dimanche 23 février 2014

Les “bons mots” de la radio

Le matin, tôt, la radio accompagne le petit déjeuner. L'esprit encore embrumé par le sommeil fait montre d'une acuité paradoxale. Ces mots qui reviennent avec obstination dans les bulletins d'information finissent par prendre le pas sur le contenu.

Ce sont parfois des mots relativement rares, qu'on n'entend que dans des contextes particuliers. Telles ces “scènes de liesse” qui suivent une victoire de manifestants, comme à Kiev, en Ukraine, ce week-end. France-Info demandait à ses “correspondants sur place” s'ils observaient des “scènes de liesse” dans les rues…

On connaît aussi le non moins célèbre “tarmac” des aéroports. Lorsqu'un chef d'État, un ministre, un ex-otage, un invité prestigieux est “accueilli sur le tarmac”, on sait tout de suite où l'on se trouve…
Dans ce même registre aérien, on apprécie l'image-choc des avions qui sont “cloués au sol” – soit par une grève, soit par les intempéries. On imagine ces aéronefs piqués sur le tarmac à la façon d'une collection de papillons…

D'autres expressions établissent une gradation, comme lorsque des intempéries coupent l'alimentation électrique. À la première annonce, on entend : “3000 foyers sont privés d'électricité”. Quelques heures plus tard, première nuance : “2000 foyers sont encore privés d'électricité”. Désagréable ! Le lendemain matin, le ton monte : “ce matin, 1000 foyers étaient  toujours privés d'électricité”, généralement complété par l'interview d'un responsable d'ERDF qui doit s'expliquer devant les auditeurs.

Sur France-Info, une formule revient plusieurs fois par heure. Tandis que l'on nous annonce des chroniques alléchantes ou l'analyse d'un événement important, soudain, la douche froide : “mais d'abord…” Tant pis : il faudra attendre un peu. Le mot qui suit généralement la formule est… la météo.

Selon Le Robert :
Liesse : synonyme de joie, mais avec une tonalité “débordante et collective“, et qui se manifeste bruyamment.
Tarmac : d'origine anglaise, ce mot contracte “tar” (goudron) et “macadam”, et désigne la partie réservée à la circulation des avions dans un aérodrome. On peut aussi “être dans le coaltar”, variante désignant un mélange de charbon (coal) et de goudron (tar) qui résulte de la distillation du charbon, autrement dit : “ne pas avoir les idées claires” (variante francophone et cordonnière : être dans le cirage). Pour l'orthographe, attention à ne pas confondre “costard” et “coaltar”.

samedi 1 février 2014

Des mondes “sur mesure”…

La distinction entre le réel et le “virtuel” disparaît progressivement.
On opposait avec raison des informations vérifiées, recoupées et commentées aux déferlements de rumeurs sur Internet, lieu par excellence du “virtuel”, autrement dit de l'artificiel. La récente affaire des journées de retrait des enfants des écoles, au motif qu'on leur enseignerait désormais de dangereuses absurdités, le montre avec éclat.
Comme l'écrit avec pertinence Le Monde en “une” de son numéro daté du 31 janvier : “C'est bien connu, avec les mensonges, plus c'est gros, plus ça a des chances de marcher.”

Je me souviens que l'on me disait, il y a longtemps, qu'il ne fallait pas croire “tout ce qui est écrit dans les journaux”. Conserver un esprit critique, la clé. L'avertissement vaut aujourd'hui pour le Web, puissance dix, car rien de plus facile que “d'écrire dans le Web” (ce que l'auteur de ces lignes fait en ce moment même !). Non, tout ce qui est publié sur Internet n'est pas la vérité !

Alors, pourquoi cette crédulité ?
Sa cause profonde est à mon avis dans un processus d'auto-persuasion. On trouve sur nos écrans de quoi alimenter nos fantasmes. Consciemment ou pas, nombre de personnes vont chercher ce qui correspond à leurs plus absurdes peurs, à leurs opinions les moins avouables, à leurs colères les plus délirantes. Ce n'est donc pas de la simple bêtise, mais une intoxication volontaire. Tout comme il existe les paradis artificiels de la drogue, voici venus les enfers artificiels des rumeurs. C'est tellement facile : il suffit de faire quelques recherches sur Google, de consulter tel ou tel blog, d'ajouter fois à ce mail, envoyé par un ami à tous ses contacts sans aucune vérification, ou à ce fil Facebook, asséné en une phrase et légitimé par la photo d'un “ami” (avec des guillemets).

Le plus grave dans tout cela est que des gens s'enferment peu à peu dans un monde “sur mesure”, qu'ils construisent sur Internet en collationnant tout ce qui, peu ou prou, correspond à leurs fantasmes. Et d'en conclure avec gourmandise : “Je l'avais bien dit !”

Le Monde, dans l'éditorial cité plus haut, conclut autrement, non sans avoir tout d'abord souligné l'efficacité des réseaux sociaux et d'Internet dans le débat démocratique : “Ils peuvent aussi être de redoutables relais pour accréditer les fables les plus rocambolesques et les théories complotistes les plus échevelées.”

À nous tous, internautes, de “raison garder”.