dimanche 30 mars 2014

Les frissons des soirées électorales

Aussi loin que je m'en souvienne, les soirées électorales on toujours été placées sous le signe du suspense. Rien de blâmable en soi : les électeurs s'expriment, un privilège à ne jamais oublier, et savoir ce qu'ils ont décidé procure un “frisson” naturel et légitime.

Il serait fastidieux de les citer tous, ces “frissons des soirées électorales”. 1969 : De Gaulle allait-il être “répudié” par le peuple français ? 1974 : l'alternance à gauche se produirait-elle ? 1981 : bis repetita – certains envisageaient de prendre le maquis ! 1997 : à peine élu, le président Chirac allait-il s'engager dans une cohabitation au long cours ? 2002 : qui, de Jospin ou Chirac, serait en tête au premier tour ? 2005 : les Français allaient-ils porter un coup fatal à l'Union Européenne ?
De vrais enjeux.

En ce dimanche de second tour des élections municipales, la dramatisation demeure (*). Les médias en ont besoin pour assurer leur audience. Mais quel est l'enjeu ? Sur quoi porte le suspense ? Sur le nombre de municipalités que le Front national pourrait diriger…

Après une alternance en période de crise aigüe, les Français observent que ni la droite républicaine, ni la gauche social-démocrate n'ont réussi à infléchir le cours des choses. La crise, le chômage sont toujours là. Leur moral a plongé. Rien de plus terrible qu'un peuple qui vote en état de dépression. On dit que la peur est mauvaise conseillère. En politique, la déprime est plus redoutable encore.

Me pardonnera-t-on la comparaison ? Je ne peux m'empêcher de songer à la débâcle de 1940, quand une France désespérée a basculé, donnant les pleins pouvoirs à un vieil homme prônant la collaboration avec l'Allemagne nazie, le retour au passé et la haine “des autres”. Comparaison n'est pas raison. Pour autant, la dépression peut déboucher dans la folie. Il ne date pas d'hier, ce travers français : donner un coup de pied dans la fourmilière, envoyer tout balader, voter pour ceux que l'on désigne, justement, comme “les pires”, par pure provocation. À l'évidence, le Front national n'est pas comparable au pétainisme. Il est tout aussi évident qu'un repli agressif et paniqué sur nous-mêmes – sortie de l'euro, voire de l'Europe, agression de telle ou telle communauté, fermeture des frontières, retour aux interdits du passé… – ne peut que provoquer une catastrophe économique et sociale.

Comme si l'ultime frisson devait être une sorte de suicide démocratique, de hara-kiri républicain. Les Français, râleurs et excédés “cassent leurs jouets”, comme de sales gosses. Pour ajouter une note humoristique, je songe aux pirates qui, voyant Astérix et Obélix dans un navire voisin, sabordent le leur et se retrouvent accrochés à un morceau d'épave, dérivant sur les flots…

Je n'espère qu'une chose : que ce frisson-là, nous ne le connaissions jamais !

(*) Ce billet a été écrit et mis en ligne le 30 mars vers 14h30.

jeudi 27 mars 2014

Les conseilleurs ne sont pas toujours… les meilleurs

Ah, les hasards du “spam” ! L'humour involontaire qui en émane vaut parfois son pesant de cacahuètes !

En deux jours, j'ai reçu deux messages vantant deux ouvrages “pratiques” de haute tenue. Leurs titres – vous allez comprendre – m'ont amusé, car ils rappelaient celui du livre que j'avais publié (et édité) il y a quelques années : 100 conseils pour mieux utiliser Excel.
J'avais même créé un blog pour le promouvoir, avec comme un petit acte manqué dans son adresse http :

http://100conseilsexcel.blogspot.fr/

Un ami – à l'esprit mal tourné, bien sûr – m'avait fait remarquer que le voisinage du S de “conseils” et du EX de Excel pouvait prêter à confusion. Pourtant, rien d'interdit aux moins de 18 ans dans ce manuel d'utilisation du tableur de Microsoft, à la présentation toutefois attrayante – je n'oserais écrire “sexy”. Mais le vers était dans le fruit : les responsables de Microsoft avaient-ils songé que de “Excel” à “Exuel”, il n'y avait qu'une lettre de différence ? Manque de culture freudienne et/ou lacanienne, certainement.


Or, que vois-je dans ma boîte mail ? Deux recueils de “conseils” sexuels. Le plus drôle, ai-je trouvé, ce sont les nombres de conseils, ainsi que leur non-concordance. Dans un cas, pour les femmes, ce sont 258 conseils qui sont nécessaires afin de “garder un homme grâce au sexe”, alors que pour les hommes, il en faut 9 de plus, soit 267, pour “devenir le meilleur coup de sa vie”. Étrange discordance ! À mon humble avis, 100 conseils auraient suffi, plus aisés à retenir aussi : « Flûte et zut, j'ai oublié le 253ème conseil… C'était quoi, déjà ? »

Si vous êtes arrivés sur cet article de blog suite à une recherche sur les titres de ces impérissables chefs-d'œuvres, nous comprenons votre déception. Mais rien n'est perdu : procurez-vous 100 conseils pour mieux utiliser Excel, vous ne le regretterez pas – et deviendrez, qui sait ?, “le meilleur coup du tableur”, ou saurez “garder un manager grâce au tableur”…

Oui, j'en suis conscient, exploiter de la sorte les liens tissés par notre cher Google a quelque chose de transgressif. J'exagère ? Il y a de ça…

samedi 1 mars 2014

Et le droit à l'oubli ?

Étrange et vertigineuse découverte que ce site web Archives.org et sa "machine à remonter le temps" (wayback machine). Cette fondation, installée à San Francisco, a pour objet l'archivage du web, rien de moins. Une idée à la fois généreuse… et redoutable ! Voilà qui remet en cause directement le droit à l'oubli. Imaginez : vous effacez votre site parce qu'il ne vous plaît plus, parce que vous avez changé d'état d'esprit, ou toute autre raison. Eh bien… raté ! Avec cette wayback machine, il est encore possible de retrouver une version de votre site datant d'une décennie. De quoi être plongé dans un abîme de perplexité ! Il y a quelque chose de proprement inquiétant de savoir qu'une fois publiées sur Internet, vos bêtises (!) y resteront éternellement. Un frisson peu rassurant en définitive !

Le site propose bien sûr une option permettant d'éviter que leurs robots ne récupèrent les informations de votre site (voir : https://archive.org/about/exclude.php) Cependant, c'est une demande expresse, d'une part, et d'autre part une manipulation technique peu accessible au non-initié (un fichier Robot.txt).

Je me demande si l'idée, au départ généreuse, ne soit au final un “enfer” numérique ! Le proverbe ne dit-il pas en effet que « l'enfer est pavé de bonnes intentions » ?