vendredi 4 décembre 2015

Plaidoyer en faveur des villes

Les débats autour de la COP21 mettent en avant la pollution générée par les villes, les désignant comme les grandes responsables des émissions de gaz à effet de serre. C'est exact en valeur absolue. Pour autant, un aspect de la problématique est oublié.

La masse des émissions de ces gaz résulte pour une part majoritaire des être humains, qui doivent s'éclairer, se chauffer, se déplacer. Or, où trouve-t-on le plus d'êtres humains ? Dans les villes. D'où une erreur d'analyse si on ne descend pas à un autre niveau, celui des émissions "par tête". A notre sens, il n'est pas certain que les émissions par habitant d'une ville soient supérieures à celles des émissions par habitant de zones rurales.

Au premier rang de cet écart réside la question des déplacements. En zone rurale, c'est connu, il faut sans cesse utiliser sa voiture pour couvrir les distances séparant le domicile des écoles, des centres commerciaux, des administrations, des services publics. Si, en zone urbaine, il faut aussi se déplacer, bien sûr, l'emploi des transports en commun, moins polluants, est plus fréquente. Une part notable des habitants, les plus favorisés, qui habitent à proximité des lieux où ils doivent se rendre, parcourent moins de kilomètres qu'en pleine campagne.

Les économies d'échelles jouent également. Il faut moins de voiries, de canalisations, de transports pour gérer l'approvisionnement et l'évacuation des déchets – on songe à la dizaine de kilomètres qu'un “campagnard” doit parcourir pour se rendre à la déchetterie avec sa voiture… Même remarque pour l'approvisionnement en denrées ou autres matières premières.

Cela étant, il reste que l'usage abusif de la voiture en ville cumule tous les inconvénients, en particulier à cause des embouteillages, qui accroissent la pollution au kilomètre parcouru.

Il n'empêche… A moins de décider de décimer la moitié de la population, la vraie solution est de concevoir des villes denses – eh oui ! – extrêmement bien pourvues en transports en commun “propres”. Transporter dix millions de personnes “à la campagne” ne ferait qu'accroître dans des proportions considérables les déplacements, en particulier en voiture. Les “rurbains” ayant acheté un pavillon à plusieurs dizaines de kilomètres de leurs lieux de travail en savent quelque chose.

Haïr la ville, comme le font le plus souvent les écologistes, est une grave erreur. Si l'on dédensifie les villes pour les rendres “campagnardes”, ce seront les campagnes qui s'urbaniseront. Un cercle vicieux ! À moins, encore une fois, de se débarrasser d'une partie de la population, une attitude eugéniste que personne, à part des écolos-extrêmistes, n'envisage heureusement…

Nous avons par conséquent grand besoin des architectes et des urbanistes pour nous aider à concevoir des villes moins éclatées, dans lesquelles on trouve plus de logements dans les zones centrales, des transports en commun maillés densément, des lieux de travail mieux conçus, au besoin avec une part de travail à domicile, sans oublier des services “de proximité” qui ne soient pas situés… au diable ! On songe bien sûr aux centres commerciaux de périphérie, réservés aux automobilistes.

Réduire la noria de transports nécessaires à la vie humaine est un défi envisageable à l'échelle de la ville, bien plus qu'à celle d'une campagne éclatée. À moins, encore une fois, de se transformer en ermites solitaires habitant dans des cabanes en cultivant leur potager (bon courage !). Si la campagne paraît “verte” parce qu'on y trouve des champs, elle n'en génère pas moins de noires pollutions.

Pour être juste, relevons que, bien entendu, l'émission de gaz à effet de serre “au kilomètre carré” demeurera plus importante au-dessus des villes, à la population plus dense par construction. Il n'existe malheureusement pas d'alternative. Raison de plus pour rénover les villes selon des critères encore plus exigeants de réduction des émissions. Impossible ? Pas sûr !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire