vendredi 8 janvier 2016

Un projet foireux

Cette affaire de déchéance de nationalité me laisse pantois, médusé, atterré…

Il est vrai que, dans l'émotion consécutive aux attentats du 13 novembre, je n'avais pas mesuré l'enjeu. François Hollande non plus, d'ailleurs, la presse indiquant qu'il avait rajouté au tout dernier moment cette mesure à son texte de discours devant le congrès.

Car tout déconne, dans ce projet foireux – excusez la vulgarité, elle s'impose malheureusement.
Sur son caractère dissuasif, tout a été dit. Elle n'en a aucun – ou si peu.
Sur son caractère symbolique ? Il va victimiser encore plus les musulmans et Maghrébins – on a déjà fait le plein sur ce thème, cessez le feu !
Sur sa portée pratique, elle n'en a guère plus : un terroriste criminel, emprisonné, ne jouit déjà plus de ses droits civiques. Qu'il soit de nationalité française ou pas, derrière les barreaux, n'a que très peu de conséquences.

Sur le débat… C'est parti dans tous les sens, vers le grand n'importe-quoi.
Qu'on en juge :
La droite (républicaine ?) qui demande que la déchéance soit appliquée aussi aux délits terroristes. À quand la déchéance de nationalité pour une contravention terroriste – que le législateur serait bien capable d'imaginer, du reste. Attention aux radars, les amis !

La gauche n'a pas été en reste. Voici des grands esprits qui suggèrent d'appliquer la déchéance de nationalité non seulement aux binationaux, mais aussi aux Français “mononationaux”. Autrement dit de créer des apatrides, au mépris des règles internationales, créant un précédent fâcheux (euphémisme).
Et en pratique, encore une fois, que se passerait-il ? À leur sortie de prison – s'ils en sortent – lesdits apatrides ne pourraient être expulsés, évidemment, et seraient condamnés au statut de sans-papiers institutionnels, et donc de clandestins. De quoi les remettre sur le bon chemin ? On en doute !
Rappelons que la déchéance de nationalité créant des apatrides avait été appliquée par le régime nazi dans les années trente à l'égard des juifs, ainsi que durant l'Occupation en France. Bonjour les symboles !

Quant à notre président, alors qu'on célèbre les 20 ans de la disparition de François Mitterrand, le “Florentin” doit bien rire dans sa tombe. L'apprenti-manipulateur de l’Élysée de 2016 croit avoir réussi un tour de passe-passe dit de “triangulation”.

Ci-dessus, un excellent dessin satirique de Soulcié paru dans Marianne (8-14 janvier). 

Parmi les concepts foireux de “com'” qui poussent comme du chiendent, celui-ci dépasse en ridicule le “story-telling” (vous savez, l'art de “raconter des histoires” aux gens). À force de vouloir s'emparer des thématiques de ses adversaires, François Hollande se mue en travesti des convictions, confondant aborder un thème avec ses propres convictions et carrément appliquer le programme de ses adversaires. On l'a vu avec la politique de l'offre ou les lois Macron. Désormais, c'est au FN qu'il emprunte les mesures. Bien vu, l'aveugle !

Faudra-t-il désormais, trianguler nous aussi, en tant qu'électeurs, et voter pour Nicolas Sarkozy afin qu'un programme d'extrême gauche digne du NPA soit appliqué, ou voter Besancenot si l'on est un catho intégriste ? J'en perds mon latin…

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