vendredi 7 août 2015

Le mont Blanc interdit ?

Le 6 août, le préfet de Haute-Savoie et le maire de Saint-Gervais ont publié pour la seconde fois de l'été un arrêté de fermeture du refuge du Goûter, sur la voie normale du mont Blanc, et déconseillent l'ascension par cet itinéraire.

Le tristement célèbre couloir du Goûter est en effet devenu encore plus dangereux depuis que la sécheresse a fait disparaître la neige qui le garnissait. Ce n'est d'ailleurs plus un couloir, mais bien un éboulis. Un article sur le site de 20minutes rappelle que ce sont environ 17000 alpinistes qui empruntent chaque année l'itinéraire, un record absolu de fréquentation en montagne. En une vingtaine d'années, 74 personnes y ont trouvé la mort, ce qui est à la fois énorme – en termes de drames humains – et presque miraculeux quand on songe à l'exposition qu'induit cette quantité exceptionnelle de passages.

Désormais, que faire ? Dès lors que les autorités administratives ont cru bon d'intervenir, et on peut difficilement les en blâmer, elles devront sans cesse renouveler ce type de décision, au risque de voir leur responsabilité engagée lors d'un futur accident. Pour les années à venir, la voie normale du mont Blanc semble condamnée pour juillet et août, alors même que la construction du nouveau refuge représentait un investissement majeur, et que les prétendants à la voie normale ne vont pas renoncer aussi facilement.

Sur ce blog, nous avions suggéré la prolongation du TMB du Nid d'Aigle jusqu'à l'aiguille du Goûter, histoire de mettre les pieds dans le plat, non sans humour – même si certains lecteurs n'y avaient guère été sensibles ! Un commentaire dénonçait une “idée de maboule” (sic) ! Au-delà de cette (aimable) provocation, que reste-t-il comme solution ? Nous n'en voyons qu'une seule. Car l'alternative est implacable : soit la voie normale du mont Blanc restera “fermée” d'une façon ou d'une autre, soit il faudra bien trouver une solution. Celle-ci ne serait-elle pas d'imaginer un moyen de limiter l'exposition aux dangers du “couloir” ? Elles ne sont pas nombreuses : la principale serait de creuser une galerie permettant de passer sous ledit couloir. Nous n'avons pas les compétences techniques pour en estimer la faisabilité, encore moins le coût. D'autres l'auront certainement fait.

Cette galerie entraînerait un nouvel accroissement de la fréquentation ? C'est probable ! Mais comment procéder autrement ? À défaut, il faudra bien reconnaître que l'itinéraire n'est plus fiable. Et, dans ce cas, le refuge construit à grands frais pourrait bien devenir inutile, car fermé la plupart du temps. Paradoxal !

Quant aux itinéraires alternatifs, vieille rengaine (1), ils sont bien sûr nombreux, mais exigent tous des compétences alpines et une endurance qui dépassent de loin celles de la voie du Goûter, et ne pourront jamais convenir aux 17000 usagers annuels évoqués plus haut.

Quoi qu'il en soit, si l'on devait prendre un pari, c'est bel et bien vers une limitation autoritaire des passages que l'on s'orientera. Aussi révoltant et désespérant que ce soit, difficile d'imaginer autre destin pour la voie normale du mont Blanc – qu'il vaut mieux ne plus qualifier de “royale”.

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(1) Sur l'article de blog précité, plusieurs commentateurs bottaient en touche en se vantant de leur ascension hors saison, ou par l'itinéraire italien, sans comprendre que leurs démarches, certes louables, n'étaient pas généralisables. Autant dire que, sous prétexte qu'on est un grand alpiniste, on conseille de monter par le pilier central du Frêney et de redescendre par l'éperon de la Brenva… Cela ne fera pas avancer le débat.

 Ce n'est pas une raison pour tourner le dos au mont Blanc !

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