mardi 27 septembre 2016

Tristes tactiques

Les avis convergent : en cette période de précampagne présidentielle, les Français font avant tout état d'un pressant besoin de sécurité. De récents livres, signés d'auteurs aussi différents que François Lenglet ou Christophe Guilluy, exposent avec acuité ce que ce mot-clé signifie.

Comment ne pas s'étonner que les candidats à la primaire LR prônent exactement l'inverse sur le plan économique et social ?

À leurs yeux, le mot “sécurité” n'a de sens que dans la lutte contre le terrorisme ou la criminalité. Une analyse largement insuffisante. Même si, d'un coup de baguette magique, on se trouvait libéré de toute menace terroriste, il resterait l'insécurité économique et l'insécurité sociale. Et les candidats LR rivalisent pour l'accentuer, fiers, pour l'un d'entre eux, d'être comparé à Margaret Thatcher – le symbole est limpide. Quant au “courage” dont ils se targuent sans vergogne, il reste très limité : passer un paquet d'ordonnances en catimini pendant l'été 2017 ? Voilà qui ressemble plus à de la lâcheté qu'à du courage. Augmenter la TVA ? Quel courage ! Repousser pour la énième fois l'âge de départ à la retraite, sans toucher au reste du système, rien de bien nouveau ni de courageux. Clamer que l'on va “sauver la sécurité sociale” et, en même temps, que l'on va baisser le taux de la CSG, quelle cohérence ?

Bref. Pourquoi aller ainsi à l'encontre des préoccupations des électeurs ? La raison de ce paradoxe apparent est pourtant simple. À droite, on est convaincu que le candidat de gauche ne sera pas en seconde position, quel qu'il soit. Division, éparpillement des candidatures, impopularité d'un Hollande, nuisances d'un Macron, concurrence d'un Mélenchon… Le candidat LR qui sera désigné lors de la primaire serait donc assuré d'être présent au second tour… et donc de se faire élire en prônant une sorte de Front Républicain face à Marine Le Pen. Il n'aurait, dans cette tactique, aucun programme à défendre. Il lui suffirait de s'opposer à sa rivale. Gagner la primaire devient alors le césame. Et, pour cela, il faut séduire les militants et sympathisants LR, en droitisant le discours et en promettant de trancher dans la vif des dépenses budgétaires, des prestations sociales, des effectifs de fonctionnaires, tout en accordant de petits cadeaux fiscaux soigneusement ciblés.

Tristes tactiques ! Et non exemptes de risques. Un indice : Marine Le Pen l'a bien compris, qui tente de se poser en défenseure de… la sécurité économique et sociale, justement. Attention, mesdames et messieurs de LR, à jouer avec le feu, vous finirez par vous brûler. Souhaiter ardamment que Marine Le Pen soit au second tour pourrait se retourner contre vous, surtout si nombre d'électeurs de gauche refusent, cette fois, de voter pour un Sarkozy, et préfèrent le vote blanc – désormais décompté séparément des votes nuls, ne l'oubliez pas.

Présidentielle, les surprises de l'histoire : c'était le titre d'un ouvrage de Olivier Duhamel et Jean-Noël Jeanneney. À chaque scrutin, nous en avons connu. À jouer au billard à six bandes, on finit par s'y perdre. Candidats de tous bords, soyez prudents ! (vœu pieu !)

Addendum du 6 octobre 2016 : il subsiste une faille dans cette analyse – à moins que ce ne soit une faille dans la tactique des candidats de la droite. Quelle campagne mener au premier tour, si l'on se place d'emblée comme le vainqueur annoncé du second ? D'autres s'y sont brûlé les ailes, tel Lionel Jospin en 2002, oubliant de rallier à lui les voix de gauche au premier tour…

vendredi 16 septembre 2016

Les sept gauches ou le “jeu de cons”

Impossible de résister au plaisir de citer les descriptifs cruels et réjouissants de Gérard Courtois dans sa chronique du Monde daté du 14 septembre. Sept (7) gauches, dénombrées selon lui.
Attention, soyez attentifs, la diversité règne :
1. La Gauche nostalgie, “on y passe de vieux tubes” de l'époque où le “parti [communiste] était installé en premier de cordée”.
2. La Gauche quinoa, de Mélenchon, luttant, entre autres choses “contre la production de protéines carnées”.
3. La Gauche made in France, de Montebourg, “pas moins forte en gueule et guère moins cinglante”.
4. La Gauche grincheuse des frondeurs, dont la “grande primaire” a peu de chances d'aboutir.
5. La Gauche covoiturage, de Cécile Duflot, “on peut douter que cette bataille picrocholine [la primaire verte] donne naissance au ‘grand mouvement majoritaire’ que Cécile Duflot appelle de ses vœux”.
6. La Gauche start-up (ou stand-up), de Macron, “assez téméraire pour vouloir inventer la politique hors-sol”.
7. La Gauche Élysée-Matignon, enfin, celle de Hollande et Valls.
Et le chroniqueur de conclure que “cette pétaudière” est “le plus sûr moyen de voir la gauche battue dès le premier tour de la présidentielle”… “au risque d'un suicide collectif”.

L'embarras du choix ? Pas sûr…

jeudi 15 septembre 2016

C'est pas bien, mon petit garçon !

Depuis presque un an, j'utilise avec satisfaction une imprimante HP OfficeJet Pro 8620. Mardi 13 septembre, une étrange mésaventure m'a passablement décontenancé.

Pour des raisons d'économie évidentes, j'emploie des cartouches d'encre “compatibles” de marque UPrint, 20 à 25% moins onéreuses que leur homologues de marque HP. On les trouve chez de nombreux détaillants, dont Bureau Vallée – pour dire qu'il ne s'agit pas de produits marginaux.

Or, en fin de matinée mardi 13, un message de l'imprimante m'indiqua qu'une cartouche était “défectueuse”. Confiant, je changeai donc la bleue, qui d'ailleurs était presque vide. Nouveau message : cette fois, la magenta se trouvait également défectueuse, quoique encore à moitié remplie. Nouveau changement, nouveau message : la jaune, à son tour, refusait de fonctionner. La cartouche noire ne broncha pas… mais, de nouveau, ce fut la bleue qui envoya un message de défectuosité… et ainsi de suite. Bref ! Aucune cartouche UPrint n'était acceptée.


Renseignements pris auprès de mon fournisseur, il semblerait – j'écris au conditionnel car je n'en ai pas la preuve* – il semblerait, donc, que HP ait effectué une “mise à jour” du module d'identification des cartouches, qui lit une puce intégrée dans celles-ci, conduisant à un refus soudain et immédiat des cartouches compatibles installées.

Comment est-ce possible ? Tout simplement parce que l'imprimante est connectée à Internet – ne serait-ce que pour pouvoir envoyer des pages scannées par mail, par exemple. Ce faisant, HP espionne les utilisateurs, et donc se paye le luxe de perturber l'emploi des fournitures qui ne sont pas de sa marque – alors même qu'il n'est pas illégal d'en installer (vous imaginez une chaîne de magasins comme Bureau Vallée commercialiser des produits de contrefaçon ? Mois pas !).

Ne pouvant arrêter toute impression en l'attente de la mise à jour des cartouches UPrint (annoncée sous quinzaine, et sujette à caution), j'ai dû me procurer une boîte de marque HP du jeu complet (entretemps, la cartouche compatible noire ayant été à son tour invalidée). Bilan : 8 cartouches compatibles inutilisables (enfin, 7, la bleue étant vide), soit une centaine d'euros à la poubelle, tandis que je déboursai une autre centaine d'euros pour le pack HP.


Une fois ces cartouches HP installées, je reçus un message satisfait de l'imprimante, m'indiquant que j'avais installé des cartouches originales HP et que, de ce fait, je “méritais une récompense”. Rageusement, j'ai cliqué sur “Non merci” (le bouton n'apparaît pas sur la copie d'écran ci-dessus, mais figurait bien dans le dialogue).
Le fabricant de l'imprimante me prendrait-il pour un petit enfant pas sage, que l'on vient de gronder – “c'est pas bien, mon petit garçon, d'installer des cartouches compatibles” – et à qui l'on offrira un paquet de bonbons parce qu'il est rentré dans le rang ? Surtout quand le paquet de bonbons revient à 200 €. Je retrouve là cette attitude infantilisante typiquement anglo-saxonne, insupportable de ce côté de l'Atlantique – du moins est-ce mon ressenti !

* Addendum du 28 septembre : l'information est confirmée par Tomshardware.fr, le Monde Informatique et le Journal du Geek. Aucune solution ou parade n'est cependant évoquée…

lundi 5 septembre 2016

It's only rock climbing, but we like it : la “Saumonée”

Dix heures du matin, ce samedi du mois d'août. La benne du téléphérique vient de nous déposer au sommet du Brévent (2525 m), d'où nous descendons en direction de l'objectif du jour, la voie d'escalade “La Saumonée”. Ambiance détendue : quel contraste avec tous ces “ultra” qui nous entourent ! Les ultra-trailers, en train de courir en ce moment même comme des fous sur le tour du Mont-Blanc; les ultra-windsurfers, que nous venons de voir tomber comme des pierres depuis la terrasse sommitale, voler au ras des aiguilles et des sapins, et atterrir une minute plus tard à Chamonix…

Le mont Blanc en plein centre, les regards convergent vers la longueur finale de la “Saumonée”, qui démarre à proximité du bloc pointu sur la droite. Ce sera pour tout à l'heure.

C'est une cordée de trois qui s'est formée au gré des circonstances. Une cordée rassemblant trois générations : le tout jeune Jules, le déjà bien vieux Jean-Luc, conduits par le guide Zian, deux fois 24 ans d'écart – à vous de résoudre cette équation à trois inconnues !

Arrivée au gendarme pointu : Jules, une cordée britannique, et, bon dernier, l'auteur de ces lignes.

Évitons si possible d'envartoiller les cordes, ce serait très mal vu par le guide (qui prend la photo).

Ah ça, on ne pourra se plaindre d'une approche trop longue – 20 minutes de descente –, ni d'un retour trop pénible – 8 minutes chrono ! C'est que la voie ouverte par le guide Manu Méot, Morgan et Jérémy Franc les 13 et 14 août 2001 fournit un parfait exemple de l'“escalade-plaisir” vantée dans le topo publié aux éditions Olizane par Hervé Galley.

(1) L'attaque, invisible (2) Un grimpeur au premier relais (3) Le dièdre fissuré (4) Le gendarme pointu (5) Le sommet du bouclier de dalles (6) L'attaque des cannelures (7) Le sommet (8) Vers la longueur finale.

L'aspect a priori “décousu” de l'itinéraire disparaît dès que l'on commence à grimper. Le rocher est excellent, et la plupart des longueurs sont typées, de caractère, dans des registres variés : dièdre à feuillets et fissures, bouclier de dalles, cannelures raides à becquets parcimonieusement disposés, arêtes aériennes et délicates. La difficulté reste homogène en quatrième degré, plutôt à majorité 4c, avec quelques brefs passages de cinquième degré.

Ci-contre : une cordée dans la première longueur. Le mur de pierres sur la droite n'est aucunement naturel (et la voie n'y passe pas, d'ailleurs). Selon toute probabilité, il doit s'agir d'une sorte de paravalanche…

Le passage-clé (crux), un mouvement de 5b, exécuté par Zian “façon danseur”, pour dépasser un petit surplomb.

Jules en pleine “lecture” des prises…

… consent néanmoins à prendre la pose, et avec le sourire s'il vous plaît !

C'est là qu'il faut “se lâcher”, avoir le bras long…

… pour passer du bon côté ! (“Là, me suis-je dit in petto, va falloir assurer, mon bonhomme !”)

La sortie du même bouclier. Notre suiveur britannique reaches the belay, tandis que sa seconde l'assure 25 mètres plus bas.

Et l'harmonie de la cordée sera un motif supplémentaire d'agrément. Notre jeune Jules grimpe avec concentration, jamais tenté par le moindre point d'aide – contrairement au vieux monchu, qui ne cédera cependant pas à la tentation malgré deux passages… diaboliques. Ce ne sont que politesses au départ des relais, tandis que Zian s'assure avec sa technique et sa verve habituelle que nous progressons en toute sécurité.
Le T-shirt que j'ai choisi ce matin-là représente Tintin à New York. Il intrigue mon compagnon de cordée, au point qu'il me pose une question-piège : Tintin est-il blond… ou roux ? Diable ! Je n'y avais guère songé, malgré une lecture des albums remontant à l'époque de ma première dent de lait mise sous verre (une recherche sur le web montre que le débat n'est pas tranché).

Le rappel de dix mètres, notre guide en pleine action.

Ci-contre : leçon du guide à son élève (peu attentif ?). Il faut rappeler la corde, en donnant un coup de fil sur la verte. Rien compris : quel rapport avec mon smartphone et l'aiguille Verte ?

Dans ces moments, il y a comme une légèreté, une félicité calme et intense qui émane de chaque mouvement d'escalade. La toile de fond – faut-il le rappeler ? – est incomparable et contribue à l'allégresse de ces deux heures et demie de progression.

Après le petit rappel, la cordée traverse une allée de blocs pour se rendre au pied d'une très belle longueur en cannelures, 30 mètres soutenus en 4c, avec un pas un peu plus dur à mi-parcours, bien décrite par Hervé Galley : “assez chamoniard, prises franches mais espacées”. Et là, reconnaissons que Jules a droit à un supplément de bon 5b, jeunesse oblige !

Que se passe-t-il ? Les vétérans envoient carrément le plus jeune en tête. Zian chausse ses baskets, et le monchu s'interroge.

Après tout, pourquoi ne pas s'offrir une petite variante, chemin faisant ?

À la sortie de l'ultime relais, une chanson des Stones (pierres !), venue d'on ne sait où, se fait subitement entendre, affirmant : “It's only rock'n'roll, but I like it”. Enlevez le “roll” et vous avez la devise de cette ascension.

It's only rock climbing, but we like it. Le leader britannique en haut des cannelures.

Ce n'est pas fini ! La voie se poursuit par une ultime grande longueur de 40 mètres (divisible) sur le flanc gauche de la falaise-école du Brévent. Une moitié en 4b délicat, une autre en 3b aisé. Les nuages annoncent l'orage spectaculaire qui éclatera longtemps après notre retour dans la vallée, à l'heure du dîner.

Belle ambiance dans la longueur finale.

Pour le moment, c'est l'heure du déjeuner : midi et demi au second (et vrai) sommet de “La Saumonée”, poignées de mains et remerciements au guide pour ces quelque 200 mètres de joie de grimper, félicitations à Jules pour sa gentillesse et son application !

Chaleureux remerciements aussi aux auteurs de la voie, au premier rang desquels Manu Méot, dont j'avais également gravi Label Virginie l'année dernière. Sur le nom de la voie, il semble qu'une transmission orale, ou bien on ne sait quelles coquilles éditoriales, l'aient fait progressivement évoluer de “Saumonée” à “Somonée” puis à “Somone”. Y avait-il un rapport avec les stries de la chair du saumon, ou bien une autre explication existe-t-elle ?

Scoop : dans le bouclier de dalles, nous avions aperçu des scellements, sur la droite de l'itinéraire. Sur Camp-to-Camp, j'apprendrai par la suite qu'une cordée avait rencontré le “maître Piola” en personne, en train d'ouvrir une nouvelle voie dans ce secteur. Voilà qui donne l'impression, tandis qu'on enregistre sa chanson dans un studio, d'y croiser Paul McCartney !…