jeudi 11 mai 2017

Un scrutin sans fin

11 mai 2017… La France a un nouveau président. C'en est-il fini ? Non ! Le “scrutin sans fin” se poursuit.

Résumé des épisodes précédents
Conscients que l'élection présidentielle dysfonctionne, nous avons imaginé des primaires – sorte d'anté-premier-tour – pour éviter des éliminatoires aux résultats incertains, on se souvient de 2002. Raté ! Deux scrutins à deux tours chacun, en novembre 2016 et janvier 2017, pour rien… ou pas grand-chose. Les deux vainqueurs des éliminatoires seront balayés le 23 avril. Qu'en a-t-il résulté ? Quatre blocs presque identiques, de 7 à 8,6 millions de voix chacun.

La règle est connue, imaginée par un certain de Gaulle – et sa “certaine idée de la France” : seuls les deux candidats arrivés en tête au premier tour sont présents au second. Ce sera donc Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Fureur des deux autres challengers, colère des électeurs sommés de choisir entre deux candidats seulement. Si on les écoutait, il aurait fallu organiser une quadrangulaire au second tour ! À l'évidence, nos institutions ne fonctionnent plus correctement. Si la présidentielle ne convient plus aux électeurs, pourquoi maintenir ce système ? Malheureusement, si l'on consulte les Français, on obtient invariablement une écrasante majorité souhaitant à tout prix conserver l'élection uninominale à deux tours telle qu'on la connaît… Et pourtant, à la façon de sales gosses ou d'enfants-rois, nombre d'électeurs râlaient, refusant la règle du jeu… C'est tout juste s'ils n'exigeaient pas des bulletins Fillon ou Mélenchon sur les tables des bureaux de vote du second tour !

Donc… on recommence. Avec les élections législatives, les seules capables, théoriquement, d'arbitrer la compétition. On verra quelle sera la participation à ce scrutin décisif… Et on verra comment les électeurs réagissent, comment ils vivront ces deux tours subtils, à base de seuils de 12,5% des inscrits, et donc ces duels, ces triangulaires et autres quadrangulaires.

Et si on avait commencé par là ? Nous aurions élu une assemblée nationale, représentative des “blocs” en présence, avec une répartition plus ou moins proportionnelle des sièges selon le mode de scrutin. Et le Premier ministre, chef de l'exécutif dans la plupart des démocraties occidentales, aurait résulté des alliances nouées au parlement.
Seulement voilà : à quoi servirait le président, cette “star” de nos institutions, ce monarque élu, cet homme que l'on veut toujours providentiel et qui ne se “normalise” pas ? Pourtant, souvenons-nous, lors des cohabitations, les institutions fonctionnaient-elles autrement ?

Un scrutin sans fin…
Si les législatives ne permettent pas de dénouer les désaccords et atermoiements de l'électorat, que faudra-t-on imaginer ? Un “troisième tour social” ? (ce serait plutôt un neuvième tour, si on compte bien). Un référendum ? Une période d'essai ?
À demain !

samedi 29 avril 2017

Présidentielles 2017 : testez une simulation de second tour

Entre-deux-tours de l'élection présidentielle de 2017…

En quoi ce second tour diffère-t-il de celui de 2002 ?

En 2002 :
  1. Le candidat FN avait accédé au second tour par surprise
  2. Jean-Marie Le Pen avait obtenu 4,8 millions de voix, soit 16,86% des suffrages
  3. La constitution d'un front républicain avait été rapide et unanime
  4. Jacques Chirac, président sortant, était une figure reconnue 
  5. Seuls les électeurs de gauche devaient accepter de voter “contre leur camp”
  6. Un fort réservoir d'abstentionnistes avait été mobilisé au second tour : 20% d'abstentions contre 28% au premier tour (3,5 millions d'électeurs en plus)

En 2017 :
  1. La candidate FN était annoncée au second tour depuis longtemps
  2. Marine Le Pen a obtenu 7,7 millions de voix, soit 21,30% des suffrages
  3. La constitution du front républicain a été difficile et très incomplète
  4. Emmanuel Macron est un nouveau venu dans la compétition 
  5. Voter “contre leur camp” concerne à la fois les électeurs de droite (électorat Fillon) et de gauche (électorats Hamon et Mélenchon)
  6. Au premier tour, l'abstention était de 22%. On ne sait quelle sera la mobilisation au second tour…
Vous pensez qu'Emmanuel Macron est certain d'être élu ?
Et si vous testiez vous-mêmes vos hypothèses de reports de voix ?
Nous mettons à votre disposition un petit tableur Excel pour cela.


Zoomez sur l'image pour découvrir la physionomie de ce tableau de calculs. L'hypothèse affichée reprend peu ou prou celles des médias à mi-course de l'entre-deux-tours, aboutissant à une victoire de Macron à 60/40 environ.

Il est malheureusement possible de faire une tout autre hypothèse :


Nous vous laissons réfléchir… et réaliser vos propres simulations.



mercredi 12 avril 2017

Revue de presse : Mélenchon dans Les Échos

Qui l'eût cru ? Le quotidien économique Les Échos a publié mardi 11 avril un numéro “Spécial Mélenchon”, titrant :

Mélenchon, le nouveau « risque » français


En page 2, Cécile Cornudet analyse les causes de l'ascension du candidat, concluant d'un lapidaire : “Mais il y a toujours un angle où l'hologramme apparaît pour ce qu'il est : une image.”


Page 9, l'éditorial de Dominique Seux est plus radical – pas au sens de “gauche radicale”, il ne s'agit pas d'hagiographie, on l'aura deviné !
“Il est temps, vraiment temps, que les yeux se dessillent. Jean-Luc Mélenchon défend un projet insensé que peu de gens ont apparemment lu. […] Reposant sur une double illusion économique, ce projet radical aurait le même destin que le Programme commun de 1981 : l'échec.”


Page 22, le quotidien présente le “scénario noir qui fait frémir les marchés”, en particulier au regard de ses prémices, les taux d'intérêt sur la dette française qui seraient en hausse.


Ce n'est pas tout ! En toute dernière page apparaît une caricature assez réussie du candidat-dégagiste, assortie d'un point de vue sans appel, précisant le “chemin de croix” de 200 milliards de dépenses, rappelant les sympathies de JLM pour Chavez ou Castro, soulignant les similitudes de son programme avec celui du FN, qualifiée de “frappante”, pour terminer avec l'estocade finale : “…passe des frites au quinoa, presque un papy gâteau. Il lance une webradio baptisée ‘Les Jours Heureux’. Pour qui ?”.


À croire que la rédaction des Échos soupçonne son lectorat d'envisager un vote Mélenchon. C'est dire l'ampleur de la contagion !

Mais la véritable conclusion n'est-elle pas fournie par Bruno Jeambart (OpinionWay), interviewé par Les Échos sur cette même page 22 ?

“Plus on parle du ‘candidat qui monte’, plus il monte et plus on en parle.”

samedi 1 avril 2017

Taxer les robots ?

Le débat politique a le don d'inventer des formules inappropriées, qui ferment ledit débat au lieu de l'ouvrir. Ainsi de l'expression : “taxer les robots”.
Le verbe “taxer” induit une notion de sanction, d'incitation négative, tout comme dans “taxe carbone” ou les taxes sur le tabac.

Or, de quoi s'agit-il en pratique ? De la question des cotisations sociales avant tout. Parfois appelées “charges”, autre terme ambigu, rappelons que leur assiette concerne avant tout les salaires, donc… les êtres humains. Prélever des cotisations sociales reviendrait donc bien à “taxer les emplois”, ou “taxer les hommes”. Quand on entend “taxons les robots !”, les milieux économiques poussent des cris d'orfraies : “Ah ! On va empêcher le progrès !”. Ces mêmes milieux ne semblent pas, en revanche, s'indigner d'une taxation des emplois humains – sauf bien sûr pour prôner une baisse généralisée des “charges sociales” par report des sommes correspondantes sur le budget de l'État (car, rappelons-le, les bien connues “exonérations de charges” sont compensées à l'euro par l'État dans le budget de la Sécurité sociale).

Il me semble, aussi étrange que cela apparaisse, qu'un quasi-consensus existe autour de la taxation des robots, masqué par des confusions de vocabulaires. Benoît Hamon l'indique expressément dans son programme, prévoyant une cotisation sociale des robots. Il n'est pas le seul ! Le programme de François Fillon indique en effet ceci :
Mettre en place une « TVA compétitivité » en augmentant de 2 points le taux normal. […] Cette TVA compétitivité permettra de financer la baisse des charges pesant sur les salaires pour redonner de la compétitivité à nos entreprises et donc créer des emplois.
Les entreprises verseraient donc 2 points de TVA en plus – sans garantie de report direct sur leurs clients (cela dépendra de leur situation concurrentielle). En contrepartie, l'État financerait la baisse des charges annoncée dans la seconde phrase. À quoi s'appliquent les 2 points de TVA ? À la valeur ajoutée, comme l'indique le sigle. La valeur ajoutée, c'est la différence entre les achats d'une entreprise et ses ventes, base de calcul qui comprend l'amortissement des machines et donc… les fameux robots ! Le programme de François Fillon propose clairement d'alléger les charges sur les salariés en prélevant plus de taxes (TVA) sur les machines. Rien d'autre !

Sur le fond, de quoi parle-t-on ? D'une réflexion sur la façon de financer le budget social de la nation. Faut-il le faire dans une logique assurantielle – les cotisants sont ceux dont on assure les risques de maladie, de vieillesse ou de chômage – ou dans une logique de solidarité – et dans ce cas, la totalité de la valeur produite (VA) verse une contribution. De ce fait, une entreprise qui, du jour au lendemain, licencierait tous ses salariés pour les remplacer par des automates, continuerait à cotiser sur sa valeur ajoutée, alors que dans le système actuel, elle ne verserait plus un centime de cotisations sociales.

Le débat reste difficile. Un dialogue de sourds, handicapé par l'expression “valeur ajoutée”, qui fait référence à la TVA, l'impôt-roi de notre système fiscal. Borloo, en 2007, en avait fait les frais, prônant des cotisations sociales assises sur la valeur ajoutée juste après la présidentielle, ce qui lui avait coûté son poste de ministre de l'économie et des finances.

Au bout du compte, nous sommes face à une affaire de modalités de prélèvements : plutôt que de proposer d'augmenter la TVA – dont on connaît les effets pervers sur les consommateurs – pour, ensuite, alléger les cotisations sociales, mieux vaudrait aller à la source, et modifier l'assiette des cotisations sociales en l'étendant aux amortissements, donc aux machines, donc aux robots. Pour certaines entreprises, les cotisations baisseraient, pour d'autres elles augmenteraient. Le tout serait de déterminer des taux raisonnables. Mais, dans tous les cas, le travail humain serait moins pénalisé que dans le système actuel. N'est-ce pas l'essentiel, l'humain ?

mardi 21 mars 2017

Illusions proportionnelles

Comme un serpent de mer, la question du mode de scrutin des élections législatives revient à l'occasion de la présidentielle : faut-il instituer un scrutin proportionnel ?
Il n'est pas absurde de poser la question. Encore faut-il en mesurer précisément les enjeux.

La cartographie du parlement néerlandais récemment élu au scrutin proportionnel doit nous faire réfléchir :


Observez ce fromage à 13 parts…
Tous les défauts d'un scrutin proportionnel y sont illustrés, à commencer par le mélange des genres, à savoir la confusion entre parti politique et syndicat catégoriel. Ce parti des retraités, par exemple. En quoi les opinions des retraités devraient-elles être uniformes au point de se regrouper dans un seul parti ? N'existe-t-il pas des retraités de gauche et de droite ? Pourquoi pas, dans ce cas, un parti des salariés, un parti des chômeurs, un parti des travailleurs indépendants et un parti des femmes au foyer ? 
Le pire, à mes yeux, ce sont ces partis teintés de religion. À nouveau, ils présupposent que la religion, selon son penchant totalitaire, surplomberait toute autre orientation politique. Que signifient ces partis chrétien-démocrate ou l'union chrétienne ? Et ce parti protestant “réformé” ? À quoi cela rime-t-il ?

Le summum du grotesque est atteint avec le parti des animaux. Ses 5 représentants seraient-ils des chevaux, des chiens ou des lions ? La cause animale se doit-elle d'être séparée des Verts ?
Plus classique, et néanmoins labyrinthiques sont ces distinctions jésuitiques entre travaillistes, démocrates ou chrétiens-démocrates… sans oublier ce forum pour la démocratie, que sa situation à droite de l'éventail ne dit rien qui vaille. Enfin, avec le parti “Denk” (qui signifie “penser” ai-je cru comprendre), ce sont les immigrés turcs qui l'ont fondé. Quelle mosaïque ! Encore une fois, n'existe-t-il pas des Turcs de droite et des Turcs de gauche ?

Je n'ose imaginer la même fragmentation en France.
À lui seul, le PS moribond pourrait donner naissance à quatre ou cinq mini-partis. Mais ce n'est pas le plus grave ! On verrait les catholiques fonder je ne sais quel parti du sens commun ou autre faction, tandis que plusieurs partis musulmans s'attacheraient à prôner chacun leur “islam de France”. Nous aurions également un quarteron de partis écologistes, ainsi qu'un trio de partis d'extrême-gauche aux tendances radicalement irréconciliables. Et à droite ? On se souvient de la primaire de novembre dernier. Il y aurait de quoi fonder un sextet de micro-partis. Le FN se diviserait également entre membres de la famille Le Pen, père, fille et nièce – ils sont déjà trois…

Bref ! Une assemblée de députés n'est en aucune façon un “échantillon représentatif” statistique d'une population, mais un éventail de grandes tendances destinées à dégager une majorité, sans laquelle une démocratie se réduit à une sorte de vente aux enchères, de foire à la ferraille où chaque décision est suspendue aux caprices des amis des bêtes, des chasseurs ou des partisans de Jeanne d'Arc. De quoi perdre tout… sens commun.

“Instiller” une dose homéopathique de proportionnelle pourrait se concevoir, tant la bipolarisation induite par le scrutin majoritaire actuel peut parfois nous handicaper. Mais point trop n'en faut. Méditons l'exemple néerlandais !

samedi 11 mars 2017

Des mots pour ne pas dire

Vendredi 10 mars, aux Informés de France Info, une économiste de l'équipe de Benoît Hamon, Julia Cagé, a esquissé la nouvelle version du “revenu universel” qui défraye tant la chronique. Un imbroglio manifeste… Une fois encore, la campagne présidentielle se “paye de mots” et se paye notre tête.

Voici ce qu'annonce la professeure d'économie à Sciences Po : un revenu de 600 € par mois pour tous les citoyens de 18 à 65 ans, pour un coût budgétaire net de 35 milliards d'euros. Elle en garantit le versement automatique à toutes ces personnes… quoique…

Première usurpation de vocabulaire : ce revenu “universel” ne concernerait pas les enfants (de moins de 18 ans) ni les vieux (les retraités), mais surtout serait “sous condition de revenu” – j'ai entendu 1,9 fois le SMIC. Impossible de trouver des précisions sur le site du candidat. Dommage !

Deuxième usurpation, proche d'ailleurs de la démarche esquissée par Nathalie Kosciusko-Morizet : on donnerait d'une main pour, aussitôt, reprendre de l'autre. Essayons de chiffrer ce mic-mac. La pyramide des âges de la France donne environ 39 millions de personnes âgées de 18 à 65 ans (voir le site de l'INED et le tableau Excel téléchargeable). 600 € mensuels = 7200 € par an, soit 280 milliards pour 39 millions d'individus. Comment passer de 280 à 35 milliards ? La professeure expliquait qu'au-dessus du seuil indiqué, le revenu serait “repris”, et, selon ses dires “nul”. Autrement dit, les Français gagnant plus de 1,9 fois le SMIC devront s'acquitter des impôts permettant de se limiter à 35 milliards. L'équation a trop d'inconnues ! Combien d'individus se trouvent-ils en deçà de 1,9 fois le SMIC ? À défaut d'avoir l'information, il s'agirait déjà de savoir combien de personnes peuvent bénéficier de 600 € mensuels pour 35 milliards par an. La division donne 4,6 millions de personnes. C'est peu probable ! Cela ne représente que 12% des 39 millions de personnes concernées. Rien que les chômeurs en fin de droit sont plus d'un million en France, tandis que la population “inactive” dépasserait les 13 millions (Français en âge de travailler, soit de 15 à 64 ans, sous déduction de ceux qui ont un emploi ou sont chômeurs).

Quoi qu'il en soit, en supposant que les chiffres soient exacts, pourquoi faudrait-il verser un revenu à 39 millions de personnes pour, immédiatement, “reprendre” ledit revenu à 34,4 millions de gens ? Si l'on pousse le raisonnement jusqu'à l'absurde, on peut aussi annoncer verser 2000 € par mois à tous les Français… et augmenter leurs impôts sur le revenu de 24000 € par an. Ubuesque !

Essayons de comprendre… Voici ce que précisait Julia Cagé sur le site de France Info :
De facto, si vous gagnez 10 000 euros par mois, il faut bien que vous financiez le revenu universel. On ne va pas vous donner 600 euros. Vous aurez donc, en bas de votre fiche de paie une ligne revenu universel : 600 euros et une ligne financement du revenu universel qui ne peut pas dépasser 600 euros. On a fait le choix que cette mesure n'ait pas un coût exorbitant. Elle serait mise en place dès le 1er janvier 2018. 
Pas facile à comprendre ! Il semble bien en résulter que seuls bénéficieraient du revenu celles et ceux qui moins que 1,9 fois le SMIC, les autres seraient à “zéro” – sans dire ce qu'il advient de leur imposition. Or, la rapide évaluation ci-dessus montre que ça ne tient pas debout. Tout ce qu'on demande aux responsables du programme “hamoniste”, c'est, a minima, de nous présenter des chiffres clairs et précis. On en est loin ! En attendant, l'électeur a vraiment l'impression qu'on se paye sa tête – excusez l'expression !

Addendum du 12 mars
Heureusement qu'existe la presse écrite ! C'est dans Le Monde, daté du 11, que j'ai pu lire page 9 un article intitulé “Hamon réaménage son revenu universel”.

On y apprend que ledit revenu n'est plus “universel” dans son montant ! En effet, il serait dégressif en fonction du revenu, de 600 € “quand on n'a rien” (dixit le candidat) à zéro à 1,9 fois le SMIC. Au niveau du SMIC, par exemple, le revenu universel est déjà amputé de ses deux tiers, puisqu'il n'est plus que de 195 €. Inventivité technocratique aidant, un pourcentage magique de 27,4% est appliqué au revenu du bénéficiaire pour être déduit de son revenu universel. Vous gagnez 1000 € par mois ? On enlèverait 274 € de vos 600 € théoriques…

Notons au passage que l'automaticité de versement tant vantée par le candidat supposerait que l'État connaisse mois par mois, combien a gagné (ou n'a pas gagné) chaque Français pour pouvoir calculer – et verser immédiatement – le revenu universel mensualisé. L'article du Monde nous précise que le dispositif toucherait 19 millions de personnes au total, loin donc des 39 millions évoqués plus haut dans ce billet, non plus que des seuls 4,6 millions à taux plein calculés sur la masse budgétaire prévue (30 milliards, rappelons-le).

Eh ben… c'est pas gagné, ce “machin” ! D'ailleurs, ce n'est pas gagné non plus pour Hamon, qui plafonne à 14% dans les sondages d'intentions de votes. 

jeudi 16 février 2017

Liberté d'enfermement

Extraits d'une chronique de Guy Konopnicki parue dans Marianne du 10 février.



De quoi rédiger une dissertation, n'est-ce-pas ? À vos claviers (ou plumes) !

Le vote paradoxal des retraités

Si l'on en croit les études d'opinion, les retraités voteraient plutôt au centre-droit et à droite, et ils sont de plus en plus nombreux dans le corps électoral, vieillissement de la population oblige. On parle ici des retraités relativement aisés, ou du moins au-dessus du minimum vieillesse, misérable dans notre système social.

Or, que proposent les candidats de la frange droite de l'échiquier politique ? Avant tout la réduction des cotisations sociales. Lesdits retraités semblent oublier que notre système fonctionne par répartition. Car toute baisse des recettes induit donc, tendanciellement, une baisse des prestations – et donc des pensions de retraites. Peut-être que ceux qui ont “pris leur retraite” se croient définitivement à l'abri, à la façon de fonctionnaires dont le revenu serait garanti. Peut-être pensent-ils que seuls les nouveaux entrants – ceux qui liquideront leurs pensions dans les années à venir – seront concernés par une baisse des pensions. Si l'on y ajoute les projets de réduction des prestations de santé, et l'accroissement du champ des mutuelles et autres assurances privées, le sort des retraités ne s'améliorera pas : plus de cotisations, moins de remboursements, et des mutuelles qui modulent à la hausse leurs primes en fonction du “risque” représenté par le cotisant…

C'est le paradoxe des retraités. Ils croient que les réductions de prestations ne concerneront que les “actifs” au sens démographique : jeunes, chômeurs, bénéficiaires du RSA, salariés (pour les cotisations), avec la pensée, vite refoulée : “Tant pis pour eux !” Un pari qui pourrait se révéler perdant…


mardi 14 février 2017

Phishing anatomie

Anatomie d'un courrier électronique de “phishing”, ou “hameçonnage”.

Cas pratique : vous recevez ce mail
(cliquez sur l'image pour zoomer)


1. L'émetteur, censé être OVH, l'un des plus grands hébergeurs de sites web français, auquel, peut-être, vous êtes affilié. Premier indice : le sigle a été inversé, soit OHV. Mauvais signe !

2. L'adresse de l'expéditeur ne ressemble guère à OVH… méfiance !

3. L'adresse de réponse est grossièrement truquée, avec un tiret parasite : ov-h.net. De surcroît, le message précise plus bas : “S'il vous plaît ne répondez pas”.

4. Le texte a été traduit maladroitement. Orthographe et syntaxe sont des indices, eh oui ! Bourré d'anglicismes tels que “abus” (au sens de fraude), “compléter” au lieu de “effectuer”, etc. Réfléchissez quelques secondes au ton du message : “Ce test est obligatoire” – naïf et comminatoire ! “Vous ne serez pas autorisés à envoyer des emails après le 15 février” – elle est bien bonne !

5. Si vous passez le curseur de votre souris sur le lien “cliquez ici” – sans cliquer, bien sûr ! – vous constatez que l'adresse vers laquelle pointe ce lien n'a rien à voir avec OVH. Car si vous suiviez ce lien, vous tomberiez sur une fausse page OVH, vous demandant, évidemment, de saisir vos identifiant et mot de passe de messagerie. Après cela, vous pourriez dire adieu à votre adresse (et à vos contacts éventuels) ! Les pirates pourraient l'utiliser pour envoyer toutes sortes de “hameçonnages” à vos contacts ou d'autres destinataires.

Il vous reste un doute ? Au lieu de répondre, rendez vous sur votre compte OVH via votre navigateur, et vous constaterez que tout va bien.

mercredi 8 février 2017

Scénario(s)-catastrophe

La campagne présidentielle donne de plus en plus l'impression d'une série à rebondissements, proche du film-catastrophe. Une fascination du “vide” saisit les Français, confondant fiction et réalité. On dirait une voiture folle, fonçant à toute allure, et des passagers grisés par la vitesse et l'adrénaline, tandis que d'autres sont, l'image est connue, comme des lapins hypnotisés par la lumière des phares. On joue à se faire peur, à compter les points, à observer l'ascension – puis la chute – des prétendants. Et l'on oublie qu'il s'agit d'élire le prochain président de la République. Mais ce n'est pas un jeu vidéo, pas plus qu'une nouvelle version des Pokémon Go !

Répétons-nous comme un mantra : “Le pire n'est jamais certain”. Car s'il ne l'est pas, sa probabilité n'est pas nulle, ainsi qu'en témoignent le Brexit ou l'élection de Donald Trump aux USA. Pour conjurer le sort, examinons quelques scénarios…

Scénario 1 : durant la campagne de premier tour, François Fillon ne cesse de perdre du terrain, tandis qu'Emmanuel Macron est victime de l'imprécision de son programme. Derrière une Marine Le Pen arrivée en tête, les trois autres prétendants sont dans un mouchoir de poche : Fillon à 18%, Macron à 19% et Hamon à 20%. Quid du second tour ? La droite appellerait-elle à voter pour le candidat PS… ou bien se limiterait-elle à demander aux Français de voter “en leur conscience” ?

Scénario 2 : François Fillon parvient à se redresser, tirant parti de son statut de victime médiatique, et l'ordre d'arrivée au premier tour s'inverse. Entre les deux tours, ce sont deux semaines – et non une comme dans les autres élections – qui doivent s'écouler. Et voici que Fillon est mis en examen. Marine Le Pen surfe sur la vague du “tous pourris”, tandis qu'une majorité d'électeurs de gauche s'abstiennent…

Scénario 3 : l'incident judiciaire intervient à quelques jours du premier tour. François Fillon dégringole dans les sondages, aussi vite qu'il était monté à la veille de la primaire de son parti. Entretemps, Macron a été l'objet d'attaques médiatiques nourries. L'abstention dépasse celle du 21 avril 2002 (28,4%) pour atteindre le tiers des inscrits. Et, surprise parmi les surprises, Marine Le Pen obtient 50,1% des voix. Tous le monde préparait le second tour. Il n'y en aura pas…

Que l'on ne se méprenne pas sur le sens de ce billet : il ne s'agit évidemment pas de “souhaiter” que de tels scénarios se réalisent. Au contraire : prenons conscience que la volatilité des intentions de vote, la désorientation des électeurs, le dégoût de nombre d'entre eux, finit par ressembler au film-catastrophe évoqué en introduction. Or, l'élection n'est pas virtuelle, redisons-le, et évitons le binge drinking… la gueule de bois pourrait être terrible !

lundi 6 février 2017

Erreurs de casting

L'idée du matin, au réveil… ça arrive parfois. Ne dit-on pas que la nuit porte conseil ? Terrible sensation : et si cette présidentielle était entachée de terribles erreurs de casting?

Benoît Hamon. Imaginons qu'il soit élu. Il se trouverait dans une situation comparable à celle de François Hollande en 2012. Relativement inexpérimenté, même s'il a exercé des fonctions gouvernementales – on songe à l'international ; nouvel avatar du président “normal” – il confirme qu'il n'est pas l'homme providentiel – il aurait le plus grand mal à tenir ses promesses… et se trouverait en quelques mois en butte à ses propres… frondeurs !

Jean-Luc Mélenchon. La hauteur de vue de son discours du 5 février à Lyon (et de son hologramme à Paris) détonnait spectaculairement avec ses rivaux. Au point qu'il semblait presque hors-concours, à mi-chemin entre le candidat et le “philosophe engagé” – une sorte d'Attali honnête et compétent (je plaisante). Personne n'a été aussi loin que lui dans une vision globale, argumentée et… moderne (pas seulement à cause de l'hologramme, hein !)

François Fillon. Au-delà des vicissitudes du “Penelope Gate”, la violence sociale de son programme, sa désormais célèbre blitzkrieg contre les salariés, les retraités et les fonctionnaires pour les mettre au régime sec, augurent bien mal de ses chances de rassembler – sinon de rassurer !

Emmanuel Macron. Sincèrement, sa prestation du 4 février à Lyon a tourné à l'enfilage de lieux communs, de dissertations d'étudiants de première année… Liberté, égalité, fraternité… Certes, c'est notre “programme commun” – du moins l'espère-t-on. Mais encore ? serait-on tenté d'inscrire en rouge sur la copie double d'écolier. La publication de son programme, sans cesse repoussée, montre qu'il préfère en rester aux idées générales. On comprend la stratégie de com'. C'est tout de même un peu léger… (François Bayrou ne l'avait-il pas traité d'“hologramme”, sans l'original en chair et en os, cependant).

Marine Le Pen. Toujours à Lyon, la candidate du FN a détaillé ses 144 mesures. Si leur lecture ne vous fait pas froid dans le dos – même en essayant de faire abstraction de tout jugement sur les “valeurs” qu'il véhicule – alors, c'est que vous êtes sacrément masochiste ! À moins d'aspirer, soudain, au pire, comme pour faire mentir le proverbe “le pire n'est jamais certain”, je ne vois pas de raison justifiant de lui apporter des voix.

Addendum du 9 février
Gérard Courtois, dans Le Monde daté du 8, porte un diagnostic semblable, avec, bien sûr le talent et la profondeur de vue de l'éditorialiste (que nous admirons tout particulièrement). Deux brèves citations :
«  Disons-le comme on le ressent : à ce stade, aucun des candidats ne semble avoir la carrure d'un futur président de la République. »
et surtout la conclusion, que nous ferions bien de tous méditer :
« Bilan effacé, candidats improbables, débat erratique : voilà pourquoi cette campagne semble si invertébrée et indéchiffrable. Du coup, elle paraît susceptible de partir dans tous les sens, au gré des coups de cœur, des coups de blues ou des coups de sang d'un électorat plus volatil et déboussolé que jamais. Bref, voilà pourquoi cette campagne apparaît si inquiétante. Tout y semble possible, même le pire. »

jeudi 2 février 2017

Confusion et chaos

Quelle confusion !

Les “surprises de la présidentielle” tournent à la farce, au feuilleton grotesque. L'affaire Penelope Fillon ne cesse de rebondir, d'heure en heure. Difficile de dire, à l'heure où sont écrites ces lignes (2 février, mi-journée) si le candidat LR pourra se présenter à l'élection.
Certes, pour ceux qui n'approuvent pas son programme, ce pourrait être un “bon débarras”… Mais et ensuite ? Même si Marine Le Pen traîne elle aussi une casserole, elle serait capable de franchir l'obstacle et de capitaliser sur le “tous pourris”. Ne l'oublions pas.

Pour le reste, rien n'est clair – c'est un euphémisme. La primaire du PS a – à son tour – désigné un outsider, au programme aventureux. Ambiguïté ! Si nous vivions dans un régime parlementaire, des alliances pourraient se nouer ; dans notre système hyper-présidentiel et hyper-personnalisé, c'est une mission impossible.

Quant à Emmanuel Macron, il vient encore de reporter la présentation de son programme ! Porté par son imprécision, il risque la chute, explosant telle une baudruche médiatique gonflée au marketing de “big data” (expression entendue hier sur France Info).

Les trois mousquetaires Hamon-Mélenchon-Jadot – avec le PC en quatrième – forment un attelage qui tire à hue et à dia, si l'on m'autorise l'expression.
80 jours avant le premier tour, un peu plus de deux mois, nous restons dans la plus grande incertitude, non seulement sur le résultat, mais sur les programmes et le positionnement des candidats. Qui sera le candidat LR ? Comment Hamon rassemblera-t-il le PS ? François Bayrou se présentera-t-il ? Avouez que la confusion est totale ! Or, de la confusion ne peut naître que le chaos…

Le seul “joker” présent dans la main invisible du futur scrutin serait l'élection d'une sorte de “président neutre” – comme les paquets de cigarettes, enfin, non, vraiment neutre – choisi sur sa personnalité, à charge pour lui, dans un second temps, de construire une majorité lors des législatives. Ce serait atypique et dérogatoire à nos usages et traditions. S'il fallait faire la démonstration que l'élection du président au suffrage universel direct est dans une impasse, quoi de plus éloquent que les dernières semaines ?

Côté sondages, nous sommes en train d'assister à la dangereuse “convergence des courbes”, avec plusieurs candidats à l'intérieur de la marge d'erreur des enquêtes d'opinion, couplée à une extrême volatilité des intentions de vote. C'est ainsi que Benoît Hamon a bondi – Monsieur-7% est devenu Monsieur-15% en quelques jours, porté par son succès à la primaire, tandis que François Fillon entame une chute vertigineuse et que Marine Le Pen… renforce son assise électorale. De nouveau, le “rêve” du “second tour gagné d'avance” titille les challengers de la présidente du FN. Attention, danger !

Le général de Gaulle, qui avait imaginé ce mode de scrutin en 1962 pour des raisons de convenance personnelle, nous a laissé un héritage décidément empoisonné !

dimanche 15 janvier 2017

Présidentielles - Boîte à idées #2 - Prime pour l'emploi

Plutôt que de râler… proposer. Deuxième billet dans la rubrique “Boîte à idées pour les présidentielles”.

Idée #2 : Rétablir la prime pour l'emploi

L'objectif est le même que l'idée #1 sur les allocations familiales : clarifier les aides et verser une somme à ceux dont les revenus sont les plus bas.
La prime pour l'emploi était une amorce d'impôt négatif, ce qui va dans le sens du revenu universel d'ailleurs. Simple à obtenir – une case à cocher sur la déclaration – contrairement à l'usine à gaz administrative qui le remplace désormais et décourage les demandes (1).

Une fois encore, cette réforme a l'avantage de bénéficier à tous les contribuables, quand bien même ils seraient en deçà du seuil de paiement de l'impôt sur le revenu (IR).

Difficultés à considérer
Le budget à y consacrer, bien sûr, qui devra induire une augmentation de l'IR pour les contribuables les plus aisés. Avec une prime soigneusement dosée, cet inconvénient devrait rester mineur.

(1) De surcroît, le gouvernement, qui n'aime pas les travailleurs indépendants, a trouvé le moyen de remplacer le seuil de revenu par un seuil de chiffre d'affaires, injuste car ne tenant pas compte des charges réelles (d'exploitation), ce qui a exclu nombre d'indépendants du bénéfice de la mesure. Merci les amis !

samedi 14 janvier 2017

Présidentielles - Boîte à idées #1 - Allocations familiales

Plutôt que de râler… proposer. Premier billet dans la rubrique “Boîte à idées pour les présidentielles”.

Idée #1 : Réformer les allocations familiales

Clarifier les aides contribue à une meilleure acceptation tant des prélèvements que des prestations.
Les Français sont sensibles à ce qu'ils reçoivent. Toucher une aide marque plus que d'économiser des impôts. Le quotient familial est dévoyé. La moitié des contribuables ne payent pas d'impôt sur le revenu (IR), soit en raison de ce quotient – et ils n'en mesurent pas l'avantage –, soit parce que leurs revenus sont trop faibles – auquel cas, le quotient ne peut les aider, par construction.

Deux mesures à prendre :
  1. Évaluer le coût du quotient familial, le supprimer de l'IR et basculer le montant correspondant sur les allocations familiales (AF).
  2. Verser ces allocations dès le premier enfant. Le principe “nataliste” actuel n'est plus d'actualité, tant le premier enfant est souvent celui qui est le plus difficile à accueillir (logement plus grand notamment). Mieux doser la répartition entre les enfants selon leur rang. A priori, un montant fixe paraîtrait plus simple et, au final, juste.
Cette réforme permettrait d'amorcer une sorte de revenu universel, versé sans conditions de ressources – c'est la hausse de l'IR en résultant qui se chargerait de la progressivité des prélèvements (1). Voilà qui ressemblerait au “revenu universel d'existence des enfants”, non ?
Il faudrait chiffrer la mesure. À première vue, un doublement des AF pourrait en résulter.

Difficultés à envisager
Le quotient familial fait partie des tabous de notre fiscalité. Reconnaissons qu'il s'est dénaturé, en dépit de plafonnements et, encore une fois, par la grande injustice pour les contribuables exonérés d'IR. Il faudrait batailler dur contre le lobby familial et catholique, quoiqu'une hausse de l'allocation et un versement sans condition de revenus pourrait les amadouer…

(1) Une CSG progressive pourrait jouer ce rôle, évitant des transferts entre impôts et cotisations. C'est plus complexe à mettre en œuvre cependant.

jeudi 12 janvier 2017

Le revenu universel… nouvelle lubie des candidats à la primaire socialiste

Le revenu universel… nouvelle lubie des candidats à la primaire socialiste, il ressemble à la “manne” qui tombe du ciel.

Entre 500 et 700 € par mois pour tous les Français…
 Une masse financière de plusieurs centaines de milliards. Ne rêvons pas ! Quelles recettes le financeraient ? Natahalie Kosciusko-Morizet l'avait concédé du bout des lèvres, sans que grand monde ne percute : elle annonçait un taux d'impôt sur le revenu de l'ordre de 23% dès le premier euro, sans aucun abattement, soit un quintuplement. Le budget de l'État représente 400 milliards, avec un déficit de 80 milliards, la protection sociale totalise 470 milliards, et le PIB 2000 milliards. À l'évidence, aucune “manne” n'est disponible.

En pratique, le revenu universel impliquerait donc d'accroître considérablement les prélèvements fiscaux – à déterminer : impôt sur le revenu, CSG, TVA, qui sait ? Trouver 200 ou 300 milliards “nouveaux” alors que la TVA rapporte 145 milliards, et l'IR 72 milliards, on voit la difficulté de l'exercice. Côté social, ce n'est guère plus évident, la CSG rapportant par exemple un peu moins de 100 milliards.

Au bout du compte, les Français recevraient certes ledit revenu, mais payeraient par ailleurs beaucoup plus d'impôts. Une usine à gaz, avec d'immenses flux dans les deux sens, pour un “net final” dont l'équité reste à prouver.

Attention aux amalgames ! Benoît Hamon, par exemple, semble indiquer que son revenu universel supposerait l'abandon de l'aide au logement et des allocations familiales. Quelle hausse de loyer pour les plus modestes, résidant en HLM par exemple ? On peut craindre que leur revenu universel ne soit en grande partie annihilé par la perte de l'APL. En outre, n'oublions pas que dans le sigle APL, le P signifie “personnalisée”. Or, le revenu universel est, par construction, “impersonnalisé”. Comment justifier de verser le même montant à des locataires d'Île-de-France et de zones moins tendues en termes de marché immobilier locatif ?

vendredi 6 janvier 2017

Vigilance ! Vigilance !

En ces premiers jours de 2017, l'heure est à la vigilance. Avez-vous remarqué, à la radio ou à la télévision, l'accumulation de vigilances dont on nous prie de faire montre ?

Vigilance attentats : surveiller les colis abandonnés, surveiller ses voisins, au cas où…

Vigilance météo : horreur, malheur ! Début janvier, étrangement, il fait froid… les températures dégringolent. Surveillons le thermomètre !

Vigilance pollution : les particules fines envahissent l'atmosphère ; quoique invisibles, il nous appartient de les surveiller avec attention…

Vigilance grippe : les alarmes du ministère de la Santé se multiplient ; à la radio, un message au ton grave et pénétré nous explique qu'il faut mettre sa main devant sa bouche quand on éternue, ladite main munie d'un mouchoir à “usage unique”, qu'il convient ensuite de jeter dans une poubelle après l'avoir enfermé dans un sachet. Est-ce à dire que l'impuissance des politiques les limite à diffuser des “conseils” basiques de chez basique, infantilisants autant qu'évidents ? Incapables de résorber le chômage, ils se contentent de nous expliquer comment on tousse dans les lieux publics… Sur France Info, un enchaînement cocasse faisait voisiner grippe aviaire – un million de canards seront exécutés – et grippe humaine – combien de personnes faudrait-il exécuter pour éviter la contagion ?

Nous sommes tous des vigiles !