Le charme des coquilles ! Notre orthographe complexe les favorise, en particulier avec ces fichus circonflexes. Ainsi l'expression “kilucru”. À votre avis, comment s'écrit-elle ? Le Monde, dans son édition du 21 avril, page 17, nous suggère ceci :
Bigre ! De quoi avoir des doutes… Pour “l'eût”, on se laisse convaincre en tentant de se remémorer le conditionnel passé deuxième forme, à comparer au classique “qui l'aurait”. Mais pour “crû” ? Une rapide vérification nous confirme qu'il s'agirait du verbe “croître”, dont on distingue le participe passé d'un circonflexe, contrairement au verbe “croire”. Dans ce cas, cependant, il n'est pas question de croissance… C'était donc bien “qui l'eût cru” que nous aurions dû lire (ou, pour reprendre le conditionnel passé deuxième forme, que nous eussions dû lire).
La rareté des coquilles dans le quotidien du soir et la virtuosité des chroniqueurs nous interdisent de prendre ceci de haut. Toute personne qui écrit sait qu'elle est à la merci de telles erreurs, l'auteur de ces lignes en tête. Les journalistes du Monde n'en sont que plus humains à nos yeux – et donc encore plus estimables !
mercredi 21 avril 2010
samedi 13 mars 2010
Hors la loi
Thème(s) :
Keep
Je viens d’achever la lecture de Hors la loi, de René Belletto. Une lecture fébrile, fascinante, mêlant le plaisir des mots, de la ponctuation – si subtile ! – et de la conjugaison, au service d’une intrigue complexe, traversée d’une foule de personnages denses et attachants, en forme de boucle (sans fin ?), dramatique et dramatisée, riche en coïncidences et en mystères.
Paru début mars 2010, 496 pages, 19,90 €, édité par P.O.L ISBN 978-2-8180-0007-6 EAN 9782818000076
Non, je ne suis pas critique littéraire, aussi ne me lancerai-je point dans l’exercice, déçu, irrité et horripilé par celui de Marine Landrot dans Télérama, qui ne semble écrit que pour étaler la culture de la signataire… Aussi me bornerai-je à ces notes de lecture, évoquant quelques phrases, quelques subjonctifs, bien sûr, quelques mots rares et quelque coquille cocasse – quoique encore plus rare…
Vous n’aimez pas le subjonctif imparfait ? Lisez ce roman et vous changerez d’avis. La phonétique inattendue de ce temps de la conjugaison confère une sorte d’emphase au style qui devient vite familière au lecteur et le rend complice des émotions du narrateur. Quelques exemples (les chiffres entre parenthèses indiquent les numéros de pages).
Voici comment Luis Archer, le narrateur, évoque Irène, et la relation torride qu’il allait entretenir avec elle durant quelques jours :
N'oublions pas le charme des coquilles (rarissimes), minuscules défauts qui ne font que rehausser la beauté du texte, de la même façon que ce sont les minuscules défauts du visage d'une femme qui rehaussent sa beauté (on notera ici la tentative du blogueur, récent rescapé d'une formation à la correction de texte, qui cherche par avance à excuser ses propres coquilles…)
(*) Ajout du 6 juillet 2016
Ce quatrain, ainsi que d'autres, figurait déjà au début de Régis Mille l'éventreur, et est repris également dans Créature. René Belletto l'attribue à une chanteuse, Nadine Rhode, qui ne semble pas exister (ce qui reste à établir).
Paru début mars 2010, 496 pages, 19,90 €, édité par P.O.L ISBN 978-2-8180-0007-6 EAN 9782818000076
Non, je ne suis pas critique littéraire, aussi ne me lancerai-je point dans l’exercice, déçu, irrité et horripilé par celui de Marine Landrot dans Télérama, qui ne semble écrit que pour étaler la culture de la signataire… Aussi me bornerai-je à ces notes de lecture, évoquant quelques phrases, quelques subjonctifs, bien sûr, quelques mots rares et quelque coquille cocasse – quoique encore plus rare…
Vous n’aimez pas le subjonctif imparfait ? Lisez ce roman et vous changerez d’avis. La phonétique inattendue de ce temps de la conjugaison confère une sorte d’emphase au style qui devient vite familière au lecteur et le rend complice des émotions du narrateur. Quelques exemples (les chiffres entre parenthèses indiquent les numéros de pages).
- “Il fallut bien me lever, il fallut bien que mes jambes tinssent bon.” (170)
- Une descente d’escalier : “Je m’abandonnais avec volupté aux lois de la pesanteur, laissant mes jambes exécuter à leur guise les mouvements seuls que leur commandait l’instinct pour que je ne chusse pas.” (445)
- À propos d’idées musicales à développer : “Deux d’entre elles me plurent assez pour que je consacrasse une heure à un début de mise en forme plus poussée.” (407)
- Et peut-être le plus beau, en un moment palpitant : “L’effroi de ma situation paralysait mes jambes, tandis que le danger exigeait que je les musse.” (286)
Voici comment Luis Archer, le narrateur, évoque Irène, et la relation torride qu’il allait entretenir avec elle durant quelques jours :
“Il est vrai aussi qu’elle s’était emberloquée de moi avant que nous nous fussions vus, qu’elle s’agriffa à moi avec ardeur…” (380)Deux phrases sur la solitude et l'écoulement du temps m'ont spécialement marqué :
“J’étais seul dans mon étrange prison intérieure, sur la porte de laquelle je m’acharnais en vain depuis des temps immémoriaux – j’avais pourtant une clé, mais la porte ne devait pas avoir de serrure, voilà, j’avais la clé d’une porte sans serrure.”Dieu que c’est juste !
“Les mois passaient comme des jours et les années comme des semaines, et ainsi dix années lancinantes s’enfuirent comme une seule, qui fila comme l’instant, sans que rien changeât.”
N'oublions pas le charme des coquilles (rarissimes), minuscules défauts qui ne font que rehausser la beauté du texte, de la même façon que ce sont les minuscules défauts du visage d'une femme qui rehaussent sa beauté (on notera ici la tentative du blogueur, récent rescapé d'une formation à la correction de texte, qui cherche par avance à excuser ses propres coquilles…)
- “je déjeune iciavec lui” (234)
- “aux courts ccheveux blonds” (283)
- “me m’empressant (double espace) de…” (410) Là, le correcteur a des excuses. Cette portion de phrase est extraite du chapitre 19, torride (et crue) description de la relation de Luis Archer et Irène, qui n'aura pas manqué de distraire le professionnel, au point de laisser ce “me m’” et la double espace qui suit. Nous laisserons au lecteur le soin d'aller voir ce que le narrateur se préparait à accomplir (“de…”) !
Amours rêvés de ma jeunesseUn grand bravo à René Belletto !
Se sont enfuis avec le temps
Mais que jamais ne disparaisse
Le souvenir que je t'attends.
(*) Ajout du 6 juillet 2016
Ce quatrain, ainsi que d'autres, figurait déjà au début de Régis Mille l'éventreur, et est repris également dans Créature. René Belletto l'attribue à une chanteuse, Nadine Rhode, qui ne semble pas exister (ce qui reste à établir).
mercredi 16 décembre 2009
Alain Robert a encore frappé
Alain ROBERT escalade la tour Ariane
par olemaitre
Ce grimpeur n'a froid aux yeux (ni aux oreilles d'ailleurs).
jeudi 29 octobre 2009
La beauté du monde
Thème(s) :
Alpinisme

À 2000 mètres d'altitude, entre Chamonix et le Plan de l'Aiguille. Les premiers rayons du soleil éclairent les mélèzes orangés, sur fond d'aiguilles de Blaitière et du Plan.

L'aiguille de l'M apparaît au détour d'un lacet du sentier. Pourquoi “de l'M” ? Nous vous laissons y réfléchir !

Le Brévent en majesté, photographié depuis le “jardin suspendu”. Le refuge du Plan de l'Aiguille est proche et le sentier recouvert d'une fine pellicule de glace.
mercredi 14 octobre 2009
Corde de rappel et fil à plomb
Thème(s) :
Alpinisme
Le directeur du quotidien Le Monde publie rarement des éditoriaux. Quand il le décide, c'est que quelque chose de grave se produit. Dans le numéro daté de ce mercredi, Éric Fottorino évoque avec raison le scandale du projet de nomination du jeune Sarkozy à la présidence du plus important établissement public de France, l'EPAD (la Défense). Mon billettiste préféré, Robert Solé, imagine déjà que petit Jean est nommé à la présidence du Conseil constitutionnel afin d'y faire un stage de juriste “en vraie grandeur”. Attention : dans notre sarkozie décadente, la réalité dépasse souvent la fiction.
Le directeur du Monde emploie une formule dont les références alpines me ravissent. Après avoir affirmé qu'il y a des choses “qu'on ne s'autorise pas”, il relève que notre président, lui, “s'autorise”.

Ci-dessus : la longueur clé du Fil à plomb, à l'aiguille du Midi, une pente raide, glacée et glissante que l'on ne descendra qu'en rappel… de préférence !
Il est vrai que faire la promotion de l'égalité des chances et, dans le même temps, pistonner son propre fils à un poste pour lequel il n'a aucune compétence, on ne peut faire pire. Quoique, attendons le prochain épisode !
Le directeur du Monde emploie une formule dont les références alpines me ravissent. Après avoir affirmé qu'il y a des choses “qu'on ne s'autorise pas”, il relève que notre président, lui, “s'autorise”.
Pas de corde de rappel, pas de fil à plomb…déplore l'éditorialiste avec raison. Que voulait-il dire exactement ? Que la verticale honorable du fil à plomb ne soucie guère notre hyperprésident, qu'il voudrait s'affranchir des lois de la gravitation ? Surtout qu'il risque de ne pouvoir redescendre la paroi difficile, raide et glissante qu'il vient de gravir. À moins d'être un as de la “désescalade”. De cela, je ne doute cependant pas…

Ci-dessus : la longueur clé du Fil à plomb, à l'aiguille du Midi, une pente raide, glacée et glissante que l'on ne descendra qu'en rappel… de préférence !
Il est vrai que faire la promotion de l'égalité des chances et, dans le même temps, pistonner son propre fils à un poste pour lequel il n'a aucune compétence, on ne peut faire pire. Quoique, attendons le prochain épisode !
Inscription à :
Articles (Atom)


