mardi 11 juillet 2017

Une longue arête quelque part sous l'M

Éditeur de mon état, je ne résiste pas au “pouvoir des livres” – c'est ainsi, c'est plus fort que moi.

JMEditions venait de publier son nouveau topo Chamonix Granite, consacré aux aiguilles de Chamonix et, bien sûr, je me l'étais procuré “en urgence”. Surprise en l'ouvrant : un itinéraire inédit (et facile) que je n'avais jamais remarqué dans aucun Vallot, Piola ou autre topo. Un itinéraire dont j'avais rêvé en l'observant depuis la vallée, certain qu'il ne se parcourait pas ; et que j'avais observé de près en randonnant dans le secteur et en quittant les sentiers pour aller “un peu plus haut”. Eh bien si : il se parcourt. Je vous le confirme puisque j'en reviens (entier), après l'avoir suivi guidé par Zian. Oui, mieux vaut un guide en chair et en os plutôt qu'un livre en papier pour aller “grimpailler”, du moins pour un “monchu” de mon espèce. Le “pouvoir des livres” est grand – il ne me transforme cependant pas en Rébuffat ou en Killian Jornet, loin s'en faut !

 
Ah, certes, ce n'est pas une escalade difficile ; la difficulté ne dépasse pas le 3c. Mais elle est longue, plus de 1,5 km de développé de l'attaque jusqu'au final – j'aurais dû mesurer sur la carte avant de partir…


On gravit au passage une douzaine d'éminences, d'allure et de stature variées, reliées par des passages sur des blocs, des arêtes gazonnées et des traversées “de chamois”, pour “sortir” à 2630 m d'altitude, soit quelque 400 mètres depuis l'attaque.


Je m'étais dit : une escalade facile… ça tombe bien, je n'ai aucun entraînement. Voilà qui me remettrait en selle. Ah, ah… présomptueux, le monchu ! Car j'ai dû me houspiller – à voix basse ou à voix haute – pour cheminer aussi longtemps, pour être attentif au terrain, suivre les indications de mon guide, capable de discerner des passages dans ce chaos rocheux, escaladant ici, descendant plus loin, traversant avec précaution sur des lames effilées, tandis que le premier de cordée plaçait çà et là coinceurs, sangles ou anneaux de corde pour assurer ma progression, et nous mener à bon port… juste au moment où l'orage commençait à gronder, au grand dam de ces pauvres Anglais engagés dans la NNE de l'M, qui hurlaient “Belay !” comme pour conjurer le sort – et la foudre.

Mais c'est quoi, cet itinéraire ? Allez, je vous en “livre” les caractéristiques :
Les Frêtes de Charmoz, qui commencent au signal Forbes, face aux Drus, à 2200 m d'altitude, pour nous conduire au très émouvant “mémorial Eric Escoffier” (2450 m, ci-contre), puis au sommet effilé du signal supérieur des Charmoz (2475 m). À partir de là, le soleil, la fatigue, la soif ont obscurci mon esprit topographique. Tout ce que je sais, c'est que les sommets se succédaient sans répit, avec parfois des bizarreries pour les gravir ou contourner, et que l'arête finale, beaucoup trop longue (!), oppose trois ou quatre “faux sommets” – ça existe, oui : on croit être arrivé… et puis non, il y en a encore un au-dessus.
L'élégance suprême, si l'on est un alpiniste endurant, serait de poursuivre jusqu'à l'aiguille de l'M. La classe ! Pour ma part, après 5h30 d'efforts depuis le Montenvers, le retour me suffisait amplement. 2h30 de descente (au ralenti) pour retrouver le petit train rouge, la gorge sèche et les jambes raides.
Comme l'a dit mon guide : “Ce genre de course, il faut l'avoir faite une fois !” Je suis d'accord. Et j'ai été très heureux – si, si ! – de parcourir ces frêtes (rien à voir avec les “frettes” des manches de guitare, soit-dit en passant).


Vue générale, prise à l'automne, qui illustre la longueur des frêtes.

NOTA BENE : en tant qu'alpiniste de niveau modeste, je ne saurais trop recommander aux cordées peu expérimentées d'être extrêmement prudentes et réalistes avant de s'engager dans cette voie. La difficulté en escalade n'est pas un problème. En revanche, la sécurité, l'assurage et la progression sont difficiles, en raison de la nature du terrain, des sinuosités à trouver et de l'exposition des pentes herbeuses des deux flancs. Ce n'est pas parce que des moutons s'y risquent que les êtres humains peuvent les imiter !