vendredi 9 octobre 2015

La tentation autoritaire

De toutes parts, on déplore l'impuissance relative des politiques.

Les causes en sont connues : mondialisation, délégations de pouvoirs à des entités transnationales, telle l'Union Européenne, ou, à l'inverse, décentralisation locale poussée,  “finances sans frontières”, lobbys et autres organisations “horizontales”. La liste est longue ; le constat partagé quoique discutable.

Quoi qu'il en soit, le monde politique lui-même semble accréditer cette réduction de ses pouvoirs, en mettant en scène jusqu'à l'outrance des postures. Pas un jour sans qu'on entende parler de “détermination” (pour quoi faire ?), de “courage réformateur” (pour faire quoi, exactement ?), d'autorité et de fermeté.

Malheureusement, les dérapages sont nombreux.
À l'incitation, à la pédagogie, à la prévention, à l'argumentation l'on substitue trop souvent une forme sourde d'autoritarisme, dans des domaines soi-disant consensuels. Ce ne sont pas les principes qui sont en cause, ni les causes à défendre qui sont critiquables, ce sont les moyens. De même qu'en économie l'on ne cesse de “serrer les boulons” jusqu'à ce que le pas de vis se brise – les arbres ne montent jamais jusqu'au ciel –, en politique on passe du raisonnable à l'absurde. Exemples.

Le tabagisme est un fléau, c'est entendu. Augmenter le prix du paquet de cigarettes était une mesure sage. Incitation à la baisse de la consommation via une hausse des prix, difficile de le contester. Seulement voilà… Jusqu'où aller ? Il existe un seuil au-delà duquel on passe de l'incitation à la punition, voire à une injustice sociale douteuse. Une étude récente sur les méfaits du tabagisme proposait carrément de doubler le prix du paquet, de 7 à 14 euros donc. Pourquoi pas à 20 ou 30 euros ? Dans le même domaine, l'idée récente d'infliger des amendes de 68 euros à toute personne jetant un mégot sur la voie publique rejoue ce scénario. Pourquoi pas 198 euros ?

Le stationnement gênant est dommageable pour nos villes. Encore une fois, si la liberté est donnée aux communes de fixer le niveau des amendes, le risque n'existe-t-il pas d'une surenchère hors de toutes proportions ?
La même tentation se profile sur les contrôles de vitesse par radars. L'auteur de ces lignes avait été le premier à approuver la mise en place de ces contrôles au milieu des années 2000. Il en a résulté de spectaculaires progrès sur la mortalité routière, ainsi qu'une meilleure fluidité sur les autoroutes (la fin des appels de phares et écarts de vitesse entre véhicules). Mais, à nouveau, l'efficacité du procédé souffre de la loi des “rendements décroissants”. Il ne suffit pas d'accentuer sans cesse la même mesure. Il faut en imaginer d'autres. Par exemple l'assistance à la conduite avec affichage des vitesses limites directement sur la planche de bord. Par exemple, un meilleur contrôle de l'alcoolémie au volant.

Sur l'écologie, la tentation autoritaire atteint des records. Contrôler le tri des ordures – certains rêvent de “khmers verts” inspectant les poubelles –, installer des compteurs électriques avec coupures selon la consommation, écotaxes diverses et variées sans considération des contraintes induites par notre modèle de société… Par dépit de ne pouvoir convaincre, alors on se prend à interdire. Combien de dictatures se sont constituées sur ce genre de perversion ? Sans oublier les religions, renonçant à convaincre pour préférer contraindre…

On le voit. Abandonnant les domaines où elle se révèle dramatiquement impuissante, au premier chef la lutte contre le chômage ou la justice sociale, la politique tente de se racheter une conduite en jouant des muscles là ou le matraquage est aisé. Un peu de raison et de mesure, nous vous en prions ! Essayez de comprendre que, ce faisant, vous déclenchez des colères sournoises, sourdes et rentrées qui ressortent dans les pires symptômes. C'est trop bête ! Et c'est dangereux.

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