lundi 9 mars 2015

Le service civique tous azimuts

Décidément, le service civique est un sujet à la mode !

Après le service civique “universel” pour les jeunes, lancé par François Hollande il y a peu, c'est au tour de Rama Yade de prôner un service civique… pour les vieux.
Voyant passer l'information sur Facebook, j'ai cru qu'il s'agissait d'une blague, une de ces saillies de sites parodiques comme le Gorafi. Eh bien non, c'était réel…

Travailler quand on est à la retraite ? C'est d'ores et déjà une nécessité, tant les pensions ont été réduites. Le succès du statut d'autoentrepreneur en atteste. Les files d'attentes de retraités aux Restau du cœur en sont un autre symptôme. Pourtant, on se souvient que certains écologistes insistaient pour interdire le cumul pension+revenu d'appoint, au nom de la solidarité générationnelle. Encore faut-il, pour cela, avoir de quoi subsister.

La proposition de Rama Yade montre une ignorance crasse du problème. Si certains retraités “favorisés” sont en quelque sorte à l'abri de la précarité, et jouissent d'un niveau de vie appréciable et garanti, force est de reconnaître que ce n'est pas le cas général. Au contraire, nombre de pensionnés sortent d'une longue période de chômage en tant que “seniors”, désormais exclus du marché du travail dix ans avant l'âge légal de départ. En outre, lorsqu'ils partent, le déficit de trimestres de cotisations et le rabotage des barèmes pèse lourdement sur le montant nominal des pensions.

Obliger les retraités à accomplir un service civique indemnisé au lance-pierre – comme pour les jeunes – ne ferait qu'accroître les effets d'aubaine et enlever aux actifs des possibilités d'emplois. Ou alors, il faut être franc : s'il s'agit d'obliger les retraités à bosser tant qu'ils sont valides, autant supprimer la notion de retraite, et la remplacer par des pensions d'invalidité seulement quand l'on devient malade, et donc inemployable. Et, enfin, quid de ceux qui ne trouveraient pas d'emploi “civique” ? Seraient-ils au RSA ?

Le vrai sujet des retraites, c'est l'équité. La mosaïque des régimes de retraites en vigueur montre de gigantesques inégalités. Si l'on ne cesse de parler de “réforme” des retraites, c'est toujours pour rester à la surface des choses : retarder l'âge du départ, modifier les paramètres de calcul des pensions pour, toujours, les réduire, à “inégalités égales” si l'on ose cette formule pourtant exacte. Quant au minimum vieillesse, il ne fait jamais l'objet d'une réflexion. C'est pourtant là qu'il faudrait agir, afin d'aboutir à une sorte de SMIC-retraite largement revalorisé. Les travailleurs indépendants, les agriculteurs et autres laissés-pour-compte de la retraite apprécieront.

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