samedi 27 juin 2015

Taxis, VTC et autres UberPop : un débat mal posé

Les conflits entre taxis, VTC et formules à la UberPop pèchent par des oppositions caricaturales et mal argumentées. Il ne suffit pas, en effet, d'opposer les “méchants” taxis aux gentils “chauffeurs occasionnels”.

Certes, les taxis se sont enfermés dans une logique mortifère. Le contingentement du nombre de licences a fait exploser leur valeur – les fameuses “plaques”, jusqu'à 180000 € – et grève d'autant les comptes des chauffeurs, puisqu'il doivent rembourser l'emprunt qui les finance. Des solutions avaient été imaginées, comme l'attribution d'une seconde licence, gratuite, à tous les actuels détenteurs. En revendant cette licence, ils réduiraient d'autant leur endettement, et donc leurs charges, ce qui ouvrirait la voie à une (légère) baisse du prix des courses. Ce faisant, même si le nombre de taxis en activité augmenterait, les titulaires ne subiraient pas de préjudice puisque (1) la demande est largement supérieure à l'offre (2) la réduction des tarifs attirerait de nouveaux clients.
Le refus de tout accroissement du nombre de licences bloque le système… qui “fuit” alors vers les VTC et autres UberPop, ce qui est bien pire.

Le conflit révèle un autre problème, que peu de gens acceptent de considérer, par ignorance ou par naïveté. Il faut être travailleur indépendant pour le comprendre. Le statut courant d'indépendant suppose de financer sa couverture sociale à partir de ses propres recettes. Le jeu des planchers, des minima et autres tranches de calculs induit une cotisation minimale annuelle de l'ordre de 10000 €. La création des statuts dérogatoires comme la microentreprise (ex-autoentreprise) permet d'éviter tout plancher. Attention cependant : en deçà d'un certain niveau de chiffre d'affaires, la protection sociale n'est pas acquise. C'est pour cette raison que nombre de microentrepreneurs sont déjà couverts par le biais du salariat principal, de la retraite ou encore de Pôle Emploi. Quant à ceux qui exerceraient dans une configuration UberPop sans déclarer leurs recettes (et donc avec zéro charges), on comprend qu'ils puissent pratiquer des tarifs “attractifs” ! Ajoutons à cela pour faire bonne mesure la question de la TVA : tant que l'on exerce en franchise de TVA, on bénéficie d'un avantage concurrentiel de 20%. Reconnaissons que nous sommes loin d'une concurrence juste…

Essayons donc de mesurer ce que ressent un artisan-taxi déboursant les mensualités d'emprunt pour sa plaque, pour son véhicule, ainsi que les charges sociales “normales” et la TVA, tandis qu'il voit des concurrents soit totalement exonérés de toutes ces charges, soit soumis à des niveaux dérogatoires, tandis que le véhicule, s'il est personnel, est amorti par ailleurs, de même que la couverture sociale.

La conclusion est que la multiplication des statuts empêche toute égalité de traitement, tandis que le  corporatisme du numerus-clausus conduit au désastre. Au-delà de ces questions, cruciales, une autre va se poser à l'avenir : grâce à Internet, aux smartphones et autres technologies, de plus en plus de gens seront en mesure d'exercer un métier de façon partielle, complémentaire et… discrète. De deux choses l'une : soit on laisse faire, et, à terme, ce sera la paupérisation et l'écroulement des systèmes de solidarité, soit on adapte nos règles à ces nouveaux modes d'exercice, en imaginant une contribution à la solidarité qui reste universelle tout en étant également et justement répartie.

Car c'est certainement sympathique et attrayant d'encaisser quelques centaines d'euros par mois en “jouant au taxi” amateur. En revanche, n'avoir pour vivre que des activités de ce type, sans protection sociale autre que la CMU, est nettement moins réjouissant. Des “jobs à 1 euro de l'heure”, mais versant travailleur indépendant.
Pensons-y !