuser des informations non certaines – voire totalement fausses – de participer aux réparations des dommages collatéraux de leur irresponsabilité ?
Il ne suffit pas d'incriminer les rumeurs propagées sur Internet si les professionnels de l'information eux-mêmes en propagent à leur façon – avec infiniment plus de conséquences ! Et quand bien même ces rumeurs seraient initiées par des gouvernements, ce n'est pas une excuse suffisante…


Voir le site du concombre masqué, personnage de BD bien connu…

mardi 24 mai 2011

GIF animés


Dans le genre “GIF animés", dont je ne suis d'habitude guère un fan, celui-ci pourrait remporter un concours !
Cliquez sur l'image pour l'afficher en pleine page afin que l'animation démarre (du moins est-ce ainsi que cela fonctionne sous FireFox).

On peut d'ailleurs réaliser des bannières intéressantes avec cette technique.
Voir par exemple la page d'accueil du site des éditions AO :
http://www.ao-editions.com

lundi 16 mai 2011

Mélancolie heureuse

Benoît Duteurtre figure parmi mes écrivains préférés. L'été 76, qu'il vient de publier chez Gallimard, a éclairé mon week-end d'une vibrante lumière.
Je retrouvais ce moment de ma vie, entre quatorze et dix-sept ans, où s'étaient précisés mon destin, mes goûts, mes passions, et j'éprouvais une curieuse mélancolie : une mélancolie heureuse et vibrante, comme cette petite lumière toujours vive de mon passé.
Quelle magnifique définition de la “mélancolie” !

dimanche 15 mai 2011

Paradoxes au paroxysme

La communication publicitaire – mais aussi politique – aime manier le paradoxe, jusqu'au paroxysme parfois. Au point de tomber dans le mensonge le plus éhonté. De telles attitudes ne font que renforcer le malaise de ceux qui reçoivent de tels messages. Jouer avec les mots n'est pas innocent.

L'exemple ci-contre est anodin tout en étant exemplaire. Que proclame la FNAC à propos des “espaces vendeur pro” qu'elle propose d'ouvrir sur son site ?
En deuxième ligne, l'affirmation “pas de frais fixes”.

Petit rappel, des frais fixes sont, par définition, des frais qui sont facturés forfaitairement quelle que soit l'activité, par opposition aux frais dits variables, qui, eux, sont proportionnels à des quantités – des ventes dans l'exemple qui nous intéresse.

Or, que lit-on en bas de la bannière publicitaire ?
Que 39,90 € HT sont facturés tous les mois.
Si ce ne sont pas des frais fixes, alors de quoi s'agit-il ? De frais variables forfaitaires indépendants des ventes ?

De quoi en rester pantois…

Cette bannière était visible à l'adresse http://mp.fnac.com/vendre/pro? au moment de la rédaction de ce billet. Gageons qu'une rectification interviendra. Du moins l'espère-t-on !

jeudi 28 avril 2011

1 medecin pour 100 habitants ?

Infographie dans un Libération d'il y a quelques jours.
Une erreur malencontreuse, supposé-je, mais le lecteur n'arrive pas à “rectifier de lui-même”.

Le graphique, en bas de la coupure de journal, m'a laissé dubitatif…
Il semble en résulter que le nombre de médecins salariés est passé de 46000 en 1989 à 615000 en 2009, ce qui est spectaculaire ! Ajoutés aux 108000 médecins libéraux, on dépasse les 720000 médecins… pour 60 millions d'habitants.


Zoom sur le graphique :

mercredi 27 avril 2011

Pas de décompte !

Quant à cet atroce suicide d'un cadre de France Télécom, c'est désormais presque banalisé.
On rassure : “l'ère Lombard est terminée”, on s'interroge : “êtes-vous vraiment sûrs que ce suicide a un rapport avec le travail ?”. Il est atterrant qu'un syndicat, la CFDT, trouve que le fait que le DRH se rende sur les lieux est un acte marquant – ça ne mange pas de pain, et ne résout rien. 27 suicides en 2010, mais “la direction ne tient pas de décompte”. Elle ne “compte” (les heures, les palmarès des commerciaux, les performances et autres indices d'évaluation) que quand ça l'arrange, cette “direction”. Une “cellule d'aide psychologique” a été mise en place. Tout va donc pour le mieux !
Une grève générale et illimitée des salariés de l'entreprise aurait de l'allure… mais tout rentre dans l'ordre.

Impasse médiatique

Que d'événements dans le monde, en quatre mois !
Le mode opératoire des médias d'information audiovisuels est dans l'impasse.
Ce système ne sait plus où donner de la tête. Le principe des enchaînements de titres strictement limités à quelques priorités, sans aucune mise en perspective ni hiérarchisation, autre que sur la nouveauté et le spectaculaire, confine à l'absurde.
  • Exit la Tunisie et l'Égypte – on ne parle plus que de la Syrie.
  • Exit l'intervention en Libye – le film est trop long, ça suit son cours, n'en parlons plus.
  • Exit le Japon, tremblement de terre, raz de marée et Fukushima – on s'est habitués, rien à ajouter.
Une info chasse l'autre. Les “journalistes” (entre guillemets) ce ces médias se contentent de surfer sur la vague, de suivre le mouvement.
Comment s'étonner de l'angoisse et des peurs irraisonnées qui saisissent les auditeurs et téléspectateurs (“spectateurs”, oui, c'est bien le mot) ?

La roue tourne.

Au suivant !

samedi 23 avril 2011

Scoop : Nicolas Sarkozy démissionne

Dans un communiqué publié par l'Elysée cette nuit à 3 heures, le président de la République, Nicolas Sarkozy, vient d'annoncer qu'il démissionnait de ses fonctions :
Françaises, Français, mes chers compatriotes,
L'heure est grave. Alors que notre pays est engagé dans des combats décisifs sur les fronts de l'économie, de la liberté en Libye ou même à ses propres frontières, j'ai décidé d'accélérer le calendrier de l'élection présidentielle, afin que nous ne perdions pas de temps dans ces circonstances difficiles. Je cesserai d'exercer mes fonctions ce samedi soir à minuit. Selon les termes de la Constitution, Gérard Larcher, président du Sénat, assurera dès demain l'intérim. Le scrutin se déroulera “vingt jours au moins et trente-cinq jours au plus” après ma démission. J'ai décidé de fixer le premier tour le dimanche 15 mai, et le second tour le 29 mai.
Je vous annonce simultanément ma candidature à cette élection présidentielle qui redonnera ainsi à notre Nation toute sa vigueur et toute sa pugnacité.
Vive la République, vive la France !
Les commentaires de la presse :
Le PS va devoir accélérer lui aussi le calendrier de sa primaire. (Libération)
Nicolas Sarkozy montre, une fois encore, qu'il sait rester maître du calendrier. Et avec quel talent ! (Le Point)
Le président de la République a compris que notre économie a besoin d'agilité, et nous épargne l'attentisme d'une longue campagne. (Les Échos)
L'idée viendrait de Carla, qui avait envie de mouvement et se morfondait. (VSD)

jeudi 21 avril 2011

Chasseurs de primes

Alors que des sondages – mais ce ne sont que des sondages, pas des oracles – excluent le candidat UMP du second tour de la présidentielle de 2012, la panique saisit l'exécutif. La “prime de 1000 euros aux salariés des entreprises distribuant des dividendes” illustre cette ambiance d'affolement.
Dans l'improvisation, l'annonce a été lancée. Comme c'est toujours le cas en pareil contexte, il faut un jour passer du virtuel au réel. Et là, badaboum !

Première modification : la prime ne sera pas de 1000 euros, mais “négociée”. Qu'est-ce à dire, y aura-t-il un plancher ? L'euro symbolique ? Peu importe : le public a retenu le chiffre de 1000, c'était l'effet escompté.
Deuxième modification : un glissement sémantique, discret, est intervenu. Il ne s'agit plus du cas des entreprises “qui distribuent des dividendes”, mais bien de celles pratiquant “une hausse” des dividendes distribués. Importante nuance !

On ne peut s'empêcher de penser à l'affaire du Lundi de Pentecôte, période Raffarin. Une mesure alambiquée, une “rustine” de plus dans le logiciel vérolé de notre système juridique, une nouvelle “usine à gaz”. Au lieu de réformer, on ne cesse d'ajouter des pièces à un édifice qui craque de toutes parts.

Gageons que les entreprises, bien conseillées, sauront comment ne pas augmenter leurs dividendes pour 2012, quitte à mettre en réserves le surplus en attendant 2013, la mesure ayant de fortes chances de ne pas survivre à la prochaine élection.

Et l'essentiel n'est-il pas que ce petit cadeau soit versé à la clôture des comptes des entreprises soumises à l'impôt sur les bénéfices, soit vers le 15 avril 2012 ? Oui, ce serait du “juste à temps” pour éviter un 21-Avril à l'envers lors du premier tour, dont la date sera… le 22 avril.

NB : on l'aura remarqué, ce billet est daté… du 21 avril.

vendredi 15 avril 2011

La fidélité ne paye plus, mon pauvre monsieur

Je m'étais laissé fourguer une carte de fidélité BP. Un coup d'œil à leur catalogue de primes m'a légèrement refroidi :
10 litres de carburant =  1 point
Jusque là, tout va bien, enfin, en principe…

Rapide calcul : si je consomme, disons… 7 litres aux 100 km. 1 point représente donc (attends, la calculette, je tape) presque 150 kilomètres.

Combien de points pour recevoir un cadeau ?
Alléché, je consulte le catalogue :
  • Un téléphone sans fil Siemens à 23 € (oui, à payer en plus) avec 110 points = 16500 kilomètres (un an et demi à mon rythme)
  • Un chèque carburant de 5 €, 400 points = 60 000 kilomètres (presque 5 ans de consommation, sacré rabais de 1 € par an, quand même !)
  • Un GPS Mio Movv 200 pour seulement 8000 points = 1 200 000 kilomètres (à 12000 km par an, ça fait seulement un petit siècle de fidélité… Diantre !)
Bon. J'ai déchiré rageusement leur foutue carte de fidélité, à ces radins. Vous trouvez que j'exagère ?

samedi 9 avril 2011

Lumineux médiateur

Jean-Paul Delevoye, médiateur de la République qui vient d'achever son mandat, nous livre un lumineux diagnostic de la société française. Les candidats à l'élection présidentielle devraient le méditer car tout y est.
Trois pages du Nouvel Obs de cette semaine valent une lecture attentive. C'est d'une densité et d'une exactitude impressionnante de lucidité (tous les paragraphes en retrait sont des citations).

La peur de l'autre : le racisme social
Rapprochant les slogans des élections présidentielles de 1995 et de 2002, la fracture sociale dans un cas, la sécurité dans l'autre, il relève que : “En quelques années, ont est passé d'un espoir dans un projet collectif à son abandon, de la volonté de vivre avec l'autre à la peur de l'autre.” Il appelle cela le “racisme social” et note : “Je voyais l'hypocrisie de ceux qui applaudissaient les discours sur la mixité sociale mais à condition que ça ne concerne que les autres, de ceux qui prétendaient défendre les jeunes mais n'étaient pas disposés à leur laisser la place.”

La consumation des individus : le burn-out
En France le fardeau du quotidien pèse de plus en plus lourd et transforme la fatigue physique en fatigue et usure psychiques. […des] personnes en surrégime confrontées dans leur travail à la culture impitoyable du chiffre, du rendement, du temps productif, associée à une diminution de la qualité des relations humaines accentuées par l'utilisation des nouvelles technologies de la communication. […] Ce burn-out est la marque d'une société de consommation des individus, voire de consumation.
Le citoyen est devenu un consommateur
On ne veut pas que le juge soit juste,on veut qu'il punisse celui qui vous a fait du mal, on ne veut pas que le prof soit bon, on veut qu'il donne de bonne notes à votre enfant…
Désirs, émotions et pacte républicain
De la satisfaction des besoins, [nous sommes] passés à la satisfaction des désirs. Cela engendre non pas de l'insatisfaction, mais de la frustration.
Ce qui intéresse le citoyen, c'est qu'on préserve son confort, sa niche fiscale ou son statut. La notion de devoir est en train d'être consumée par la notion de plaisir à satisfaire.
Beaucoup de Français ont perdu le sens de l'impôt qui n'est plus compris comme étant un pilier de notre pacte républicain.
Le choc des égoïsmes va mettre en rupture le pacte républicain.
Si l'électeur a consommé le politique, le politique a souvent consommé l'électeur.
L'opinion publique ne repose plus sur des convictions, mais vit d'émotions volatiles que le politique gère et exploite à son profit comme à ses dépens.
Le législateur a la tentation de remplacer la morale par la loi. […] Les lois sont souvent faites en réaction à des émotions liées à l'actualité.
Le vote protestataire
Le vote pour Marine le Pen n'est pas à mes yeux un vote d'adhésion mais de déception et de colère. […] Il n'est pas un soutien à Marine le Pen mais un cri à tous ceux qui ont vocation à bâtir un avenir pour la France en leur disant : “Nous sommes frustrés, malheureux et humiliés et vous ne répondez pas à nos attentes.”
Quand il n'y a plus d'espérances collectives, les droites, sur tout le continent européen, gèrent les peurs, et les gauches, les humiliations.
Crise de confiance
Nous sommes dans une très grave crise de confiance dans les élites économiques et politiques. […] Aujourd'hui, c'est la dimension morale et exemplaires des politiques qui est en jeu.
Et après ?
La campagne électorale, qui a déjà commencé, devrait donc s'appuyer sur ce diagnostic.
  • Cesser de surfer sur les peurs et les humiliations. La politique doit proposer des solutions (des espérances) et non s'acharner à attiser le feu (l'UMP et le FN) ou se contenter de panser les brûlures (on pense au “care” du PS). Sur le vote protestataire, la posture morale est contre-productive, puisqu'elle alimente au contraire la colère – et donc les votes extrêmes et absurdes, en un cercle vicieux.
  • L'organisation du travail, qui contribue à éloigner les Français de la politique (trop de problèmes individuels empêchent de se préoccuper des problèmes collectifs). Or, cela ne se décrète pas, puisque relevant des décisions des entreprises et des administrations (hôpitaux et entreprises du CAC 40… même méthodes !). Le seul moyen de desserrer cet étau est de réduire le chantage au chômage – et donc ce terrible chômage qui détruit tout, y compris le droit de grève, le rapport de forces employés / employeurs, la négociation syndicale. Il faudra certainement restaurer le droit du travail, moribond, autant que le droit au travail (lequel ?).
  • Le personnel politique doit travailler l'exemplarité, y compris dans des domaines symboliques (train de vie). Il doit montrer, de façon incontestable, que l'on ne peut s'en sortir qu'avec un projet collectif, ce qui inclut des devoirs, au premier rang desquels la solidarité par l'impôt. La réforme fiscale, aussi aride soit-elle médiatiquement, en est la première étape, la condition nécessaire (mais pas suffisante).
  • Passer des lois de circonstances à des lois montrant un chemin, une continuité. En réduire le nombre et préférer leur application à leur seul vote (non suivi de décrets d'application !)
Nous sommes tous, citoyens et politiques, le “nez dans le guidon”, à pédaler comme des fous sans regarder la route. Ne nous étonnons pas si l'on va droit dans le mur. Il faudrait relever la tête, de temps à autre… Qui d'autre que les politiques peuvent nous inciter à cet effort ?