jeudi 16 février 2017

Liberté d'enfermement

Extraits d'une chronique de Guy Konopnicki parue dans Marianne du 10 février.



De quoi rédiger une dissertation, n'est-ce-pas ? À vos claviers (ou plumes) !

Le vote paradoxal des retraités

Si l'on en croit les études d'opinion, les retraités voteraient plutôt au centre-droit et à droite, et ils sont de plus en plus nombreux dans le corps électoral, vieillissement de la population oblige. On parle ici des retraités relativement aisés, ou du moins au-dessus du minimum vieillesse, misérable dans notre système social.

Or, que proposent les candidats de la frange droite de l'échiquier politique ? Avant tout la réduction des cotisations sociales. Lesdits retraités semblent oublier que notre système fonctionne par répartition. Car toute baisse des recettes induit donc, tendanciellement, une baisse des prestations – et donc des pensions de retraites. Peut-être que ceux qui ont “pris leur retraite” se croient définitivement à l'abri, à la façon de fonctionnaires dont le revenu serait garanti. Peut-être pensent-ils que seuls les nouveaux entrants – ceux qui liquideront leurs pensions dans les années à venir – seront concernés par une baisse des pensions. Si l'on y ajoute les projets de réduction des prestations de santé, et l'accroissement du champ des mutuelles et autres assurances privées, le sort des retraités ne s'améliorera pas : plus de cotisations, moins de remboursements, et des mutuelles qui modulent à la hausse leurs primes en fonction du “risque” représenté par le cotisant…

C'est le paradoxe des retraités. Ils croient que les réductions de prestations ne concerneront que les “actifs” au sens démographique : jeunes, chômeurs, bénéficiaires du RSA, salariés (pour les cotisations), avec la pensée, vite refoulée : “Tant pis pour eux !” Un pari qui pourrait se révéler perdant…


mardi 14 février 2017

Phishing anatomie

Anatomie d'un courrier électronique de “phishing”, ou “hameçonnage”.

Cas pratique : vous recevez ce mail
(cliquez sur l'image pour zoomer)


1. L'émetteur, censé être OVH, l'un des plus grands hébergeurs de sites web français, auquel, peut-être, vous êtes affilié. Premier indice : le sigle a été inversé, soit OHV. Mauvais signe !

2. L'adresse de l'expéditeur ne ressemble guère à OVH… méfiance !

3. L'adresse de réponse est grossièrement truquée, avec un tiret parasite : ov-h.net. De surcroît, le message précise plus bas : “S'il vous plaît ne répondez pas”.

4. Le texte a été traduit maladroitement. Orthographe et syntaxe sont des indices, eh oui ! Bourré d'anglicismes tels que “abus” (au sens de fraude), “compléter” au lieu de “effectuer”, etc. Réfléchissez quelques secondes au ton du message : “Ce test est obligatoire” – naïf et comminatoire ! “Vous ne serez pas autorisés à envoyer des emails après le 15 février” – elle est bien bonne !

5. Si vous passez le curseur de votre souris sur le lien “cliquez ici” – sans cliquer, bien sûr ! – vous constatez que l'adresse vers laquelle pointe ce lien n'a rien à voir avec OVH. Car si vous suiviez ce lien, vous tomberiez sur une fausse page OVH, vous demandant, évidemment, de saisir vos identifiant et mot de passe de messagerie. Après cela, vous pourriez dire adieu à votre adresse (et à vos contacts éventuels) ! Les pirates pourraient l'utiliser pour envoyer toutes sortes de “hameçonnages” à vos contacts ou d'autres destinataires.

Il vous reste un doute ? Au lieu de répondre, rendez vous sur votre compte OVH via votre navigateur, et vous constaterez que tout va bien.

mercredi 8 février 2017

Scénario(s)-catastrophe

La campagne présidentielle donne de plus en plus l'impression d'une série à rebondissements, proche du film-catastrophe. Une fascination du “vide” saisit les Français, confondant fiction et réalité. On dirait une voiture folle, fonçant à toute allure, et des passagers grisés par la vitesse et l'adrénaline, tandis que d'autres sont, l'image est connue, comme des lapins hypnotisés par la lumière des phares. On joue à se faire peur, à compter les points, à observer l'ascension – puis la chute – des prétendants. Et l'on oublie qu'il s'agit d'élire le prochain président de la République. Mais ce n'est pas un jeu vidéo, pas plus qu'une nouvelle version des Pokémon Go !

Répétons-nous comme un mantra : “Le pire n'est jamais certain”. Car s'il ne l'est pas, sa probabilité n'est pas nulle, ainsi qu'en témoignent le Brexit ou l'élection de Donald Trump aux USA. Pour conjurer le sort, examinons quelques scénarios…

Scénario 1 : durant la campagne de premier tour, François Fillon ne cesse de perdre du terrain, tandis qu'Emmanuel Macron est victime de l'imprécision de son programme. Derrière une Marine Le Pen arrivée en tête, les trois autres prétendants sont dans un mouchoir de poche : Fillon à 18%, Macron à 19% et Hamon à 20%. Quid du second tour ? La droite appellerait-elle à voter pour le candidat PS… ou bien se limiterait-elle à demander aux Français de voter “en leur conscience” ?

Scénario 2 : François Fillon parvient à se redresser, tirant parti de son statut de victime médiatique, et l'ordre d'arrivée au premier tour s'inverse. Entre les deux tours, ce sont deux semaines – et non une comme dans les autres élections – qui doivent s'écouler. Et voici que Fillon est mis en examen. Marine Le Pen surfe sur la vague du “tous pourris”, tandis qu'une majorité d'électeurs de gauche s'abstiennent…

Scénario 3 : l'incident judiciaire intervient à quelques jours du premier tour. François Fillon dégringole dans les sondages, aussi vite qu'il était monté à la veille de la primaire de son parti. Entretemps, Macron a été l'objet d'attaques médiatiques nourries. L'abstention dépasse celle du 21 avril 2002 (28,4%) pour atteindre le tiers des inscrits. Et, surprise parmi les surprises, Marine Le Pen obtient 50,1% des voix. Tous le monde préparait le second tour. Il n'y en aura pas…

Que l'on ne se méprenne pas sur le sens de ce billet : il ne s'agit évidemment pas de “souhaiter” que de tels scénarios se réalisent. Au contraire : prenons conscience que la volatilité des intentions de vote, la désorientation des électeurs, le dégoût de nombre d'entre eux, finit par ressembler au film-catastrophe évoqué en introduction. Or, l'élection n'est pas virtuelle, redisons-le, et évitons le binge drinking… la gueule de bois pourrait être terrible !

lundi 6 février 2017

Erreurs de casting

L'idée du matin, au réveil… ça arrive parfois. Ne dit-on pas que la nuit porte conseil ? Terrible sensation : et si cette présidentielle était entachée de terribles erreurs de casting?

Benoît Hamon. Imaginons qu'il soit élu. Il se trouverait dans une situation comparable à celle de François Hollande en 2012. Relativement inexpérimenté, même s'il a exercé des fonctions gouvernementales – on songe à l'international ; nouvel avatar du président “normal” – il confirme qu'il n'est pas l'homme providentiel – il aurait le plus grand mal à tenir ses promesses… et se trouverait en quelques mois en butte à ses propres… frondeurs !

Jean-Luc Mélenchon. La hauteur de vue de son discours du 5 février à Lyon (et de son hologramme à Paris) détonnait spectaculairement avec ses rivaux. Au point qu'il semblait presque hors-concours, à mi-chemin entre le candidat et le “philosophe engagé” – une sorte d'Attali honnête et compétent (je plaisante). Personne n'a été aussi loin que lui dans une vision globale, argumentée et… moderne (pas seulement à cause de l'hologramme, hein !)

François Fillon. Au-delà des vicissitudes du “Penelope Gate”, la violence sociale de son programme, sa désormais célèbre blitzkrieg contre les salariés, les retraités et les fonctionnaires pour les mettre au régime sec, augurent bien mal de ses chances de rassembler – sinon de rassurer !

Emmanuel Macron. Sincèrement, sa prestation du 4 février à Lyon a tourné à l'enfilage de lieux communs, de dissertations d'étudiants de première année… Liberté, égalité, fraternité… Certes, c'est notre “programme commun” – du moins l'espère-t-on. Mais encore ? serait-on tenté d'inscrire en rouge sur la copie double d'écolier. La publication de son programme, sans cesse repoussée, montre qu'il préfère en rester aux idées générales. On comprend la stratégie de com'. C'est tout de même un peu léger… (François Bayrou ne l'avait-il pas traité d'“hologramme”, sans l'original en chair et en os, cependant).

Marine Le Pen. Toujours à Lyon, la candidate du FN a détaillé ses 144 mesures. Si leur lecture ne vous fait pas froid dans le dos – même en essayant de faire abstraction de tout jugement sur les “valeurs” qu'il véhicule – alors, c'est que vous êtes sacrément masochiste ! À moins d'aspirer, soudain, au pire, comme pour faire mentir le proverbe “le pire n'est jamais certain”, je ne vois pas de raison justifiant de lui apporter des voix.

Addendum du 9 février
Gérard Courtois, dans Le Monde daté du 8, porte un diagnostic semblable, avec, bien sûr le talent et la profondeur de vue de l'éditorialiste (que nous admirons tout particulièrement). Deux brèves citations :
«  Disons-le comme on le ressent : à ce stade, aucun des candidats ne semble avoir la carrure d'un futur président de la République. »
et surtout la conclusion, que nous ferions bien de tous méditer :
« Bilan effacé, candidats improbables, débat erratique : voilà pourquoi cette campagne semble si invertébrée et indéchiffrable. Du coup, elle paraît susceptible de partir dans tous les sens, au gré des coups de cœur, des coups de blues ou des coups de sang d'un électorat plus volatil et déboussolé que jamais. Bref, voilà pourquoi cette campagne apparaît si inquiétante. Tout y semble possible, même le pire. »

jeudi 2 février 2017

Confusion et chaos

Quelle confusion !

Les “surprises de la présidentielle” tournent à la farce, au feuilleton grotesque. L'affaire Penelope Fillon ne cesse de rebondir, d'heure en heure. Difficile de dire, à l'heure où sont écrites ces lignes (2 février, mi-journée) si le candidat LR pourra se présenter à l'élection.
Certes, pour ceux qui n'approuvent pas son programme, ce pourrait être un “bon débarras”… Mais et ensuite ? Même si Marine Le Pen traîne elle aussi une casserole, elle serait capable de franchir l'obstacle et de capitaliser sur le “tous pourris”. Ne l'oublions pas.

Pour le reste, rien n'est clair – c'est un euphémisme. La primaire du PS a – à son tour – désigné un outsider, au programme aventureux. Ambiguïté ! Si nous vivions dans un régime parlementaire, des alliances pourraient se nouer ; dans notre système hyper-présidentiel et hyper-personnalisé, c'est une mission impossible.

Quant à Emmanuel Macron, il vient encore de reporter la présentation de son programme ! Porté par son imprécision, il risque la chute, explosant telle une baudruche médiatique gonflée au marketing de “big data” (expression entendue hier sur France Info).

Les trois mousquetaires Hamon-Mélenchon-Jadot – avec le PC en quatrième – forment un attelage qui tire à hue et à dia, si l'on m'autorise l'expression.
80 jours avant le premier tour, un peu plus de deux mois, nous restons dans la plus grande incertitude, non seulement sur le résultat, mais sur les programmes et le positionnement des candidats. Qui sera le candidat LR ? Comment Hamon rassemblera-t-il le PS ? François Bayrou se présentera-t-il ? Avouez que la confusion est totale ! Or, de la confusion ne peut naître que le chaos…

Le seul “joker” présent dans la main invisible du futur scrutin serait l'élection d'une sorte de “président neutre” – comme les paquets de cigarettes, enfin, non, vraiment neutre – choisi sur sa personnalité, à charge pour lui, dans un second temps, de construire une majorité lors des législatives. Ce serait atypique et dérogatoire à nos usages et traditions. S'il fallait faire la démonstration que l'élection du président au suffrage universel direct est dans une impasse, quoi de plus éloquent que les dernières semaines ?

Côté sondages, nous sommes en train d'assister à la dangereuse “convergence des courbes”, avec plusieurs candidats à l'intérieur de la marge d'erreur des enquêtes d'opinion, couplée à une extrême volatilité des intentions de vote. C'est ainsi que Benoît Hamon a bondi – Monsieur-7% est devenu Monsieur-15% en quelques jours, porté par son succès à la primaire, tandis que François Fillon entame une chute vertigineuse et que Marine Le Pen… renforce son assise électorale. De nouveau, le “rêve” du “second tour gagné d'avance” titille les challengers de la présidente du FN. Attention, danger !

Le général de Gaulle, qui avait imaginé ce mode de scrutin en 1962 pour des raisons de convenance personnelle, nous a laissé un héritage décidément empoisonné !