samedi 1 février 2014

Des mondes “sur mesure”…

La distinction entre le réel et le “virtuel” disparaît progressivement.
On opposait avec raison des informations vérifiées, recoupées et commentées aux déferlements de rumeurs sur Internet, lieu par excellence du “virtuel”, autrement dit de l'artificiel. La récente affaire des journées de retrait des enfants des écoles, au motif qu'on leur enseignerait désormais de dangereuses absurdités, le montre avec éclat.
Comme l'écrit avec pertinence Le Monde en “une” de son numéro daté du 31 janvier : “C'est bien connu, avec les mensonges, plus c'est gros, plus ça a des chances de marcher.”

Je me souviens que l'on me disait, il y a longtemps, qu'il ne fallait pas croire “tout ce qui est écrit dans les journaux”. Conserver un esprit critique, la clé. L'avertissement vaut aujourd'hui pour le Web, puissance dix, car rien de plus facile que “d'écrire dans le Web” (ce que l'auteur de ces lignes fait en ce moment même !). Non, tout ce qui est publié sur Internet n'est pas la vérité !

Alors, pourquoi cette crédulité ?
Sa cause profonde est à mon avis dans un processus d'auto-persuasion. On trouve sur nos écrans de quoi alimenter nos fantasmes. Consciemment ou pas, nombre de personnes vont chercher ce qui correspond à leurs plus absurdes peurs, à leurs opinions les moins avouables, à leurs colères les plus délirantes. Ce n'est donc pas de la simple bêtise, mais une intoxication volontaire. Tout comme il existe les paradis artificiels de la drogue, voici venus les enfers artificiels des rumeurs. C'est tellement facile : il suffit de faire quelques recherches sur Google, de consulter tel ou tel blog, d'ajouter fois à ce mail, envoyé par un ami à tous ses contacts sans aucune vérification, ou à ce fil Facebook, asséné en une phrase et légitimé par la photo d'un “ami” (avec des guillemets).

Le plus grave dans tout cela est que des gens s'enferment peu à peu dans un monde “sur mesure”, qu'ils construisent sur Internet en collationnant tout ce qui, peu ou prou, correspond à leurs fantasmes. Et d'en conclure avec gourmandise : “Je l'avais bien dit !”

Le Monde, dans l'éditorial cité plus haut, conclut autrement, non sans avoir tout d'abord souligné l'efficacité des réseaux sociaux et d'Internet dans le débat démocratique : “Ils peuvent aussi être de redoutables relais pour accréditer les fables les plus rocambolesques et les théories complotistes les plus échevelées.”

À nous tous, internautes, de “raison garder”.

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