lundi 26 décembre 2016

L'embarras d'un électeur

En cette trêve des confiseurs, l'électeur tente de faire le point sur ses intentions de vote à l'élection présidentielle de 2017… et se trouve dans l'embarras. Les définitions du dictionnaire (Le Robert) décrivent bien son ressenti : « Confusion résultant d'affaires nombreuses et difficiles à débrouiller » ou « état d'une personne qui éprouve une sorte de malaise pour agir ou parler ».

N'ayant pas un tempérament de militant, mes positions partisanes ne sont en aucune façon tranchées, bien au contraire. Je tente de trouver un candidat qui me donne de l'espoir – sans y parvenir. Quels espoirs ? Ceux d'une justice sociale et économique – ou de moins d'injustice ; ceux d'une vision économique, écologique et sociale à moyen terme – où allons-nous ? comment ? pourquoi ? Dans la kyrielle des prétendants qui se bousculent au portillon, qui pourrait susciter une espérance politique ?

François Fillon ? Point besoin d'être un ultragauchiste pour comprendre que le programme de cet homme ne procure aucun espoir… Un euphémisme ! Comment ne pas être désespéré lorsqu'on nous laisse entendre que la Sécurité sociale pourrait être sinon démantelée, du moins restreinte ; que l'âge de la retraite – et le montant des pensions – seront encore moins favorables, surtout après une vie d'actif cotisant, régulier et sans beaucoup de prestations ; qu'un tournant de rigueur budgétaire et fiscale viendra encore amoindrir l'activité économique, tandis que l'auteur de ces lignes s'emploie (le terme est adapté) à tout faire pour la relancer, cette activité de travailleur indépendant. Précarité, recul des services publics, politique étrangère hasardeuse, la liste est longue de ce qui, excusez-moi, me désespère.

Emmanuel Macron ? S'il m'a horripilé avec sa loi, son travail du dimanche, ses autocars et sa loi travail (oui, la loi El Khomri devait être une autre loi Macron), je veux bien tenter de surmonter mon irritation. Mais comment fonder de l'espoir sur ce “petit nouveau”, alors qu'on a expérimenté… l'inexpérience de François Hollande en 2012, qui avait pourtant plus de “bouteille”. Certes, Macron est jeune. C'est là sa seule qualité ! Car un énième énarque, qui a fait un stage chez Rothschild, a de belles dents et sait danser le zouk, ça ne suffit pas, à mes yeux, comme CV pour bien présider notre pays… Il était “conseiller”. Or, les conseilleurs ne sont pas les payeurs – on se souviendra de Dominique de Villepin.

Marine le Pen ? La question ne se pose pas. Je n'ai aucune attirance pour la politique du pire, pour ce salmigondis incohérent et agressif, qui ne nous causerait que chaos, violence et crise économique.

Les pré-candidats de la primaire du PS ? Ils ont beau être sept, je n'en vois pas un qui rachète l'autre. Oh, certes, j'ai souvent voté pour un candidat dit “socialiste”, sans être militant, estimant qu'il recélait un minimum d'espoir, toujours ce mot. Manuel Valls ? S'il s'agit de passer au “social-libéral”, autant voter Macron, non ? Valls a acquis de l'expérience, c'est indéniable. Pour autant, comment ferait-il mieux, et surtout autrement, que son ex-patron, François Hollande ? Lui faudrait-il une traversée du désert pour y réfléchir ? Arnaud Montebourg ? L'instabilité de cet avocat, certes beau-parleur, suscite plus d'inquiétude que d'espoir, tant il saute d'une cause à l'autre sans y mettre de conviction. Benoît Hamon ? Serait-ce une sorte de Macron de gauche ? Soyons raisonnables, même avec de la surprise, je ne vois pas ce candidat capable de dépasser les 5% à un premier tour de présidentielle. Vincent Peillon ? Ce dilettante, parti en retraite politique, surgit comme un diable de sa boîte ; autrefois à la gauche du PS, le voici à sa droite, hollandiste si j'ai bien compris. Serait-ce une plaisanterie ? J'ai voté de temps à autre PRG, mais pas à la présidentielle. Sylvia Pinel aura beaucoup à faire pour me convaincre qu'elle pourrait présider notre République. Je passerai rapidement sur Bennahmias et de Rugy, trop marginaux – mille excuses messieurs !

Il reste les “petits candidats”, désignation quelque peu infamante, j'en conviens, dont un seul trouve grâce à mes yeux : Jean Lassalle. Il faut avoir lu son livre, À la rencontre des Français, (éditions Le Cherche Midi, 2015) pour mesurer ses capacités d'écoute, son courage (5000 km à pied), son éthique et son non-conformisme. Mais il faudrait un miracle pour qu'il obtienne, d'abord, les 500 signatures nécessaires à la validation de sa candidature. Et il a trouvé le moyen de se fâcher avec François Bayrou, son voisin et ancien partenaire politique. Dommage !

Vous m'avez vu venir, chères lectrices, cher lecteurs. Qui est le dernier de la liste ? Jean-Luc Mélenchon. Dissipons un premier malentendu : ce n'est pas parce que je porte le même prénom que lui que je l'ai gardé pour la fin – et peut-être en tant que “meilleur pour la fin”. Ici et maintenant, Mélenchon est le seul bulletin que j'aurais envie de glisser dans l'enveloppe électorale le 22 avril. Les objections sont nombreuses : c'est un tribun et non un gouvernant ; il est trop solitaire ; il est trop radical ; il causerait, lui aussi, des troubles et des crises… Probablement. Mais c'est le seul, et l'unique, dont la lecture du programme me procure une vague sensation d'espérance. Lisez-le, au moins, écoutez ses “causeries” sur YouTube, quand il est calme, apaisé et plus convainquant encore. Beaucoup de bon sens, beaucoup d'idées, l'expression juste de l'indignation et, au bout du compte, l'incarnation de l'espoir en la politique. Croire en la politique ? Mais c'est post-moderne, cela. C'est totalement démodé, me rétorquera-t-on. C'est possible. Je n'ai pourtant, ici et maintenant, rien d'autre comme intention de vote, en dépit d'un embarras indéniable – et qui a justifié ce très long billet !

Post-scriptum : phonétique
Avez-vous remarqué l'abondance des syllabes “on” dans les patronymes des candidats ? Mélenchon, Macron, Fillon; Peillon, Hamon, Montebourg, Nicolas Dupont-Aignan. Quelle signification y trouver ? Nous vous laissons y réfléchir…

jeudi 24 novembre 2016

Accident nucléaire ?

En ces temps de précampagne présidentielle, une lecture s'impose, celle du livre de Michel Winock, Les élections présidentielles en France (Tempus, éditions Perrin, 9 €), qui vient de (re)paraître, actualisé, en particulier sur la période 2007-2016.

L'auteur a le mérite de remettre en perspective ce scrutin préféré des Français, depuis son institution en 1962 – sans oublier ses lointaines origines, datant de… 1848 ! Et il le fait avec clarté, humour parfois (qui l'eût cru ?), tirant les enseignements de chaque élection. Revisiter ainsi l'histoire permet de mieux comprendre les enjeux actuels.

Pourquoi donc un tel attrait pour l'élection présidentielle ? Dès l'introduction, le constat est cinglant : “La dimension ludique ou sportive n'échappe à personne”. Se passionner, c'est louable ; encore faudrait-il ne pas en perdre la raison.

Michel Winock pose un regard lucide sur les excès de candidats choisissant de choquer pour exister – nous songeons aux Le Pen, bien sûr, mais aussi à Nicolas Sarkozy :

“La diabolisation d'un acteur politique n'a jamais empêché son ascension ; la contre-propagande peut aussi être une propagande. On l'a bien vu avec Le Pen. Un homme qui secrète une adversité violente ne peut laisser indifférent ; grâce aux coups il existe, il grandit, il acquiert un prestige sous les injures de l'ennemi qui, sans le vouloir, l'exhausse au-dessus des autres. L'abomination par les uns produit la confiance des autres.”
Un paragraphe que nous devrions tous méditer.

La célèbre “rencontre entre un homme et le peuple”, tant vantée par de Gaulle, tourne aujourd'hui à la course à l'échalote ; une vraie caricature, que Gérard Courtois, dans Le Monde du 22 novembre, qualifie avec pertinence de “machine à farces et attrapes”, rappelant la longue liste des “sacrées surprises” des présidentielles, de De Gaulle se croyant assuré d'une élection au premier tour en 1965, jusqu'au second tour Jospin-Chirac pronostiqué au printemps 2002 comme “une évidence”…

Et le chroniqueur de conclure : “Pour le meilleur et le moins bon, l'élection présidentielle ne se résume jamais à un mariage de raison entre le peuple et un candidat. […] Elle n'est pas seulement affaire de quotient intellectuel ou rationnel, mais aussi de quotient émotionnel”.

Prenons garde ! À force de nous étourdir de surprises, retournements et performances, nous en oublions le fond, et jouons malgré nous avec le feu.
La vision la plus terrifiante, à mes yeux, serait celle d'une Ve République, construite sur la personnalisation de l'exécutif par un de Gaulle, qui se terminerait en naufrage, en accident nucléaire : l'élection-surprise de Marine Le Pen au second tour. “La rencontre entre une femme et un peuple”, pour le pire, cette fois. Car ce qui serait quasi impossible dans le cadre d'une élection législative (on songe à l'Allemagne), pourrait le devenir dans une présidentielle, sous l'influence des abstentions, votes blancs et reports de voix absents. Au second tour, pas de triangulaires, c'est là le risque majeur.
Des naufrages, nous en avons connu, dans d'autres circonstances. N'ayons pas la mémoire courte !

samedi 19 novembre 2016

Primaires à droite : la convergence des courbes

À la veille du premier tour de la primaire de la “droite et du centre”, une totale incertitude règne, à un point que personne n'imaginait il y a seulement un mois.

À l'évidence, la mission des instituts de sondages est “impossible”, tant les aléas sont nombreux :
  • Incertitude sur le nombre de votants,
  • Quel que soit ce nombre, il ne représente qu'un petit 10% des votants d'un scrutin présidentiel,
  • Absence de scrutin de référence à droite, et un seul à gauche,
  • Changements rapides des intentions de vote : il ne s'agit en effet pas de basculer de gauche à droite, juste de choisir un candidat parmi sept dont les propositions sont proches, par construction.


Le phénomène de la convergence – voire du croisement – des courbes est proprement spectaculaire !
En octobre, Alain Juppé distançait Nicolas Sarkozy de près de dix points, tandis que François Fillon se situait très loin derrière. Et voilà qu'ils se seraient rassemblés dans un “mouchoir de poche”, quasiment à égalité.

Le suspense règne ! De deux choses l'une, nous semble-t-il :
  • Soit les tendances des courbes se prolongent, comme dans le cas de Donald Trump, et l'on aurait le résultat inattendu d'un Fillon en tête, suivi de Nicolas Sarkozy – Alain Juppé étant sur la pente descendante ;
  • Soit les électeurs “corrigent” la tendance observée et se mobilisent plus que prévu. Dans ce cas, on peut penser que Nicolas Sarkozy pourrait passer en tête, car il correspond (heureusement ou malheureusement !) au profil préféré des militants et sympathisants les plus proches du parti LR.
Et il restera, au second tour, à évaluer les ralliements et reports de voix, les premiers parfois délicats et les seconds incertains. Nicolas Sarkozy, s'il est concerné, aura peut-être un peu plus de mal à “rassembler”, même si l'on a observé de surprenants ralliements dans la primaire de gauche de 2011 (on songe à Montebourg).

Si les paris étaient ouverts, nul doute qu'il serait difficile de prendre position ! Et dire que l'identité du prochain président de la République dépend de ces aléas… Il y a quelque chose d'angoissant dans cette loterie !

Addendum du 21 novembre
Les courbes ont non seulement convergé… elles se sont carrément croisées !



Peu doué pour les pronostics, j'avais ci-dessus imaginé un duel Fillon-Sarkozy, très largement démenti – quant à l'hypothèse du “sursaut-Sarko”, elle était encore plus éloignée de la réalité ! Je mesure que j'ai peu de dispositions pour jouer les devins ;-)
La seule “courbe” dont la tendance ne s'est pas accentuée est celle d'Alain Juppé. L'influence du “vote révolutionnaire” des gaucho-centristes ? À noter aussi le total des voix des trois premiers : dans le dernier sondage, il était de 88% (30 + 2 fois 29). Au final, il monte à 93%, autre explication de l'envolée fillonesque : une sorte de “vote utile”, rejetant aux tréfonds les quatre autres candidats.

dimanche 16 octobre 2016

Primaires LR : espérance ?

Les analystes paraissent unanimes : sauf surprise, le candidat de droite devrait l'emporter à la présidentielle de 2017. La primaire LR deviendrait alors l'élection déterminante ; elle désignerait le futur président de la République. Impossible d'éviter le premier débat entre les sept candidats, dans ces conditions, ne serait-ce que pour essayer de savoir “à quelle sauce nous serons mangés”. Ce billet de blog est très personnel. Il décrit le ressenti d'un électeur plutôt de gauche, sans être militant, qui conserve contre vents et marées un certain espoir en la politique – est-ce bien raisonnable ?

Deux thèmes ont été abordés : l'économie et le régalien, dixit TF1. Que s'en dégage-t-il ? Avant tout le contraire, exactement, de ce qu'Alain Juppé tentait de nous souhaiter : l'espérance. Car comment en pas être désespéré en écoutant les mesures de restrictions sociales alignées par tous les candidats ? Il ne s'agit pas d'idéologie, mais de simple pragmatisme. Tous nous préparent des coupes claires dans les budgets sociaux. Or, le social, ce n'est pas seulement l'assistanat pour les paresseux (j'exagère à peine), c'est avant tout la santé, la retraite et l'aide à ceux qui sont privés d'emplois. Sur ce plan, pas à dire, ça va saigner. Quel paradoxe pour ces personnalités qui se présentent comme “protectrices des Français”… mais sur le plan de la sécurité pénale ! Versant social, c'est au contraire l'insécurité. Je n'ai pas dû bien comprendre…

Observer toutes ces figures de la droite était intéressant, au demeurant. Un vrai petit théâtre !
J'écris “de la droite”, car je n'ai pas encore réussi à trouver qui représentait le “centre” dans cette primaire – excusez-moi, j'ai beau avoir fait Sciences Po, je donne ma langue au chat. Jean-Frédéric Poisson, alors ? Attention ! L'ordre des adjectifs est capital : un parti “chrétien-démocrate” n'a pas grand-chose à voir avec un parti “démocrate-chrétien”. Au risque d'un mauvais jeu de mots, ce Poisson s'est révélé être un sous-marin de la droite réactionnaire. Il cachait bien son jeu !

J'ai trouvé Sakozy atrocement crispé, au point d'inspirer de la pitié ; Juppé déjà fatigué avant même de commencer sa campagne et le quinquennat ; Copé souriant, mais surtout pour découvrir ses dents de carnassier et régler ses comptes ; Fillon plus clair et policé que prévu, mais néanmoins inquiétant ; Le Maire insaisissable, trouvant le moyen de plaisanter en précisant qu'il n'allait “tuer” (supprimer) aucun fonctionnaire – nous voilà rassurés, comme plaisanterie de mauvais goût, c'est réussi ; quant à Nathalie Kociusko-Morizet, moi qui en dis pis que pendre sur ce blog, voilà qu'elle apparaissait comme la seule candidate novatrice… dommage que son programme ne soit pas chiffré. On apprendra qu'elle propose une flat-tax sur le revenu de 23,5% (le taux moyen actuel est de 6,6%), avec un revenu universel en contrepartie, la suppression de toutes les niches fiscales (les chiens vont aboyer !) et la suppression du statut de fonctionnaire des enseignants (d'un coup, elle s'est fait des amis parmi les profs !).

Sur la méthode, un relatif consensus régnait sur le recours aux ordonnances, vite fait bien fait aux mois de juillet et août 2017. Juppé est certain que l'élection lui donnera la légitimité qu'il n'avait pas eue en 1995 pour “réformer” – oubliant qu'il risque d'être élu par défaut face à Marine Le Pen – et le mettant à l'abri de toute manifestation. Je me demande juste ce que fera le futur président pendant la suite de son quinquennat s'il regroupe toutes ses mesures dans les ordonnances estivales de 2017.

Le fameux Poisson a conclu en trouvant qu'on avait parlé plus “gestion” que “politique”. Pas faux. Et pas vraiment de quoi espérer…

dimanche 9 octobre 2016

Triangulaires présidentielles ?

L'une des difficultés majeures de l'élection présidentielle résulte de la progressive “tripolarisation” de l'électorat. Or, le scrutin présidentiel a été conçu en 1965 pour un second tour rassemblant les deux candidats ayant obtenu le plus de suffrages.

Par pure curiosité, demandons-nous ce qu'auraient donné les quatre derniers scrutins si la règle des législatives leur avait été appliquée : elle stipule en effet que peuvent se présenter au second tour les candidats ayant obtenu au premier des voix représentant au moins 12,5% des inscrits.




Sans surprise, on constate qu'en 2012, une triangulaire Hollande-Sarkozy-Marine Le Pen aurait eu lieu. En 2007, François Bayrou se serait invité au second tour, fort de ses plus de 15% des inscrits au premier. En 1995, Édouard Balladur aurait réussi, d'extrême justesse, à s'engager dans la triangulaire. En revanche, l'émiettement des suffrages au premier tour en 2002 conduisit à ce qu'un seul candidat (Jacques Chirac) atteigne les 12,5%, et encore de peu (500 000 voix). La règle subsidiaire des législatives se serait alors appliquée, seuls les deux candidats en tête passant au second tour – donc comme lors de la vraie présidentielle. Sauf à imaginer que le seuil soit abaissé à 10%. Mais alors, il y aurait eu une quadrangulaire en 1995 !

samedi 8 octobre 2016

Primaires de la droite : confusion des genres

La campagne des primaires de la droite porte bien son nom : primaire, simpliste et foutraque. Dans Le Monde de ce week-end, Arnaud Leparmentier débusque avec justesse les “fantômes” de cette droite qui n'a pas d'idées… juste des intérêts*. Le plus drôle, peut-être, en cette période de polémiques sur les gender studies est cette confusion des genres que l'on observe parmi certains candidats – au masculin… ou pas.

François Fillon se rêve en Margaret Thatcher, sabrant dans les impôts et prônant le TNA, autrement dit There is no alternative (on n'a pas le choix). Il ressemble cependant plus à une majorette Thatcher qu'à une foudre de guerre. Ses obsessions fiscales, dans le registre de la TVA à 23% ou la retraite à 65 ans (pourquoi pas 70, on ne sait…), le font plutôt ressembler à ce qu'un autre François prophétisait : après moi, il n'y aura plus de présidents, juste des comptables. Nous y sommes – malgré tout le respect que m'inspirent les comptables…

Nathalie Kociusko-Morizet, elle, pencherait plutôt du côté du masculin, persuadée de devenir “la” Ronald Reagan de la droite “décomplexée et sans tabous”. Au printemps, déjà, elle suggérait de trancher dans le vif : baisser dès l'année 2017 les impôts de 100 milliards d'euros – rien que ça ! – puis d'attendre “un peu” pour baisser les dépenses à due concurrence. La vielle tactique consistant à “affamer la bête” selon la formule reaganienne : “Starve the beast”. La bête, on l'aura compris, c'est l'État-providence. Une fois “affamée” par la réduction des impôts, il n'y aura plus qu'à faire hara-kiri aux dépenses sociales et au budget de l'État. En endossant ce costume de Ronaldette, elle risque de relancer les critiques : serait-elle une “évaporée” qui raconte n'importe quoi, à la façon de Marie-Antoinette et de ses brioches ?

Bref, la confusion des genres règne à droite, et ce soudain enthousiasme pour des figures ultra-libérales des années quatre-vingt semble plus post-moderne qu'adapté au XXIe siècle.


* La formule serait, selon certaines sources, de François Mitterrand, tirée de Ici et maintenant. Je me souvenais de l'avoir lue dans un hebdomadaire il y a une dizaine d'années comme émanant de Raymond Barre. Avais-je confondu ? Ou bien l'ancien premier ministre de VGE citait-il Mitterrand ? Elle n'en demeure pas moins symptomatique.

jeudi 6 octobre 2016

CIPAV : billet d'humeur

Si vous n'êtes pas travailleur indépendant, vous ignorez probablement ce qu'est la CIPAV.
C'est auprès de cette Caisse Interprofessionnelle d'Assurance Vieillesse que cotisent nombre de professions indépendantes, dont l'auteur de ces lignes en tant que prestataire de services. Et, ces derniers jours, la CIPAV a joué avec les nerfs de ses cotisants.

Un anniversaire au passage : voici exactement 20 ans que je me suis affilié à la CIPAV. Vingt années de cotisations, aux alentours de 4 à 6000 € par an pour donner une idée des sommes en jeu. Quelle pension puis-je espérer en contrepartie, lorsque l'âge sera venu ? Le dernier calcul de la caisse m'alloue 4328 €. Mais c'est magnifique, serez-vous tenté de dire. Halte là ! Il ne s'agit pas d'une pension mensuelle, mais bien annuelle, soit 361 € par mois. La faiblesse des retraites des indépendants n'est certes pas une découverte ; elle mérite tout de même d'être rappelée.

Deux solutions pour payer ses cotisations sont pratiquées : par semestre ou par mois. Ma préférence va au semestre.
Les deux versements, le 15 avril et le 15 octobre, sont calculés sur la base des revenus N-2. En avril dernier, donc, l'appel se référait au revenu que j'avais déclaré pour l'année 2014, donnant la somme de 4232 € à payer en deux fois (2116 €). Disposant de la trésorerie nécessaire, et sachant que l'automne serait moins favorable, j'avais tout payé en une seule fois début avril.

À l'approche de l'échéance du 15 octobre, j'avais donc l'esprit libre, n'ayant rien à débourser. Le vendredi 30 septembre, je reçois l'avis habituel d'échéance. Surprise ! Une somme de 1185 € m'est réclamée. Ah çà ! me dis-je, quelle erreur avais-je commise ? Quelle nouveauté nous a-t-on concoctée ? Un site web éphémère a été mis en place pour nous l'expliquer. La foire aux questions apporte les précisions suivantes :


C'est effectivement la grande question ! En voici la réponse :


“De nouvelles modalités de calcul des cotisations sont entrées en vigueur le 1er janvier 2016…”
Le premier janvier ? La moindre des politesses n'aurait-elle pas été de nous prévenir en même temps que l'appel du 15 avril ? Eh bien non. Probablement pour ménager un suspense haletant, nos amis de la CIPAV ont attendu pour cela le 30 septembre. Deux semaines pour se retourner et mobiliser les 1185 € de supplément que l'on me réclame.

Et comme si cette surprise ne suffisait pas, un autre courrier, daté lui aussi du 30 septembre me parvenait. Découvrant le logo de la CIPAV sur l'enveloppe, je ne pus m'empêcher de songer : “Qu'ont-ils encore inventé ?”

L'objet de la lettre est limpide. Il se réfère de nouveau à un décret entré en vigueur le 1er janvier 2016. Bis repetita donc, il a fallu 9 mois à la caisse pour nous en informer. Ce décret institue le paiement obligatoire des cotisations par “voie dématérialisée”, autrement dit par prélèvements bancaires. Rien à dire : je préfère pour ma part éviter d'avoir à remplir un TIP, le placer dans la petite enveloppe fournie par la CIPAV, la timbrer et la poster. Seulement, il y a anguille sous roche !


Non sans une duplicité détestable, la CIPAV enveloppe dans le même papier cadeau ladite “voie dématérialisée” et… le principe des prélèvements mensuels. Les “avantages” nous sont vantés : lissage des paiements sur l'année notamment.
Vous avez dit “lissage” ?

En pratique, passer au prélèvement mensuel implique que, dès le début janvier 2017, je devrai payer quelque chose comme 400 €. Idem en février et mars. Alors que j'avais prévu d'attendre le 15 avril avant de débourser une somme certes plus conséquente, mais rien programmé dans mon plan de trésorerie durant le premier trimestre.


Pour finir, une petite mention comminatoire en caractères gras (ci-dessus, recadrée), histoire de faire bonne mesure. Si l'on n'opte pas pour le prélèvement automatique avant le 30 octobre, une “majoration de 0,2% du montant payé” sera appliquée. Bon. Ce n'est pas insurmontable, car même 5000 € à 0,2%, cela fait 10 €. Je me demande donc si je ne vais pas choisir cette option implicite !
Il n'empêche… Cette ultime petite goutte d'eau a fait déborder le vase et a motivé cet ennuyeux article de blog – oui, avez-vous lu ce texte jusqu'ici ? Vous oui, cher lecteur (ou lectrice), mais vous devez être rares…

Je terminerai en citant l'une des mesures prônées par François Lenglet dans son dernier livre* : “Des impôts simples et stables”. Stables ? Ce qui précède en dit long, sans oublier que le taux de cotisations n'a cessé d'augmenter d'année en année, passant de 8 à 10% par exemple. Simple ? Essayez de recalculer, avec Excel, vos appels de cotisations CIPAV, en incluant les régularisations, et on en reparlera !
« La complexité est en soi un impôt qui ne dit pas son nom, source d'aberrations et d'injustices. Elle aussi inhibe l'initiative. »
Encore l'auteur est-il aimable en parlant de “complexité”. Je pencherais plutôt pour “complication”. Cette remarque est très juste : l'incompréhension suscite l'angoisse, puis la colère. Ces complications obligent souvent à faire appel à un tiers (expert-comptable…) pour s'y retrouver. Voilà “l'impôt qui ne dit pas son nom”. Il en est de même pour se faire une idée de ses retraites futures : le régime général est tellement complexe (compliqué ?), qu'il faut le plus souvent faire appel à un prestataire rémunéré pour les calculer…

* Il s'agit de Tant pis ! nos enfants paieront, un titre mal choisi à notre avis, pour un livre dont le contenu est passionnant.

mardi 27 septembre 2016

Tristes tactiques

Les avis convergent : en cette période de précampagne présidentielle, les Français font avant tout état d'un pressant besoin de sécurité. De récents livres, signés d'auteurs aussi différents que François Lenglet ou Christophe Guilluy, exposent avec acuité ce que ce mot-clé signifie.

Comment ne pas s'étonner que les candidats à la primaire LR prônent exactement l'inverse sur le plan économique et social ?

À leurs yeux, le mot “sécurité” n'a de sens que dans la lutte contre le terrorisme ou la criminalité. Une analyse largement insuffisante. Même si, d'un coup de baguette magique, on se trouvait libéré de toute menace terroriste, il resterait l'insécurité économique et l'insécurité sociale. Et les candidats LR rivalisent pour l'accentuer, fiers, pour l'un d'entre eux, d'être comparé à Margaret Thatcher – le symbole est limpide. Quant au “courage” dont ils se targuent sans vergogne, il reste très limité : passer un paquet d'ordonnances en catimini pendant l'été 2017 ? Voilà qui ressemble plus à de la lâcheté qu'à du courage. Augmenter la TVA ? Quel courage ! Repousser pour la énième fois l'âge de départ à la retraite, sans toucher au reste du système, rien de bien nouveau ni de courageux. Clamer que l'on va “sauver la sécurité sociale” et, en même temps, que l'on va baisser le taux de la CSG, quelle cohérence ?

Bref. Pourquoi aller ainsi à l'encontre des préoccupations des électeurs ? La raison de ce paradoxe apparent est pourtant simple. À droite, on est convaincu que le candidat de gauche ne sera pas en seconde position, quel qu'il soit. Division, éparpillement des candidatures, impopularité d'un Hollande, nuisances d'un Macron, concurrence d'un Mélenchon… Le candidat LR qui sera désigné lors de la primaire serait donc assuré d'être présent au second tour… et donc de se faire élire en prônant une sorte de Front Républicain face à Marine Le Pen. Il n'aurait, dans cette tactique, aucun programme à défendre. Il lui suffirait de s'opposer à sa rivale. Gagner la primaire devient alors le césame. Et, pour cela, il faut séduire les militants et sympathisants LR, en droitisant le discours et en promettant de trancher dans la vif des dépenses budgétaires, des prestations sociales, des effectifs de fonctionnaires, tout en accordant de petits cadeaux fiscaux soigneusement ciblés.

Tristes tactiques ! Et non exemptes de risques. Un indice : Marine Le Pen l'a bien compris, qui tente de se poser en défenseure de… la sécurité économique et sociale, justement. Attention, mesdames et messieurs de LR, à jouer avec le feu, vous finirez par vous brûler. Souhaiter ardamment que Marine Le Pen soit au second tour pourrait se retourner contre vous, surtout si nombre d'électeurs de gauche refusent, cette fois, de voter pour un Sarkozy, et préfèrent le vote blanc – désormais décompté séparément des votes nuls, ne l'oubliez pas.

Présidentielle, les surprises de l'histoire : c'était le titre d'un ouvrage de Olivier Duhamel et Jean-Noël Jeanneney. À chaque scrutin, nous en avons connu. À jouer au billard à six bandes, on finit par s'y perdre. Candidats de tous bords, soyez prudents ! (vœu pieu !)

Addendum du 6 octobre 2016 : il subsiste une faille dans cette analyse – à moins que ce ne soit une faille dans la tactique des candidats de la droite. Quelle campagne mener au premier tour, si l'on se place d'emblée comme le vainqueur annoncé du second ? D'autres s'y sont brûlé les ailes, tel Lionel Jospin en 2002, oubliant de rallier à lui les voix de gauche au premier tour…

vendredi 16 septembre 2016

Les sept gauches ou le “jeu de cons”

Impossible de résister au plaisir de citer les descriptifs cruels et réjouissants de Gérard Courtois dans sa chronique du Monde daté du 14 septembre. Sept (7) gauches, dénombrées selon lui.
Attention, soyez attentifs, la diversité règne :
1. La Gauche nostalgie, “on y passe de vieux tubes” de l'époque où le “parti [communiste] était installé en premier de cordée”.
2. La Gauche quinoa, de Mélenchon, luttant, entre autres choses “contre la production de protéines carnées”.
3. La Gauche made in France, de Montebourg, “pas moins forte en gueule et guère moins cinglante”.
4. La Gauche grincheuse des frondeurs, dont la “grande primaire” a peu de chances d'aboutir.
5. La Gauche covoiturage, de Cécile Duflot, “on peut douter que cette bataille picrocholine [la primaire verte] donne naissance au ‘grand mouvement majoritaire’ que Cécile Duflot appelle de ses vœux”.
6. La Gauche start-up (ou stand-up), de Macron, “assez téméraire pour vouloir inventer la politique hors-sol”.
7. La Gauche Élysée-Matignon, enfin, celle de Hollande et Valls.
Et le chroniqueur de conclure que “cette pétaudière” est “le plus sûr moyen de voir la gauche battue dès le premier tour de la présidentielle”… “au risque d'un suicide collectif”.

L'embarras du choix ? Pas sûr…

jeudi 15 septembre 2016

C'est pas bien, mon petit garçon !

Depuis presque un an, j'utilise avec satisfaction une imprimante HP OfficeJet Pro 8620. Mardi 13 septembre, une étrange mésaventure m'a passablement décontenancé.

Pour des raisons d'économie évidentes, j'emploie des cartouches d'encre “compatibles” de marque UPrint, 20 à 25% moins onéreuses que leur homologues de marque HP. On les trouve chez de nombreux détaillants, dont Bureau Vallée – pour dire qu'il ne s'agit pas de produits marginaux.

Or, en fin de matinée mardi 13, un message de l'imprimante m'indiqua qu'une cartouche était “défectueuse”. Confiant, je changeai donc la bleue, qui d'ailleurs était presque vide. Nouveau message : cette fois, la magenta se trouvait également défectueuse, quoique encore à moitié remplie. Nouveau changement, nouveau message : la jaune, à son tour, refusait de fonctionner. La cartouche noire ne broncha pas… mais, de nouveau, ce fut la bleue qui envoya un message de défectuosité… et ainsi de suite. Bref ! Aucune cartouche UPrint n'était acceptée.


Renseignements pris auprès de mon fournisseur, il semblerait – j'écris au conditionnel car je n'en ai pas la preuve* – il semblerait, donc, que HP ait effectué une “mise à jour” du module d'identification des cartouches, qui lit une puce intégrée dans celles-ci, conduisant à un refus soudain et immédiat des cartouches compatibles installées.

Comment est-ce possible ? Tout simplement parce que l'imprimante est connectée à Internet – ne serait-ce que pour pouvoir envoyer des pages scannées par mail, par exemple. Ce faisant, HP espionne les utilisateurs, et donc se paye le luxe de perturber l'emploi des fournitures qui ne sont pas de sa marque – alors même qu'il n'est pas illégal d'en installer (vous imaginez une chaîne de magasins comme Bureau Vallée commercialiser des produits de contrefaçon ? Mois pas !).

Ne pouvant arrêter toute impression en l'attente de la mise à jour des cartouches UPrint (annoncée sous quinzaine, et sujette à caution), j'ai dû me procurer une boîte de marque HP du jeu complet (entretemps, la cartouche compatible noire ayant été à son tour invalidée). Bilan : 8 cartouches compatibles inutilisables (enfin, 7, la bleue étant vide), soit une centaine d'euros à la poubelle, tandis que je déboursai une autre centaine d'euros pour le pack HP.


Une fois ces cartouches HP installées, je reçus un message satisfait de l'imprimante, m'indiquant que j'avais installé des cartouches originales HP et que, de ce fait, je “méritais une récompense”. Rageusement, j'ai cliqué sur “Non merci” (le bouton n'apparaît pas sur la copie d'écran ci-dessus, mais figurait bien dans le dialogue).
Le fabricant de l'imprimante me prendrait-il pour un petit enfant pas sage, que l'on vient de gronder – “c'est pas bien, mon petit garçon, d'installer des cartouches compatibles” – et à qui l'on offrira un paquet de bonbons parce qu'il est rentré dans le rang ? Surtout quand le paquet de bonbons revient à 200 €. Je retrouve là cette attitude infantilisante typiquement anglo-saxonne, insupportable de ce côté de l'Atlantique – du moins est-ce mon ressenti !

* Addendum du 28 septembre : l'information est confirmée par Tomshardware.fr, le Monde Informatique et le Journal du Geek. Aucune solution ou parade n'est cependant évoquée…

lundi 5 septembre 2016

It's only rock climbing, but we like it : la “Saumonée”

Dix heures du matin, ce samedi du mois d'août. La benne du téléphérique vient de nous déposer au sommet du Brévent (2525 m), d'où nous descendons en direction de l'objectif du jour, la voie d'escalade “La Saumonée”. Ambiance détendue : quel contraste avec tous ces “ultra” qui nous entourent ! Les ultra-trailers, en train de courir en ce moment même comme des fous sur le tour du Mont-Blanc; les ultra-windsurfers, que nous venons de voir tomber comme des pierres depuis la terrasse sommitale, voler au ras des aiguilles et des sapins, et atterrir une minute plus tard à Chamonix…

Le mont Blanc en plein centre, les regards convergent vers la longueur finale de la “Saumonée”, qui démarre à proximité du bloc pointu sur la droite. Ce sera pour tout à l'heure.

C'est une cordée de trois qui s'est formée au gré des circonstances. Une cordée rassemblant trois générations : le tout jeune Jules, le déjà bien vieux Jean-Luc, conduits par le guide Zian, deux fois 24 ans d'écart – à vous de résoudre cette équation à trois inconnues !

Arrivée au gendarme pointu : Jules, une cordée britannique, et, bon dernier, l'auteur de ces lignes.

Évitons si possible d'envartoiller les cordes, ce serait très mal vu par le guide (qui prend la photo).

Ah ça, on ne pourra se plaindre d'une approche trop longue – 20 minutes de descente –, ni d'un retour trop pénible – 8 minutes chrono ! C'est que la voie ouverte par le guide Manu Méot, Morgan et Jérémy Franc les 13 et 14 août 2001 fournit un parfait exemple de l'“escalade-plaisir” vantée dans le topo publié aux éditions Olizane par Hervé Galley.

(1) L'attaque, invisible (2) Un grimpeur au premier relais (3) Le dièdre fissuré (4) Le gendarme pointu (5) Le sommet du bouclier de dalles (6) L'attaque des cannelures (7) Le sommet (8) Vers la longueur finale.

L'aspect a priori “décousu” de l'itinéraire disparaît dès que l'on commence à grimper. Le rocher est excellent, et la plupart des longueurs sont typées, de caractère, dans des registres variés : dièdre à feuillets et fissures, bouclier de dalles, cannelures raides à becquets parcimonieusement disposés, arêtes aériennes et délicates. La difficulté reste homogène en quatrième degré, plutôt à majorité 4c, avec quelques brefs passages de cinquième degré.

Ci-contre : une cordée dans la première longueur. Le mur de pierres sur la droite n'est aucunement naturel (et la voie n'y passe pas, d'ailleurs). Selon toute probabilité, il doit s'agir d'une sorte de paravalanche…

Le passage-clé (crux), un mouvement de 5b, exécuté par Zian “façon danseur”, pour dépasser un petit surplomb.

Jules en pleine “lecture” des prises…

… consent néanmoins à prendre la pose, et avec le sourire s'il vous plaît !

C'est là qu'il faut “se lâcher”, avoir le bras long…

… pour passer du bon côté ! (“Là, me suis-je dit in petto, va falloir assurer, mon bonhomme !”)

La sortie du même bouclier. Notre suiveur britannique reaches the belay, tandis que sa seconde l'assure 25 mètres plus bas.

Et l'harmonie de la cordée sera un motif supplémentaire d'agrément. Notre jeune Jules grimpe avec concentration, jamais tenté par le moindre point d'aide – contrairement au vieux monchu, qui ne cédera cependant pas à la tentation malgré deux passages… diaboliques. Ce ne sont que politesses au départ des relais, tandis que Zian s'assure avec sa technique et sa verve habituelle que nous progressons en toute sécurité.
Le T-shirt que j'ai choisi ce matin-là représente Tintin à New York. Il intrigue mon compagnon de cordée, au point qu'il me pose une question-piège : Tintin est-il blond… ou roux ? Diable ! Je n'y avais guère songé, malgré une lecture des albums remontant à l'époque de ma première dent de lait mise sous verre (une recherche sur le web montre que le débat n'est pas tranché).

Le rappel de dix mètres, notre guide en pleine action.

Ci-contre : leçon du guide à son élève (peu attentif ?). Il faut rappeler la corde, en donnant un coup de fil sur la verte. Rien compris : quel rapport avec mon smartphone et l'aiguille Verte ?

Dans ces moments, il y a comme une légèreté, une félicité calme et intense qui émane de chaque mouvement d'escalade. La toile de fond – faut-il le rappeler ? – est incomparable et contribue à l'allégresse de ces deux heures et demie de progression.

Après le petit rappel, la cordée traverse une allée de blocs pour se rendre au pied d'une très belle longueur en cannelures, 30 mètres soutenus en 4c, avec un pas un peu plus dur à mi-parcours, bien décrite par Hervé Galley : “assez chamoniard, prises franches mais espacées”. Et là, reconnaissons que Jules a droit à un supplément de bon 5b, jeunesse oblige !

Que se passe-t-il ? Les vétérans envoient carrément le plus jeune en tête. Zian chausse ses baskets, et le monchu s'interroge.

Après tout, pourquoi ne pas s'offrir une petite variante, chemin faisant ?

À la sortie de l'ultime relais, une chanson des Stones (pierres !), venue d'on ne sait où, se fait subitement entendre, affirmant : “It's only rock'n'roll, but I like it”. Enlevez le “roll” et vous avez la devise de cette ascension.

It's only rock climbing, but we like it. Le leader britannique en haut des cannelures.

Ce n'est pas fini ! La voie se poursuit par une ultime grande longueur de 40 mètres (divisible) sur le flanc gauche de la falaise-école du Brévent. Une moitié en 4b délicat, une autre en 3b aisé. Les nuages annoncent l'orage spectaculaire qui éclatera longtemps après notre retour dans la vallée, à l'heure du dîner.

Belle ambiance dans la longueur finale.

Pour le moment, c'est l'heure du déjeuner : midi et demi au second (et vrai) sommet de “La Saumonée”, poignées de mains et remerciements au guide pour ces quelque 200 mètres de joie de grimper, félicitations à Jules pour sa gentillesse et son application !

Chaleureux remerciements aussi aux auteurs de la voie, au premier rang desquels Manu Méot, dont j'avais également gravi Label Virginie l'année dernière. Sur le nom de la voie, il semble qu'une transmission orale, ou bien on ne sait quelles coquilles éditoriales, l'aient fait progressivement évoluer de “Saumonée” à “Somonée” puis à “Somone”. Y avait-il un rapport avec les stries de la chair du saumon, ou bien une autre explication existe-t-elle ?

Scoop : dans le bouclier de dalles, nous avions aperçu des scellements, sur la droite de l'itinéraire. Sur Camp-to-Camp, j'apprendrai par la suite qu'une cordée avait rencontré le “maître Piola” en personne, en train d'ouvrir une nouvelle voie dans ce secteur. Voilà qui donne l'impression, tandis qu'on enregistre sa chanson dans un studio, d'y croiser Paul McCartney !…

dimanche 7 août 2016

Oui go or oui donte go ?


Rapide test des tarifs SNCF “OUIGO” pour aller de Paris à Lyon aller-retour.


Le billet Marne-la-Vallée à Lyon Saint-Exupéry est proposé à 70 € aller-retour.

Mais la liste des suppléments est spectaculaire :

- Si vous avez une valise un peu volumineuse, +10 €
- Si vous souhaitez disposer d'une prise électrique à bord, +4 €
- Si vous souhaitez recevoir des informations par SMS, +1 €
Il semble toutefois que le siège ne soit pas une option (en attendant les voyages debout ?).

Attention, ce n'est pas tout !
Il faut se rendre aux gares périphériques prévues.

- Pour vous rendre du centre de Paris à Marne-la-Vallée, +15,20 € (aller-retour)


- Pour vous rendre de l'aéroport Saint-Exupéry au centre de Lyon, +27,50 € de tramway (aller-retour)
Au total 127,70 € pour ce voyage dit “low-cost”.

Quand on recherche un aller-retour de Paris (Gare de Lyon) à Lyon-Part-Dieu, il existe des billets en tarif TGV Loisir à 2 x 57 € = 114 €

Alors, Ouigo… or oui-donte-go ? D'un point de vue financier, ce n'est guère attrayant. En outre, il faut compter les délais de transport entre les gares périphériques et les centres des deux villes, sans oublier de se présenter au moins 30 minutes avant le départ des TGV.

mardi 19 juillet 2016

Les Chéserys, voie Rouge

Était-ce la chaleur ? L’approche des coureurs du Tour de France ? L’angoisse du gardien de but de l’Euro ? Le “monchu” a refusé la suggestion initiale de son guide – rébellion ? – et préféré retourner aux Chéserys, où il a pourtant déjà gravi moult itinéraires. Collectionnite ? Ce pourrait être un début d’explication. Mais quand on aime, on ne compte pas… sauf l'auteur de ses lignes, qui totaliserait donc 8 voies aux Chéserys, soit de gauche à droite : Aubade, Blanche (avec variante David et William Ravanel), voie de l'EMHM, Blonde, Jaune, Rousse, Greg-Buffat… et donc cette Rouge.

Sortie du passage délicat de la longueur 1. À droite du casque, on devine le sac à dos déposé à l'attaque.

Il s’agissait de « se remettre sur les pieds »… sauf que le pas d’attaque est un rétablissement sur les mains. Ensuite, tout rentre dans l’ordre du monde des dalles, avec une succession de longueurs dont chacune comporte un passage technique, bref mais sérieux, entre le 4c et le 5b. Le passage le plus amusant est la fissure au-dessus de la deuxième terrasse, inattendue aux Chéserys.

Vue plongeante depuis le relais final : le “monchu” au bout de la corde de 60 mètres.

Une corde absolument neuve, deux brins de soixante mètres, l’un bleu, l’autre vert, allaient m’assurer tout du long de cette voie, maniée par Zian avec le soin et l’adresse du pro. De quoi “enchaîner”, comme on dit, de belles envolées. Une vingtaine de mètres pour commencer – faut se réacclimater – puis deux longues séquences de soixante mètres chacune. Voilà qui permet de s’employer, tout en s’économisant pour tenir la distance.

 Arrivée au dernier relais, deux images extraites d'une vidéo.

Que de beaux mouvements dans ces 150 mètres ! Si certains passages nécessitent un examen soigneux du rocher, ils sont toujours gratifiants, variés, pas toujours “en dalle” contrairement à ce que le secteur laisse entendre. Lors d’un rappel, nous avons reçu la visite d’un chamois, évoluant dans le secteur de la voie “La Rousse” avec une aisance qui donne envie de se réincarner dans la peau d’un tel animal, ah ouiche !

Ce chamois musarde dans les dalles, à proximité immédiate de la voie “La Rousse”, dont on distingue le “mini-surplomb” sur la droite.

De vrais moments de bonheur, tout simple, sous les doigts et les pieds, grâce encore à Zian, qui a veillé sur moi avec “coolitude” et adresse tout au long de cette chaude demi-journée. La corde bleue, lors de son tout premier rappel, a tenu à affirmer son caractère, sans pour autant désarçonner son propriétaire : il faut juste savoir “parler à ses cordes”, non mais !

Le second de cordée au dernier relais. Il faut, encore une fois, remercier Zian pour avoir “assuré” non seulement la conduite de la cordée, mais aussi pour ses prestations de photographe et vidéaste de l'ascension.

La voie Rouge figure parmi les itinéraires historiques de la falaise, ouverts à partir de 1969 par les guides d’Argentière, et baptisés de noms de couleurs : voies blanche, bleue, noire, jaune et rouge – en attendant que d’espiègles ouvreurs du nouveau millénaire ne leur adjoignent une “brune”, une “blonde” et une “rousse”, ces deux dernières ayant vu passer les chaussons de l’auteur de ces lignes et de son guide, Zian.

Topo :
Beaucoup d'efforts ont été déployés pour reconstituer le déroulement de l'escalade, y compris en repérant l'heure sur les clichés, ou en comparant avec d'autres topos, comme ceux d'Hervé Thivierge, de Michel Piola, des guides Olizane, Vamos ou de Dulac et Perroux. Comme toujours, il mérite vérifications et validations : n'hésitez pas à commenter cet article de blog si vous avez des précisions.

La voie démarre au pied d’un petit éperon arrondi de couleur verte. Si on descend encore un peu et qu’on le contourne, on tombe sur le départ de “La Rousse”. À gauche, dans une dalle surmontée de surplombs monumentaux, on devine les gollots d’anciennes variantes probablement devenues dangereuses en raison de la vétusté du matériel (signalées par Dulac et Perroux en 2001 dans leur topo).
Le départ exige un rétablissement (5a) pour se placer dans l’axe de dalles arrondies (4b) terminées par un ressaut plus raide un tantinet technique (5b). La longueur suivante est plus relax (4b, 3b) et conduit sur une confortable vire, au pied d’une vraie fissure à feuillets négociable par des coincements de mains et opposition des pieds (4c), suivie d’un pas de 4c dans un petit mur, jusqu’à une terrasse spacieuse. Au-dessus, un ressaut se franchit par une fissure (4c) ou une dalle sur sa droite (5b, délicat). La petite longueur qui suit se termine par une sorte de mini-dülfer (4c). Ultime et courte longueur, plus facile, bombement en petit 4 et dalles couchées en 3. On doit pouvoir poursuivre au-dessus dans du terrain facile. Descente en rappels plus ou moins nombreux selon les cordes employées et la compétence de celui qui les pose. Zian en a installé deux, qui nous ont ramenés au sol, largement à gauche de l’attaque.

dimanche 26 juin 2016

Un référendum est-il démocratique ?

C'est la tarte à la crème des dissertations de sciences politiques : « Un référendum est-il démocratique ? » Le tout récent référendum britannique redonne soudain au sujet tout son sel !

L'affaire compliquée de la “pétition” réclamant un nouveau référendum révèle au moins une chose : l'extension de l'individualisme dans nos sociétés contaminées par les “communautés”, notamment virtuelles. On dirait que nos amis britanniques sont des enfants ayant cassé leur jouet, qui viendraient pleurnicher auprès de leurs parents afin qu'ils le réparent. “J'lai pas fait exprès, m'man !” Et de sortir d'un chapeau des règles dérogatoires, selon lesquelles la majorité ne serait plus à 50,01%, mais à 60%, et qu'une participation devrait dépasser 75% pour que le scrutin soit recevable. S'il fallait annuler tous les scrutins n'ayant pas rassemblé plus des trois quarts des inscrits, pas besoin de vous faire un dessin… Quant à une “majorité” à 60%, pourquoi pas les deux tiers ou les trois quarts – à l'image des réformes constitutionnelles françaises, exigeant une majorité des trois cinquièmes au Congrès. Encore eût-il fallu le dire avant !
La “communauté” des pro-UE, aussi sympathique soit-elle outre-Manche, voudrait, en quelque sorte, que la démocratie n'applique ses décisions qu'à ceux qui ont voté en leur faveur. À les entendre, chaque citoyen du Royaume-Uni devrait pouvoir être “dedans” ou “dehors” selon son souhait individuel. Une analogie avec les religions, qui voudraient imposer des règles spécifiques à leurs ouailles !

Mais ce n'est pas tout ! Voici que des voix s'élèvent au Royaume-Uni pour contester la légitimité du référendum. Seul le Parlement serait souverain. Tiens, tiens ! Nous revoilà dans la dissertation de sciences politiques. Donc, consulter le peuple directement ne serait pas démocratique. Et d'argumenter que le référendum n'était que consultatif, et qu'il suffirait donc que la chambre des Communes vote pour un “remain” a posteriori, et tout serait dit. En substance : recommencer la stratégie du Traité de Lisbonne annulant le “non” français à la ratification du traité constitutionnel.

Pourtant, il existe une solution, si l'on nous permet un soupçon d'ironie.
1. L'ensemble des Anglais pro-UE émigrent rapidement vers l'Écosse et s'y domicilient (et vice versa).
2. Un référendum est organisé en Écosse pour “leave” le Royaume-Uni et donc rester dans l'UE en tant que nation indépendante.
3. Il ne resterait alors, en Angleterre, que les Britanniques anti-UE, claquemurés dans leur nouveau “petit” royaume. Le sort de la reine reste incertain dans cette configuration.
Chiche ?

vendredi 24 juin 2016

Le “LEAVE” l'a emporté

Ainsi donc, le “LEAVE” l'a emporté au référendum britannique du 23 juin.

Comme quoi les référendums provoquent des surprises. À la veille du scrutin, nombre d'indices semblaient converger en faveur du “REMAIN” : le pragmatisme britannique, une Écosse majoritairement pro-UE, les jeunes Anglais attachés à l'Europe, jusqu'aux bookmakers, pariant à 80% pour le “REMAIN”, ainsi que les marchés financiers (même jeudi soir, la livre sterling semblait stable), sans oublier l'émotion autour du meurtre de cette députée du Labour, une semaine avant le vote.

Quel camouflet pour David Cameron ! Le Premier ministre restera dans l'Histoire celui qui a déclenché la sortie d'une nation de l'UE. Une première ! Il avait joué avec le feu, non sans duplicité, en promettant ce référendum pour s'attirer les voix des indépendantistes, tout en étant partisan de rester dans l'Union. Une véritable roulette russe… mais la balle était dans le canon. 52% en faveur du départ, un million de voix d'écart avec les tenants du statu quo, plus de 70% de participation, un score élevé pour le Royaume-Uni.


Non, ce n'était pas… un jeu. Aujourd'hui, la Grande-Bretagne ne fait plus partie de l'UE

Comme quoi, une fois encore, une question abrupte, posée avec des motivations manœuvrières et des arrière-pensées, aboutit à la sanction. C'est une lapalissade : les référendums se heurtent presque toujours à la colère des électeurs, qui, d'une certaine façon, se “lâchent” et choisissent l'option “dramatique”, histoire d'envoyer un message de révolte aux gouvernants. Et de frissonner avec gourmandise devant ce qu'ils provoquent : le “thrill”, quoi…


Au fond, qu'est-ce qui a fait la différence ? On le sait : les problèmes migratoires. De quoi sont-ils le symptôme ? Avant tout des difficultés sociales : trop d'Européens n'en peuvent plus d'avoir l'impression que l'UE cherche, par tous les moyens, à détruire leurs acquis sociaux et leurs services publics, à réduire leur niveau de vie, à les mettre en concurrence avec des travailleurs mal payés. Si chaque Britannique avait touché, par exemple, une “allocation” versée directement par l'UE, il en aurait été autrement. Le pire, en définitive, c'est qu'ils perdront tout : les avantages de l'UE, tandis qu'un ultralibéralisme anglo-saxon se mettra en place dans le Royaume-Uni, plus dur et cruel encore.

Ah… si je plonge dans mes souvenirs, depuis ma naissance (en 1957, année du traité de Rome), l'Union Européenne ne cessait de progresser, cahin-caha, certes, avec des choix économiques et politiques contestables, certes, mais elle progressait. En ce 23 juin 2016, elle a, soudain, régressé. Je crains que la “leçon” ne soit pas entendue par les gouvernants. Je n'arrive pas à imaginer que l'UE, d'un coup d'un seul, face volte-face et, enfin, prône la protection des êtres humains qui la composent, le “care” pour reprendre un terme anglais. Pire : l'effet domino nous guette. Il suffit d'écouter les discours bouffis d'autosatisfaction d'une Marine Le Pen ce 24 juin au matin tandis que, déjà, les candidats aux primaires LR évoquaient tous des “référendums” pour, tout comme Cameron, jouer avec le feu. Les hommes politiques sont inaptes à tirer les enseignements de leurs échecs.

Il restera à suivre l'attitude des Écossais : voteront-ils un jour pour le “LEAVE” (du Royaume-Uni, qui éclaterait) ? Et, pour faire un clin d'œil à l'actualité, quand est-ce que l'Occitanie sortira de l'Union Européenne ?

jeudi 26 mai 2016

L'inversion de la hiérarchie des normes

Un billet du futur, sur le mode de la science-fiction.

L'inversion de la hiérarchie des normes… Un principe juridique découvert grâce à la réforme du droit du travail, qui allait trouver de nouvelles applications pratiques : la laïcité.
Nous sommes en 2030. Désormais, la laïcité “ouverte” intègre cette inversion, permettant à tous les pratiquants de souscrire librement à des règles dérogeant aux principes de la loi, afin que soient respectés ses convictions et modes de vie.

L'exemple des conventions catholiques en illustre l'efficacité et la subtilité. Elles ont été rédigées par une libre négociation entre les pratiquants et les représentants du Vatican.

Grâce à la Carte Vitale “augmentée”, le catholique pratiquant est en mesure de s'identifier au moyen de son smartphone, via une appli dédiée. Pour bénéficier du quotient familial, des allocations familiales et autres aides fiscales ou sociales, il doit valider a minima 52 messes dominicales sur l'année (plus les fêtes obligatoires telles que le 15 août, le 1er novembre et le 25 décembre si elles ne tombent pas un dimanche, sans oublier le jeudi de l'Ascension). Le titulaire d'une carte estampillée “catholique” a par ailleurs l'interdiction de divorcer, d'acheter des contraceptifs dans les pharmacies, de demander une IVG, de travailler le dimanche ou de se marier s'il est homosexuel. Les peines encourues (amendes, prison) sont instituées en dérogation au Code pénal.

Pour éviter toute instabilité du système, le changement de religion – ou son abandon – sont soumis à une “bourse des apostasies”, à la façon des “droits à polluer” ou des licences de taxis. La dernière cote indique 300000 € l'unité, ce qui dissuade les candidat-e-s et stabilise le périmètre des communautés. Cette réforme fondamentale a l'immense mérite de créer des “communautés virtuelles”, respectant la liberté et les convictions de chaque citoyen-ne. Elle est bien entendu inscrite dans la Constitution de la VIe République (2028).

mercredi 11 mai 2016

Le piège des retraites

À l'approche de l'élection présidentielle, c'est le retour de la question de la “réforme” des retraites.
Les candidats à la primaire LR parlent de “courage” en proposant de repousser un peu plus l'âge de départ. Un courage sélectif…

Le piège du système actuel est pernicieux.
Pour continuer à afficher un âge de départ “décent”, il joue sur les années de cotisations nécessaires à une pension à taux plein. Or, un nombre conséquent de futurs retraités sont au chômage depuis plusieurs années. Il sont alors contraints de demander la liquidation de leur pension trop tôt; elle est en conséquence minorée, pour cause de nombre de trimestres inférieur au seuil requis – et ce pour le restant de leurs jours.

Le courage serait de ne plus se contenter de faire peser la quasi-totalité de l'ajustement jugé nécessaire aux seuls “nouveaux partants”. C'est d'une injustice criante ! Vous êtes né en 1954, vous ne serez pas traité de la même façon que si vous êtes né en 1955, et ainsi de suite. Bonjour l'égalité ! On mesure les réactions de l'électorat retraité des candidats LR s'ils proposaient que tout le monde participe à l'effort, avec par exemple un blocage des pensions au-delà d'un certain seuil. Mais le courage s'arrête au clientélisme.

Quant aux vases communicants entre budget des retraites et budget de l'indemnisation du chômage, il a déjà été expérimenté : dans les années 1980, on transformait des chômeurs en retraités, avec les départs anticipés à 55-57 ans. Aujourd'hui, c'est l'inverse : on transforme des retraités en chômeurs. Globalement, le problème financier reste entier !

À propos de courage, il en faudrait aussi pour s'orienter vers une égalité des retraités face à leur pension. Là encore, le chemin à parcourir sera long !

Ces actions sur un unique paramètre – l'âge de départ – ressemble à la lutte contre la tabagie. Pour l'essentiel, le seul paramètre sur lequel les gouvernements agissent est le prix (la taxe spéciale). Au mépris de tous les autres.

Allez, mesdames et messieurs les décideurs politiques, un peu d'imagination avant de parler de courage.

lundi 9 mai 2016

P.M.G.

C'est une bonne vieille anecdote de service militaire. De celles qui ne font rire que ceux qui l'ont vécue… et qui atterre les autres.

Les appelés-employés “administratifs” devaient accomplir quelques manœuvres “sur le terrain”, désignées par un sigle – tout est désigné par des sigles, dans l'armée, comme en politique – la Préparation Militaire Générale.
PMG, donc…
Un adjudant-chef sur le retour avait réuni les participants, et se la jouait à l'américaine.
« Moi, j'suis tireur d'élite. Enfin, j'étais. Aujourd'hui, je suis plutôt tireur “des litres”. »
Personne n'avait ri.
« PMG. Vous allez en chier ! »
Se plaçant à quelques centimètres de la figure d'un des canonniers, il avait gueulé :
« Des p'tits cons comme toi, à peine sortis du vagin d'leur mère, ha, ha ! Y vont voir ! »
Ménageant un temps de suspense, il avait repris :
« PMG. Vous savez c'que ça veut dire, PMG ? Hein ? Plein ma geuuuuuule ! Ha, ha ! »
Il était fier de sa trouvaille, le tireur des litres…

35 ans plus tard
Quand j'écoute les candidats LR à la primaire, j'ai parfois l'impression d'entendre cet adjudant-chef.
Et que je te roule les mécaniques, et que je te parle de “commandement”, et que je j'annonce des “ordonnances en cascade”, et que je te parle de “courage” ou de “détermination”.
La course à l'échalote ne fait que commencer. C'est à qui enchérira : moi, je ferai passer la retraite à 65 ans… et moi, à 67 ans ! Moi, j'augmenterai la TVA de 2 points… et moi de 3 points et demi, y compris le taux intermédiaire, non mais ! Moi, je réduirai les indemnités de chômage… et moi, je surveillerai “en temps réel” les comptes bancaires des bénéficiaires du RSA ! Vous allez voir ce que vous allez voir.
Vote pour moi, électeur ! Mon slogan, c'est « Plein Ma Gueule ».
PMG.
On y est.

vendredi 15 avril 2016

Il y a 20 ans… des Lego®

Le contexte ?
Nous sommes en 1996 – il y a vingt ans !
Inventaire avant déménagement… Une caisse de Lego® est (re)découverte. Il faudra bien consentir à lui trouver un repreneur : « Ces jeux ne sont plus de ton âge », me dis-je. Avant cela, un dernier round, un dernier baroud d'honneur : essayer de retrouver l'état d'esprit de l'enfant qui les manipula, vint-cinq ans auparavant. Le thème ? L'architecture. Déjà, gamin, mes constructions en Lego® concernaient pour l'essentiel des bâtiments. En ces années 1990, une récente expérience de maître d'ouvrage m'incitait à “jouer à l'architecte”.
C'est parti !

Nous vous laissons découvrir les influences du concepteur (!), ainsi que ses errements.
La règle du jeu, inévitable, consistait à s'inscrire dans les limites des briques disponibles, ce qui n'allait pas toujours de soi…



Rien que du très classique…


…ou du moderne sans beaucoup de grâce !






Retour aux sources… Notez les terrasses privatives et les “enseignes” recyclées.






La façade arrière est moins réussie.



Quelques efforts sur les volumes…


Parfois sans grands résultats.





Quand l'ascenseur détermine le parti architectural. Cabine extérieure, coulissante, s'il vous plaît !




Influence corbuséenne évidente pour les spécialistes.


Là, l'équilibre des volumes laisse à désirer !




Mini-tour R+4, simple et de bon (?) goût.




Retour d'une influence années trente.




Notez l'indépendance des coins “jour” et “nuit”, radicale !


Une sorte de tour, inspirée du “Totem” du Front de Seine (le pilastre unique risque de ne pas suffire).



La tour… prend garde à toi !



Bof !



Variation sur le thème : employer toutes les briques disponibles.




Référence à un architecte bien nommé : Maline (Paris, XIVe arrondissement).


Ça finit toujours ainsi : l'orgueil du concepteur l'oriente vers les tours “sans fin” !



Ou encore vers les tours “finies”.



Merci de votre visite !