mardi 1 septembre 2015

NKM, « Madame Plus »

Un personnage avait été inventé par des publicitaires, Monsieur Plus (Bahlsen). Souvenez-vous, il en rajoutait toujours dans les recettes, quitte à donner un coup de coude au cuisinier en train de verser des ingrédients dans la marmite. Eh bien, aujourd'hui, en politique, nous avons notre Madame Plus, sous les traits de NKM.

Déjà, Madame Plus s'était signalée pendant la campagne municipale parisienne en prônant la couverture de l'intégralité du périphérique. Une broutille se chiffrant en milliards d'euros.
Lors des épiques débats sur la loi Macron, Madame Plus brocardait la timidité du jeune ministre, estimant que, toujours à Paris, les commerces devraient être ouverts non seulement tous les dimanches, mais aussi la nuit, 7 jours sur 7.

Plus récemment, Madame Plus exposait ses idées en matière de politique budgétaire. Et la voici proposant rien de moins que de réduire dès 2017 les impôts de 100 milliards d'euros. Un doublement du déficit budgétaire d'un seul coup d'un seul. Et l'on “verrait ensuite” pour réduire les dépenses à due concurrence. On se demande quelles seraient les réactions des autorités européennes, avec un déficit dépassant 8% du PIB, ainsi que les taux de refinancement de la dette en résultant du côté des marchés !

Dans une interview récente au Monde, Madame Plus persiste et signe, précisant qu'il faudrait “prendre l'ascenseur” pour réduire les impôts, et “prendre l'escalier” pour réduire les dépenses.
Dans cette même interview, elle entend aussi engager… “la fin du salariat”, qui serait remplacé par la généralisation du statut de travailleur indépendant. Un moyen inédit de supprimer le chômage, les travailleurs indépendants n'y ayant pas droit, non plus que le SMIC, les horaires hebdomadaires, les congés payés, les indemnités de licenciement, etc. Une façon radicale de simplifier le droit du travail.

Ce qui est grave, c'est que NKM appuie sa démonstration sur l'essor des pourvoyeurs d'emploi que sont les acteurs du web tels que UberPop ou Airbnb. Très bien ! Ces moyens de trouver de l'activité sont intelligents, nouveaux et prometteurs. De là à généraliser le système, il y a un gouffre ! NKM oublie l'essentiel : un travailleur indépendant ne peut survivre que s'il dispose d'un minimum de latitude pour fixer ses tarifs, la quantité de travail fournie, et, surtout, s'il est multi-clients, et non pieds et poings liés face à un client unique. Cette détestable habitude de lancer des slogans simplificateurs ruine la politique, dès lors que les électeurs se rendent compte qu'on les abuse avec de faux raisonnements. L'idée sous-jacente à la “fin du salariat” est, en réalité, de disposer de travailleurs corvéables à merci, livrés sans aucune défense face à leurs (ex)employeurs, et ne coûtant plus un centime d'euro en indemnités de chômage.

Pour Madame Plus, c'est serait plutôt le slogan “toujours moins” qui conviendrait pour résumer ses propositions. Dans l'interview précitée, NKM précisait en conclusion qu'elle se voulait “radicale”. C'est bien le cas. Mais la “radicalisation”, de nos jours, est un terme à la connotation bien effrayante !