mercredi 8 février 2017

Scénario(s)-catastrophe

La campagne présidentielle donne de plus en plus l'impression d'une série à rebondissements, proche du film-catastrophe. Une fascination du “vide” saisit les Français, confondant fiction et réalité. On dirait une voiture folle, fonçant à toute allure, et des passagers grisés par la vitesse et l'adrénaline, tandis que d'autres sont, l'image est connue, comme des lapins hypnotisés par la lumière des phares. On joue à se faire peur, à compter les points, à observer l'ascension – puis la chute – des prétendants. Et l'on oublie qu'il s'agit d'élire le prochain président de la République. Mais ce n'est pas un jeu vidéo, pas plus qu'une nouvelle version des Pokémon Go !

Répétons-nous comme un mantra : “Le pire n'est jamais certain”. Car s'il ne l'est pas, sa probabilité n'est pas nulle, ainsi qu'en témoignent le Brexit ou l'élection de Donald Trump aux USA. Pour conjurer le sort, examinons quelques scénarios…

Scénario 1 : durant la campagne de premier tour, François Fillon ne cesse de perdre du terrain, tandis qu'Emmanuel Macron est victime de l'imprécision de son programme. Derrière une Marine Le Pen arrivée en tête, les trois autres prétendants sont dans un mouchoir de poche : Fillon à 18%, Macron à 19% et Hamon à 20%. Quid du second tour ? La droite appellerait-elle à voter pour le candidat PS… ou bien se limiterait-elle à demander aux Français de voter “en leur conscience” ?

Scénario 2 : François Fillon parvient à se redresser, tirant parti de son statut de victime médiatique, et l'ordre d'arrivée au premier tour s'inverse. Entre les deux tours, ce sont deux semaines – et non une comme dans les autres élections – qui doivent s'écouler. Et voici que Fillon est mis en examen. Marine Le Pen surfe sur la vague du “tous pourris”, tandis qu'une majorité d'électeurs de gauche s'abstiennent…

Scénario 3 : l'incident judiciaire intervient à quelques jours du premier tour. François Fillon dégringole dans les sondages, aussi vite qu'il était monté à la veille de la primaire de son parti. Entretemps, Macron a été l'objet d'attaques médiatiques nourries. L'abstention dépasse celle du 21 avril 2002 (28,4%) pour atteindre le tiers des inscrits. Et, surprise parmi les surprises, Marine Le Pen obtient 50,1% des voix. Tous le monde préparait le second tour. Il n'y en aura pas…

Que l'on ne se méprenne pas sur le sens de ce billet : il ne s'agit évidemment pas de “souhaiter” que de tels scénarios se réalisent. Au contraire : prenons conscience que la volatilité des intentions de vote, la désorientation des électeurs, le dégoût de nombre d'entre eux, finit par ressembler au film-catastrophe évoqué en introduction. Or, l'élection n'est pas virtuelle, redisons-le, et évitons le binge drinking… la gueule de bois pourrait être terrible !

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