lundi 26 décembre 2016

L'embarras d'un électeur

En cette trêve des confiseurs, l'électeur tente de faire le point sur ses intentions de vote à l'élection présidentielle de 2017… et se trouve dans l'embarras. Les définitions du dictionnaire (Le Robert) décrivent bien son ressenti : « Confusion résultant d'affaires nombreuses et difficiles à débrouiller » ou « état d'une personne qui éprouve une sorte de malaise pour agir ou parler ».

N'ayant pas un tempérament de militant, mes positions partisanes ne sont en aucune façon tranchées, bien au contraire. Je tente de trouver un candidat qui me donne de l'espoir – sans y parvenir. Quels espoirs ? Ceux d'une justice sociale et économique – ou de moins d'injustice ; ceux d'une vision économique, écologique et sociale à moyen terme – où allons-nous ? comment ? pourquoi ? Dans la kyrielle des prétendants qui se bousculent au portillon, qui pourrait susciter une espérance politique ?

François Fillon ? Point besoin d'être un ultragauchiste pour comprendre que le programme de cet homme ne procure aucun espoir… Un euphémisme ! Comment ne pas être désespéré lorsqu'on nous laisse entendre que la Sécurité sociale pourrait être sinon démantelée, du moins restreinte ; que l'âge de la retraite – et le montant des pensions – seront encore moins favorables, surtout après une vie d'actif cotisant, régulier et sans beaucoup de prestations ; qu'un tournant de rigueur budgétaire et fiscale viendra encore amoindrir l'activité économique, tandis que l'auteur de ces lignes s'emploie (le terme est adapté) à tout faire pour la relancer, cette activité de travailleur indépendant. Précarité, recul des services publics, politique étrangère hasardeuse, la liste est longue de ce qui, excusez-moi, me désespère.

Emmanuel Macron ? S'il m'a horripilé avec sa loi, son travail du dimanche, ses autocars et sa loi travail (oui, la loi El Khomri devait être une autre loi Macron), je veux bien tenter de surmonter mon irritation. Mais comment fonder de l'espoir sur ce “petit nouveau”, alors qu'on a expérimenté… l'inexpérience de François Hollande en 2012, qui avait pourtant plus de “bouteille”. Certes, Macron est jeune. C'est là sa seule qualité ! Car un énième énarque, qui a fait un stage chez Rothschild, a de belles dents et sait danser le zouk, ça ne suffit pas, à mes yeux, comme CV pour bien présider notre pays… Il était “conseiller”. Or, les conseilleurs ne sont pas les payeurs – on se souviendra de Dominique de Villepin.

Marine le Pen ? La question ne se pose pas. Je n'ai aucune attirance pour la politique du pire, pour ce salmigondis incohérent et agressif, qui ne nous causerait que chaos, violence et crise économique.

Les pré-candidats de la primaire du PS ? Ils ont beau être sept, je n'en vois pas un qui rachète l'autre. Oh, certes, j'ai souvent voté pour un candidat dit “socialiste”, sans être militant, estimant qu'il recélait un minimum d'espoir, toujours ce mot. Manuel Valls ? S'il s'agit de passer au “social-libéral”, autant voter Macron, non ? Valls a acquis de l'expérience, c'est indéniable. Pour autant, comment ferait-il mieux, et surtout autrement, que son ex-patron, François Hollande ? Lui faudrait-il une traversée du désert pour y réfléchir ? Arnaud Montebourg ? L'instabilité de cet avocat, certes beau-parleur, suscite plus d'inquiétude que d'espoir, tant il saute d'une cause à l'autre sans y mettre de conviction. Benoît Hamon ? Serait-ce une sorte de Macron de gauche ? Soyons raisonnables, même avec de la surprise, je ne vois pas ce candidat capable de dépasser les 5% à un premier tour de présidentielle. Vincent Peillon ? Ce dilettante, parti en retraite politique, surgit comme un diable de sa boîte ; autrefois à la gauche du PS, le voici à sa droite, hollandiste si j'ai bien compris. Serait-ce une plaisanterie ? J'ai voté de temps à autre PRG, mais pas à la présidentielle. Sylvia Pinel aura beaucoup à faire pour me convaincre qu'elle pourrait présider notre République. Je passerai rapidement sur Bennahmias et de Rugy, trop marginaux – mille excuses messieurs !

Il reste les “petits candidats”, désignation quelque peu infamante, j'en conviens, dont un seul trouve grâce à mes yeux : Jean Lassalle. Il faut avoir lu son livre, À la rencontre des Français, (éditions Le Cherche Midi, 2015) pour mesurer ses capacités d'écoute, son courage (5000 km à pied), son éthique et son non-conformisme. Mais il faudrait un miracle pour qu'il obtienne, d'abord, les 500 signatures nécessaires à la validation de sa candidature. Et il a trouvé le moyen de se fâcher avec François Bayrou, son voisin et ancien partenaire politique. Dommage !

Vous m'avez vu venir, chères lectrices, cher lecteurs. Qui est le dernier de la liste ? Jean-Luc Mélenchon. Dissipons un premier malentendu : ce n'est pas parce que je porte le même prénom que lui que je l'ai gardé pour la fin – et peut-être en tant que “meilleur pour la fin”. Ici et maintenant, Mélenchon est le seul bulletin que j'aurais envie de glisser dans l'enveloppe électorale le 22 avril. Les objections sont nombreuses : c'est un tribun et non un gouvernant ; il est trop solitaire ; il est trop radical ; il causerait, lui aussi, des troubles et des crises… Probablement. Mais c'est le seul, et l'unique, dont la lecture du programme me procure une vague sensation d'espérance. Lisez-le, au moins, écoutez ses “causeries” sur YouTube, quand il est calme, apaisé et plus convainquant encore. Beaucoup de bon sens, beaucoup d'idées, l'expression juste de l'indignation et, au bout du compte, l'incarnation de l'espoir en la politique. Croire en la politique ? Mais c'est post-moderne, cela. C'est totalement démodé, me rétorquera-t-on. C'est possible. Je n'ai pourtant, ici et maintenant, rien d'autre comme intention de vote, en dépit d'un embarras indéniable – et qui a justifié ce très long billet !

Post-scriptum : phonétique
Avez-vous remarqué l'abondance des syllabes “on” dans les patronymes des candidats ? Mélenchon, Macron, Fillon; Peillon, Hamon, Montebourg, Nicolas Dupont-Aignan. Quelle signification y trouver ? Nous vous laissons y réfléchir…

2 commentaires:

  1. Brillante analyse, Jean-Luc. Reste que Mélenchon fut longtemps dans l'appareil du PS, sénateur y compris, et s'est réclamé de Chavez, défend Maduro(n) et Castro. Ce qui me laisse très réservé sur sa capacité démocratique. Amitiés, JM

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    1. Tu n'as certes pas tort en ce qui concerne les "sympathies révolutionnaires" de JLM, pour le moins, disons… hasardeuses ! Voilà qui devrait accroître encore mon embarras…

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