mardi 10 juin 2014

Les ambigüités du statut des intermittents du spectacle

À la lecture d'articles de journaux et déclarations des intéressés, on ressent parfois le besoin de tenter de clarifier un débat… tout en étant conscient de n'en pas maîtriser tous les aspects. Mais qui n'essaye rien, n'a rien !

Le statut des intermittents du spectacle, donc.

Ambigüité n°1 : le mot “chômage”
Le régime des intermittents du spectacle appartient au régime d'indemnisation du chômage.
L'appellation nous paraît inexacte, voire impropre. Un exemple pour mieux comprendre.
Imaginons que les enseignants (école, université) ne soient payés qu'à l'heure de cours. On comprendrait aisément qu'un régime des “intermittents de l'enseignement” leur rémunère les heures de préparations de cours, de corrections de copies d'examen ou de recherche et autoformation. Or, ce ne serait à l'évidence pas l'indemnisation d'un chômage (inactivité) mais d'activités non prises en charge par leur employeur.
Il en est de même pour les artistes qui doivent affiner et améliorer leur art, concevoir et écrire leurs numéros, répéter quotidiennement en pratiquant (voix, instrument de musique, etc).

La logique supposerait, au choix, deux choses :

1. Soit que les prestations des artistes soient facturées à leur prix réel, incluant l'ensemble du travail périphérique nécessaire. Conséquence : les employeurs privés devraient augmenter les prix de vente des spectacles, les employeurs publics devraient mobiliser plus de fonds (d'où des impôts et / ou des dépenses publiques plus élevées). Le déficit du régime de chômage disparaîtrait, mais les besoins budgétaire de la culture augmenteraient.

2. Soit que le supplément d'indemnisation nécessité par le maintien de prestations à l'évidence sous-facturées soit affecté officiellement, clairement et sans ambigüité au budget… de la culture, qui soulagerait d'autant celui de l'UNEDIC. Personne ne semble souhaiter adopter ce parti, pour toute une série de raisons. Ce serait pourtant clair et logique. Et on cesserait alors de considérer les intermittents comme des paresseux qui passent la moitié de leur temps au chômage, ce qui est à l'évidence faux. Un soupçon de jugeote et de bonne foi suffit pour s'en convaincre.

Ambigüité n°2 : les artistes et les techniciens
Sans qu'il soit aisé de distinguer de façon simple et sans contestation possible les artistes des purs techniciens, force est de reconnaître que le régime des intermittents techniciens ressemble plus à un régime d'intérimaires dont on rémunère les périodes de non-travail qu'à un régime destiné à financer leurs travaux personnels, contrairement aux artistes.
Il nous semble avoir compris (à confirmer) que nombre de chaînes de télévision remplacent les congés payés par un passage annuel et systématique à l'intermittence de leurs employés. Il y a là quelque chose de malsain économiquement. Un salarié d'entreprise ne part pas en vacances financé par… des indemnités de chômage. Sinon, imaginez le déficit de l'UNEDIC, il serait abyssal !
De même, si une entreprise de télévision n'a besoin de techniciens qu'un jour par semaine, on ne comprend guère pourquoi le régime des intermittents doive payer le technicien les autres jours. Songeons aux caissières de supermarché, souvent employées deux fois deux heures à deux endroits différents dans la même journée. Pourquoi un régime d'intermittence ne leur verse-t-il pas le mi-temps non payé (alors qu'il n'est pas utilisable pour faire un autre métier en raison de la proximité des périodes de travail) ?

Ambigüité n°3 : l'assistanat à des structures privées
D'une façon générale, le régime de faveur dont bénéficient les entreprises de l'audiovisuel est de moins en moins justifié. En quoi de grandes structures ultraprivées telles que TF1 doivent-elles bénéficier d'aides publiques indirectes, elles qui sont les premières à dénoncer l'assistanat ? À tout le moins, ces financements de l'activité audiovisuelle courante (au sens en principe répétitive et régulière) devraient être affectés autrement : fonds d'aide à l'audiovisuel si on le juge nécessaire, pourquoi pas une taxe sur la publicité ? Pour l'audiovisuel public, peut-être faudrait-il augmenter la redevance – on entends déjà les hauts-cris des contribuables – pour financer les techniciens employés à temps très partiel, plutôt que de mettre en péril le régime d'indemnisation du chômage stricto sensu qui n'y est pour rien. Il faut placer les déficits là où ils se trouvent effectivement, et pas les déplacer pour masquer leur origine.

Le titre de ce blog, une fois encore, servira de conclusion. Oui, on dirait que j'exagère… mais, en toute franchise, n'y a-t-il pas de ça, cette fois, et “beaucoup” de ça ?
Au plaisir de lire des commentaires, n'hésitez pas, mais dans le sens constructif et argumenté, hein, pas dans le style "Tous des cons !", ça, on n'en a rien à faire, sincèrement.

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