mardi 21 mars 2017

Illusions proportionnelles

Comme un serpent de mer, la question du mode de scrutin des élections législatives revient à l'occasion de la présidentielle : faut-il instituer un scrutin proportionnel ?
Il n'est pas absurde de poser la question. Encore faut-il en mesurer précisément les enjeux.

La cartographie du parlement néerlandais récemment élu au scrutin proportionnel doit nous faire réfléchir :


Observez ce fromage à 13 parts…
Tous les défauts d'un scrutin proportionnel y sont illustrés, à commencer par le mélange des genres, à savoir la confusion entre parti politique et syndicat catégoriel. Ce parti des retraités, par exemple. En quoi les opinions des retraités devraient-elles être uniformes au point de se regrouper dans un seul parti ? N'existe-t-il pas des retraités de gauche et de droite ? Pourquoi pas, dans ce cas, un parti des salariés, un parti des chômeurs, un parti des travailleurs indépendants et un parti des femmes au foyer ? 
Le pire, à mes yeux, ce sont ces partis teintés de religion. À nouveau, ils présupposent que la religion, selon son penchant totalitaire, surplomberait toute autre orientation politique. Que signifient ces partis chrétien-démocrate ou l'union chrétienne ? Et ce parti protestant “réformé” ? À quoi cela rime-t-il ?

Le summum du grotesque est atteint avec le parti des animaux. Ses 5 représentants seraient-ils des chevaux, des chiens ou des lions ? La cause animale se doit-elle d'être séparée des Verts ?
Plus classique, et néanmoins labyrinthiques sont ces distinctions jésuitiques entre travaillistes, démocrates ou chrétiens-démocrates… sans oublier ce forum pour la démocratie, que sa situation à droite de l'éventail ne dit rien qui vaille. Enfin, avec le parti “Denk” (qui signifie “penser” ai-je cru comprendre), ce sont les immigrés turcs qui l'ont fondé. Quelle mosaïque ! Encore une fois, n'existe-t-il pas des Turcs de droite et des Turcs de gauche ?

Je n'ose imaginer la même fragmentation en France.
À lui seul, le PS moribond pourrait donner naissance à quatre ou cinq mini-partis. Mais ce n'est pas le plus grave ! On verrait les catholiques fonder je ne sais quel parti du sens commun ou autre faction, tandis que plusieurs partis musulmans s'attacheraient à prôner chacun leur “islam de France”. Nous aurions également un quarteron de partis écologistes, ainsi qu'un trio de partis d'extrême-gauche aux tendances radicalement irréconciliables. Et à droite ? On se souvient de la primaire de novembre dernier. Il y aurait de quoi fonder un sextet de micro-partis. Le FN se diviserait également entre membres de la famille Le Pen, père, fille et nièce – ils sont déjà trois…

Bref ! Une assemblée de députés n'est en aucune façon un “échantillon représentatif” statistique d'une population, mais un éventail de grandes tendances destinées à dégager une majorité, sans laquelle une démocratie se réduit à une sorte de vente aux enchères, de foire à la ferraille où chaque décision est suspendue aux caprices des amis des bêtes, des chasseurs ou des partisans de Jeanne d'Arc. De quoi perdre tout… sens commun.

“Instiller” une dose homéopathique de proportionnelle pourrait se concevoir, tant la bipolarisation induite par le scrutin majoritaire actuel peut parfois nous handicaper. Mais point trop n'en faut. Méditons l'exemple néerlandais !

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