jeudi 10 décembre 2015

Un “Front républicain” bien mal en point

Le premier tour des élections régionales du 6 décembre 2015 a été marqué par une forte poussée du vote Front National. Dans six régions, celui-ci s’est placé en tête des suffrages, atteignant les 37% dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie et frôlant les 45% en Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Plus de six millions d’électeurs ont choisi les listes estampillée “Marine le Pen”, soit près de 28% des suffrages exprimés.

Quelle stratégie adopter pour le second tour ?
Alors que la gauche semble privilégier un désistement au nom du “Front républicain” – à l’exception notable de la région du Grand Est – la droite a choisi le “ni-ni” en se maintenant, occasionnant autant de triangulaires, dans lesquelles, contrairement à la gauche, elle serait plutôt en position de l’emporter. Après avoir, dans un premier temps, approuvé la position “courageuse” du PS, je me suis demandé si ce n’était pas une erreur. En voici les raisons.

Cette élection régionale n’est pas un scrutin uninominal, contrairement à l’élection présidentielle. Le système électoral hybride, à la fois majoritaire et proportionnel, permet aux « perdants » d’être représentés dès lors qu’ils sont présents au second tour, avec une proportionnalité faible, mais néanmoins réelle. Ne l'oublions pas, le “sabordage” des listes PS dans le Nord et PACA aura une conséquence mécanique : aucun élu de gauche ne sera présent dans les assemblées régionales. Durant les six années à venir, ils ne pourront faire entendre leur voix dans celles-ci. Un inconvénient majeur.

La droite, quant à elle, a refusé toute fusion de listes, placée en position de force pour avoir dépassé la gauche, en particulier à cause du séparatisme des écologistes. Or, le vrai Front républicain aurait été de négocier une fusion a minima, permettant qu’un nombre symbolique de conseillers régionaux de gauche soient présents. Figurer sur une liste fusionnée ne leur aurait en effet nullement ôté leur étiquette – ni surtout leurs convictions. De surcroît, le choix du retrait risque de ne pas être payant, en particulier en PACA. La liste d’union de la gauche est en deçà des 14%, et le positionnement très droitier de Christian Estrosi rendra pour le moins difficile le ralliement des socialistes et écologistes sur son nom. On peut donc craindre que le Front républicain ne se révèle en pratique un marché de dupes. Ce serait un comble que Marine Le Pen ou Marion Maréchal-Le-Pen ne soient élues malgré le sacrifice du PS !

Le Front républicain a un autre inconvénient qui, s’il était “noble” en 2002, pertinent aux législatives lorsque le FN était en troisième position, accrédite désormais vis-à-vis des électeurs frontistes la théorie du complot “UMPS”, ce qui renforce d’autant la rengaine victimaire du Front national. N'en serions-nous pas arrivés à un point où, désormais, il n’est que temps de faire la preuve par l’exemple. Que vaut-il mieux en effet ? Accepter que des régions soient dirigées par le FN, tout en étant présent dans les assemblées pour dénoncer leurs errements, ou bien consolider le statut d’ostracisée de Marine Le Pen ? C’est lui offrir sur un plateau un avantage stratégique dangereux pour la présidentielle de 2017, où elle se présentera auréolée de ce statut d’opposant et, plus encore, dispensée de tout bilan, n’ayant pas eu à “aller au charbon”. Au contraire, accepter que Marine Le Pen ou Marion Maréchal-Le-Pen soient confrontées, en pleine lumière, à leur incapacité manifeste à gérer des régions aurait une fonction pédagogique indéniable. Il deviendrait dès lors possible de s’appuyer sur leurs 18 mois de gestion locale pour mieux contrer la candidature présidentielle frontiste.

Aussi cruel que ce soit pour les électeurs de ces régions, c’est malheureusement la seule façon de les « vacciner » du vote frontiste. Après tout, si près de la moitié des électeurs de ces régions ont choisi le FN, n’est-ce pas aussi de leur responsabilité d’en assumer les conséquences ? Faut-il les traiter comme des “enfants irresponsables” et les dispenser de payer le prix de leur choix ? N'est-ce pas à les encourager dans un vote dangereux, puisqu'on leur souffle qu'on les exonérera des conséquences ?

Il faudrait enfin – et surtout ! – changer d’attitude une bonne fois pour toutes vis-à-vis de ces électeurs en colère. On s’est souvent demandé s’il fallait “parler” aux électeurs FN. La question ne devrait même pas se poser ! Si l’on ne “parle” pas à des électeurs, on n’a aucune chance de les convaincre, vérité de La Palisse. Si l’on se contente de les morigéner, les traitant par exemple de fascistes (même si c’est en partie vrai), on aboutit à l’effet inverse : leur colère s’accroît sous l’effet de l’injure, et ne fait que renforcer leur envie de “tout envoyer balader” ainsi que leur fureur d’être rejetés, ce qui consolide d’autant leur choix.

Il faut parler à cet électorat. Évidemment pas pour leur tenir le même discours que le Front national, comme la “ligne Buisson” ou les vociférations d’un Wauquiez l’ont montré. C’est moralement honteux – et, de toute façon, d’une efficacité douteuse. La fameuse formule de l’original et de la copie est là pour le prouver. Le score d’un Estrosi le prouve avec éclat : il a en réalité fait campagne pour Marion Maréchal-Le-Pen !

Non, il faut s’adresser aux frontistes de circonstances (et non de conviction, nous en sommes persuadés), pour montrer que, enfin, leurs difficultés vont être traitées. Alors, bien sûr, il faudrait changer de braquet dans les mesures sociales et économiques. Le vote protestataire frontiste provient de tous les laissés pour compte de notre société : retraités pauvres, jeunes sans qualification au chômage, ouvriers renvoyés sans ménagement de leurs usines pour cause de délocalisations ou licenciements boursiers, actifs seniors licenciés brutalement à 55 ans et priés d’attendre 67 ans pour toucher une pension, petits commerçants en butte aux “incivilités”, habitants des “cités” exaspérés par le rejet, le harcèlement et la délinquance dont ils sont les cibles, petits propriétaires “rurbains” surendettés, enfin, que leur statut ne transforme pas en “beaufs” infréquentables, contrairement à ce que pensent nombre de “bobos” du PS.

Alors, oui, il faudrait revaloriser substantiellement le minimum vieillesse, en acceptant de plafonner les retraites élevées ; oui, il faudrait former à de vrais métiers les jeunes sans qualification, proposer un contrat clair aux seniors, soit un emploi, soit une “indemnité de vie” si l’on considère qu’ils sont devenus indésirables dans les entreprises ; oui, il faudrait rééchelonner la dette des propriétaires que les banques et les “pavillonneurs” ont imprudemment enfoncés dans le surendettement, quitte à racheter leurs biens si nécessaire. Toutes mesures qu’un Macron serait bien avisé d’intégrer dans une de ses futures lois fourre-tout, au lieu de se limiter à sa doxa libérale univoque.

Pour toutes ces raisons, le retrait pur et simple des listes PS se révèle une grave erreur, qui ne fera que renforcer le vote Front national dans les prochains scrutins. Or, quel est le prochain scrutin ? Personne ne l’ignore ! Marine Le Pen sera, sauf imprévu, au second tour de la présidentielle. Cette fois, il faudra rassembler un vrai Front républicain. L’échec de celui des régionales, probable, pourrait l’altérer en 2017. Et là, ce serait gravissime…

Comment en effet ne pas être outré par les petits calculs de François Hollande, résumés avec faconde et humour par Olivier Duhamel au Téléphone sonne de France-Inter ? Notre actuel président parie sur le vote FN au premier tour, qu'il souhaite le plus élevé possible pour barrer la route à un Nicolas Sarkozy (qu'il imagine candidat), et pour “se glisser subrepticement” à la seconde place. Il croit ainsi gagner sans peine le second tour. C'est jouer avec le feu, et manifester un cynisme révoltant. Au bout du compte, nous aurions un président-candidat ayant échoué dans son quinquennat, qui se trouverait réélu par un tour de passe-passe qui honorerait peu la politique.

Nous verrons au soir du 13 décembre ce qu'il advient de tout cela…

vendredi 4 décembre 2015

Plaidoyer en faveur des villes

Les débats autour de la COP21 mettent en avant la pollution générée par les villes, les désignant comme les grandes responsables des émissions de gaz à effet de serre. C'est exact en valeur absolue. Pour autant, un aspect de la problématique est oublié.

La masse des émissions de ces gaz résulte pour une part majoritaire des être humains, qui doivent s'éclairer, se chauffer, se déplacer. Or, où trouve-t-on le plus d'êtres humains ? Dans les villes. D'où une erreur d'analyse si on ne descend pas à un autre niveau, celui des émissions "par tête". A notre sens, il n'est pas certain que les émissions par habitant d'une ville soient supérieures à celles des émissions par habitant de zones rurales.

Au premier rang de cet écart réside la question des déplacements. En zone rurale, c'est connu, il faut sans cesse utiliser sa voiture pour couvrir les distances séparant le domicile des écoles, des centres commerciaux, des administrations, des services publics. Si, en zone urbaine, il faut aussi se déplacer, bien sûr, l'emploi des transports en commun, moins polluants, est plus fréquente. Une part notable des habitants, les plus favorisés, qui habitent à proximité des lieux où ils doivent se rendre, parcourent moins de kilomètres qu'en pleine campagne.

Les économies d'échelles jouent également. Il faut moins de voiries, de canalisations, de transports pour gérer l'approvisionnement et l'évacuation des déchets – on songe à la dizaine de kilomètres qu'un “campagnard” doit parcourir pour se rendre à la déchetterie avec sa voiture… Même remarque pour l'approvisionnement en denrées ou autres matières premières.

Cela étant, il reste que l'usage abusif de la voiture en ville cumule tous les inconvénients, en particulier à cause des embouteillages, qui accroissent la pollution au kilomètre parcouru.

Il n'empêche… A moins de décider de décimer la moitié de la population, la vraie solution est de concevoir des villes denses – eh oui ! – extrêmement bien pourvues en transports en commun “propres”. Transporter dix millions de personnes “à la campagne” ne ferait qu'accroître dans des proportions considérables les déplacements, en particulier en voiture. Les “rurbains” ayant acheté un pavillon à plusieurs dizaines de kilomètres de leurs lieux de travail en savent quelque chose.

Haïr la ville, comme le font le plus souvent les écologistes, est une grave erreur. Si l'on dédensifie les villes pour les rendres “campagnardes”, ce seront les campagnes qui s'urbaniseront. Un cercle vicieux ! À moins, encore une fois, de se débarrasser d'une partie de la population, une attitude eugéniste que personne, à part des écolos-extrêmistes, n'envisage heureusement…

Nous avons par conséquent grand besoin des architectes et des urbanistes pour nous aider à concevoir des villes moins éclatées, dans lesquelles on trouve plus de logements dans les zones centrales, des transports en commun maillés densément, des lieux de travail mieux conçus, au besoin avec une part de travail à domicile, sans oublier des services “de proximité” qui ne soient pas situés… au diable ! On songe bien sûr aux centres commerciaux de périphérie, réservés aux automobilistes.

Réduire la noria de transports nécessaires à la vie humaine est un défi envisageable à l'échelle de la ville, bien plus qu'à celle d'une campagne éclatée. À moins, encore une fois, de se transformer en ermites solitaires habitant dans des cabanes en cultivant leur potager (bon courage !). Si la campagne paraît “verte” parce qu'on y trouve des champs, elle n'en génère pas moins de noires pollutions.

Pour être juste, relevons que, bien entendu, l'émission de gaz à effet de serre “au kilomètre carré” demeurera plus importante au-dessus des villes, à la population plus dense par construction. Il n'existe malheureusement pas d'alternative. Raison de plus pour rénover les villes selon des critères encore plus exigeants de réduction des émissions. Impossible ? Pas sûr !

mardi 27 octobre 2015

Marine Le Pen, leur alliée

Françoise Fressoz, dans Le Monde du 24 octobre, titrait sa chronique “Marine Le Pen, leur cauchemar”. Certes, l'éditorialiste parlait des élections régionales. Pas si sûr qu'il s'agisse vraiment d'un cauchemar…

Considérons la configuration qui se dessine pour les présidentielles de 2017. Tant Nicolas Sarkozy que François Hollande feront tout pour être candidats. Non sans égocentrisme, ils rêvent de rejouer le match de 2012. Or, Marine Le Pen, loin d'être leur cauchemar, est au contraire leur alliée.

La stratégie des deux (futurs)-ex est limpide : au premier tour, ils rassembleront leurs camps, comme c'est l'usage sous la Ve République. Avec un calcul cynique : que Marine Le Pen soit au second tour. Dès lors, plus besoin de confronter leurs programmes de candidats à la présidence, il leur suffira d'adopter la même posture que Jacques Chirac en 2002 : le “rempart républicain” contre l'extrême droite. Ils feront même l'économie d'un débat télévisé d'entre-deux-tours, 2002 faisant jurisprudence.

Dès lors, tant Hollande que Sarkozy ont intérêt à ce que Marine Le Pen progresse dans l'opinion. Double avantage : l'affronter au second tour, d'une part, ne pas avoir à s'adresser à ses électeurs au premier tour d'autre part, ce qui serait bien embarrassant.
De ce point de vue, servir sur un plateau à Marine Le Pen l'argument “on prend les mêmes et on recommence” ne dérange aucunement les deux ex. Cela gonflera son score de premier tour, voilà tout, se disent-ils.

Olivier Duhamel a écrit un essai passionnant sur les surprises de l'élection présidentielle. Elles n'ont jamais manqué. Souvenez-vous : en 1965, de Gaulle était sûr d'être élu au premier tour. En 1969, personne n'attendait Alain Poher au second tour. En 1974, Giscard d'Estaing avait damé le pion aux gaullistes. En 1981, François Mitterrand avait été élu. En 1988, Raymond Barre avait été débordé par Jacques Chirac. En 1995, Jospin était en tête du premier tour et Balladur en troisième position. En 2002, inutile d'y revenir… En 2007, qui aurait cru que François Bayrou frôlerait les 20% ? En 2012, enfin, la candidature de François Hollande fut une surprise.
N'abusons pas des surprises !

Patrice Carmouze (eh oui !) avait publié en 2011 un petit essai réussi, intitulé Comment perdre une élection présidentielle à coup sûr. Il y démontrait que, dans la plupart des cas, le second tour de la présidentielle n'était non pas gagné par l'élu, mais perdu par son adversaire. Une thèse à méditer. Nouvelle rétrospective : Mitterrand qui perd en 1965 (un peu forcé, mais pas idiot); Chaban-Delmas qui perd en 1974 (et Mitterrand de justesse au second tour); Giscard qui perd sa réelection en 1981; Chirac qui perd en 1988, à cause de sa position de premier ministre; Balladur qui perd en 1995, ainsi que Jospin (qui prendra sa revanche en 1997); Jospin qui perd en 2002 (et avec quelle cruauté); Ségolène Royal, qui échoue en 2007; Sarkozy qui perd en 2012 (Hollande a été élu par défaut). Et en 2017, qui perdra ?

Nos deux candidats putatifs feraient bien d'y réfléchir quelques instants. À force de “booster” la cote de Marine Le Pen, leur meilleure alliée, ils pourraient bien créer la surprise… en la faisant élire au second tour. Rien ne dit, en effet, que le “front républicain” de 2002 sera intact. Nombre d'électeurs refuseront d'arbitrer entre Marine Le Pen et son compétiteur s'il n'est pas de leur camp. Le jeu du “ni-ni”, des abstentions, des bulletins blancs (désormais décomptés), le fantasme dangereux du “coup de pied dans la fourmilière” pourraient être redoutables. Souvenons-nous aussi de 2005. Les Français peuvent avoir de soudaines colères – mâtinées de dépression collective – aux conséquences imprévisibles.

Mieux vaudrait proposer aux électeurs des “chevaux frais”, au moment d'entamer la course du tiercé présidentiel, plutôt que de faire courir deux personnalités d'ores et déjà “grillées”, et lestées de lourds handicaps… Du moins est-ce notre opinion.

vendredi 9 octobre 2015

La tentation autoritaire

De toutes parts, on déplore l'impuissance relative des politiques.

Les causes en sont connues : mondialisation, délégations de pouvoirs à des entités transnationales, telle l'Union Européenne, ou, à l'inverse, décentralisation locale poussée,  “finances sans frontières”, lobbys et autres organisations “horizontales”. La liste est longue ; le constat partagé quoique discutable.

Quoi qu'il en soit, le monde politique lui-même semble accréditer cette réduction de ses pouvoirs, en mettant en scène jusqu'à l'outrance des postures. Pas un jour sans qu'on entende parler de “détermination” (pour quoi faire ?), de “courage réformateur” (pour faire quoi, exactement ?), d'autorité et de fermeté.

Malheureusement, les dérapages sont nombreux.
À l'incitation, à la pédagogie, à la prévention, à l'argumentation l'on substitue trop souvent une forme sourde d'autoritarisme, dans des domaines soi-disant consensuels. Ce ne sont pas les principes qui sont en cause, ni les causes à défendre qui sont critiquables, ce sont les moyens. De même qu'en économie l'on ne cesse de “serrer les boulons” jusqu'à ce que le pas de vis se brise – les arbres ne montent jamais jusqu'au ciel –, en politique on passe du raisonnable à l'absurde. Exemples.

Le tabagisme est un fléau, c'est entendu. Augmenter le prix du paquet de cigarettes était une mesure sage. Incitation à la baisse de la consommation via une hausse des prix, difficile de le contester. Seulement voilà… Jusqu'où aller ? Il existe un seuil au-delà duquel on passe de l'incitation à la punition, voire à une injustice sociale douteuse. Une étude récente sur les méfaits du tabagisme proposait carrément de doubler le prix du paquet, de 7 à 14 euros donc. Pourquoi pas à 20 ou 30 euros ? Dans le même domaine, l'idée récente d'infliger des amendes de 68 euros à toute personne jetant un mégot sur la voie publique rejoue ce scénario. Pourquoi pas 198 euros ?

Le stationnement gênant est dommageable pour nos villes. Encore une fois, si la liberté est donnée aux communes de fixer le niveau des amendes, le risque n'existe-t-il pas d'une surenchère hors de toutes proportions ?
La même tentation se profile sur les contrôles de vitesse par radars. L'auteur de ces lignes avait été le premier à approuver la mise en place de ces contrôles au milieu des années 2000. Il en a résulté de spectaculaires progrès sur la mortalité routière, ainsi qu'une meilleure fluidité sur les autoroutes (la fin des appels de phares et écarts de vitesse entre véhicules). Mais, à nouveau, l'efficacité du procédé souffre de la loi des “rendements décroissants”. Il ne suffit pas d'accentuer sans cesse la même mesure. Il faut en imaginer d'autres. Par exemple l'assistance à la conduite avec affichage des vitesses limites directement sur la planche de bord. Par exemple, un meilleur contrôle de l'alcoolémie au volant.

Sur l'écologie, la tentation autoritaire atteint des records. Contrôler le tri des ordures – certains rêvent de “khmers verts” inspectant les poubelles –, installer des compteurs électriques avec coupures selon la consommation, écotaxes diverses et variées sans considération des contraintes induites par notre modèle de société… Par dépit de ne pouvoir convaincre, alors on se prend à interdire. Combien de dictatures se sont constituées sur ce genre de perversion ? Sans oublier les religions, renonçant à convaincre pour préférer contraindre…

On le voit. Abandonnant les domaines où elle se révèle dramatiquement impuissante, au premier chef la lutte contre le chômage ou la justice sociale, la politique tente de se racheter une conduite en jouant des muscles là ou le matraquage est aisé. Un peu de raison et de mesure, nous vous en prions ! Essayez de comprendre que, ce faisant, vous déclenchez des colères sournoises, sourdes et rentrées qui ressortent dans les pires symptômes. C'est trop bête ! Et c'est dangereux.

mardi 1 septembre 2015

NKM, « Madame Plus »

Un personnage avait été inventé par des publicitaires, Monsieur Plus (Bahlsen). Souvenez-vous, il en rajoutait toujours dans les recettes, quitte à donner un coup de coude au cuisinier en train de verser des ingrédients dans la marmite. Eh bien, aujourd'hui, en politique, nous avons notre Madame Plus, sous les traits de NKM.

Déjà, Madame Plus s'était signalée pendant la campagne municipale parisienne en prônant la couverture de l'intégralité du périphérique. Une broutille se chiffrant en milliards d'euros.
Lors des épiques débats sur la loi Macron, Madame Plus brocardait la timidité du jeune ministre, estimant que, toujours à Paris, les commerces devraient être ouverts non seulement tous les dimanches, mais aussi la nuit, 7 jours sur 7.

Plus récemment, Madame Plus exposait ses idées en matière de politique budgétaire. Et la voici proposant rien de moins que de réduire dès 2017 les impôts de 100 milliards d'euros. Un doublement du déficit budgétaire d'un seul coup d'un seul. Et l'on “verrait ensuite” pour réduire les dépenses à due concurrence. On se demande quelles seraient les réactions des autorités européennes, avec un déficit dépassant 8% du PIB, ainsi que les taux de refinancement de la dette en résultant du côté des marchés !

Dans une interview récente au Monde, Madame Plus persiste et signe, précisant qu'il faudrait “prendre l'ascenseur” pour réduire les impôts, et “prendre l'escalier” pour réduire les dépenses.
Dans cette même interview, elle entend aussi engager… “la fin du salariat”, qui serait remplacé par la généralisation du statut de travailleur indépendant. Un moyen inédit de supprimer le chômage, les travailleurs indépendants n'y ayant pas droit, non plus que le SMIC, les horaires hebdomadaires, les congés payés, les indemnités de licenciement, etc. Une façon radicale de simplifier le droit du travail.

Ce qui est grave, c'est que NKM appuie sa démonstration sur l'essor des pourvoyeurs d'emploi que sont les acteurs du web tels que UberPop ou Airbnb. Très bien ! Ces moyens de trouver de l'activité sont intelligents, nouveaux et prometteurs. De là à généraliser le système, il y a un gouffre ! NKM oublie l'essentiel : un travailleur indépendant ne peut survivre que s'il dispose d'un minimum de latitude pour fixer ses tarifs, la quantité de travail fournie, et, surtout, s'il est multi-clients, et non pieds et poings liés face à un client unique. Cette détestable habitude de lancer des slogans simplificateurs ruine la politique, dès lors que les électeurs se rendent compte qu'on les abuse avec de faux raisonnements. L'idée sous-jacente à la “fin du salariat” est, en réalité, de disposer de travailleurs corvéables à merci, livrés sans aucune défense face à leurs (ex)employeurs, et ne coûtant plus un centime d'euro en indemnités de chômage.

Pour Madame Plus, c'est serait plutôt le slogan “toujours moins” qui conviendrait pour résumer ses propositions. Dans l'interview précitée, NKM précisait en conclusion qu'elle se voulait “radicale”. C'est bien le cas. Mais la “radicalisation”, de nos jours, est un terme à la connotation bien effrayante !

vendredi 7 août 2015

Le mont Blanc interdit ?

Le 6 août, le préfet de Haute-Savoie et le maire de Saint-Gervais ont publié pour la seconde fois de l'été un arrêté de fermeture du refuge du Goûter, sur la voie normale du mont Blanc, et déconseillent l'ascension par cet itinéraire.

Le tristement célèbre couloir du Goûter est en effet devenu encore plus dangereux depuis que la sécheresse a fait disparaître la neige qui le garnissait. Ce n'est d'ailleurs plus un couloir, mais bien un éboulis. Un article sur le site de 20minutes rappelle que ce sont environ 17000 alpinistes qui empruntent chaque année l'itinéraire, un record absolu de fréquentation en montagne. En une vingtaine d'années, 74 personnes y ont trouvé la mort, ce qui est à la fois énorme – en termes de drames humains – et presque miraculeux quand on songe à l'exposition qu'induit cette quantité exceptionnelle de passages.

Désormais, que faire ? Dès lors que les autorités administratives ont cru bon d'intervenir, et on peut difficilement les en blâmer, elles devront sans cesse renouveler ce type de décision, au risque de voir leur responsabilité engagée lors d'un futur accident. Pour les années à venir, la voie normale du mont Blanc semble condamnée pour juillet et août, alors même que la construction du nouveau refuge représentait un investissement majeur, et que les prétendants à la voie normale ne vont pas renoncer aussi facilement.

Sur ce blog, nous avions suggéré la prolongation du TMB du Nid d'Aigle jusqu'à l'aiguille du Goûter, histoire de mettre les pieds dans le plat, non sans humour – même si certains lecteurs n'y avaient guère été sensibles ! Un commentaire dénonçait une “idée de maboule” (sic) ! Au-delà de cette (aimable) provocation, que reste-t-il comme solution ? Nous n'en voyons qu'une seule. Car l'alternative est implacable : soit la voie normale du mont Blanc restera “fermée” d'une façon ou d'une autre, soit il faudra bien trouver une solution. Celle-ci ne serait-elle pas d'imaginer un moyen de limiter l'exposition aux dangers du “couloir” ? Elles ne sont pas nombreuses : la principale serait de creuser une galerie permettant de passer sous ledit couloir. Nous n'avons pas les compétences techniques pour en estimer la faisabilité, encore moins le coût. D'autres l'auront certainement fait.

Cette galerie entraînerait un nouvel accroissement de la fréquentation ? C'est probable ! Mais comment procéder autrement ? À défaut, il faudra bien reconnaître que l'itinéraire n'est plus fiable. Et, dans ce cas, le refuge construit à grands frais pourrait bien devenir inutile, car fermé la plupart du temps. Paradoxal !

Quant aux itinéraires alternatifs, vieille rengaine (1), ils sont bien sûr nombreux, mais exigent tous des compétences alpines et une endurance qui dépassent de loin celles de la voie du Goûter, et ne pourront jamais convenir aux 17000 usagers annuels évoqués plus haut.

Quoi qu'il en soit, si l'on devait prendre un pari, c'est bel et bien vers une limitation autoritaire des passages que l'on s'orientera. Aussi révoltant et désespérant que ce soit, difficile d'imaginer autre destin pour la voie normale du mont Blanc – qu'il vaut mieux ne plus qualifier de “royale”.

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(1) Sur l'article de blog précité, plusieurs commentateurs bottaient en touche en se vantant de leur ascension hors saison, ou par l'itinéraire italien, sans comprendre que leurs démarches, certes louables, n'étaient pas généralisables. Autant dire que, sous prétexte qu'on est un grand alpiniste, on conseille de monter par le pilier central du Frêney et de redescendre par l'éperon de la Brenva… Cela ne fera pas avancer le débat.

 Ce n'est pas une raison pour tourner le dos au mont Blanc !

dimanche 2 août 2015

Une escalade labellisée

À quoi tient le choix d'une course en montagne ? À ce subtil mélange entre disponibilité des protagonistes – guide et client –, météo et idées évoquées par chacun.

Samedi 1er août, journée de pluie, bienvenue en cette période de sécheresse, mais faisant peser comme un aléa sur le projet du lendemain. D'où le report du départ à une heure tardive : 10 heures, le temps que le rocher veuille bien sécher. Vous allez rire (enfin, j'espère) : dans un rêve récurrent, je me vois souvent attendre un guide pour partir en course, et les heures s’égrènent sans qu'il ne se manifeste. Une récente version voyait ledit guide proposer d'aller au mont Blanc par les trois monts en prenant la benne de 11h30 à l'aiguille du Midi. Fantaisies oniriques !

Ci-dessus : la pluie a semé des perles au creux des rochers…

Dimanche 2 août. Je mets en pratique le fantasme : levé dès 6 heures, je lambine à préparer mon sac, enfiler mon baudrier (si, si, ce sera toujours ça de moins dans le sac, et j'aurai moins de choses à faire à l'attaque), tout en avalant cafés sur cafés. Est-ce bien raisonnable ?

Je retrouve Zian à la station du téléphérique de Planpraz comme convenu. Sur le coup des 10 heures (à l'horloge du Clocher de Planpraz), nous entamons la marche d'approche. De belles écharpes nuageuses jouent encore à cache-cache avec le soleil. Le rocher sera-t-il sec ?
Au bout d'un quart d'heure, nous quittons le sentier du col Cornu pour partir droit dans les pentes, suivant une vague sente, tracée par les prétendants au “Label Virginie” – car c'est la voie qui est au programme. Bigre ! Ça grimpe (pas au sens du jargon de l'escalade) ! Rhodos humides, cailloux et terre grasse se suivent et se ressemblent. La sueur coule abondamment sur mes tempes… Je me remémore la boutade entendue la veille : “Vous allez rencontrer des vaches, dans cette voie…” Et, de fait, deux d'entre elles broutent à l'attaque. J'évite de les déranger.

10h45. C'est parti ! Zian s'équipe, m'encorde et… file tandis que j'achève mes préparatifs. Sans vergogne, il enchaîne les deux premières longueurs. Après un premier mur que je négocie sur la gauche (en contravention avec le topo), se présente un ressaut d'une vingtaine de mètres. Une cordée y est engagée, la seconde va partir. Par politesse autant que pour être tranquille, je lui propose d'y aller la première. Rien à faire. Elle insiste. Va falloir assurer, comme dirait Lucien. Surtout que je n'ai pas la banane, et que le passage est complexe. Une vague cheminée à droite, revenir à gauche – pas moyen de franchir cette (censurée) d'arête… Un point d'aide pour se rétablir. Ça commence bien ! La suite, soutenue, est heureusement négociée en bon style. La cordée qui nous suit me demande mon prénom, m'encourage… et ajoute une petit blague : “Allez, Jean-Luc, grimpe, plutôt que de draguer !” (Rectification immédiate, à la demande expresse des ayants droit : Virginie sera déçue – ou soulagée –, je suis totalement mobilisé dans la recherche des prises).

Relais. Zian s'enquiert de ma forme et repart. Petit mur à feuillets-réglettes, qui se révélera aisé, moyennant quelques zigzags adéquats. Au-dessus, c'est le ressaut central, le plus haut, au moins 30 mètres. C'est la foule au pied du mur. Je contourne une cordée familiale : le père en tête, la mère et sa fille (8 ans maxi) en secondes. Ce n'est pas toujours facile de se sentir vaguement observé, même si l'ambiance est tout ce qu'il y a de bienveillant. L'escalade reste raide, rebord d'éperon en main droite, mouvements assez complexes en dalle sur la gauche, un passage mouillé, lecture des prises assez difficiles (du moins à mes yeux). Je me gendarme comme un fou pour ne pas céder à la tentation des points d'aide. C'est soutenu et technique, assez physique me semble-t-il – ce qui doit résulter de mon tropisme des dalles (voir les autres courses de ce blog).

Ci-dessus : sortie du “mur” de la longueur 4, ambiance de nuages résiduels.

Grande longueur de liaison dans la végétation, suivie d'une descente dans une sorte de clairière encombrée de blocs. Là, on se croirait à Fontainebleau : une véritable foule s'entasse, bientôt rejointe par la petite famille (qui grimpe vite). Zian ne ralentit pas le rythme, avalant une dalle, puis se lançant directement dans le passage-clé – le “crux”. Oh, celui-là, je l'avais repéré sur le web avant de partir, et il a contribué à ma gamberge… En tordant le cou, j'aperçois Zian qui le franchit avec des mouvements dynamiques, comme s'il gravissait une échelle (ou un escalier, les deux images collent).

Ci-dessus : il y a foule ! Heureusement, la première dalle est agréable…

La petite dalle du départ sera le seul passage délicat et fin de l'ascension. Au moins suis-je encore élégant devant la foule des spectateurs. Ça ne durera pas ! Bon, ce passage surplombant est certes muni de grosses prises. Il n'en demeure pas moins épouvantablement athlétique pour un individu de ma carrure. Le père de famille arrive sur mes talons. Je lui conseille de ne pas me suivre tout de suite. Et je dois dire qu'il aura une mansuétude bien sympathique, me conseillant et encourageant avec gentillesse et prévenance, tandis que j'ahane, tire sur les deux spits, me fait bloquer à plusieurs reprises.

Ci-dessus : photo issue du site summitpost, signée d'Alberto Rampini, qui restitue l'ambiance de cette longueur-clé (le surplomb est signalé par la flèche).

Ci-dessus : en provenance de la même source, une vue plus rapprochée du surplomb.

Pour de l'A0, c'est de l'A zéro pointé ! L'ultime mouvement, au-delà du spit, me vide de mes dernières forces. Mon suiveur ose un “Bravo !” qui me fait rougir… “Ça va ?” demande Zian depuis le relais, sourire aux lèvres. Boudeur, je lâche un “non !” grognon. Pourtant, je suis heureux d'être sorti de cet abominable passage ! Un regard derrière moi : le papa est déjà sorti !

Ci-dessus : après le surplomb abominable, des dalles “sans les mains”. Ça repose !

Plutôt que de monter sur l'antécime du petit Clocher et de faire un rappel en diagonale, Zian part en ascendance sur la gauche. 20-25 mètres en 2a+, voilà qui me remet les idées en place. Relais dans une niche, où deux grimpeurs récupèrent leur rappel. L'ultime longueur consiste à négocier une large fissure – que je shunte sur la droite, heureux de ma variante. Au-dessus, on rejoint très vite le fil de l'arête, un mince feuillet, avec un joli vide sous les pieds. Un peu de lichens, de l'opposition qui se doit d'être “volontaire”. Je déséquipe le dernier spit et comprend vite que l'assurance va devenir morale : le sommet, d'où Zian m'assure, est à 5-6 mètres à l'horizontale. Ne lésinons pas sur les moyens ! Me voici à plat-ventre sur le rocher, rampant sur deux mètres. Du relais me parviennent quelques quolibets : “Il fait l'amour avec le rocher, ou bien ?” Enfin, je me mets à genoux, puis debout, évitant de justesse la photo honteuse, pour celle-ci, beaucoup plus flatteuse (merci le guide !).

Ci-dessus : sur le fil de l'arête. Le cliché rend bien la sensation de vide (25 mètres à gauche, le double à droite), et a été pris pile au bon moment ! Il fera son petit effet sur face-de-bouc (on a ses faiblesses narcissiques !).

Pour aller prendre le rappel, j'enjambe plusieurs corps (vifs, s'entend), et file sur les 25 mètres de corde. Et ça y est, la confortable brèche accueille la cordée pour un festin de sandwiches et d'eau fraîche, pendant que le Clocher est littéralement pris d'assaut par toutes les cordées.

Ci-dessus, de gauche à droite : la cordée familiale sort de l'arête nord, une corde de rappel plonge dans la cheminée, au sommet, le “papa” et un départ de rappel, à droite, un grimpeur dans la sortie de “Cocher-Cochon” (6a).

Zian ne le sait pas encore quand il souligne l'exposition de la dernière longueur. Il ne sait pas encore que c'est… son grand-père, Armand Charlet, qui a ouvert le passage il y a presque un siècle, le 29 août 1920, avec son compagnon Camille Devouassoux, dit “Camille à Picca” (lire De Fils en Aiguilles, pages 55 et suivantes, je fais ma pub au passage).

 Ci-dessus : fier “comme un petit banc”, le monchu, posant devant le Clocher !

Finale en VO. Tandis que nous descendions le sentier escarpé vers Planpraz, discutant à bâtons rompus de choses et d'autres, j'ai soudain pris conscience que ma première incursion aux “clocher-clochetons” remontait à près de quarante années. Sur notre gauche, un grimpeur remonte un petit éperon et s'adresse à nous en anglais.
– What is this route ? lui demande Zian.
– Hotel California, répond-il.
Réminiscences. Je complète par un “with a guitar solo ?”, songeant au célèbre morceau des Eagles. Mais la référence semble échapper au jeune homme…
Un peu plus bas, tandis que nous retrouvons le sentier du col Cornu, un homme âgé, le visage rougi par le soleil, monte lentement.
– Oh, I am so tired, ne peut-il s'empêcher d'expliquer, précisant que cela fait huit jours qu'il marche, et que c'est sa dernière étape.
– Eight days' a week, lâché-je, trop heureux de mon second calembour musical.
Mais l'homme ne semble pas être amateur des Beatles. Il reprend :
– You know, I'm seventy-two ! And you, how old are you ?
72 ans. Une émotion me saisit : c'est à cet âge exact que mon grand-père André Odemard, dans ces mêmes Aiguilles Rouges, s'était fracturé une malléole en faisant un faux pas sur un sentier, ce qui marqua la fin de sa pratique de la randonnée. Je dois réfléchir quelques instants avant de lâcher :
– I'm fifty-eight, je lui dis, anticipant de quelques mois le décompte.
58. Nom de nom ! Le temps a donc filé si vite ? Voilà soudain remises en perspective toutes ces ascensions, jalons fidèles et précis de l'écoulement du temps, à la faveur de ces petites anecdotes de fin de courses, rarement innocentes comme vous l'aurez noté…

     A N N E X E   P O U R   M A N I A Q U E S   D E   T O P O S     

Avertissement : cette section exige d'être accoutumé aux “chipotages” des lecteurs de topos-guides d'alpinisme. On n'en ressort par indemne !

De Vallot en Vallot…
Allez, cédons au petit jeu des topos, avec, tout d'abord, un voyage dans le temps nous ramenant près de 90 ans en arrière !

Ci-dessus : trois éditions du Guide Vallot des Aiguilles Rouges. De gauche à droite : 1928, 1946 et 1974 (familièrement appelé “le Bossus”). On y trouve trois descriptions de l'arête nord du Clocher, assez différentes dans leur contenu.


Édition de 1928. L'historique précise que la première de l'arête N date du 29 août 1920, par Armand Charlet et Camille Devouassoux.
Si aucun degré de difficulté n'est encore en vigueur, le début de l'arête est qualifié de “Très Difficile” (soit du 5b d'aujourd'hui). Compte tenu de l'exposition, P. Langlois conseille de “chevaucher” l'arête (technique que j'ai adoptée, sans grande élégance toutefois !). Le mouvement final est un rétablissement pénible suivi d'une “traction”.


Édition de 1946. Plus laconique, la description évoque un “petit gendarme de 2 m”, probablement ce bloc délimitant une fissure où un spit est aujourd'hui en place. La “plaque” est le court passage menant au fil de l'arête. L'opposition est cette fois préconisée, et cotée en 5b (V).


Édition de 1974. La “plate-forme” du texte est, en réalité, un étroit replat. La (désormais) dülfer correspond bien à la technique actuelle. Elle baisse de 5b à 4c, quoique qualifiée de “pénible”. La brève section horizontale figure en photo dans cet article. À ne pas négliger !

Le jeu des topos (suite)
Vous allez comprendre… Un tantinet éprouvé par la rudesse des passages difficiles – le tropisme des dalles, bis repetita – voici que j'ai fait de frénétiques recherches sur le web pour essayer de réévaluer les passages de la voie (on a sa fierté de monchu !)

On trouve tout, dans les topos-Piola, à commencer par “Label Virginie” (page 67 du tome 1 des Aiguilles Rouges). La voie y est cotée D sup, homogène en 5a et 5b.

Autre source : le très beau topo “Escalades plaisir, Alpes françaises du nord” de Hervé Galley, aux éditions Olizane (Genève, Suisse), dont les pages de “Label Virginie” sont consultables sur Google Books. Nous ne saurions trop vous recommander l'achat de ce volumineux ouvrage (190 voies décrites, du 4a au 6a+), ISBN 978-2-88086-410-1.



De quoi “rassurer” le monchu, avec ces 5c+ et 5c de L2 et L4. Pour être franc, il ne s'agit, à mon sens, que de brefs passages de ce niveau, au milieu de longueurs “en moyenne” en 5b+ (on s'accorde le +). Mais bon : cela expliquerait-il les quelques suées et poignets endoloris par les crispations sur réglettes ? Pas impossible…

Du côté de nos amis anglo-saxons, les cotations annoncent du 5.8 à deux reprises dans les mêmes longueurs, et du 5.9 pour le crux.
Ce topo figure sur le site www.mountainproject.com, il restitue l'ambiance de la voie, avec ses deux ressauts principaux, reliés par une longueur de jonction. Les cotations américaines sont étonnantes : elles commencent toutes par le chiffre 5 ! Les équivalences diffèrent selon les sources : sur Wikipédia, par exemple, le 5.7 équivaut aux 5a/5b, et le 5.8 au 5c. Sur Grimporama.com, en revanche, ils sont rapprochés respectivement aux 5a et 5b. Hé, hé ! On ne pourra donc pas trancher sur la question… sauf à en rester aux 5b+ proposés plus haut ! Comme quoi les cotations ont quelque chose de jésuitique (non ?).

La photo : le topo anglo-saxon, avec un calembour involontaire, le prénom Virginie étant orthographié “Virgine” – nous vous laissons interpréter ce lapsus très freudien !


De gauche à droite : tableaux de comparaisons, issus de PlanetGrimpe, Wikipedia et Grimporama.

Terminons en remerciant les auteurs et créateurs de la voie, Yannick Brucker, Julien Cellier, Manu Méot, qui l'ont tracée le 11 juillet 2007. Manu Méot est aussi l'un des ouvreurs de Cocher-Cochon (19 août 2000), ainsi que de très nombreux itinéraires récents dans les Aiguilles Rouges. Il est guide à la Compagnie de Chamonix.

Ci-dessus : une cordée sur le fil de l'arête du Clocher, dans les passages terminaux de “Cocher-Cochon”. Du 6a bien délicat et technique, sur fond de Charmoz-Grépon-Blaitière.

dimanche 19 juillet 2015

Deux “Frouzes” à la (dark) Veudale

Où emmener grimper un “monchu” un 14 juillet ? À peine arrivé de sa ville urbaine, il manque d'entraînement… Pourquoi ne pas fuir la France, alors ? Voilà qui n'est guère patriotique, un jour de fête nationale ! Et si on envahissait la Suisse ? Voilà qui n'est guère amical ! C'est pourtant ce que Zian m'a proposé.

Tandis que nous franchissons le poste de douane du Châtelard-Frontière, je m'aperçois que j'ignore quel sobriquet les Helvètes nous donnent. Zian me répond sans hésiter : les Frouzes. Super ! Et commode pour cette rime rare : à part blouse, douze et flouze, elles ne sont pas nombreuses. Et le guide d'ajouter : Il nous arrive de les appeler “Oin-oins”, nos amis suisses. Un partout, donc. C'est pourtant grâce à un Suisse – et non des moindres – que la voie “Dark Veudale” est au programme. Michel Piola la présente en effet dans son tome 2 des Aiguilles Rouges. Son croquis est attrayant : l'escalade est facile, longue, et agrémentée de petits passages techniques.

Pour la beauté du geste, elle s'achève sur un vrai sommet, la pointe de la Veudale (2492 m). Julien, un collègue guide de Zian, réputé pour la sévérité de ses opinions alpines, a trouvé la voie “intéressante”. De quoi se laisser tenter… L'appellation, quant à elle, se réfère à Star Wars et son personnage Dark Vador. Nous voici encore dans des allusions guerrières…

À part mon casque (bleu), je ne pense cependant pas ressembler audit personnage… quoique !

Pour passer à l'attaque (vocabulaire d'envahisseurs), il faut aussi en passer par les limitations de circulations imposées par les travaux pharaoniques en cours sur le site des barrages d'Emosson. Bus et navettes, organisés avec un soin tout helvétique, nous permettent de rejoindre le barrage du Vieux-Emosson. Oui, on ne dit pas “vieil” Emosson, mais “vieux”. Ça sonne bien. Sauf que le vieux barrage a été arasé, puis surélevé, paraissant flambant neuf ! Aussi faudra-t-il s’accommoder d'une ambiance “travaux publics” durant l'escalade. Pour ma part, j'aurais tort d'en prendre ombrage. Pour au moins deux raisons (soyons Sciences Po) : la première est que la Suisse montre sa prévoyance et son dynamisme afin de s'assurer un avenir hydro-électrique radieux ; la seconde est que mon cher grand-père André Odemard avait travaillé dans ce secteur, allant même exercer ses talents de dessinateur industriel au barrage de la Girotte aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale. Il n'avait pas manqué de me transmettre son inclination en faveur des barrages de montagne.


Oserais-je cette opinion peu écolo-correcte ? Les retenues d'eau, au moins, ne polluent pas, et elles dessinent de superbes lacs – celui d'Émosson est une référence. C'est mieux qu'une centrale nucléaire, non ?

L'attaque est douce : un mini-dièdre incliné, orné d'un gollot, suivi d'un bref mur ludique en 4c. Suivent des dalles inclinées escaladables sans les mains. Petit gag : le couloir défendant l'accès à la suite est occupé par un névé qui résiste encore et toujours à la canicule. Taille de marches avec un gros caillou : Zian fait un retour dans le passé familial !


De l'autre côté, le “crux” de la voie : un joli mur lisse, la “dalle aux bénitiers”, occasion de mouvements techniques et d'un rétablissement très “bleausard” pour un 5a de qualité.

Au-dessus, l'itinéraire part dans une longue diagonale en 3c/4a soutenue (oui, ça existe aussi à ce niveau), sans beaucoup d'équipement en place – je récupérerai quelques coinceurs et friends au passage. Grâce à ces quelque 100 mètres à corde tendue, nous parvenons au second couloir, franchi selon la même technique que le premier. Ludique, vous dis-je ! Et qui donne envie d'un remontant chocolaté.
À gauche : dans un océan de dalles.

Le topo-Piola® indique, laconique, 150 m de traversée. C'est un minimum, au terme desquels on parvient sous un ressaut généreusement végétal, duquel émergent quelques blocs, dont un orné d'un spit. Peu engageant ! Aussi le guide me dirige-t-il vers le bas, jusqu'à de somptueuses vires où nous déjeunons au soleil – tout aussi somptueux dans son rayonnement. La crème solaire se mêle au beurre des sandwiches.

Et après ? C'est là que le rôle du guide fait merveille. J'ai bien compris l'arrière-pensée de Zian, pour avoir lu le topo. Le voilà partant en diagonale dans de superbes dalles inclinées faciles, puis prenant la tangente. Je démarre à corde tendue, juste au-dessus du névé. Grande longueur.


Le rocher se redresse, et ce sont une quinzaine de mètres de jolis passages délicats, dans lesquels, à ma grande surprise, je n'utilise aucun point d'aide. Bizarre autant qu'étrange ! “Eh bien, tu as vu ? Pour du 5c, tu es bien passé !”, me félicite Zian. Incrédule, le monchu…

La suite est moins amène. Ça se redresse encore, et trois spits brillent sur des proues de rocher brunâtre d'aspect redoutable. J'assure au descendeur (tiens, encore un indice ?) tandis que Zian négocie avec de souples mouvements le long passage, en libre bien sûr. Quand vient mon tour, je comprends qu'il va falloir m'employer, comme on dit. Quinze nouveaux mètres raides, techniques, où, cette fois, c'est Waterloo. Trois points d'aide et pas mal de brutalité dans la progression.


Au-delà du spit numéro 3, traversée horizontale, puis fissure et franchissement d'un surplomb par la droite, et retour de difficultés “honnêtes” (5b puis 4b).

L'exégèse du topo s'impose : il va bien falloir inverser la cotation. 5b dans la première longueur, selon toute vraisemblance, et 5c dans la seconde (et non l'inverse, comme sur le topo). Ou bien j'aurais été un cador en L1… et un sarpé en L2. Est-ce possible ?

Car nous venons de sortir de “Palomba bianca”, ligne ouverte par Michel Piola et Pascal Strappazzon en novembre 2010 (ils étaient plus au frais que nous).

Sortie de la seconde longueur. Piètre photographe, j'ai laissé Zian prendre tous ces clichés. Il n'apparaît qu'en ombre chinoise…

La dénomination de la voie met un terme à nos velléités nationalistes : en espagnol, “palomba” signifie “colombe”, tandis que l'italien “bianca” se traduit par “blanche”. La colombe blanche de la paix. Une façon de tordre le cou aux blagues belliqueuses parsemant cet article. Frouzes et Oin-oins soudain réconciliés au sommet.


La fatigue se fait sentir pour les 50 mètres de progression à corde tendue dans du terrain mixte (entendez par là : rocher + herbes) avant de déboucher au sommet. Très beau panorama à 360°, Perrons, Grenairon, lac asséché du Vieux-Emosson, aperçu de la Verte par-dessus les crêtes du col de la Terrasse.


Au sommet de la Veudale. L'aiguille Verte montre le bout de son nez – pardon, de son sommet.

On est bien, là-haut, après la poignée de mains rituelle. Merci, m'sieur le guide, pour ces moments !
Mais qu'on a chaud !

Le guide file dans la descente. C'est qu'il ne s'agirait pas de rater le dernier bus !

Aiguillonnés par la soif, nous nous précipitons dans la descente par les gorges de la Veudale. Zian prend même la directissime par le lit du torrent – déconseillé sauf aux chamois, et encore ! Pour ma part, je reste sur le sentier officiel, quelque peu irrité, je dois le dire, quand des grillages m'interdisent de prendre pied sur la route – engins de travaux obligent – et me contraignent à remonter jusqu'au col du Passet. Mais tout a une fin, et deux litres de boissons fraîches nous désaltérerons à la Geulaz.

Ultime considération internationale : ces derniers temps, le franc suisse, alias CHF, a pris son envol tant il est prisé par les financiers. Plus récemment, la baisse de l'euro face à toutes les autres monnaies a accentué le phénomène*. Au point que le café, au restaurant-bar d'Émosson, atteint des prix stratosphériques… 3,50 € la tasse d'expresso, les Champs-Élysées sont battus ! Petite précision : les Suisses qui pratiquent ces prix n'y sont pour rien, car, pour eux, rien n'a changé. Quand le CHF cotait 0,70 euros, ledit café revenait à l'équivalent d'un peu plus de 2 euros. Rien d'exceptionnel à 1970 m d'altitude…
*1 CHF cote environ 0,96 €

Annexe : itinéraire. Nous vous conseillons de vous procurer le topo de Michel Piola, qui décrit en détails les deux itinéraires que nous avons gravis ce 14 juillet.
Deux précisions :
(1) La hauteur de la première partie doit se situer aux alentours des 200 mètres, mais mesure beaucoup plus en “développé” en raison des nombreuses traversées.
(2) La L1 de Palomba bianca (en réalité la cinquième, car il existe une première partie plus bas sur la gauche) serait donc en 5b, et la L2 avec un long passage en 5c (3 spits).

Tentative de tracé, très approximatif contrairement au topo de M. Piola. À droite, le Vieux-Émosson surélevé et la route d'accès. La hauteur du barrage (75 m) donne l'échelle du parcours.

samedi 27 juin 2015

Taxis, VTC et autres UberPop : un débat mal posé

Les conflits entre taxis, VTC et formules à la UberPop pèchent par des oppositions caricaturales et mal argumentées. Il ne suffit pas, en effet, d'opposer les “méchants” taxis aux gentils “chauffeurs occasionnels”.

Certes, les taxis se sont enfermés dans une logique mortifère. Le contingentement du nombre de licences a fait exploser leur valeur – les fameuses “plaques”, jusqu'à 180000 € – et grève d'autant les comptes des chauffeurs, puisqu'il doivent rembourser l'emprunt qui les finance. Des solutions avaient été imaginées, comme l'attribution d'une seconde licence, gratuite, à tous les actuels détenteurs. En revendant cette licence, ils réduiraient d'autant leur endettement, et donc leurs charges, ce qui ouvrirait la voie à une (légère) baisse du prix des courses. Ce faisant, même si le nombre de taxis en activité augmenterait, les titulaires ne subiraient pas de préjudice puisque (1) la demande est largement supérieure à l'offre (2) la réduction des tarifs attirerait de nouveaux clients.
Le refus de tout accroissement du nombre de licences bloque le système… qui “fuit” alors vers les VTC et autres UberPop, ce qui est bien pire.

Le conflit révèle un autre problème, que peu de gens acceptent de considérer, par ignorance ou par naïveté. Il faut être travailleur indépendant pour le comprendre. Le statut courant d'indépendant suppose de financer sa couverture sociale à partir de ses propres recettes. Le jeu des planchers, des minima et autres tranches de calculs induit une cotisation minimale annuelle de l'ordre de 10000 €. La création des statuts dérogatoires comme la microentreprise (ex-autoentreprise) permet d'éviter tout plancher. Attention cependant : en deçà d'un certain niveau de chiffre d'affaires, la protection sociale n'est pas acquise. C'est pour cette raison que nombre de microentrepreneurs sont déjà couverts par le biais du salariat principal, de la retraite ou encore de Pôle Emploi. Quant à ceux qui exerceraient dans une configuration UberPop sans déclarer leurs recettes (et donc avec zéro charges), on comprend qu'ils puissent pratiquer des tarifs “attractifs” ! Ajoutons à cela pour faire bonne mesure la question de la TVA : tant que l'on exerce en franchise de TVA, on bénéficie d'un avantage concurrentiel de 20%. Reconnaissons que nous sommes loin d'une concurrence juste…

Essayons donc de mesurer ce que ressent un artisan-taxi déboursant les mensualités d'emprunt pour sa plaque, pour son véhicule, ainsi que les charges sociales “normales” et la TVA, tandis qu'il voit des concurrents soit totalement exonérés de toutes ces charges, soit soumis à des niveaux dérogatoires, tandis que le véhicule, s'il est personnel, est amorti par ailleurs, de même que la couverture sociale.

La conclusion est que la multiplication des statuts empêche toute égalité de traitement, tandis que le  corporatisme du numerus-clausus conduit au désastre. Au-delà de ces questions, cruciales, une autre va se poser à l'avenir : grâce à Internet, aux smartphones et autres technologies, de plus en plus de gens seront en mesure d'exercer un métier de façon partielle, complémentaire et… discrète. De deux choses l'une : soit on laisse faire, et, à terme, ce sera la paupérisation et l'écroulement des systèmes de solidarité, soit on adapte nos règles à ces nouveaux modes d'exercice, en imaginant une contribution à la solidarité qui reste universelle tout en étant également et justement répartie.

Car c'est certainement sympathique et attrayant d'encaisser quelques centaines d'euros par mois en “jouant au taxi” amateur. En revanche, n'avoir pour vivre que des activités de ce type, sans protection sociale autre que la CMU, est nettement moins réjouissant. Des “jobs à 1 euro de l'heure”, mais versant travailleur indépendant.
Pensons-y !

mardi 24 mars 2015

Et ils sont… contents

Vous vous souvenez sans doute de ce dialogue du film Le Dîner de Cons, quand Thierry Lhermitte observe, désespéré, Jacques Villeret : “Ça sonne… et il est content !”

C'est, à peu de chose près, ce que j'ai ressenti en regardant la première demi-heure de la soirée électorale du premier tour des élections départementales. Alors que ”ça sonne”, que l'alarme retentit, que la politique est rejetée par les Français – ce que nous déplorons amèrement – eh bien ils étaient tous “contents”, sans exception.

L'UMP, bien entendu content(e), susceptible de remporter de nombreux départements le 29 mars, sans pour autant avoir réellement progressé en voix. Au point que leur “Nini”-colas Sarkozy pavoisait.
Le Front National, forcément content de son “exploit” d'atteindre les 25% des suffrages exprimés.
Le PS, et notre Premier ministre, contents de leur “score honorable”, alors qu'ils devraient perdre plusieurs dizaines de départements au second tour.
Les écologistes, “contents” de leurs 2% et du désordre qu'ils ont créé en s'alliant soit avec le Front de Gauche, soit avec le PS, au petit bonheur la chance.
Même les commentateurs étaient “contents” de la participation : à peine un chouïa au-dessus de 50%. Pas de quoi pavoiser pourtant quand 20 millions d'électeurs manquent à l'appel !

Nous avons éteint la téloche (enfin, la connexion Internet sur France 2) au bout d'une demi-heure. Pas question d'assister plus longtemps à ce “dîner de cons”.

lundi 9 mars 2015

Le service civique tous azimuts

Décidément, le service civique est un sujet à la mode !

Après le service civique “universel” pour les jeunes, lancé par François Hollande il y a peu, c'est au tour de Rama Yade de prôner un service civique… pour les vieux.
Voyant passer l'information sur Facebook, j'ai cru qu'il s'agissait d'une blague, une de ces saillies de sites parodiques comme le Gorafi. Eh bien non, c'était réel…

Travailler quand on est à la retraite ? C'est d'ores et déjà une nécessité, tant les pensions ont été réduites. Le succès du statut d'autoentrepreneur en atteste. Les files d'attentes de retraités aux Restau du cœur en sont un autre symptôme. Pourtant, on se souvient que certains écologistes insistaient pour interdire le cumul pension+revenu d'appoint, au nom de la solidarité générationnelle. Encore faut-il, pour cela, avoir de quoi subsister.

La proposition de Rama Yade montre une ignorance crasse du problème. Si certains retraités “favorisés” sont en quelque sorte à l'abri de la précarité, et jouissent d'un niveau de vie appréciable et garanti, force est de reconnaître que ce n'est pas le cas général. Au contraire, nombre de pensionnés sortent d'une longue période de chômage en tant que “seniors”, désormais exclus du marché du travail dix ans avant l'âge légal de départ. En outre, lorsqu'ils partent, le déficit de trimestres de cotisations et le rabotage des barèmes pèse lourdement sur le montant nominal des pensions.

Obliger les retraités à accomplir un service civique indemnisé au lance-pierre – comme pour les jeunes – ne ferait qu'accroître les effets d'aubaine et enlever aux actifs des possibilités d'emplois. Ou alors, il faut être franc : s'il s'agit d'obliger les retraités à bosser tant qu'ils sont valides, autant supprimer la notion de retraite, et la remplacer par des pensions d'invalidité seulement quand l'on devient malade, et donc inemployable. Et, enfin, quid de ceux qui ne trouveraient pas d'emploi “civique” ? Seraient-ils au RSA ?

Le vrai sujet des retraites, c'est l'équité. La mosaïque des régimes de retraites en vigueur montre de gigantesques inégalités. Si l'on ne cesse de parler de “réforme” des retraites, c'est toujours pour rester à la surface des choses : retarder l'âge du départ, modifier les paramètres de calcul des pensions pour, toujours, les réduire, à “inégalités égales” si l'on ose cette formule pourtant exacte. Quant au minimum vieillesse, il ne fait jamais l'objet d'une réflexion. C'est pourtant là qu'il faudrait agir, afin d'aboutir à une sorte de SMIC-retraite largement revalorisé. Les travailleurs indépendants, les agriculteurs et autres laissés-pour-compte de la retraite apprécieront.

mercredi 4 mars 2015

“Bis”, une jolie surprise !

Jolie surprise que ce “Bis”, réalisé par Dominique Farrugia !
Tant l'affiche que la bande-annonce ou la présence de Franck Dubosc pouvaient laisser présager une comédie loufoque, il n'en est rien.


2014. Kad Merad (Patrice) et Franck Dubosc (Eric), deux vieux amis, sont chacun à leur façon déçus par leurs vies. Le premier est pourtant un gynécologue adulé, auteur de livres à succès, marié à Caroline et père de famille… Le second, restaurateur “japonais” (!) vole de conquêtes en conquêtes après avoir divorcé de sa femme. Un week-end dans cette maison de campagne qu'ils fréquentent depuis l'adolescence va les réunir. Et là, patatras, une “faille temporelle” les renvoie à leurs 17 ans, en 1986.

Toute l'astuce du film consiste à ce que les deux protagonistes conservent leur apparence d'aujourd'hui alors que, dans les miroirs et pour les personnages de 1986, ils ont leurs physiques d'adolescents venant de passer leur bac et s'apprêtant à fêter ça par une “boum”.
Passée la surprise et le désarroi, ils prennent les choses en main. Et s'ils en profitaient pour infléchir les cours de leurs vies ?
Beaucoup de gags, bien sûr, mais aussi de l'émotion, teintée d'un brin de métaphysique. Si, si !
Patrice se retrouve avant le moment où il allait déclarer sa flamme à sa future femme, Caroline, tandis qu'Eric va tenter de se réconcilier avec ce père trop tôt disparu qui, en 1986, est encore de ce monde.
Sur le plan du comique pur, reconnaissons que Franck Dubosc passant son oral d'anglais interprète une scène qui deviendra “culte”. Assuré, cette fois, de réussir cet oral dont il connaît le sujet, le voilà paradant devant une austère examinatrice à coups de “Just call me Eric” ou un “What else ?” qui, forcément, fait un flop !

Aucun temps mort dans un scénario qui tire tout le parti du thème, sans excès, avec intelligence et subtilité, jusqu'au retour en 2014, un joli finale dont nous vous laissons la surprise.
Ultime recommandation, ne visionnez pas la bande-annonce : seuls les gags sont mis en évidence, au détriment de tout ce qui fait le sel de ce film.

vendredi 20 février 2015

L'esprit du 11 janvier ?

Mon “cher” (2,20 €) quotidien Le Monde a le don de m'exaspérer, ces dernières semaines…

Dans le numéro daté du 19 février, mes chers éditorialistes déplorent le “blocage français face aux réformes”. Et, ô surprise, voici que je découvre un étonnant parallèle à propos de l'adoption par défaut de la loi Macron. Je cite :
« Ce qui aurait été un marqueur symbolique fort de “cet esprit du 11 janvier” a été balayé par une alliance des conservatismes de droite et de gauche. »
Comme quoi les ressentis peuvent diverger ! L'auteur de ces lignes faisait partie des quelque trois cent mille personnes descendues dans la rue le 11 janvier à Lyon. Il n'avait pas compris que, ce faisant, il manifestait pour la loi Macron. Peut-être un petit sondage, comme les journalistes les affectionnent, serait-il opportun pour vérifier cette hypothèse ?

Étant contre la loi Macron, voici donc le blogueur rangé parmi les “conservateurs”, ceux qui empêchent la France de se réformer. Sempiternelle rengaine ! Mais de quelles “réformes” s'agit-il ? Le contenu devrait avoir de l'importance, le contenant ne suffit pas.

Sur cette épineuse question du travail dominical, pour se cantonner à ce symbole, de deux choses l'une, à notre sens :
  1. Soit il s'agit d'une découverte mirifique, qui va entraîner la création de dizaines de milliers d'emplois et faire redémarrer la croissance. Dans ce cas, pourquoi être aussi timides ? On aurait tendance à suivre la fabuleuse NKM, qui prône carrément d'ouvrir les commerces parisiens 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7…
  2. Soit la mesure reste modeste, entachée d'effets secondaires comme un mauvais médicament (faillites de petits commerçants, énièmes complications dans la vie des familles, surtout si elles sont “monoparentales”). Dans ce cas, pourquoi briser un symbole de gauche – une conquête sociale séculaire déjà battue en brèche – pour si peu ?
La loi Macron a donc faux dans les deux cas.
C'est de surcroît une loi, excusez le terme, “faux-cul” car elle mélange des mesures dans un sens et dans un autre, autant d'arguments destinés à la faire approuver de tel ou tel bord. Un chantage révoltant, dans le registre : “Vous voulez que telle mesure que vous trouvez favorable s'applique ? Alors approuvez en même temps celles qui vous révulsent !”

Le courage réformateur, formule convenue, semble ne s'appliquer que lorsqu'on s'attaque aux plus faibles. Un bon exemple en est l'assouplissement des procédures de licenciement dans les PME. Quid de la réforme des niches fiscales ? Quid de la lutte contre les paradis fiscaux ? Quid de la réforme du système financier et bancaire ? Quid de la réforme de la profession de notaire ? Est-ce le “conservatisme” des Français qui interdit de s'attaquer à ces sujets autrement plus déterminants que le travail dominical ou les transports en autocar ?…

La colère n'est pas loin. Vous la sentez dans ces doigts qui courent sur la clavier ? Oui, il y a de ça. Pourquoi voter PS, désormais ? Autant choisir des partis qui professent ouvertement un programme libéral, comme certains centristes, au moins sera-ce plus cohérent. Et à défaut, il ne restera plus grand-chose à part l'abstention. Un comble pour un passionné de politique, qui vote avec ardeur depuis près de quarante années. Eh oui, grâce au trio Hollande-Valls-Macron, voilà où nous en sommes. Amère déception…

samedi 14 février 2015

La monarchie républicaine persiste et signe

Le député PS Laurent Baumel nous rappelle combien notre régime politique s'apparente à une “monarchie républicaine”. Le diagnostic n'est pas nouveau, Maurice Duverger ayant publié dès 1974 un livre portant ce titre, ce qui ne l'empêche pas d'être pertinent.

Il est vrai que le parlement se voit le plus souvent dépouiller de son droit d'amendement – sans parler de l'initiative des lois, appelées “propositions”, tandis que celles du gouvernement sont des “projets” (tout est dit dans ce vocabulaire). Élu dans la foulée du président de la République, l'assemblée nationale perd encore plus d'indépendance que du temps du septennat. Laurent Baumel voudrait supprimer le droit de dissolution du président. Dans ce cas, malheureusement, il faudrait aussi “ancrer” de façon encore plus stricte les législatives aux présidentielles, ou alors une démission, un empêchement ou un décès du président placeraient mécaniquement et sans recours les législatives au milieu d'un quinquennat. On le voit, une fois encore, notre système est devenu irrationnel.

Laurent Baumel remarque aussi avec justesse que le pouvoir d'initiative des lois est plus que jamais entre les mains de l'exécutif, les membres des cabinets remplaçant sur ce point les députés. Un comble ! Quant au mélange des genres entre politique et affaires, il s'est accru dans des proportions considérables : “Aujourd'hui, quelqu'un comme Emmanuel Macron incarne la porosité des deux milieux.” Le projet de loi portant son nom en témoigne avec éclat.

Entre la paralysie d'un système constitutionnel dans lequel l'assemblée domine (les IIIe et IVe Républiques) et les dérives d'une monarchie républicaine, reconnaissons que le juste milieu n'a pas encore été appliqué… du moins en France !

jeudi 12 février 2015

Découvrez le “juste trop tard” grâce à la CIPAV

On connaissait le “juste à temps”, très à la mode…
Voici que l'on découvre le “juste trop tard”, ou, peut-être, le JTT ?


Ce mail, reçu de la CIPAV (caisse de retraite), a été expédié le 12 février à 12h07. Il avertit le cotisant qu'il a jusqu'à… la veille pour retourner son “pré-appel”. À moins d'être capable de voyager dans le temps, on voit difficilement comment faire.

Plus drôle, en accédant au site web de ladite CIPAV, il m'est indiqué que je “ne suis pas concerné par le pré-appel”.


Cependant, si je consulte mes documents, il y figure bien un “pré-appel”, daté du 9 janvier (et qui avait été téléchargé).


Kafka doit se retourner dans sa tombe. Record battu !

mercredi 11 février 2015

Une application de messagerie à développer d'urgence

Soyons généreux et inventifs !
Voici une suggestion d'application à l'intention des “grands” du logiciel, gratuitement et spontanément. Veinards !

Le constat
Vous avez sans doute, comme l'auteur de ces lignes, le plus grand mal à suivre l'ensemble des messages que vous recevez et envoyez, selon les habitudes et préférences de vos contacts :

- Courriers électroniques
- SMS (ou MMS)
- Messages privés Facebook (ou d'autres réseaux sociaux)
- Messages vocaux sur téléphones fixes et mobiles
- On pourrait y ajouter les tweets

Sans cesse, vous êtes contraints de relever tous ces messages, sur des appareils différents, dans des applications différentes. En outre, lorsqu'il faut contacter quelqu'un, vous devez tenir compte de ses préférences : l'un répondra aux e-mails, un autre ne répondra qu'aux SMS (ne lisant plus ses mails), le troisième ne jurera désormais que par Facebook et restera muet à toute autre sollicitation… Infernal ! Durant l'année écoulée, ce phénomène s'est amplifié dans des proportions préoccupantes. Combien de mails sans réponse, de SMS restés lettre morte (si l'on peut dire), d'inconditionnels de Facebook feignant d'ignorer toutes les autres messageries (horripilant). Nous en sommes réduits à tenter une par une toutes les méthodes – pour finir par l'appel téléphonique… et tomber sur une messagerie vocale !

La solution
Elle est simple dans son principe… plus complexe dans sa réalisation.
Un “agrégateur de messages”, application unique, présentant à la façon d'un logiciel de messagerie l'ensemble de ces messages, quelle que soit leur source. Il pourrait fonctionner indifféremment sur smartphone, tablette, ordinateur portable…
Grâce à la reconnaissance vocale, dans les deux sens, les messages oraux des lignes de téléphone s'y ajouteraient (voir par exemple ces SMS écrits “lus” dans un appel téléphonique automatique).
L'application analyserait les préférences de vos interlocuteurs, et choisirait le mode de transmission adapté. Son utilisateur pourrait aussi choisir plusieurs types d'envoi : e-mail avec alerte SMS par exemple – oui, voilà à quoi nous en sommes réduits : envoyer un SMS disant “je t'ai envoyé un mail, peux-tu le relever ?”

Cher “amis” d'Apple, Google, Microsoft… au travail ! Nous attendons cette application pour la semaine prochaine, asap et en urgence. Et quand vous aurez fait fortune avec elle, n'oubliez pas votre serviteur (NB : “serviteur” est une simple formule, hein, ne confondez pas avec “domestique” !)

lundi 26 janvier 2015

Les tarifs de SNCF évoluent

Fin 2014, la SNCF annonçait une hausse de ses tarifs de 2,6%. Le communiqué de presse évite le mot qui fâche, remplaçant “hausse” (ou “augmentation”) par “évolution”. Un tic de com désormais général. En voici la reproduction (consulter l'original ici) :


Comme toujours, les chiffres se révèlent retors. Voyageant régulièrement de Lyon à Paris, je suis abonné (coupon Fréquence), ce qui me permettait de bénéficier des tarifs suivants sur un aller simple en 2014 :
  • Période normale = 39 €
  • Période de pointe = 48 €
Mes premiers trajets pour 2015 m'ont été facturés :
  • Période normale = 41 €
  • Période de pointe = 51 €
C'est désagréable d'avoir l'impression de ne pas savoir compter :
  • Période normale : hausse de 2 € sur 39 € = + 5,13%
  • Période de pointe : hausse de 3 € sur 48 € = + 6,25%
Nous sommes donc loin des 2,6% – plus du double !
En réalité, c'est que je ne sais pas lire.
Reprenons : « Cette évolution tarifaire s'appliquera au tarif réglementaire de base Plein Tarif Loisirs (hors toute réduction). »
Si j'ai bien compris, la hausse est calculée en euros, sur un plein tarif (en gros). Sur Lyon-Paris, il est de l'ordre du double de ce que je paye (réduction de 50%), soit environ 78 € en période normale. 78 € x 2,6% représente 2 €, effectivement. Pour la période de pointe, 96 € x 2,6% représente 2,50 €, arrondis à 3, ne mégotons pas !
En pratique, les tarifs Loisirs, si je me souviens bien, sont inférieurs de 1 ou 2 € à ceux des professionnels, car ils ne sont pas échangeables dans les mêmes conditions.

Conclusion : une hausse – pardon, une évolution – des tarifs qui, pour les clients les plus fidèles de la SNCF, se révèle donc être le double de celle annoncée dans les médias. Médiocre attitude, médiocre communication. N'oublions pas qu'en ce qui me concerne, il s'agit de frais professionnels. En cette période de conditions économiques resserrées, plus de 5% de hausse est fortement pénalisant – d'autant qu'elle s'ajoute à d'autres augmentations, comme celle des tarifs postaux (+13% en moyenne pour mes envois courants).

PS : j'ai adressé à la SNCF le courrier reproduit ci-dessous le 26 janvier. Au 14 février, j'attendais encore la réponse. Si elle venait, je vous en ferais part ici.

Addendum du 14 mars 2015 : voici la réponse de la SNCF, très technique. Comprenne qui pourra !


dimanche 4 janvier 2015

Le “Monde” change…

Qu'on me permette de commencer l'année sur un coup de gueule…

Mon quotidien préféré du soir, Le Monde, annonçait pour son numéro de nouvel an qu'il changeait :


Ah, pardon. Le “monde” sans lettre capitale au M. C'est donc bien du monde dans lequel nous vivons dont il s'agit. Oui, c'est exact : les marques portent une majuscule…

La veille, le 31 décembre 2014, que nous annonçait ce Monde avec une majuscule ?


Veillant à ce que notre moral soit excellent en vue du réveillon, le quotidien de la Saint-Sylvestre annonçait une rafale de hausses de tarifs, notamment réglementés, et ce dans une France “sans inflation”. Entendez par là de nouveaux accrocs dans notre pouvoir d'achat. Précision tout de même : “Dans le secteur privé […] la baisse des prix est accentuée par la chute du pétrole”.

On se souvient des exhortations d'un des chroniqueurs du même journal, Arnaud Leparmentier, qui souhaitait une hausse brutale des taux sur notre dette publique, afin que nous accomplissions enfin les réformes structurelles qui s'imposent. Nous avions été touchés de tant de sollicitude de sa part.

Étaient-ce ses vœux pour 2015 ?… avec un peu d'avance, l'article datant du 18 décembre.

Quel rapport, me direz-vous ? Attendez, voici la conclusion du feuilleton.

Dans son numéro de nouvel an, voici que la direction nous annonce que le prix du quotidien en kiosques passe de 2 € à 2,20 €. Une hausse de 10% ! Rien que cela ! Difficile de ne pas faire le lien avec la manchette de la veille. Il faut croire que le pétrole n'entre pas dans la composition du journal, puisque son prix, loin de chuter, s'envole carrément – surtout dans un pays “sans inflation” (enfin, en dehors du secteur de la presse). À noter que ce prix avait déjà crû de 11% début 2014 (de 1,80 à 2 €). + 22% en seulement un an !

Alors, on serait tenté de répondre ceci à M. Leparmentier : lui qui est si soucieux des réformes structurelles, il n'a qu'à en proposer à sa direction, afin d'éviter de nouvelles hausses de prix. “Structurelles” ? Vous savez de quoi il s'agit, inutile de vous faire un dessin !

Et pour faire bonne mesure, nous vous souhaitons une excellente année 2015 :

• Avec un Monde qui ne change pas (ses prix)
• Avec un monde qui change, ça oui !, et si possible dans le sens de plus de justice et d'humanité
• Avec des taux de dettes publiques aussi bas que possible
• Avec des baisses des tarifs réglementés, par exemple ceux du gaz, rappelons-le, indexés sur ceux du pétrole (du moins était-ce ce qu'on nous indiquait en cas de hausse).