lundi 6 février 2017

Erreurs de casting

L'idée du matin, au réveil… ça arrive parfois. Ne dit-on pas que la nuit porte conseil ? Terrible sensation : et si cette présidentielle était entachée de terribles erreurs de casting?

Benoît Hamon. Imaginons qu'il soit élu. Il se trouverait dans une situation comparable à celle de François Hollande en 2012. Relativement inexpérimenté, même s'il a exercé des fonctions gouvernementales – on songe à l'international ; nouvel avatar du président “normal” – il confirme qu'il n'est pas l'homme providentiel – il aurait le plus grand mal à tenir ses promesses… et se trouverait en quelques mois en butte à ses propres… frondeurs !

Jean-Luc Mélenchon. La hauteur de vue de son discours du 5 février à Lyon (et de son hologramme à Paris) détonnait spectaculairement avec ses rivaux. Au point qu'il semblait presque hors-concours, à mi-chemin entre le candidat et le “philosophe engagé” – une sorte d'Attali honnête et compétent (je plaisante). Personne n'a été aussi loin que lui dans une vision globale, argumentée et… moderne (pas seulement à cause de l'hologramme, hein !)

François Fillon. Au-delà des vicissitudes du “Penelope Gate”, la violence sociale de son programme, sa désormais célèbre blitzkrieg contre les salariés, les retraités et les fonctionnaires pour les mettre au régime sec, augurent bien mal de ses chances de rassembler – sinon de rassurer !

Emmanuel Macron. Sincèrement, sa prestation du 4 février à Lyon a tourné à l'enfilage de lieux communs, de dissertations d'étudiants de première année… Liberté, égalité, fraternité… Certes, c'est notre “programme commun” – du moins l'espère-t-on. Mais encore ? serait-on tenté d'inscrire en rouge sur la copie double d'écolier. La publication de son programme, sans cesse repoussée, montre qu'il préfère en rester aux idées générales. On comprend la stratégie de com'. C'est tout de même un peu léger… (François Bayrou ne l'avait-il pas traité d'“hologramme”, sans l'original en chair et en os, cependant).

Marine Le Pen. Toujours à Lyon, la candidate du FN a détaillé ses 144 mesures. Si leur lecture ne vous fait pas froid dans le dos – même en essayant de faire abstraction de tout jugement sur les “valeurs” qu'il véhicule – alors, c'est que vous êtes sacrément masochiste ! À moins d'aspirer, soudain, au pire, comme pour faire mentir le proverbe “le pire n'est jamais certain”, je ne vois pas de raison justifiant de lui apporter des voix.

Addendum du 9 février
Gérard Courtois, dans Le Monde daté du 8, porte un diagnostic semblable, avec, bien sûr le talent et la profondeur de vue de l'éditorialiste (que nous admirons tout particulièrement). Deux brèves citations :
«  Disons-le comme on le ressent : à ce stade, aucun des candidats ne semble avoir la carrure d'un futur président de la République. »
et surtout la conclusion, que nous ferions bien de tous méditer :
« Bilan effacé, candidats improbables, débat erratique : voilà pourquoi cette campagne semble si invertébrée et indéchiffrable. Du coup, elle paraît susceptible de partir dans tous les sens, au gré des coups de cœur, des coups de blues ou des coups de sang d'un électorat plus volatil et déboussolé que jamais. Bref, voilà pourquoi cette campagne apparaît si inquiétante. Tout y semble possible, même le pire. »

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