dimanche 28 décembre 2014

Correspondances denses

La gare de la Part-Dieu, à Lyon, est la plus importante gare de passage de France. Quoique encore plus fréquentées, les gares parisiennes sont en effet en terminus, configuration moins complexe. De ce fait, en période de fort trafic, la multiplicité des correspondances à la Part-Dieu génère des mouvements de foules de voyageurs parfois problématiques. En fin d'après-midi, samedi 27 décembre, nous avons assisté en direct à des scènes de courses à la correspondance homériques…

Voie A, un TGV devait quitter Lyon à 17h04 en direction de Paris. Une double rame Duplex – 400 mètres de longueur – pouvant accueillir plus de 1000 passagers. De l'autre côté du même quai, voie B, une autre rame semblable venait de Montpellier et allait desservir Besançon-Franche-Comté en partant à la même heure. Durant les cinq minutes de voisinage des deux trains, un nombre important de voyageurs devaient passer de l'un à l'autre, ainsi sans doute que d'autres en provenance d'autres quais de la gare.

Alors que le départ du TGV de Paris était annoncé, à 17h04 exactement, on vit arriver des groupes épars, courant en traînant leurs valises et tentant de ne pas perdre leurs petits enfants en remorques. Il leur fallait en effet trouver la bonne rame, quitte à parcourir 100 ou 200 mètres à toute allure. Le contrôleur du Lyon-Paris veillait à ne pas déclencher la fermeture des portes, mais cela, les passagers ne le voyaient pas.

Tandis que les minutes s'égrenaient, le calme semblait revenir puis soudain, à l'horizon du quai, une nouvelle famille apparaissait, fonçant à toute allure. Une mère, ralentie par ses bagages, enjoignait son jeune fils de monter dans la rame, sans se rendre compte que, si la porte se fermait, il se retrouverait seul dans la rame… Quelques dizaines de secondes plus tard, c'était au tour du mari, nullement paniqué mais franchement à la bourre, de snober la toute première voiture de la rame, pour monter dans la sienne, vingt mètres plus loin.

17h07, le départ était désormais imminent. C'est alors qu'un cri déchirant fusa : « Jean ! ». Une dame âgée appelait son mari, depuis la porte de la rame en destination de Besançon. Manifestement perdue, elle paraissait ne pas savoir si son compagnon était encore dans le TGV, ou bien déjà descendu. Les employés de la SNCF bloquèrent immédiatement le départ afin d'éviter un triste incident. Et, tandis que l'infortunée hurlait de nouveau, les bras en l'air en arpentant le quai, le contrôleur de la rame la pris en charge et des annonces fusèrent dans les hauts-parleurs, à la recherche du Jean dont personne ne semblait savoir ce qu'il était devenu.

Nous avons quitté le quai sans connaître le fin mot de l'histoire. Le TGV de Paris avait pris son envol, si l'on peut dire, tandis que celui de Besançon restait bloqué à quai… Une fois dans le hall, nous avons été confronté à un “périmètre sécurisé”, dans le plus pur style américain de “crime scene”, banderoles de scotch bicolore, soldats en treillis et personnel de sécurité en uniformes. Bigre ! Les correspondances sont parfois denses en impondérables…

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