mercredi 29 décembre 2010

Et nous serons les Maîtres du Temps !

Lucide analyse de Christophe Bouton, professeur de philo, dans un Libé récent. Voici la conclusion qu'il tire du désormais universellement nommé “épisode” neigeux :
Ce que signifie l'épisode neigeux, c'est que nous vivons dans le désir de nous rendre maîtres et possesseurs du temps. Dans les deux sens du terme.
Dans le vacarme météo-médiatique de ces dernières semaines pointe la surprise : non, nous ne vivons pas (encore) dans un temps sans surprises, il y a encore des saisons, contrairement à l'expression récurrente. Et nous n'acceptons pas qu'un “ralentissement” puisse se produire dans la circulation des biens et des personnes. Encore plus en période de fêtes. Le philosophe remarque que l'urgence et le flux tendu colonisent même les périodes de “temps libre” – désormais mal nommées. Nous ne sommes plus préparés à affronter l'imprévisible, et éclatent inquiétude et révoltes.

Alors, comme se profilent les vœux de nouvel an, formons un premier vœux : qu'il subsiste une part d'imprévisible dans l'avenir, et que nous apprenions à l'accepter, pour nous concentrer sur des problèmes plus essentiels, par exemple et pourquoi pas, sur ces êtres humains qui souffrent, socialement ou dans leurs corps ou dans leurs têtes.

La suite au prochain épisode (neigeux, bien sûr) !

jeudi 23 décembre 2010

Un mail retardé par la neige

Il n'y a pas que dans le monde réel que la neige a causé des retards. Dans le monde virtuel, aussi !
Jeudi 23 décembre, à 19h21*, je recevais ce courriel de PC Soft, m'indiquant aimablement que, en raison des intempéries, leur opération “pour 1 euro de plus” était prolongée jusqu'à l'avant-veille au soir, mardi 21 décembre.
Certes, le courrier électronique est daté du 20 décembre à 15h37. Malheureusement, à cause de la neige, il lui aura fallu 3 jours, 3 heures et 24 minutes pour me parvenir. Comme quoi tout n'est pas “instantané” sur Internet ! Voilà qui devrait mettre du baume au cœur des conducteurs de chasse-neige…

* L'affichage du code de l'e-mail en atteste (cliquez sur l'image pour zoomer) :

mercredi 22 décembre 2010

Chère richard…

Plantons le décor pour que vous compreniez ce qui suit. Ayant fréquenté l'Institut d'études politiques de Paris dans les années soixante-dix, Sciences Po selon son diminutif d'usage, j'étais jusqu'à récemment adhérent de l'Association des anciens (alumni pour faire chic). Entre autres prestations, l'organisme se charge de publier un volumineux annuaire, et organise toutes sortes de manifestations. Côté courriels, malheureusement, 90% ont pour but de faire la quête, réclamant sans cesse des dons, avec une insistance qui devient vite irritante. Il en résulte un humour involontaire que je me devais de partager avec vous, “chères” internautes de tout poil (vous comprendrez le féminin de l'adjectif plus loin).

Celui qui détenait le pompom datait de septembre, et m'invitait au Sciences Po Alumni UK Charity Gala Dinner, organisé dans le “magnifique Fishmonger's Hall de la City, à Londres”. En guest-speaker (sic), nous bénéficiions de la participation d'Ernest-Antoine Sellières.

 La “dynamique caritative du Gala s'inscrit pleinement dans la campagne de levée de fonds Sciences Po 2013”, précisait le texte, empli de cette délicieuse langue de bois anglo-saxonne. On comprend mieux la dynamique caritative en lisant que “le prix d'une place individuelle est de £100. Si vous décidez de prendre une table de 12 (ou 10), nous pouvons gérer l'inscription directement bien évidemment.” J'avais trouvé amusant ce “12 (ou 10)” comme s'il y avait eu un regret au moment de l'écrire. Derechef, j'avais réservé une voiture entière d'Eurostar en Business Premier (39 places) et trois tables, en prévoyant que les 3 invités en surréservation se serreraient un peu, heureux de faire le bien autour de moi…

Mais ce n'était pas tout. À la veille des fêtes de fin d'année, le nouveau courriel de quête que je viens de recevoir mérite un Prix spécial du blogueur.

On aurait espéré pour commencer un “joyeuses fêtes” et / ou “bonne année 2011”. Eh bien non. Ça commence par une coquille rigolote : “Chère Jean-Luc Tafforeau”. Mais il doit s'agir de l'inconscient fêtard du signataire qui pense à la bonne chère prévue pour son repas de Noël.

Quant aux vœux, on ne parlera pas de 2011, non plus que de 2012, l'Institut étant déjà loin en avant, avec la “campagne Sciences Po 2013”.
C'est ensuite au radin qui sommeille en nous que l'on s'adresse : “Un don versé avant le avant le (bis repetita) 31 décembre 2010 vous donne droit à une réduction des deux tiers”. Bel exemple de niche fiscale au passage, abondamment détaillée dans un document spécial qui vaut une lecture. On y apprend :
  • Que si l'on donne 6000 €, il est possible de déduire 3960 € de son impôt sur le revenu, ce qui limite notre générosité nette à la bagatelle de 2040 €
  • Ce n'est pas tout ! Si l'on est vraiment généreux, et que l'on signe un chèque de 66667 €, on économise 50000 € d'impôt de solidarité sur la fortune, ramenant l'effort réel à seulement 16667 €
Il n'est pas précisé si les deux niches se combinent. Elles sont en tout cas habitées par de beaux et gros chiens !
Il aura fallu attendre la toute fin du message pour s'entendre souhaiter de “Bonnes fêtes de fin d'année”. Ouf, il était temps ! Il aurait fallu commencer par là, “chère” Richard Descoings !

J'en viens presque à regretter d'avoir résilié mon adhésion aux Alumni de Sciences Po. À moins que je reste dans les listes de diffusion et ne continue à recevoir ces délicieux courriels. L'avenir le dira !

Addendum pour un erratum
En fin de journée, le courriel évoqué ci-dessus faisait l'objet d'un erratum. Le voici, vous pouvez jouer au jeu des différences !

Surprise prévisible

Excellente, cette formule paradoxale !
C'est Thibault Gajdos, dans la “chronique de la semaine” du Monde Économie du 21, qui l'emprunte à deux Américains* ayant étudié “les événements graves que les décideurs n'ont su prévenir alors qu'ils disposaient de toute l'information nécessaire” pour caractériser le récent épisode neigeux et la panique qui a suivi.
* Ce sont Max H. Baerman et Michael D. Watkins, professeurs à Harvard, qui ont publié ce livre en 2004.

Comment en arrive-t-on là ? Voici ce que j'ai retenu :
  • Par excès d'optimisme (“Il n'y a pas de pagaille” affirme le ministre)
  • Par égocentrisme : minoration de sa responsabilité, et exagération de celle des autres (la faute à la météo, selon le Premier ministre)
  • Par myopie : accorder une importance disproportionnée au futur proche par rapport au futur lointain (peu d'anticipation, attente du dernier moment, quand il est trop tard, surréaction pour le second épisode de neige)
  • Par radinerie : surévaluation des coûts supposés, conduisant à faire le minimum (réduction des moyens des services publics affectés aux événements relativement rares).

mardi 21 décembre 2010

Cauchemardesque !

Encore France-Info. Encore le “choix des mots”.
Ce matin, la radio d'informations nous décrivait l'expérience “cauchemardesque” d'une voyageuse. En raison des chutes de neige, il lui a fallu 50 heures pour rentrer de Buenos-Aires à son domicile en France. Parmi les images cauchemardesques décrites par le speaker, en voici deux des plus terribles : passer une nuit à l'hôtel (payée par la compagnie aérienne), se lever à 5 heures du matin (oui, vous avez bien lu, cinq heures), attendre à Roissy de longues heures. Interviewée, la victime de cette horrible expérience a précisé qu'elle a dû en outre “attendre 3 heures coincée dans son avion sur le tarbac (sic)”. Un subtil mélange de “tabac” et de “tarmac” goudronnés…

Il y a pire comme cauchemar, non ?

lundi 20 décembre 2010

À toute blinde !

Ah, les télescopages de mots dans les médias. Un régal ! Ce midi, France-Info précise que “la gendarmerie a déployé ses blindés pour débloquer les embouteillages”, sans autre précision. On imagine la scène : les chars se mettent en position, en joue, feu ! Et le bouchon de voitures saute. À moins qu'un amas de tôles brûlées ne cause un nouveau bouchon, d'un autre genre… Peut-être aurait-il suffi de parler des “chasse-neige de la gendarmerie”. Du moins espéré-je que c'est bien de cela qu'il s'agit !

mardi 14 décembre 2010

Voilà !

Un lecteur du Monde-Télévision relève avec humour les “tics en stock” qui agitent la langue orale médiatique. Le grand classique “écoutez” en début de phrase – alors que je journaliste ne fait que ça, écouter –, les “on va dire” et autres “je dirais que”, ainsi que l'expression “entre guillemets”. Cette dernière ne me déplaît guère : elle montre que la typographie joue un rôle, jusque dans l'oral !
Mais ce lecteur oubliait un tic plus récent : le mot “voilà”. C'est devenu une sorte de ponctuation à lui tout seul, une façon de ne pas achever son propos : “on va dire, entre guillemets, que je ne suis pas d'accord. Voilà !” Je vous propose un petit jeu : quand un sportif ou un quidam sont interviewés, comptez les “voilà” dans ses paroles. Vous gagnerez à tous les coups !
Voilà.

Nota bene : les correcteurs du Monde ne s'y sont pas trompés puisque, dès 2008, ils avaient remarqué avec humour la répétition de cette préposition. Lire ce billet.

samedi 11 décembre 2010

Les pronostics de Fillon

François Fillon a donc reproché à Météo-France de n'avoir “pas prévu cet épisode neigeux”. Il a raison de déplorer que “les prévisions n'étaient pas conformes à la réalité*”. Nous vivons en temps réel, donc pas à tortiller ! Et puis, c'est bien connu, quand il neige, c'est la faute aux météorologues. La prochaine fois que je perds au tiercé, j'attaque en justice les pronostiqueurs de la presse ! (Une excellente occasion de me mettre à jouer).
Et la prochaine fois que sa ministre de l'économie se trompe dans ses hypothèses de taux de croissance, notamment celle retenue pour le budget, on va voir ce qu'on va voir !
* Fantastique rétro-absurdité, prononcée a posteriori, et tautologie de compétition : par nature, les prévisions ne sont pas la réalité, cher Premier ministre.

Addendum
J'ai appris plus tard, dans le Monde, que le Premier ministre évoquait les prévisions de croissance, justement. Le 11 décembre, donc, ledit Fillon proclamait ceci : “En 2010, la croissance sera nettement supérieure à nos prévisions”. Eh bien voilà, encore des prévisions qui ne sont pas conformes à la réalité ! Christine Lagarde, la reine des formules alambiquées, indiquait de son côté : “J'ai bon espoir qu'on fera un gros 1,6%”. Un “gros” 1,6%, marrant, non ? Vous allez me trouver scatologique, mais ça me fait penser à “faire un gros caca” (1,699999 %)

jeudi 9 décembre 2010

Sans voix

Il fallait s'y attendre, Mme Royal la joue perso et commence à battre les estrades, occupant l'espace médiatique à la façon d'un Sarkozy. Lors de son déplacement à Cergy-Pontoise, hier, elle a lâché quelques formules dont elle est coutumière, dont les médias ont rendu compte avec un emploi décalé des mots.
D'après Le Figaro, elle entend “donner la parole à ceux que l'on ne voit pas” (comme à la radio ?) ; selon RTL ce serait “donner sa voix à ceux qui sont sans voix”, autrement dit parler à leur place ; l'AFP a compris, plus logiquement, que la candidate voulait “donner la parole à ceux qui ne l'ont pas”, ce qui semble tout de même plus clair. Quel galimatias ! À quand l'annonce de “faire parler les muets” ? En attendant, c'est surtout elle, Ségolène Royal, qui parle, ce qui, pour ma part, me laisse sans voix.

mercredi 8 décembre 2010

Doux rêveurs

Internet, ce média déroutant, crée désormais ses propres événements. Trois exemples récents le prouvent avec éclat : les révélations de Wikileaks, bien sûr, mais aussi le happening de Cantona, sans oublier la mise en ligne du livre de Houellebecq. Leur dénominateur commun ressemble à du rêve – mais du rêve qui pourrait se transformer en cauchemar.

Un footballeur sans arbitre
Si l'initiative de l'ex-footballeur avait réussi, les banques auraient fait faillite. Chacun aurait dû se replier sur les espèces retirées dans la précipitation, tout le monde n'aurait pas été servi et une guerre civile aurait pu en découler – on sait que les paniques monétaires peuvent mettre à bas une organisation sociale en quelques jours.

Une transparence qui pourrait devenir opaque
Wikileaks prône la transparence. Un doux rêve ! Car que va-t-il se passer ? Les entreprises et institutions vont bétonner leurs protections. Il ne serait guère surprenant que nombre d'organisations ne restreignent l'accès à Internet, ne suppriment tout dispositif de copie de données (wifi, prises USB, graveurs de CD) et ne commencent à contrôler toutes les opérations de leurs employés sur les outils informatiques. À terme, on pourrait même s'orienter vers l'explosion du world wide web en sous-ensembles fermés, à l'image de Facebook – qui ne cherche rien d'autre que de créer son propre monde virtuel, auto-suffisant. Les Hadopi de tout poil pourraient bien foisonner aux domiciles, tandis qu'au bureau, on évoluerait dans un monde virtuel strictement encadré et délimité.

Une culture libérée… et aussitôt confisquée
Que le prix Goncourt soit en ligne sur le web peut faire rêver les partisans d'une gratuité de la culture. On retrouve le même débat que pour la musique. Encore une fois, tant que ces initiatives demeurent ponctuelles, on peut toujours rêver, sur le mode (un brin hypocrite) : “ils en ont assez vendu, qu'ils nous le donnent”. Si, en revanche, il n'était plus possible de facturer le moindre produit culturel, alors il faudrait revenir au mécénat, comme à l'époque des souverains de droit divin. Quels seraient les choix desdits mécènes, entreprises ou chefs d'États ? Ils verrouilleraient la culture, selon toute vraisemblance. Et leur pouvoir en serait accru d'autant.

Georges Moréas, sur son blog, conclut avec lucidité :
Qu’on ne s’y trompe pas, c’est une véritable révolution qui est en marche. Une révolution virtuelle. Selon les résultats, soit on va s’acheminer vers un monde dans lequel les internautes deviendront tous des malfaiteurs en puissance ; soit, au contraire, vers une légitimation de la liberté de l’information.
Le contrôle tous azimuts des échanges de données reviendrait en effet à considérer tout internaute comme un délinquant potentiel, et donc à l'emprisonner préventivement dans une cellule virtuelle, au cas où… (voir Hadopi et la charge de la preuve). Quant à la liberté de l'information, elle ne peut subsister que si un équilibre subtil est trouvé entre sa diffusion et sa valeur intrinsèque. On dit souvent que l'économie du futur repose principalement sur l'information. Si elle ne peut plus être protégée, elle n'existe plus en tant que valeur économique. Et l'on n'a pas trouvé de solution de remplacement !

Décidément, nous voilà loin du rêve !

Imagine John Lennon
Association d'idées : il y a trente ans aujourd'hui, le 8 décembre 1980, disparaissait John Lennon. Il avait beaucoup rêvé lui aussi, en particulier dans sa chanson Imagine, dont quelques vers collent furieusement à l'actualité. Qui pourrait dire ce que l'ex-Beatle aurait pensé d'Internet, de la libre copie de la musique et des rêves de transparence ?
Voici un bref extrait de sa chanson-manifeste datant de 1971 :
Imagine no possessions / No need for greed or hunger
You may say I'm a dreamer / But I'm not the only one
I hope some day you'll join us / And the word will live as one
Plus de “possessions”, donc, plus de “cupidité” (greed) ni de faim… Il est vrai que nous sommes de plus en plus nombreux à rêver, mais de quoi ? Un monde devenu “UN” (live as one), voilà qui fait penser à cette mondialisation – pas si heureuse – qui ne cesse de défrayer la chronique.

samedi 4 décembre 2010

Précision d'horlogerie

La logique d'échec dans laquelle le PS s'englue encore une fois a de quoi fasciner.

Ségolène Royal, malgré ses promesses, n'a pu s'empêcher de faire acte de candidature anticipée aux primaires. DSK, en embuscade, joue la “réserve de la République” et rêve d'un retour à la de Gaulle (Washington, siège du FMI étant cependant plus éloigné de Paris que Colombey-les-Deux-Églises). Montebourg ou Valls amusent la galerie, tandis que François Hollande attend son heure. Quant à Martine Aubry, personne ne sait ce qu'elle pense vraiment.
On imagine la suite : primaires trop tardives, en novembre 2011, tandis que le barnum médiatique du président actuel sera lancé depuis longtemps. Déchirures entre prétendants au PS, impossibles à recoudre pendant la campagne lancée dans la foulée. Tergiversations d'un DSK nous refaisant le coup de Delors en 1995. Programme à la mode “Royal” : dictez-moi votre catalogue participatif, suivi d'un document incohérent riche de 873 propositions à “1 milliard d'euros”, mâtiné de saillies intempestives comme le drapeau aux fenêtres le 14 juillet ou autre “bravitude” calculée d'après les sondages…

La machine à perdre, d'une précision d'horlogerie, est en route.
Certains prédisent la fin du monde pour 2012. Comme le disait un essayiste, il y aurait pire : que Nicolas Sarkozy soit réélu cette année-là !

Flou… artistique ?

La lenteur de prise de vue de l'iphone donne parfois des résultats intéressants. Exemples.


Les poteaux se courbent sous l'effet de la vitesse.


La voiture rouge file sur le boulevard.


Les lignes EDF prennent des allures souples et fluides.

C'est ce genre d'aléa qui avait permis de trouver une amusante couverture pour le livre Il voyage en solitaire (éditions AO).
Voir : www.ao-editions.com/catalogue_voyage.htm

vendredi 3 décembre 2010

Le sens des mots

À toute chose malheur est bon : Jacques Julliard ayant quitté le Nouvel Obs pour Marianne, sa chronique est remplacée par celle de Jean-Claude Guillebaud. Et ça, c'est une excellente nouvelle !
N'ayant pas la télévision, je ne lisais du supplément télé de l'hebdomadaire que la dernière page, où la chronique de Jean-Claude Guillebaud était bien peu mise en valeur.

Or, cet homme écrit souvent ce que je ressens sans parvenir toujours à l'exprimer, ou bien attire mon attention sur des faits que je n'avais pas remarqués.

Sa première chronique, intitulée Le Devoir de colère, m'a tout particulièrement plu car elle aborde la question du choix des mots, parfois remplacés par des pseudo-synonymes sournois et manipulateurs.
Le sous-titre de son billet est : “Dans une démocratie d'opinion, il faut aussi savoir se battre sur le véritable sens des mots”.
Il cite trois exemples édifiants de substitutions de termes qui “transmettent de manière subliminale la même injonction, […] clairement démobilisatrice” :
  1. Gouvernement -> Gouvernance
  2. Réglementation -> Régulation
  3. Volonté -> Volontarisme
Il relève avec justesse que la gouvernance* est moins contraignante, la régulation** plus évasive et le volontarisme*** une posture plus qu'autre chose. Et il conclut avec pertinence :
Par le truchement du langage, on désarme en douceur une démocratie en l'empêchant “mentalement” de résister aux marchés. Les peuples sentent bien qu'après avoir ruiné leurs finances, on a confisqué leur langage.
J'ajouterai que ce n'est pas un hasard si au moins deux de ces trois mots sont des transferts (et non des traductions) de la langue anglo-saxonne. N'y voyez aucun ostracisme, juste le souci des mots justes.
Guillebaud donne d'autres exemples, dont celui-ci, qui résume tout : le mot “capitalisme” remplacé par “libéralisme”. Sur le mode sournois, c'est, je trouve, assez emblématique !

* La gouvernance est un terme venu des entreprises. Il fait plutôt référence à “gestion” qu'à de véritables décisions. Une sorte d'animation, sans le moindre désir de changement.
** Je ressens dans régulation l'image du fleuve que l'on canalise, sans pour autant réduire le volume d'eau ni la vitesse du courant, et encore moins l'orientation du cours d'eau.
*** Notre président de la République en est l'exemple parfait. Il ne cesse d'afficher son volontarisme tout en étant versatile et sans suite dans les idées. On est loin de la “volonté” de peser sur les choses.

Moderne ?

Je cite Daniel, ami, auteur de polars et élu à Achères (Yvelines). L'actualité accumule parfois des faits qui laissent pantois :
« Aujourd’hui, faut être moderne : laisser sa gosse dans la bagnole pour aller danser ; divulguer des conversations d’autres personnes sans leur autorisation ; mettre le prix Goncourt en ligne gratos ; habiter une HLM quand on est pourri de tunes ; se faire payer 600 000 euros par an pour veiller au paiement des droits d’auteurs des chanteurs (Bernard Miyet, président de la Sacem), j'en passe, des vertes et des pas mûres, et tout ça c’est normal. »
(Extrait du site danielsafon.hautetfort.com)

Il exagère, Daniel ? Pas tant que ça ! L'adjectif “moderne” est accommodé à toutes les sauces, au point qu'on se méfie, désormais, de cette modernité qui rime souvent avec régression…

jeudi 2 décembre 2010

Sœur Anne

Le titre du dernier Disney m'interpelle. Je m'interroge… Mais quelle est la question ? Et comment traduire ce titre de l'américain vers le français ? Je ne vois qu'une possibilité : Anne-Sœur.

(Renseignements pris auprès de Wikipédia, j'ai trouvé la réponse à ma question : les raiponces sont des plantes herbacées. Qui l'eût cru ? Du coup, raté, le coup de la traduction : et puis… zut !)

samedi 27 novembre 2010

Marcher sur la tête

Imaginez quelqu'un qui :
  1. Marche sur la tête (c'est déjà pas facile)
  2. Se tire une balle dans le pied (encore plus délicat dans cette posture)
Eh bien il semble que ce soit exactement ce qui se déroule dans la zone euro ces temps-ci.

Libération donne quelques chiffres dans son numéro d'aujourd'hui. Rien de révolutionnaire, d'ailleurs, de simples statistiques officielles et banales. Mais elles sont lourdes de sens :
  • La dette souveraine irlandaise représente un peu plus de 100 milliards d'euros (NB : la dette française, elle, s'élève à 1600 milliards, soit seize fois plus)
  • Les créances sur l'Irlande sont détenues à 60% par des établissements financiers de la zone euro
  • Celles de la Grèce le sont à 66%, du Portugal à 62%
La conclusion est sans appel, nous citons :
Les “marchés” qui déstabilisent la zone euro sont donc, pour l'essentiel, ses propres banques, sauvées par l'endettement des États qu'elles leur reprochent désormais. Ce sont elles qui mettent en péril […] l'économie de ces pays, voire la survie de la monnaie unique.
Il n'y a rien à ajouter ! Qui avait dit, déjà, que le fonctionnement des marchés “libres” était rationnel ?

mardi 23 novembre 2010

Mélenchonisation ?

C’était le 6 mai 2007, soir du second tour des élections présidentielles. Jean-Luc Mélenchon tentait de développer un argumentaire, quand l’animatrice le coupa, arguant d’une “importante information” – dans le genre breaking news (to break = casser). De quoi s’agissait-il de si important ? On apprenait que Ségolène Royal et François Hollande n’étaient plus ensemble. J’ai éprouvé la même colère que Mélenchon à ce moment-là. Quand le people casse la politique, il y a de quoi être énervé !

La colère… c’est ce qu’exprime Mélenchon dans son livre polémique, Qu’ils s’en aillent tous ! (Flammarion, 142 pages, 10 €). Le titre lui a valu des accusations de populisme, voire d’être comparé à Le Pen, par Cohn-Bendit ou Huchon. Bigre !

Jean-Luc Mélenchon m’a toujours été sympathique – et pas seulement parce qu’il porte le même prénom que moi (je plaisante). Lui, comparé à Le Pen ?! Bizarre ! Le mieux, pour se rendre compte, est encore de lire ledit livre, non ? Au moins, on juge sur pièces, et voyons si nous sommes gagnés par la “mélenchonisation des esprits” que Manuel Valls a cru bon de dénoncer…

Une colère froide et réfléchie
De cette lecture il ressort que sa colère est froide et réfléchie, et que la seule maladresse, à mes yeux du moins, est son titre : le “Qu’ils s’en aillent tous” est de trop et brouille peut-être le message, les commentateurs s’appuyant sur son caractère excessif pour déconsidérer l’ensemble du propos. Force est de reconnaître cependant que, bien qu'étant loin d'avoir le profil d'un militant du Parti de Gauche (PG), je partage certaines de ses indignations.

Il y a d'ailleurs un exemple de “qu’ils s’en aillent tous” auquel je souscris : celui des footballeurs qui s’exilent fiscalement parce que, les pauvres choux, ils refusent de payer des impôts dans le pays même qui leur a permis de devenir ce qu’ils sont. Il faut lire ce qu’en dit Mélenchon :
Qu’ils s’en aillent tous aussi ces anti-héros du sport, gorgés d’argent, planqués du fisc, blindés d’ingratitude.
On lira aussi ses commentaires sur Anelka (page 65), joueur que je ne connais pas, mais dont les propos me font dresser les cheveux sur la tête. Anelka n’est-il pas populiste, au pire sens du terme, dans sa façon poujadiste de refuser l’impôt et la solidarité ? (et toujours page 65, à propos des tennismen :)
Pas une seule de ces “stars exemplaires” qui sont données à regarder comme des héros n’assume ses responsabilités à l’égard de la société.
Au-delà de ces propos polémiques, quelques phrases bien senties font réfléchir, comme celle-ci :
Est nommée “valeur” la taxe privée qu’est le bénéfice et “charge” l’impôt public destiné au bien commun. (page 49)
L’inversion des valeurs, justement, fait froid dans le dos. Où va une société qui cherche à tout prix à se “décharger” des êtres humains ? Reconnaissons qu’il y a là un réel problème !
Mélenchon vise juste quand il dénonce les salaires pharamineux des grands manitous du CAC40 :
Depuis le début des années 2000, les revenus des patrons du CAC 40 ont été multipliés par huit ! Tel quel ! Les récitants de la “modération salariale”, comme ils disent, les chantres de l’austérité, les pourfendeurs des “charges salariales”, les éradicateurs des “privilèges sociaux”, ont augmenté leur salaire de 700% ! Ainsi, bon nombre de patrons du CAC 40 gagnent en un jour ce que gagne un smicard en un an. (page 58).
Ou encore, page suivante :
La maison BNP Paribas […] a mis de côté 500 millions de bonus pour ses dirigeants et traders. Cela donne un bonus moyen de 250000 euros par crâne d’œuf ! Savez-vous de combien est le salaire moyen dans ce pays ? 2000 euros. Ces grands tripoteurs d’argent de BNP Paribas touchent en prime, pour une année de spéculation, l’équivalent de dix ans de travail d’un tel salaire moyen (page 59).
Le ton est acerbe, et je déplore pour ma part le terme “crâne d’œuf” qui ajoute inutilement une tonalité vaguement injurieuse alors que les chiffres parlent d’eux-mêmes. Précisons que ces bonus concernent l’année 2009, celle de la fameuse crise financière, et non pas une année florissante de prospérité !

Sur l’Europe, Mélenchon est encore plus sévère.
Le capital exige que soient constitutionnalisées les normes interdisant qu’on le maîtrise. […] Il n’existe pas un seul exemple d’un mieux social quelconque qui soit venu de l’Europe en France. La règle de la concurrence libre et non faussée : voilà la nouvelle table des lois applicable en toutes circonstances sur tous les sujets, jusqu’au grotesque. “Liberté, Égalité, Fraternité” ont été dissoutes dans le Code du commerce.

La déception à l’égard de l’Europe, nous sommes nombreux à la ressentir. Car la concurrence n’est pas considérée comme “faussée” lorsque se pratique le “dumping social et social”. Or qu’est-ce que le dumping, sinon une distorsion malhonnête de la concurrence ? En quoi le maintien de services publics menace-t-il réellement l’équilibre économique de l’Union Européenne ? On mesure les excès de ce libéralisme outrancier – Jacques Généreux parlerait de “marchéisme”, il a été bien inspiré de créer ce néologisme.

Le pire est qu’il n’exagère pas vraiment : c’est presque ça. N’y a-t-il pas de quoi être en colère, aussi raisonnable et pondéré que l’on soit ?

Et après ?
Alors bien sûr, où la thèse de Mélenchon devient plus délicate, c’est quand il en vient aux solutions. Sa “révolution citoyenne”, démocratique, fondée sur le vote, des élections, une assemblée constituante et des référendums, peut paraître sympathique. Il n’empêche ! Imaginons que la France prenne les décisions qu’il préconise, telles que d’opposer des “opt-out” sociaux aux normes européennes, ou de créer une tranche à 100% de l’impôt sur le revenu, ou encore d’élire les responsables de l’audiovisuel. Le “système” ne resterait pas inerte, il résisterait de toutes ses forces. Pire encore, nos voisins et partenaires auraient vite fait de nous lâcher en rase campagne, et les mesures de rétorsion financière – les marchés internationaux, les agences de notation et autres institutions – garderaient leur pouvoir de nuisance intact. Ah oui, il fait bon rêver, mais il faut aussi revenir sur terre !

Remercions tout de même Jean-Luc Mélenchon de “faire turbuler le système”. Il en a bien besoin, de turbuler… ne serait-ce que du côté du PS, dont le projet avance à une lenteur d'escargot.

dimanche 21 novembre 2010

Connexions déconnectées

À quoi servent les mots ? À transmettre des informations à un lecteur. Jusque là, c'est simple. Alors pourquoi choisir des termes imprécis, mal traduits de l'anglais le plus souvent ?
Observez cette annonce proposant un tarif promotionnel sur le trajet Lyon-Londres, quitte à cliquer dessus pour mieux en voir les petits caractères :


Deux emplois successifs du mot “connexion” brouillent le message :
Les trains proposant le tarif de 130 € A/R* pour un temps de connexion optimal (5h environ)…
Et, plus bas :
Tous les trajets sont en connexion via la gare de Lille Europe.
Que signifie ce jargon ?

Dans le premier cas, après lecture rapide, j'ai spontanément pensé qu'il s'agissait de se connecter à Internet, ou de bénéficier d'un temps de connexion (de la WiFi dans le TGV ?) de 5 heures. Eh bien non, il s'agissait d'une “durée de trajet” – le “temps”, en l'occurrence, est mal employé, tandis que “connexion” est traduit directement de l'anglais.

Pire encore, dans le second cas, le mot “connexion” est utilisé à la place de “correspondance”, infirmant la signification du premier, tandis que le mot “trajet” est cette fois présent. Les rédacteurs se sont ici piégés eux-mêmes : il aurait été délicat d'écrire que “toutes les connexions sont en connexion via la gare de Lille Europe”. De surcroît, le mot “via” est malvenu, puisqu'une correspondance (ou une “connection” au sens de connecter, brancher deux trains) se fait plutôt “à la gare” que “via la gare”.
Quel charabia !

Connection ?
Aussi étonnant que cela paraisse, le mot “connection” n'existe pas en français. Seule l'orthographe “connexion” s'y trouve. Elle désigne une “liaison entre deux points d'un circuit électrique” ou bien “le rapport entre des choses connexes”.
“Connection”, en anglais, rassemble plusieurs sens, au premier rang desquels : rapport, relation et, pour les trajets, liaison et correspondance. Il est donc inutile de le transcrire directement en substituant un X aux lettres CT, car on perd du sens et de la précision…

Correspondant ?
Mais ce n'est pas tout, hélas ! On lit aussi dans le tableau :
Numéro de train : 9199
(TGV correspondant : 5144)
Là encore, les termes prêtent à confusion : une lecture rapide incline à penser qu'on a le choix entre un train (9199) et le TGV qui lui est équivalent (“correspondant”). Il s'agissait en réalité d'un TGV “en correspondance” avec le train 9199 – du moins c'est ce que j'ai cru comprendre, bien que la liaison Lyon-Lille s'effectue à mon avis en TGV et non en train banal…

La consultation de voyages-sncf.com permet de démêler les fils de cet embrouillamini :


Le “train 9199” est en réalité un Eurostar numéroté 9129, et le TGV 5144 n'est pas “correspondant” puisque c'est celui que l'on doit emprunter en premier à Lyon pour, ensuite, prendre, en correspondance à Lille Europe, ledit Eurostar. Et le temps de trajet total est de 5h37 compte tenu d'une heure d'attente à Lille (l'arrivée à Londres est à décaler d'une heure, car il s'agit de l'heure locale britannique). Cette longue attente à Lille n'a rien d'optimal enfin… Mais on va arrêter là !

Bref, au lieu d'écrire “Bon voyage!” (sans espace devant le point d'exclamation d'ailleurs, typographie anglo-saxonne), la SNCF aurait mieux fait de nous adresser un “Bon courage !” pour comprendre les détails de leur mirifique proposition !

Orthographe, typographie, choix des mots, tout cela n'est pas un jeu gratuit et théorique. Ils sont seuls capables d'assurer la lisibilité et la compréhension d'un texte, autrement dit son efficacité ergonomique.

samedi 20 novembre 2010

Mini-manif

Hier, les sons amplifiés d'un mégaphone m'ont fait croire qu'une manifestation passait dans la rue en bas de chez moi. L'instinct du chasseur de scoops aidant, j'ai photographié le convoi.


Si c'était une manifestation, son effectif demeurait modeste : 4 participants, dont un cycliste (selon les organisateurs), zéro (selon la police). En revanche, le dispositif policier apparaissait important, deux voitures contre une unique fourgonnette, qu'on aurait pu confondre avec un véhicule de pompiers, n'étaient les drapeaux CGT flottant sur le toit. L'ambiance rappelait plus la promotion des représentations d'un cirque que celle d'une manif.
Renseignements pris, il s'agissait d'appeler à une (vraie) manifestation le 23 novembre prochain…

vendredi 19 novembre 2010

Faire le mur (épisode 1)

Un ami, Guy, m'a fait passer quelques photos étonnantes.
Regardez ce petit diaporama…

La suite des commentaires dans le billet suivant, à cette adresse.

Faire le mur (épisode 2)


C'est ce qui s'appelle “grimper comme un chamois” ! Les bouquetins sont en effet des animaux voisins des chamois, particulièrement adroits et capables de passer là où les mains de l'homme ont déjà du mal à poser le pied.
Il se trouve que le mur de ce barrage, très raide sans être vertical, est garni de mousses, de lichens et même de sel, dont ces quadrupèdes sont friands. Aussi n'hésitent-ils pas à “faire le mur” pour aller les déguster.

De quoi avoir envie de se réincarner en bouquetin, dans une prochaine vie !

Il s'agit du barrage de Cingino, en Italie.

lundi 15 novembre 2010

Fillon version 3.0

L'auteur de ces lignes s'était promis de ne pas évoquer le non-événement du gouvernement Fillon, troisième du nom. Son naturel de sciences-potard ayant repris le dessus, mâtiné d'informaticien, voici donc ses commentaires sur le logiciel Fillon version 3 point Zéro.
  • Michèle Alliot-Marie collectionne les ministères régaliens, bouclant sa série avec les affaires étrangères, après la défense (sous Chirac), l'Intérieur et la Justice sous Sarkozy. Au-delà de ses qualités d'homme d'État, on retrouve comme un parfum de chaises musicales très IVe République*.
  • Alain Juppé apporte sa caution d'expérience, tandis que le “pauvre” Bernard Kouchner, que son ambition effrénée aura finalement carbonisé, prend la porte…
  • NKM remporte une belle victoire en damant le pion à Borloo, avec qui elle avait eu un accroc sur les OGM en avril 2008. À 37 ans seulement, elle se retrouve numéro 3 du gouvernement dans l'ordre protocolaire !
  • Jeannette Bougrab, 37 ans également, devrait donc quitter la Halde, qu'elle a pourtant dépoussiérée, pour représenter la Jeunesse et la vie associative. Gageons qu'on entendra parler d'elle !
  • A part ça, peu de changement : Hortefeux reste à l'Intérieur, Lagarde garde l'économie et les finances, Baroin le budget, Frédéric Mitterrand la culture, Xavier Bertrand retrouve son poste dont on l'avait licencié début 2009.
  • Éric Besson émigre vers un secrétariat d'État sans grand relief, comme quoi “le crime ne paie pas” tant que ça !
  • Mais le comble de l'horreur est la nomination de Frédéric Lefebvre au secrétariat d'État chargé du commerce, de l'Artisanat, des PME, du Tourisme, des services, des Professions libérales et de la Consommation. Outre la longueur du titre – bonjour les cartes de visites ! – le blogueur se sent humilié que sa profession (conseil indépendant + TPE) soit représentée par un homme-caricature, clown médiatique aux allures poujadistes affirmées.
On attend donc la version 3.1 pour correction des bugs de la version 3.0.

Quant aux absents – Borloo doit regretter ses investissements capillaires et de cravates – ils vont retrouver leur “liberté de parole”, clament-ils. Ah bon, ils étaient bâillonnés auparavant ?

Il reste à souhaiter bon vent au collaborateur de Nicolas Sarkozy, qui a réussi à naviguer en eaux troubles pour s'imposer à son patron.

* Petite note typographique
J'aurais aimé composer IVe République avec un exposant, mais il faudrait aller plus loin dans les styles et autres points très techniques, car la présence de l'exposant perturbe l'interlignage des paragraphes – soit IVe République –, ce qui n'est guère élégant.

dimanche 14 novembre 2010

Moog un peu ondes Martenot



Découvert au hasard d'un lien : http://dh68.wordpress.com/
Assez étonnant, non ?

Solutions de continuité

L'information est tombée, à la surprise générale : François Fillon est notre “nouveau” Premier ministre !
Laurence Parisot pourra se présenter au César de la langue de bois, avec cette formule (sur France Info) :
La continuité aussi, c'est une forme de rupture
Bravo ! J'ajoute la réciproque du théorème : “la rupture est aussi une forme de continuité”, dans le style du “changement dans la continuité” de Pompidou (son slogan de la présidentielle de 1969).

Quand on y songe, c'est bien d'une solution de continuité dont aurait eu besoin notre président, qui l'a cherchée – sans la trouver – pendant 6 mois (un record, surtout pour un homme réputé être… rapide). La définition de “solution de continuité” n'est en effet rien d'autre que “coupure, hiatus, rupture” (dixit Le Robert). C'est donc Laurence Parisot qui aurait dû être nommée Premier ministre.

Addendum : l'auteur de ces lignes est très flatté que l'exécutif ait décidé de travailler le dimanche pour contribuer à égayer le jour de son anniversaire d'un immense éclat de rire (à moins qu'il n'ait songé à son copain Dominique, né lui aussi un 14 novembre).

jeudi 11 novembre 2010

Fracture générationnelle

Le graphique tout simple publié récemment dans Le Monde (*) exprime la grave fracture générationnelle qui s'est ouverte dans notre société.
(*) Le Monde daté 9 novembre, page 19, Investir dans notre jeunesse, par Olivier Ferrand, président du club Terra Nova.
Aujourd'hui, l'écart moyen de salaire entre les salariés de 30 ans et de 50 ans est de 40% contre 15% en 1975.
On aurait pu croire que l'évolution aurait été inverse, sous la pression de deux facteurs :
  1. La baisse tendancielle de l'avancement automatique à l'ancienneté
  2. La hausse spectaculaire du niveau de formation des jeunes
Cet écart montre crûment que les entreprises, pouvant difficilement réduire les salaires des personnes déjà en poste, réduisent spectaculairement ceux des nouveaux recrutés.

Ces deux chiffres laissent aussi entendre que, d'ici 10 ou 20 ans, progressivement, les rémunérations des actifs baisseront fortement. En effet, il faudrait que les salaires des 30 ans triplent en 20 ans pour que l'écart reste le même. Peu probable ! En supposant qu'il ne fasse que doubler, ce qui serait déjà beaucoup, la baisse de niveau de vie serait de 25% (15% devenant 30% comparé aux 40%, soit 10/40) Voilà qui augure mal de l'avenir de la consommation ! La croissance risque de s'en ressentir !

Ces chiffres expliquent aussi pourquoi les entreprises ne recrutent plus de quinquagénaires (et peu de quadragénaires), tout en hésitant à recruter des moins de 30 ans, au motif que leur expérience serait insuffisante. L'absurdité de ce schéma est patente : seule la tranche 30-40 ans serait “employable”, ce qui réduit notablement la “population active souhaitée” !

Ils montrent enfin combien la pyramide des âges donne aux seniors un pouvoir croissant. On le voit dans la politique : un président de la République de moins de 55 ans est quasiment en crise d'adolescence, tandis qu'un ministre de 45 ans est assimilé à un enfant à peine sorti des classes maternelles… Ne dit-on pas que notre président a été élu avec les voix des retraités ? On comprend mieux, dès lors, les décisions qu'il prend.

Petit conseil aux plus jeunes : n'oubliez pas de voter !

Et pour donner la preuve qu'à moins de trente ans on est créatif, écoutez Flints Are Birds :
Inner Mockery par Flints Are Birds

mardi 9 novembre 2010

Train-train

Le train-train des actualités se traîne, tel ce train de déchets nucléaires qui a mis trois jours à rallier l'Allemagne depuis le Cotentin. Les écologistes des deux côtés ne voulaient ni que le train parte, ni qu'il arrive. À croire qu'il aurait dû rester éternellement entre deux gares, attendant que les containers se fissurent et libèrent leur poison. Une sorte de boucle sans fin, à l'image de ces manifestations sans queue ni tête (de train). Voilà qui fait penser aux trains de réformes de notre président, l'un chassant l'autre, l'un cachant l'autre, comme aux passages à niveaux. Les pauvres manifestants ont regardé, déconfits, passer les textes dans nos assemblées, finalement votés, comme ces vaches qui regardent passer les trains en ruminant leur herbe, en troupeaux. Bref, le train-train du quinquennat, parti de mai 2007 et essayant d'arriver à 2012, circule, hagard, sans savoir dans quelle gare croiser les wagons de l'opposition, bondés de candidats à la présidentielle. À ce train-là, on risque bien d'être en retard sur l'horaire de l'Histoire…

Une innovation cependant, rapportée par Le Monde : les forces de l'ordre ont renoncé à utiliser les gaz lacrymogènes, trop polluants, leur préférant des “jets de sprays de poivre”. En espérant toutefois que ces “sprays” ne requièrent pas de gaz propulseurs, ceux-là même qui attaquent la couche d'ozone ! Car alors, nos pauvres écolos auraient, par leurs actions, porté atteinte à cet ozone qu'ils défendent avec tant d'énergie (renouvelable).

Ci-dessous une version plus compacte, essayant de rentrer dans le canevas des billets de Robert Solé dans Le Monde (environ 1200 signes, espaces compris). Cliquez sur l'image pour l'agrandir…

lundi 8 novembre 2010

Tabac : +6%

Ce lundi 8 novembre, le prix du tabac a augmenté de 6%. Un paquet de cigarettes est désormais vendu 6 euros en moyenne. Il faut juste espérer que les fumeurs continueront à fumer, afin que le produit de la taxe puisse renflouer nos budgets. Une fois encore, en tant que fumeur (hou, le vilain !) je pose le liminaire suivant : “je le sais, fumer n'est pas bon pour la santé”. On ne sait jamais : des fois qu'une loi envoie en prison les “incitateurs à fumer”. Ça ne saurait tarder ! Une fois ces propos liminaires posés…

Bertrand Vergely, philosophe interviewé par Le Monde (6 novembre), remarquait avec raison deux choses :
(1) Derrière les messages de prévention se cachent parfois des associations qui font du zèle, associations non pas citoyennes mais puritaines, obsédées par les théories hygiénistes.
C'est la sensation que l'on a en entendant ces associations trouver que le prix du tabac est encore “trop bas”. On a parfois envie de leur dire : mêlez-vous de vos fesses ! Elles vous répondront : “tabagisme passif”. Voire ! N'oublions pas que, parmi les victimes du tabagisme passif figurent aussi les fumeurs (entre chaque cigarette quand ils restent dans leur local enfumé). Un biais statistique pour le moins douteux !
Douteux aussi le bon vieil argument selon lequel ces taxes sont destinées à compenser le surcoût de soins pris en charge par la Sécurité sociale. Le budget social de la nation comprend aussi – on en a beaucoup parlé récemment ! – celui des retraites. Or, chaque décès de fumeur allège d'autant la masse des pensions à verser. Ne devrait-on pas, mutatis mutandis, fournir une prime aux fumeurs à chaque paquet acheté, afin que leurs héritiers bénéficient de la pension qu'ils ne toucheront pas ?
(2) Si, comme il est écrit, “fumer tue”, il faut interdire immédiatement la vente et l'usage du tabac.
Une remarque de bon sens, qui met en exergue l'exagération et l'absurdité de tels slogans.
Plus largement, derrière ces excès pointe la peur qui est agitée à tout propos dans nos sociétés obsédées par la sécurité à tout prix. La peur débouche mécaniquement sur l'autoritarisme, déguisé en “bons sentiments”. Je suis toujours consterné par ces soi-disant “bonnes âmes” qui, en réalité, déchainent à bon compte leur frustration et leur agressivité sur leurs semblables… Ces intégristes de l'hygiénisme ne méritent que le mépris. D'autant plus que le souci de la santé publique trouve vite ses limites ! À quand une taxe sur les entreprises dont le stress des salariés cause maladies, dépressions et suicides ? Eux aussi coûtent cher à la société. Et l'on pourrait multiplier les exemples (alcool, accidents automobiles…).

En élargissant le point de vue, on observe combien la tentation est grande de poursuivre les citoyens de taxes, règlementations et brimades tatillonnes de toute sortes – on songe au tri des déchets. Si l'on n'y prend pas garde, on ne pourra bientôt plus faire le moindre geste sans se retrouver taxé ou pénalisé. La dictature n'est-elle pas aussi un système qui veut le “bien des gens malgré eux”, selon ses propres critères érigés en dogmes intangibles ? In fine, il s'agirait bien en effet d'interdire toute faiblesse, toute erreur et tout comportement qui dévie un tant soit peu de la norme établie.

dimanche 7 novembre 2010

L'architecture selon Renzo Piano

Quelques extraits de l'interview donnée par l'architecte Renzo Piano au supplément du Monde numéro 16 de novembre 2010 (vous savez, cet énorme journal en couleurs, énorme gâchis d'encre et de papier… sauf pour cette interview, une exception qui confirme la règle !)

Art ou technique ?
J'ai appris que l'architecture était un art complexe et différent. C'est un art, puisqu'il est question de choix, de beauté et de poésie, mais c'est aussi une science, puisqu'elle intègre la technologie et la recherche. Enfin, elle joue un rôle social, puisqu'elle est en relation avec la collectivité et le monde.
Le beau et le bon
Mais l'art est technique ! C'est une idée “hérétique” que j'adore, car je la trouve tellement vraie. Dans plusieurs cultures et langues, les notion du beau et du bon, de l'artiste et du technicien, vont de pair. Aujourd'hui, on vit dans une époque où ces concepts sont séparés, où l'artiste et le constructeur sont deux entités différentes.
Écouter et comprendre
L'architecture, c'est l'art difficile d'écouter, de comprendre. Pas d'obéir, mais de comprendre ce qui est bon, ce qui est mauvais, ce qui est vrai, ce qui est faux. […] J'ai passé ma vie à écouter, à prendre,  à voler. C'est pour cela que je considère l'architecture comme un métier “corsaire”. Mais, à l'encontre du corsaire, l'architecte prend pour restituer.
Style ?
Le style vous rend auto-référentiel. On ne s'occupe plus ni de la topographie, ni de la géographie, ni des gens, ni des lieux. On a une idée et on l'impose. C'est une erreur.
Besoins et désirs
C'est un métier dans lequel vous devez répondre non seulement aux besoins, mais aussi aux désirs. C'est ça qui rend l'architecture noble. Si vous ne répondiez qu'à des besoins, ce serait du bâtiment.
Honnête et loyal
Il ne faut pas s'autocensurer […] mais il ne faut pas non plus provoquer juste pour le plaisir de provoquer. Je crois qu'au fond il faut être honnête, loyal et qu'il faut toujours chercher la vérité.
Pas mal, n'est-ce pas ? Autant de phrases qui seraient des sujets de dissertations ! Et elles peuvent s'appliquer à quasiment tous les métiers, quand on y songe…

Addendum : quelques jours après la rédaction de ce billet, je suis passé par hasard devant les bureaux parisiens de Renzo Piano Building Workshop, rue des Archives à Paris :


Agrandir le plan

Sur Google Street, on ne voit pas l'intérieur du local, joliment décoré de maquettes en bois des projets de l'architecte. Regardez-bien, quitte à zoomer, c'est la voiture de Google qui se reflète dans les vitres !

jeudi 4 novembre 2010

Vous avez dit “Grenelle” ?

La campagne primo-ministérielle de Jean-Louis Borloo le conduit à proposer (encore) un nouveau “Grenelle”, sur la fiscalité cette fois. L'abus de ce symbole de la sortie de Mai 68, pour mieux le banaliser peut-être, finit par être irritant. Juste deux remarques :
  1. Le Grenelle des 25 et 26 mai 1968 s'était conclu par un relèvement du SMIG de 25%, et des autres salaires d'au moins 10%. Pas grand chose à voir avec la politique du gouvernement de 2010, donc.
  2. Il y a un domaine qui aurait dû faire l'objet d'un “Grenelle”, pourtant, mais ce n'est venu à l'idée de personne, pas même de Maître Borloo.
Quel domaine, me direz-vous ? La devinette est très difficile à résoudre, extrêmement difficile, même.
Aussi vous donné-je la solution sans barguigner 
un “Grenelle”… des retraites !
Bon sang, mais c'est bien sûr ! Et dire que personne n'y a pensé parmi les multiples conseillers éclairés du président de la République !

lundi 1 novembre 2010

18 mois chrono

Une initiative mérite d'être saluée : au lieu de publier un pensum politique de plus, Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès ont choisi un genre ludique et pédagogique, celui de la “politique-fiction”.
Leur livre 18 mois chrono, une cohabitation du troisième type, écrit avec l'aide du journaliste Renaud Chenu, ne nous emporte pas dans un futur lointain, mais bien dans un futur proche, puisqu'il correspond même… à notre présent.

La rédaction du livre s'est achevée fin août de cette année, et l'action commence dans la foulée. Les auteurs font une hypothèse baroque : la réforme des retraites entraînant des manifestations et dérapages nombreux, le président de la République tente de faire diversion en dissolvant l'Assemblée nationale. Dimanche 28 novembre 2010, une majorité de gauche sort des urnes. Martine Aubry entame ainsi une cohabitation en tant que Premier ministre…

C'est enlevé, souvent drôle, mais surtout instructif : Lienemann et Quilès connaissent le monde de la politique à la perfection. Ils nous font réfléchir sur les enjeux de la prochaine élection présidentielle – qui clôt le livre avec une chute inattendue.

Certes, on sent que le texte a été écrit à toute vitesse, probablement à la faveur de quelques jours de vacances en août. Ça se voit à des erreurs de typographie et approximations. Ma (modeste) activité d'éditeur me permet de comprendre combien sortir un livre aussi vite est difficile. Il n'empêche, cet effort original mérite d'être salué ! Lisez-le, vous apprendrez plein de choses et vibrerez au suspense de deux élections majeures “en avance”. On s'y croirait !

Liens :
Le blog de Marie-Noëlle Lienemann, http://lienemann.typepad.fr/
Le blog de Paul Quilès, http://paul.quiles.over-blog.com/

samedi 30 octobre 2010

Rétro-parkings

C'est le genre d'idée qui vient au réveil, quand on n'est pas encore tout à fait conscient.
Voilà : on ne cesse de répéter qu'il faut limiter la circulation automobile, because la couche d'ozone, etc, etc. Or, les parkings et garages sont souvent payants. Donc, on incite à sortir de ces garages au plus vite.

D'où l'idée : des garages où l'on ne paye que quand la voiture n'est pas dedans.

Non, les écolos, ne me dites pas que vous restez sans voix face à cette géniale proposition ?

dimanche 24 octobre 2010

La flotte TGV

Trouvé dans TGV Magazine, un récapitulatif des rames TGV. Une occasion de faire le point.

Des plus récents aux plus anciens :
  • Rames POS TGV Est (2007)
    POS signifie Paris Ostfrankreich Suddeutschland (Paris Est de la France Sud de l'Allemagne). Reconnaissables à leurs motrices, semblables à celles des rames Duplex.
    8 voitures (4 de seconde, 3 de première + bar avec places de seconde). 360 places - 200 m de long. Vitesse maxi : 320 km/h. 19 en service (tri-courant).
  • Rames Duplex (1996)
    Prouesse technique de légèreté, transportent plus de 1000 voyageurs en unités doubles.
    8 voitures (4 de seconde, 3 de première + bar). 510 places - 200 m de long. Vitesse maxi : 320 km/h. 145 en service.
  • Rames Réseau (1993, en rénovation depuis 2006)
    Mises en service en même temps que la ligne de TGV nord. Peuvent circuler en Belgique et sur tout le réseau TGV (d'où leur dénomination). Reconnaissables à leurs compartiments "club" en extrémités.
    8 voitures (4 de seconde, 3 de première + bar avec places de seconde). 360 places - 200 m de long. Vitesse maxi : 300 km/h (320 sur la LGV Est). 62 en service (33 bi-courant, 29 tri-courant).
  • Rames Atlantique (1989, en rénovation depuis 2005)
    Mises en service en même temps que la ligne de TGV Atlantique. Reconnaissables à leurs 10 voitures (seules rames françaises en comportant autant).
    10 voitures (6 de seconde, 3 de première + bar). 360 places - 237 m de long. Vitesse maxi : 300 km/h. 105 en service.
  • Rames Sud-Est (1981, rénovées)
    Les tout premiers TGV. Reconnaissables à leurs plaques de destination "mécaniques".
    8 voitures (4 de seconde, 3 de première + bar avec places de seconde). 349 places - 200 m de long. Vitesse maxi : 300 km/h. 104 en service (7 tri-courant pour la Suisse).
Ma marotte : me regimber contre le “tic” de ce magazine de parler “de” TGV sans article défini, pour lui donner un statut de marque. Dans cet exemple, cela prête à confusion. Écrire “530 millions de km parcourus par TGV” donne l'impression que chaque rame de TGV parcourt 530 millions de km chaque année. Ce serait beaucoup ! En réalité, ce sont 1200000 km en moyenne par rame, soit tout de même plus de 3000 km par jour…

Bon voyage !

samedi 16 octobre 2010

Le monde et le temps

Le quotidien Le Monde utilise traditionnellement le verbe devoir à l'imparfait pour gérer le décalage de temps entre sa rédaction et sa lecture, en un subtil exercice.
En effet, le journal du soir (qui paraît en début d'après-midi) est toujours daté du lendemain. C'est ainsi que le numéro daté vendredi 15 octobre a été composé jeudi 14 au matin. Du coup, le passage de Martine Aubry à l'émission “À vous de juger” de jeudi soir n'avait pas encore eu lieu quand les journalistes ont écrit le sous-titre.

En revanche, quand je l'ai lu, après réception du quotidien par la Poste vendredi matin, l'invitation de Martine Aubry s'était entre-temps concrétisée. Mais il aurait pu être annulé au dernier moment (comme cela se produisit d'ailleurs le 7 octobre, la première secrétaire étant souffrante). C'est pour cela que Le Monde utilise le verbe “devoir” (sous-entendu : “au moment où nous publions, elle doit passer à l'émission”) conjugué à l'imparfait puisque, au moment où nous lisons, cette supposition est… passée car datant de la veille !

Vertigineux, non ?

Martine Aubry est bel et bien passée à l'émission “À vous de juger”. Le Monde (le journal) et le monde (politique et médiatique) peuvent être rassurés ! Je déplorerai juste la remarque désobligeante et un brin abjecte d'Arlette Chabot, qui a demandé à la première secrétaire si son problème ophtalmologique pourrait l'empêcher d'être candidate à la présidentielle. Franchement pas très malin !

mercredi 13 octobre 2010

Entendeurs ?

Quand on lit dans un quotidien de référence, sous la signature d'un grand écrivain, un texte qui exprime avec talent des sentiments que l'on éprouve confusément, on ressent un grand soulagement. Voilà un exemple parmi d'autres de l'utilité d'un journal tel que Le Monde. Tahar Ben Jelloun, en dernière page de l'édition datée des 10-11 octobre, évoque les services clientèles par téléphone, dans une tribune titrée 34 centimes d'euro la minute. En voici quelques brefs extraits.
Celui qui a inventé le téléphone à touches et la voix artificielle est un génie, enfin quelqu'un qui a poussé la déshumanisation des relations entre les citoyens au plus haut niveau de mépris.
Est-ce une coïncidence, ajouterons-nous, si c'est à France Télécom que déferle cette vague de suicides ?
Celui qui vous répond […] se présente à vous en ces termes : “Daniel, à votre service”. D'abord, il ne s'appelle pas Daniel, mais Karim ou Abdarrazak. Il est dans une cabine en Tunisie, au Maroc ou dans un pays lointain. Il est “gentil” mais se révèle vite incompétent.
A-t-on songé à l'image que nous donnons à ces employés, qui se font fatalement engueuler à longueur de journée ? Voilà de la “haine en conserve” pour longtemps…
Tahar Ben Jelloun déplore que nous ne soyons plus en face “d'un être de chair, avec qui parler, négocier”, mais “face à un semblant d'être”. Conséquence ?
Vous n'avez aucun moyen de vous défendre, aucune possibilité de vous trouver en face d'une personne et de lui parler.
Cette inhumanité entretenue à dessein pèse lourdement sur la souffrance de notre société. N'avez-vous pas, vous aussi, eu l'impression de parler à un mur dans de telles circonstances ? D'être dans un dialogue de sourds ? Le pire restant de s'entendre promettre que telle ou telle modification va être prise en compte et… qu'il ne se passe rien, ou même que c'est l'inverse qui se produit. Sans aucun recours évidemment, puisque “la parole s'envole”.
La conclusion de Ben Jelloun ne manque pas d'humour noir :
À raison de 34 centimes d'euro la minute […] l'opérateur n'a même plus besoin de travailler, il suffit qu'il installe le centre d'appels délocalisé dans un pays où la journée de travail est payée quelques euros.
À bon entendeur, salut, serait-on tenté de conclure. Mais le problème, justement, est qu'il n'y a plus d'entendeurs.

dimanche 10 octobre 2010

Cosmique arête…

L’avez-vous noté ? Ce dimanche était le 10/10/10, 10 octobre 2010. Depuis 2001, nous rencontrons chaque année une de ces dates amusantes, et cela continuera jusqu’au 12/12/12. Après, il faudra être patients et attendre le 2 février 2022. Bigre ! Vertige du temps qui passe… comme à l’aiguille du Midi ce 10 octobre, où une jolie course m’a plongé dans des considérations… cosmiques. Le calembour était tentant, j’y ai cédé.

L’immuable et le changeant
Ce n’est pas le moindre paradoxe de la montagne que de symboliser à la fois l’immuable et le changeant. Si le mont Blanc est toujours là (heureusement !), l’arête des Cosmiques a changé, depuis quelques décennies. Une belle façon de nous signifier qu’il faut accepter le changement, le vivre positivement.
Qu’auraient pensé George et Maxwell Finch, les premiers ascensionnistes de l’arête il y a presque un siècle ?

La première date en effet du 29 août 1911, voir ci-contre un extrait de l'édition de 1931 du Guide Vallot (cliquer sur l'imagette pour zoomer).

Leurs impressions devaient paradoxalement être proches des nôtres aujourd’hui, puisque l’année 1911 fut une année de canicule et de sécheresse mémorable, qui favorisa l’ouverture d’itinéraires nouveaux, au premier rang desquels le célèbre Grépon-Mer de Glace (19 août). Un record de 31 degrés fut même enregistré à Chamonix en septembre de cette année-là. En revanche, George & Maxwell ne disposaient pas du téléphérique pour les déposer à pied d'œuvre, d'où une marche d'approche (et de retour) longue, soit depuis le Requin, soit depuis le col du Géant ! Et au lieu de s'arrêter à la plate-forme des touristes, ils grimpèrent jusqu'au vrai sommet, ce qui, aujourd'hui, est non seulement impossible mais dangereux (câbles électrifiés).


Peu après l'attaque de l'arête des Cosmiques, un petit verrou rocheux.

La premier gendarme, très pointu contrairement au second. À noter que le ciel bleu est ici un odieux trucage Photoshop (la météo était plutôt au “jour blanc”).

Le parcours de l’arête des Cosmiques est toujours varié et ludique, comme l'illustre ce cliché.

Ambiance “momunentale” entre les deux gendarmes. C’est dans la Grosse tour, à droite, que se développe une couenne historique (8a) dont on peut voir une vidéo sur le site de TV Moutain. Comme quoi l’extrême et le facile se côtoient en toute harmonie !

Entre la Grosse tour et le ressaut final des Cosmiques, le niveau de la neige peut varier dans de grandes proportions, comme en témoignent ces deux photos. À gauche, le passage photographié le 18 juillet 1980, un été spécialement enneigé. À droite, ce 10 octobre. Le pinacle de quelque 6 m de haut disparaissait presque entièrement sous la neige trente ans plus tôt !

Le passage-clé final a changé lui aussi. Naguère franchi par un rétablissement sur une prise assez haute, il se passe plus à droite, le long d’une fissure assez fine et grâce au secours de deux prises taillées pour les pointes-avant des crampons (un 4a d’après Camp To Camp). Je confesse ici que lesdites prises taillées, de l’ordre de la profanation d’un certain point de vue, m’ont été d’un grand secours, ainsi que le piton à anneau enfoncé dans le début de la fissure…

Mais les changements, il convient aussi de les accepter pour soi ! J’ai dû me “gendarmer” (expression de circonstances) pour travailler le positionnement des pieds, chercher les prises et dompter les effets de l’altitude qui rendaient mes bras d’athlète quelque peu mollassons… C'est pourquoi je remercie encore une fois le jeune Zian d'avoir conduit le vénérable ascensionniste que je suis (j'exagère, mais il y a de ça) pour la troisième fois cet été (Voir les billets des 12 septembre et 4 octobre). Les guides m'épatent toujours par la rapidité et l'efficacité de leurs manœuvres de corde et d'assurage ! Voilà qui m'a permis de goûter dans d'excellentes conditions ce parcours classique mais toujours réjouissant.
Partis vers 9h20, à midi largement sonné (12h25), nous étions de retour à l'Aiguille. La boucle était bouclée !

vendredi 8 octobre 2010

Quick and dirty

Une expression a cours dans le petit monde de l'informatique. Quand les clients sont vraiment trop pressés et qu'ils exigent d'avoir leur jouet pour avant-hier, au mépris de tout réalisme, il arrive fréquemment que le prestataire leur donne satisfaction… mais en livrant un produit “quick and dirty” (vite fait, mal fait). Alors, on y revient ensuite dix fois, ça coûte plus cher, le logiciel est mal fichu, mais toute le monde fait semblant d'être content…

La réforme des retraites ressemble à ça. Bâclée, sommaire, sans négociations préalables, sans remise en cause du fond, sans remise à plat. Il y avait pourtant là un thème majeur. Une vraie réforme, intelligente, juste, novatrice et courageuse, aurait permis de créer un peu de consensus dans notre société bloquée.

Mais non ! L'obstination brouillonne de notre président a eu raison – si l'on peut employer ce terme – de la qualité de la réforme. Ce fut “quick”… cela risque de devenir “dirty”, à qui la faute ?

Illustration : yes, we can be quick and dirty. But what about slow and clean ?

mercredi 6 octobre 2010

Espérance de vie

On parle beaucoup de l'espérance de vie, depuis quelques mois – réforme des retraites oblige.

Je me souviens d'un cours de français, en classe de première
Le prof évoquait Bernard de Fontenelle, né en 1657 et mort… en 1757, à quelques mois de son centenaire. Il en profita pour glisser que l'on ne vit pas plus vieux de nos jours qu'au XVIIIe siècle. Tollé dans la classe ! Mais il avait raison. L'âge maximal qu'atteint un être humain n'a pas significativement augmenté. Ce qui a considérablement augmenté, en revanche, c'est l'espérance de vie à la naissance, autrement dit la durée moyenne de la vie de l'ensemble des personnes qui naissent.

Si l'espérance de vie n'avait augmenté qu'en raison de la baisse de la mortalité infantile, alors l'argument d'un départ en retraite plus tardif pour cause d'espérance de vie allongée n'aurait aucun sens. L'espérance de vie à 60 ans serait la même…

Ce n'est pas le cas dans notre société. Cependant, la notion d'espérance de vie doit être traitée avec subtilité. C'est ce que fait Philippe Askenazy dans Le Monde Économie du 5 octobre. Il cite une étude qui examine l'espérance de vie “sans limitation”, autrement dit sans handicap physique ou moral.

Il en tire deux enseignements au moins :
1. Quand on a 50 ans, cette espérance est inférieure à 20 ans. Cela veut dire que si l'on prend sa retraite à 70 ans, on entre en même temps dans la période des handicaps. Voilà qui change la perspective !
2. Par ailleurs, il observe que, depuis plusieurs années, cette même espérance de vie, pour les femmes, a cessé de croître. La raison en est “la dégradation des conditions de travail des femmes, due au transfert des normes productives industrielles dans les services”. En clair : les entreprises pressurent désormais autant les salariés des services que, naguère, de l'industrie. Encore une raison de s'interroger sur la viabilité d'une activité professionnelle se prolongeant au-delà des 60-65 ans !

Si l'on voulait exagérer, on pourrait dire que si l'allongement de l'espérance de vie porte essentiellement sur les années durant lesquelles on est devenu grabataire ou sénile, alors les chiffres ne sont que d'une pertinence discutable…
Il y a quand même un peu de ça, semble-t-il !

Ci-contre, dessin de Lasserpe, reproduit avec son autorisation
(8 octobre 2010).

lundi 4 octobre 2010

Une “corda alpina” très cool

La “via corda alpina” aux Mottets est unique en son genre dans le massif du Mont-Blanc (du moins à ma connaissance). Cette voie, que l'on pourrait qualifier de “rando-escalade”, n'est pas une via ferrata, puisqu'il n'y a pas d'équipements artificiels de progression, mais n'est pas non plus une voie d'escalade stricto sensu, puisqu'elle alterne cheminements piétonniers et ressauts rocheux faciles. De quoi mériter le label “cool”, que du plaisir et tout de même presque 600 mètres de dénivelé ! Un excellent moyen de se remettre sur les pieds et de s'entraîner.

Comme il est inutile – voire déconseillé – de grimper en chaussons d'escalade, en raison des sections de marche, on retrouve avec étonnement les sensations de gratonnage et d'adhérence en vibrams, ce qui est loin d'être désagréable ! L'idéal, à notre avis, sont des chaussures vibrams non rigides. Les rigides sont peu efficaces en adhérence, tandis que les simples chaussures de randonnées ont des semelles plus glissantes. Mais bon : les “forts en rocher” peuvent franchir les passages en baskets !

La progression se fait corde tendue avec de brefs arrêts pour l'assurage des passages les plus délicats (3c maximum). Des spits sont placés dans les dalles, des arbres complètent l'équipement naturel. Comme le remarque avec humour un descriptif lu sur le Web, faire des relais tous les 30 mètres risque de rendre indispensable un bivouac tant l'itinéraire est long !

D'après le site de la Buvette des Mottets (buvettedesmottets.com), cette via corda a été ouverte par Sabine, Serge et Frank Tresamini (guide et gérant de la buvette si je ne me trompe pas), Jean-Pierre Albinoni et Jean-Paul Demarchi.

La voie compte six principales sections :
1-La montée des chamois
2-Le passage de la Sabinette
3-Le vol du perfo
4-La vire au bouc, suivie de la traversée des Italiens
5-Le mur des vétérans
6-Canyon et oasis
(Source : fabcime.com, on y trouve aussi une vidéo sympathique).

Quelques clichés de notre ascension du 3 octobre, sous la conduite de Zian, deux heures de cheminement varié et réjouissant.

Zian dans les dalles polies par le passage de la Mer de Glace, à l'époque où elle débordait par-dessus le ressaut des Mottets.

Sabine aux prises avec ce qui ne peut être que… le “passage à la Sabinette” !

 Un passage, qui, photographié avec talent (!) peut impressionner son monde (7b+ avec un p.a.).

 Récupération du matériel avant d'attaquer une dalle à l'aspect bien lisse…

Ambiance saisissante au bord du “canyon” de l'Arveyron, sous un fœhn violent…

 …qui exige d'ôter le chapeau si on ne veut pas le voir s'envoler dans le vide (comme le perfo lors de l'ouverture ?).

Magnifiques mélèzes dans le final, baptisé avec justesse “l'oasis”.

Quand la Sans Nom et les Drus apparaissent, c'est magique !

Au “sommet” sur fond de Verte et de Drus.

À proximité des Mottets, la “corda” peut être ôtée. Au fond, l'aiguille de la République et les Grands Charmoz.