dimanche 28 décembre 2014

Correspondances denses

La gare de la Part-Dieu, à Lyon, est la plus importante gare de passage de France. Quoique encore plus fréquentées, les gares parisiennes sont en effet en terminus, configuration moins complexe. De ce fait, en période de fort trafic, la multiplicité des correspondances à la Part-Dieu génère des mouvements de foules de voyageurs parfois problématiques. En fin d'après-midi, samedi 27 décembre, nous avons assisté en direct à des scènes de courses à la correspondance homériques…

Voie A, un TGV devait quitter Lyon à 17h04 en direction de Paris. Une double rame Duplex – 400 mètres de longueur – pouvant accueillir plus de 1000 passagers. De l'autre côté du même quai, voie B, une autre rame semblable venait de Montpellier et allait desservir Besançon-Franche-Comté en partant à la même heure. Durant les cinq minutes de voisinage des deux trains, un nombre important de voyageurs devaient passer de l'un à l'autre, ainsi sans doute que d'autres en provenance d'autres quais de la gare.

Alors que le départ du TGV de Paris était annoncé, à 17h04 exactement, on vit arriver des groupes épars, courant en traînant leurs valises et tentant de ne pas perdre leurs petits enfants en remorques. Il leur fallait en effet trouver la bonne rame, quitte à parcourir 100 ou 200 mètres à toute allure. Le contrôleur du Lyon-Paris veillait à ne pas déclencher la fermeture des portes, mais cela, les passagers ne le voyaient pas.

Tandis que les minutes s'égrenaient, le calme semblait revenir puis soudain, à l'horizon du quai, une nouvelle famille apparaissait, fonçant à toute allure. Une mère, ralentie par ses bagages, enjoignait son jeune fils de monter dans la rame, sans se rendre compte que, si la porte se fermait, il se retrouverait seul dans la rame… Quelques dizaines de secondes plus tard, c'était au tour du mari, nullement paniqué mais franchement à la bourre, de snober la toute première voiture de la rame, pour monter dans la sienne, vingt mètres plus loin.

17h07, le départ était désormais imminent. C'est alors qu'un cri déchirant fusa : « Jean ! ». Une dame âgée appelait son mari, depuis la porte de la rame en destination de Besançon. Manifestement perdue, elle paraissait ne pas savoir si son compagnon était encore dans le TGV, ou bien déjà descendu. Les employés de la SNCF bloquèrent immédiatement le départ afin d'éviter un triste incident. Et, tandis que l'infortunée hurlait de nouveau, les bras en l'air en arpentant le quai, le contrôleur de la rame la pris en charge et des annonces fusèrent dans les hauts-parleurs, à la recherche du Jean dont personne ne semblait savoir ce qu'il était devenu.

Nous avons quitté le quai sans connaître le fin mot de l'histoire. Le TGV de Paris avait pris son envol, si l'on peut dire, tandis que celui de Besançon restait bloqué à quai… Une fois dans le hall, nous avons été confronté à un “périmètre sécurisé”, dans le plus pur style américain de “crime scene”, banderoles de scotch bicolore, soldats en treillis et personnel de sécurité en uniformes. Bigre ! Les correspondances sont parfois denses en impondérables…

samedi 20 décembre 2014

Le voyageur ouvrit les yeux

Ah, l'humour involontaire des “bugs et coquilles”, croisement de l'informatique et de l'écriture !

Dans Le Monde daté de ce samedi, une double page traite de l'éventuelle légalisation du cannabis.
À la fin de l'article, on n'en croit pas ses yeux :


Une explication semble s'imposer : la journaliste a fumé… du cannabis !

Ce bug m'a rappelé une astuce que je me promettais d'employer pour m'assurer que les destinataires de mes courriels lisent bien la totalité du texte : introduire une "phrase fantôme” de cet acabit au cœur du message. Peut-être Laetitia Clavreul voulait-elle être avertie quand son article aurait été lu jusqu'à son terme. En ce qui nous concerne, c'est bien le cas !

vendredi 5 décembre 2014

Freins stupides

Nous déplorons souvent dans ces lignes que l'on se manifeste de préférence pour s'indigner plutôt que pour s'extasier, pour déplorer plutôt que pour approuver. Désolés ! Mais l'information commande, et elle est cruelle, jusqu'au grotesque.

Dans L'Express de cette semaine, l'éditorialiste Christophe Barbier disserte sur les réformes Macron, et clame son impatience d'un “électrochoc” permettant de “briser les freins stupides du temps de travail”.


L'emploi de l'adjectif “stupide” indigne. Il témoigne de cette ivresse qui semble avoir atteint les débatteurs dans leurs opinions. Passe encore qu'il qualifie de “stupides” les 35 heures, encore faudrait-il argumenter. Mais en ce qui concerne les jours de repos, fériés, dimanches, vacances, là, le monsieur dépasse les bornes. Quoi ? Tous ces efforts, toutes ces luttes, tous ces progrès intervenus depuis les débuts de la révolution industrielle, il y a 150 ans, ne seraient que des stupidités ? Il y a de quoi s'indigner, non ? Quant à la “débauche”, oui, le terme convient : nous assistons à une débauche de revanche conservatrice et rétrograde, le tout sous couvert d'efficacité économique.

Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Matthieu Croissandeau, éditorialiste à l'Obs cette fois, lui répond indirectement en déplorant l'irresponsabilité de M. Gattaz : “Et pourquoi pas, demain, le retour des tâcherons ? L'abolition du droit de grève ou des congés payés ?”


Pour faire bonne mesure, nous ajouterons à la liste du cahier des doléances de MM. Gattaz et Barbier quelques-uns parmi d'autres “freins stupides” à éradiquer d'urgence : l'interdiction du travail des enfants (s'ils ne sont pas assez sages à l'école), celui des prisonniers (gratuit, s'entend), et, enfin, le passage de la durée maximale de travail hebdomadaire à 168 heures (au-delà, malheureusement, ce n'est pas possible…)

Le pire, dans tout cela, est encore que le débat et les propositions aient été lancés non par un gouvernement UMP, mais bien par un gouvernement “socialiste” – enfin, dans la dénomination ! Au moins l'alternance politique ne posera-t-elle pas de problème : il suffira de garder au gouvernement les mêmes, Macron, Valls et consorts, et tout se passera très bien.

Oui, je sais, j'exagère, mais, que voulez-vous?, la colère est mauvaise conseillère (quoique…).

Addendum du 8 décembre 2014 :
Sur le site de Marianne, un article de Bruno Rieth, qui évoque les réactions du PS en 2009, quand le gouvernement de l'époque avait proposé l'extension du travail dominical : http://www.marianne.net/Le-PS-vous-souhaite-un-bon-dimanche_a243186.html

Addendum du 10 décembre 2014
Les réactions de Martine Aubry, publiées par Le Monde (voir ce lien).
Quelques considérations qui méritent attention (les phrases en caractères gras sont soulignées de notre fait).
D’ores et déjà, 5 millions de Français travaillent habituellement le dimanche, et 3 millions occasionnellement. Leur fonction est nécessaire à la vie collective : la sécurité, les transports, la santé…, sans oublier les magasins alimentaires…
5 millions de Français, c'est déjà beaucoup. Sur une population active (effective) de 30 millions, cela représente tout de même 17% (plus du quart avec les occasionnels).
Par ailleurs, les petits commerçants, si importants pour le dynamisme de nos centres-villes comme de nos quartiers, déjà en butte à la concurrence des zones commerciales et de l’e-commerce, qui souffrent aujourd’hui de la crise économique, seront nombreux à ne pas résister face à l’ouverture le dimanche. Des dizaines de milliers d’emplois seront détruits, sans compter la dégradation des conditions de vie pour ceux qui survivront.
N'oublions pas, en effet, les petits commerçants, habituellement négligés par la gauche pour des raisons de clientèle électorale. Une fois encore, le manque de réflexion est patent : on compte d'éventuelles créations d'emplois (aléatoires) sans compter les destructions (plus que probables).
Le volontariat est mis en avant, pour récuser toute régression sociale. Croire que les salariés vont de gaieté de cœur travailler le dimanche, en décalage avec la vie de la société, sous prétexte qu’ils n’ont pas d’emploi ou un salaire majoré, montre une profonde méconnaissance de la réalité. En période de chômage de masse, on ne refuse pas de travailler aux horaires que demande l’employeur.
L'argument est de bon sens. Où a-t-on vu que les choix des salariés étaient 100% libres ? Dans un épisode des Bisounours ?

Addendum du 11 décembre 2014
Une information du Monde, reçue hier :


C'est ce qui s'appelle “se raccrocher aux branches”. Pourquoi cette proposition ne figurait-elle pas dans le projet initial ? Elle recèle un effet pervers : dans la mesure où nombre de contrats de travail dans le tourisme sont saisonniers, intérimaires ou en CDD, il ne sera pas difficile de réduire la rémunération de base afin que la compensation n'entraîne pas de hausse des salaires. Et cela réduira de facto les salaires pour les autres jours de la semaine.

D'une façon générale, cette question du travail dominical est abordée sans vision d'ensemble, comme s'il s'agissait juste d'enfoncer un coin dans les principes, pour mieux les détruire ensuite. Manuel Valls trouve “passéistes” ces principes-là. Libre à lui ! Le plus désagréable reste de lire, dans Le Monde toujours, qu'il s'agit avant tout de montrer aux autorités de l'UE que la France sait entreprendre des réformes structurelles. Des offrandes sur l'autel du libéralisme. On a les idoles qu'on peut… mais l'idée européenne ne pourra qu'en pâtir. Détestable bilan !

 

jeudi 27 novembre 2014

Une performance dans le métro parisien

Mercredi 26 novembre 2014

Je me trouvais à la station de métro Corentin-Cariou, à Paris.
Je disposais de pas mal de temps avant de rallier la gare de Lyon, et une idée m'est venue, saugrenue autant que soudaine. Emprunter la minuscule ligne 3 bis du métro parisien, ce petit tronçon de 4 stations “débranché” de sa grande sœur la ligne 3 pour cause de prolongement à Gallieni, au tout début des années soixante-dix. Il me semblait en effet me souvenir que je n'avais jamais parcouru cette ligne délaissée…

L'expérience s'est transformée en une véritable “performance”.
Aucune application de mobile, logiciel RATP ou PLI (Plan Lumineux d'Itinéraire) ne serait jamais capable de fournir la solution. Comment se rendre de Corentin-Cariou à Gare de Lyon en empruntant le maximum de correspondances ? En l'occurrence : 7 lignes, 6 changements, 22 stations. Une performance d'art conceptuel donc, n'ayons pas peur des mots, à l'exact opposé de ce que l'on imagine d'habitude, à savoir aller le plus vite possible d'un point à un autre. Cette fois-ci, il s'agissait au contraire de chercher le plus compliqué, le plus lent aussi, dans une optique de pure fantaisie.

Et me voici (presque) sûr d'être le tout premier usager du métro parisien à avoir jamais parcouru délibérément (et de façon préméditée !) cet itinéraire aussi sinueux, en dépit des millions, voire des milliards de trajets que des humains ont accomplis sur ce réseau. Jugez-en.


  • Départ de Corentin-Cariou, ligne 7
  • Changement à Louis Blanc - ligne 7bis
  • Changement à Place des Fêtes - ligne 11
  • Changement à Porte des Lilas : ligne 3bis - le cœur de la performance !
  • Changement à Gambetta - ligne 3
  • Changement à Père Lachaise - ligne 2
  • Changement à Nation - ligne 1
  • Arrivée à Gare de Lyon

Combien de temps pour un tel “voyage” ? Une heure exactement, ni plus ni moins. Le tout pour le prix d'un unique ticket de métro…

Chemin faisant, j'ai constaté l'extrême diversité du matériel roulant selon les lignes, surtout sur les plus petites, nombreuses dans ce parcours. Après les rames bien connues de la 7 (des MF77 en jargon), ce fut le curieux “BOA” de la ligne 7 bis, un matériel articulé précurseur, une sorte de prototype, grinçant et cahotant, unique en son genre. Sur la ligne 11, autre ligne “courte” (terminus à Châtelet, en plein centre de la ville), les désormais vénérables métros sur pneus datant du début des années soixante, sur lesquels les atteintes de l'âge étaient bien visibles. La ligne 3 bis disposait quant à elle de rames des années soixante (les MF67), de seulement trois éléments, qui semblaient perdus dans ces stations au gabarit habituel. La ligne 3 était parcourue de ces mêmes MF67, aux intérieurs rénovés, avec des plans de lignes aux stations s'allumant en fonction de la progression du parcours. Contraste avec les MF01 de la ligne 2, parmi les plus modernes du réseau, d'un seul tenant comme ceux de la 7 bis et ceux de la ligne 1, qui plus est automatiques, qui me déposèrent enfin à la Gare de Lyon.


vendredi 21 novembre 2014

France Info et le “mais d'abord”

Comme beaucoup d'entre vous, je suppose, j'écoute France Info pour être sûr d'accéder à l'essentiel de l'actualité sans attendre trop longtemps – ni tunnels de publicités, ni chansonnettes non souhaitées.

La nouvelle grille de la station, mise en place à la fin de l'été, comporte cependant quelques inconvénients, au premier rang desquels d'inutiles répétitions qui nuisent à la clarté des séquences et, surtout, consomment du temps d'antenne.

L'idée consistant à publier un flash non plus toutes les 15 minutes – ce qui était déjà pas mal –, mais désormais toutes les 7 minutes (30 secondes), découpe le saucisson des infos en tranches trop fines. Car les chroniques insérées entre les flashs s'en trouvent encore plus brèves – trop brèves.

Plus grave, la radio passe son temps à nous dire “ce qu'elle va dire” dans 5, 10 ou 30 minutes. Et ça, c'est horripilant ! Arrêtez d'annoncer ce que vous allez dire, et dites-le, nom d'un chien, a-t-on envie de leur lancer. Pire encore, quand un sujet intéressant s'annonce et qu'on a droit à un “mais d'abord”; Ah, ça, le ”mais d'abord”, c'est l'horreur. “Mais d'abord, la météo…”, “Mais d'abord, le foot…” En général, la sanction est immédiate : j'éteins le poste.

Off !

samedi 8 novembre 2014

Sachez reconnaître le “phishing”

Vous recevez un mail paraissant émaner d'un organisme officiel.
Prenez quelques instants pour l'examiner : il est assez aisé de reconnaître une tentative de ce qu'on appelle du “phishing” – de l'hameçonnage de naïfs poissons, pourrait-on traduire.

Exemple


Cliquez sur l'image pour zoomer et mieux voir les détails.

De haut en bas :
  • “Lettre d'information de votre status” : traduction incorrecte. Un “status”, pour vous, c'est quoi ? Rien du tout. Premier indice.
  • “Cher(s) client(e)” : le Trésor Public, l'avez vous remarqué ?, ne s'adresse jamais à vous en tant que “client”. On pourrait le déplorer, mais c'est un fait. En outre, les accords entre parenthèses sont incomplets (il aurait fallu écrire “client(es)”.
  • nous permettre 3 jours ouvrables” : encore du charabia issu d'un traducteur automatique, ou d'un spammeur au français incertain.
  • “démarches sécurisé” : “sécurisé” aurait dû être orthographié “sécurisées”.
  • Le lien sur lequel on vous demande de cliquer : sans cliquer, bien sûr, passez juste le curseur sur le lien. Dans la plupart des logiciels de messagerie, une étiquette affiche alors l'adresse internet correspondante. “omniventia.es” n'a rien à voir avec impots.gouv.fr. Pas besoin d'être grand clerc pour s'en apercevoir.
Conclusion : placez ce mail dans la corbeille et videz-la sans barguigner.
Corollaire : comme quoi, l'orthographe, ça sert – par exemple à détecter des mails frauduleux !

dimanche 2 novembre 2014

À votre avis, le président Hollande a-t-il, à mi-mandat, réussi ou échoué ?

Cet article de blog un peu long répond à une question que je m'étais posée incidemment : qu'aurais-je écrit si le sujet de dissertation suivant m'avait été soumis “À votre avis, le président Hollande a-t-il, à mi-mandat, réussi ou échoué ?” ?
En voici le texte…


À quelques jours de la mi-mandat du président de la République François Hollande, quel bilan peut-on dresser de ses trente mois à la tête de l'exécutif ? Sa cote de popularité, ou plutôt d'impopularité, a pulvérisé tous les records. Jamais un président de la Ve République n'a été aussi mal jugé par l'opinion.

Et pourtant ! À y regarder de plus près, sa politique pourrait symboliser le summum de l'équilibre dans la subtilité, aux antipodes malheureusement de ce que ressentent les Français, aux yeux desquels il a échoué dans presque tous les domaines…
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Trouvant à son arrivée au pouvoir une situation budgétaire critique, François Hollande a su faire face à l'urgence : en augmentant les recettes – seule mesure applicable rapidement – il a évité le dérapage du déficit pour 2013, tout en obtenant un sursis auprès des autorités de Bruxelles. Pierre Moscovici a négocié le report de l'objectif de 3% avec discrétion et efficacité. Évitant le piège de laisser filer les dépenses, il a néanmoins fixé des priorités : emploi, éducation, justice et police. Dosant soigneusement les hausses d'impôts en usant tous les leviers avec modération – TVA légèrement augmentée, IR accru pour les plus favorisés, rabotage des niches fiscales – il a évité de casser l'activité en diminuant trop violemment les dépenses.

Parallèlement, il a agi vigoureusement sur les budgets sociaux : réforme de retraites “en douceur”, maîtrise des dépenses de santé (médicament génériques), hausses ciblées de la CSG.
En dépit d'une croissance atône, proche de la stagnation, il a évité une envolée du chômage, resté proche des 10% de la population active, contrairement à d'autres pays européens – on songe à l'Espagne ou à la Grèce (plus de 25%), au Portugal (15%) ou à l'Italie (13%).

Ce n'est pas tout. Acceptant d'évoluer vers la social-démocratie, Hollande a eu l'audace de s'attaquer au manque de compétitivité des entreprises en imaginant des mécanismes sophistiqués, le CICE, puis le Pacte de Responsabilité, sans toutefois remettre en cause l'acquis social des 35 heures. De courageuses décisions, dont les bénéfices se feront sentir à moyen terme.

Côté réformes sociétales, il n'a pas cédé à la “rue réactionnaire”, et la Loi Taubira a été votée.
Face aux multiples crispations, inévitables en période de vaches maigres, il a su négocier quand c'était nécessaire, parvenant à contenir des mouvements préoccupants, au premier rang desquels celui des Bonnets rouges bretons.

Enfin, il a su s'attaquer à une question sans cesse remise au lendemain : redessiner la carte des régions françaises pour en optimiser la gestion, et, partant, les coûts budgétaires.

Sur le plan international, François Hollande a montré son discernement et sa détermination, en particulier lors de nos interventions au Mali, en Centrafrique ou, plus récemment, en Irak.
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Pourquoi les Français ne portent-ils aucune de ces actions au crédit de leur Président ? C'est que leur vision des choses est tout autre, surtout s'ils sont de gauche, paradoxalement.
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On s'en souvient, François Hollande avait dit que l'état de grâce consécutif à son élection serait de courte durée. Raison de plus pour aller vite. Au lieu d'entreprendre immédiatement les profondes réformes qui s'imposaient – réforme fiscale tout spécialement – il s'est réfugié dans l'attentisme, puis dans le bricolage et l'improvisation. Ses mesures furent partielles, et souvent contraires à ses promesses de campagne : hausse de 3 points du taux intermédiaire de TVA (+40% !), maintien, voire développement, des niches fiscales, vaguement “rabotées” sans discernement, modification à la marge des retraites en agissant sur le seul critère d'âge, particulièrement injuste (ruptures d'égalité selon l'année de naissance !). Il a même fini, en cet automne 2014, par briser le principe de l'universalité des allocations familiales, et ce sans autre compensation… On aurait pu imaginer une généralisation au premier enfant, voire un supplément pour les parents isolés. Côté IR, rien de nouveau à part des bricolages de “tranches”, ces sempiternelles “marches d'escalier” qu'il aurait pourtant été facile de remplacer par une simple courbe ascendante, comme le proposait Thomas Piketty. Quant à la fusion IR-CSG, elle n'a pas même été étudiée. Que dire enfin des impôts locaux, ces taxes aux assiettes absurdes qui attendent depuis des décennies une réforme indispensable ?

Les mécanismes censés favoriser la compétitivité, compliqués, alambiqués, illisibles, entâchés d'effets pervers, furent des prodiges de technocratie ; on doute de leur efficacité. Elles ont déclenché de malsains chassés-croisés entre budget social et budget de l'État, faisant peser de graves risques sur notre protection sociale. En guise de réforme fiscale, nous aurons brisé le consentement à l'impôt, ce qu'on a appelé le “ras-le-bol” fiscal, attisé par les “pigeons” et autre “bonnets rouges”. Ces derniers auront coûté à la France la bagatelle d'un milliard d'euros jetés par la fenêtre en direction d'Ecomouv. Joli fiasco !

La seule et unique réforme sociétale, le “mariage pour tous”, aura été une victoire à la Pyrrhus. François Hollande aura réussi l'exploit de réarmer les forces les plus réactionnaires de notre pays, tout en faisant revenir l'homophobie à son niveau de décennies en arrière. Quel échec !
Enfin, “faire la guerre” un peu partout n'aura pas impressionné les Français, au point qu'ils se sont demandés s'il ne s'agissait pas de diversions à l'incurie de notre Président en matière de politique intérieure. Sans compter que ces interventions pourraient se transformer en autant de “bourbiers” dans lesquels nous serons enlisés pour longtemps.

Que reste-t-il, dans tout cela, des “valeurs de gauche” ? Pas grand-chose ! Les électeurs du PS ne s'y sont pas trompés, et se sont massivement abstenus aux élections intermédiaires, voire ont basculé dans le vote protestataire pour le FN.

Les récents remaniements gouvernementaux n'ont fait qu'accroître la confusion. Avec un Manuel Valls prônant la disparition du PS et roulant des mécaniques sans dire ce qu'il fera exactement, un Emmanuel Macron intronisé chantre de la casse sociale (qualifiée de “moderne”) ou un ministre du travail assimilant chômeurs et profiteurs, “où se dirige-t-on ?” peut légitimement se demander l'électeur de François Hollande d'il y a trente mois.
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Éric Zemmour bat les records de ventes avec un livre intitulé “le suicide français”. Un titre qui devrait nous faire réfléchir. Il reste en effet à espérer que la Ve République ne se fasse pas harakiri en 2017, en un accès de folie maniacodépressive qui rappellerait de tristes périodes – on ne peut s'empêcher de songer à la IIIe République se sabordant en 1940 et remettant les pleins-pouvoirs entre les mains du maréchal Pétain…

À moins que François Hollande ne récolte – enfin ! – les fruits de ce qu'il a patiemment semé, et que la “courbe du chômage” ne consente au bout du compte à s'inverser. Mais cela suffira-t-il ?

samedi 20 septembre 2014

Un bien étrange régime politique

La mécanique institutionnelle résultant d'une constitution n'a rien de rationnel. Elle peut faire merveille ou, au contraire, se gripper, comme des rouages mal huilés, voire désaxés. En politique, pas de rationalité – pas plus qu'en économie, d'ailleurs, dont nous subissons tous les jours les conséquences détestables de théories soi-disant rationnelles et en réalité absurdes.

Pour autant, notre Vème République est un régime étrange… Dans le quotidien Le Monde daté du 19 septembre, plusieurs points de vue se croisent dans la page Débats. Et ça fait sacrément réfléchir ! Trois constitutionnalistes, Bastien François, Dominique Rousseau et Pierre Avril sont sévères à l'égard du système créé par le général de Gaulle. Un système bancal, force nous est de le reconnaître, au-delà de nos habitudes et de nos réflexes conditionnés.

J'ai été frappé par la suggestion iconoclaste de Pierre Avril : “Élisons d'abord les députés et ensuite le président”. En une phrase, il met en exergue le vice de fond de notre constitution. C'est subtil et sévère à la fois.

Il m'a toujours semblé que les électeurs français se prononçaient deux fois au lieu d'une. Une redondance redoutable. On élit un président, puis on élit une assemblée. Alors, forcément, il faut bien trouver un moyen de faire coïncider ces deux choix. D'où nos anicroches – les cohabitations – et la fameuse “inversion du calendrier électoral” combinée au quinquennat. Ces deux éléments accentuent jusqu'au paroxysme l’irrationalité du système.

Dans la plupart des démocraties parlementaires, les électeurs élisent une représentation nationale composée de quelques centaines de représentants, et une majorité se dégage de ceux-ci pour qu'un gouvernement exerce le pouvoir. Un tiers, souvent qualifié d'arbitre, veille au bon fonctionnement des institutions.

En France, depuis 1962 surtout, nous élisons directement le gouvernant, qui, en même temps, est qualifié d'arbitre par la constitution. Imagine-t-on un match de football dans lequel l'arbitre jouerait avec une équipe, contre l'autre ?!
Comme il aurait été antidémocratique de supprimer les élections législatives, nous devons, en plus, donner une majorité à ce président. Histoire de sauver les apparences. Depuis 2002, le quinquennat avec législatives “dans la foulée” a accentué la perversion de ce système. À quoi sert donc le premier ministre ? Le président prend toutes les décisions : on l'a encore vu quand François Hollande a évoqué la suppression de la première tranche de l'impôt sur le revenu dans sa récente conférence de presse. Il a précisé qu'aucune autre tranche ne serait augmentée en contrepartie, entrant dans le détail le plus pointu. Nous avons deux gouvernants concurrents, dont on sait celui qui a le dernier mot !

C'est pourquoi Pierre Avril a raison de suggérer de changer l'ordre des scrutins : on prendrait soudain conscience de l'inanité de ce double vote ! En effet, après des élections législatives, quel serait l'intérêt de passer à une présidentielle ? Que prônerait le représentant des battus aux législatives ? Qu'on l'élise pour qu'il dissolve… et rebelote ? Une cohabitation dans laquelle il serait passif ? À quoi cela rimerait-il ?

Si nous étions dans une démocratie classique, François Hollande serait le premier ministre d'une majorité parlementaire. Le président de la République pourrait être un “sage” de l'étoffe d'un Jean-Louis Debré (*) ou d'un Lionel Jospin par exemple, élu pour un mandat long (7 ou 9 ans). Et on peut se demander si, face à la crise que traverse le pouvoir exécutif, il n'aurait pas choisi de dissoudre l'assemblée… Quant au choix du premier ministre, les Français pourraient se l'approprier par le système des primaires, acquérant un pouvoir autrefois réservé aux seuls partis.

Pour terminer sur une remarque un brin iconoclaste, notons que le régime politique français a plutôt bien fonctionné sous les cohabitations : le président, par la force des choses, se retrouvait dans un rôle d'arbitre, tandis que le premier ministre gouvernait. Et qu'on n'objecte pas l'immobilisme : tant en 1986-88, qu'en 1993-95 ou, plus encore, de 1997 à 2002, on ne peut pas dire que les gouvernements n'aient pris aucune décision importante ! Seul le conflit entre président et premier ministre sur les questions internationales a créé des difficultés, à cause de la règle – non écrite ! – du “domaine réservé”, autre bizarrerie institutionnelle !

Alors, que faire ? Les Français n'accepteront jamais de renoncer à élire eux-mêmes leur monarque. Et si l'on réduisait les pouvoirs du président au profit du premier ministre, il y a fort à parier qu'ils ne le comprendraient pas, voire craindraient de perdre un pouvoir au demeurant illusoire.

D'où un statu quo qui risque de durer encore longtemps, et ses effets pervers avec lui…

(*) À bien des égards, le président du Conseil constitutionnel a des allures d'arbitre institutionnel, même si, bien sûr, il n'a pas le pouvoir de dissoudre l'assemblée.

jeudi 18 septembre 2014

Le père de la nation et l'enfant-roi


Le père de la nation, c'est notre président, François Hollande – variante démonétisée du “petit père des peuples”. L'enfant-roi, c'est Pierre Gattaz ; vous savez, ces enfants qui testent l'absence d'autorité, ivres de puissance et en même temps désespérés de ne rencontrer aucune limite. Jusqu'où ira-t-il ? Le voici proposant de supprimer toute limite à la durée du travail – sauf celle des règles européennes, soit 48 heures ; d'autoriser sans restrictions le travail de nuit et le dimanche ; de supprimer deux jours fériés (pourquoi seulement deux ?) ; de créer des emplois pour chômeurs payés sous le SMIC, l'État versant la différence (parfait en période de disette budgétaire), etc. Selon lui, “notre modèle social a vécu”. Seraient-ce là ses “contreparties” au pacte de responsabilité ?

Intermède cinéma (extrait du film Paranoïa, de Robert Luketic)
Le jeune cadre d'une grande entreprise américaine vient chercher son père aux urgences de l'hôpital. Le Papa a dû subir une opération lourde, mais il est sauvé. La réceptionniste l'appelle :
– Les deux dernières interventions ne sont pas prises en charge…
– Comment ça ? Mon assurance couvre tout !
– Ce n'est plus le cas. Votre entreprise a annulé le contrat.
– Ils peuvent pas faire ça ! J'en ai besoin !
– Malheureusement si. Beaucoup de sociétés le font. Réduction des coûts…
Le jeune homme regarde la facture.
– Mais j'ai pas… 40000 dollars !
– On peut vous faire un échéancier, ou un prêt.
La réceptionniste hoche la tête :
– Je suis désolée… (I'm really sorry)

Nous sommes très “sorry” aussi. Cet exemple de “modèle social” est celui dont Pierre Gattaz doit rêver. Notre gouvernement va dans cette direction : n'entend-on pas que les économies à trouver sont désormais du côté de la santé ?

L'enfant-roi est en pole position. Face à lui, le père de la nation et son fils adoptif Manuel Valls viennent d'annoncer deux mesures ”de gauche”, spectaculaires par… leur modicité. 8 euros mensuels de plus pour le minimum vieillesse, une prime de 40 € non renouvelable sur les petites retraites – de la provocation ? Ce n'est pas ainsi que les plus âgés pourront financer les futures ”franchises” sur les dépenses médicales !

On se croirait dans un mauvais film…

jeudi 4 septembre 2014

Aventures alpines : la via de Lognan

Depuis quelques années, nombre de “via corda” ou “via cordata” ont été tracées dans les massifs alpins. La définition ? Elle varie : parfois, il s'agit de “via ferrata” sans câbles – mais avec des éventuelles prises artificielles (barreaux, pédales) – d'autres fois de voies d'escalade peu difficiles, équipées de relais et de balisages, sans aucun artifice pour faciliter la progression.

Aventures alpines à Lognan
Récemment, j'ai eu le plaisir – et l'honneur ! – de gravir la via corda de Lognan guidé par son auteur, qui l'a imaginée, tracée et équipée au début de l'été 2014. Zian Charlet nous propose un itinéraire un cran au-dessus de ce qu'on entend habituellement par “via corda”. “Aventures alpines à Lognan” combine en effet une approche dans un cadre sauvage et un terrain morainique, suivie d'une escalade de dalles avec des passages de 4b (voire 4c), et d'un finale de randonnée escarpée et technique – pour laquelle il faut rester encordé.


Il s'agit donc d'une véritable petite course en montagne, se développant sur 800 mètres de dénivelé, soigneusement balisée et équipée pour l'assurage : spits de passage et de relais, amarrages et cordes fixes dans la randonnée supérieure. Une expérience certes ludique, mais toujours sérieuse, qui pourrait servir de test à ceux qui envisagent par exemple d'aller au mont Blanc par l'aiguille du Goûter.

Pour avoir gravi les deux via corda des Mottets, je peux préciser que celle-ci est à la fois plus difficile (ou moins facile selon les pratiquants) et de plus d'ampleur en raison de son approche et de sa sortie inattendues. Leur point commun est d'aboutir directement à un lieu où l'on peut se restaurer généreusement, et où l'on est accueilli avec convivialité : la buvette des Mottets dans un cas, le refuge de Lognan (2032 m) dans l'autre.

Acte I : approche sauvage
Dix minutes après le parking des Grands Montets, on dépasse la Crèmerie du Glacier (et l'héliport) et suit un sentier bien tracé qui, bientôt, débouche dans une gorge étroite. Des panneaux EDF nous signifient que nous sortons du monde civilisé. Tout comme en hiver, d'ailleurs, quand on va gravir les cascades dites de La Crèmerie, situées sous la piste de ski de Pierre à Ric. Des souvenirs hivernaux !


Le cheminement ressemble étrangement aux moraines de la Mer de Glace, mais avec un torrent qui coule au milieu. Il faut passer sur sa rive droite, et donc le traverser “au mieux”. On se trouve dans une zone qui, il y a seulement vingt ans, était encore remplie de la glace de la langue terminale du glacier. Lorsque la gorge s'élargit (on est à peu près à l'aplomb de la Pierre à Bosson), on franchit de nouveau le torrent pour rallier la rive gauche, là où démarre l'escalade : marque à la peinture jaune “CLA”. Sur la photo ci-dessous, on en a un aperçu au fond et à droite.


Il y a quelque chose de fascinant à traverser ces lieux sauvages, alors qu'on est à proximité immédiate d'une montagne très aménagée : station de ski des Grands Montets, installations EDF de captage d'eau… Qui l'eût cru ? Qui aurait cru qu'au fin fond de cette gorge se cachaient d'amusantes dalles rocheuses qui attendaient depuis des décennies les grimpeurs ?

Acte II : escalade de dalles

Ce sont pas moins de 11 petites longueurs qui ont été tracées par Zian ! En dénivelé, on ne dépasse guère les 200 mètres. La ligne directrice, en diagonale et complétée de traversées (marche), représente beaucoup plus en mètres d'escalade. On peut gravir ces longueurs en (bonnes) chaussures de randonnée – des Vibram sont recommandés.
Les passages de 4b en paraîtront d'autant plus délicats, petites prises de pied et presque rien pour les mains… Après les six premières longueurs, on traverse quasiment de niveau puis on remonte deux nouvelles longueurs d'escalade, jusqu'à une terrasse spacieuse, tapissée de mousses vertes : la “Nationale 7” (photo ci-dessous, vue sur le glacier imprenable).


En chaussures de randonnées, il faut retrouver des réflexes anciens – ou les acquérir pour les plus jeunes – et jauger l'adhérence des semelles, inférieure à celle de chaussons d'escalade. Et, ici, le salut ne viendra pas des prises de main, qui ne sont là que pour stabiliser le corps, certainement pas pour le tirer ! Le 4b devient, dans ces conditions, un défi proche du 5b en conditions “normales”. Voilà qui pimente l'expérience.


Bien sûr, il n'est pas indispensable de tirer toutes les longueurs en relayant, à condition que tant le premier de cordée que le second sachent communiquer pour éviter tout problème. Zian s'arrêtera bien quelques fois pour veiller à ma progression. Globalement, l'escalade peut être rapide si on se coordonne bien. Et rien n'empêche de rester bons-vivants, en prenant un casse-croûte sur le “parking” de la nationale 7 !

Ci-dessus : un OVNI nous surveillait… Comme quoi, même en ces lieux sauvages, tout peut arriver !

Les trois dernières longueurs figurent parmi les plus belles : un joli finale. Traversée sous un ressaut (attention à la tête !) le long d'un étroit balcon ; franchissement d'un bombement un peu plus redressé que les autres – 4c, « Ne tape pas sur le rocher, il ne t'a rien fait ! » observe Zian tandis que je tente de faire adhérer la main gauche avec vigueur ! ; traversée horizontale sur une dalle inclinée sans aucune prise de main, imposant de tester l'adhérence de la totalité des semelles.

Acte III : randonnée dans la jungle


Le regard concentré sur le rocher, je n'avais pas vu que l'ambiance devenait spectaculaire : on se trouve juste au-dessus du glacier fossile, cette langue glaciaire désolidarisée depuis deux décennies de sa source. Au fond, la muraille de séracs qui en atteste.

Curieux mélange : nous sommes dans un monde perdu, avec les traces de la civilisation au-dessus de nos têtes – le téléphérique EDF, qui dessert la prise d'eau.
Une balise jaune propose soit de monter, soit de descendre. En effet, les amateurs d'escalade plus difficile pourront faire un rappel de 15 mètres jusqu'au glacier, et aller gravir l'éperon à Kikounet, 4 longueurs en bon 5b pour lesquelles des chaussons d'escalade sont recommandés ! Ce n'est qu'une option. On peut tout aussi bien partir droit au-dessus, dans la “jungle”… Une jungle très civilisée cependant.
Ci-contre : le “monchu” ravi de son “aventure alpine”. L'éperon à Kikounet est visible à droite du chapeau !

Bref rappel historique : dans la première moitié du XXe siècle, alors que glacier était incomparablement plus volumineux, il était possible de le traverser, comme en atteste la vieille carte reproduite ci-contre (relevé de 1948). Un sentier descendait donc du refuge de Lognan, tandis qu'un autre, sur la rive droite, permettait de rallier ensuite le Planet. De nos jours, le sentier, devenu inutile et ne débouchant sur rien, est désaffecté… Sauf que Zian l'a exhumé de la couche de rhodos, herbes et arbustes qui l'envahissaient, retrouvant son tracé primitif. Encore fallait-il parcourir la zone mise au jour par la décrue du glacier, soit plus de 300 m ! Sur la carte, la glace est à 1875 m environ. Aujourd'hui, elle est sous les 1400 m… Le parcours des 300 mètres de la “jungle” pourrait faire l'objet d'une cotation “rando” difficile. R4 par exemple ! Ici, le terrain a été certes tracé (au coupe-coupe, comme dans les vraies jungles), mais il est souvent humide, herbeux bien sûr, et les cailloux qui le jalonnent manquent d'adhérence. Si la progression est facilitée par quelques cordes fixes, et même une chaîne datant des origines du sentier, il faut rester encordés, quitte à faire quelques relais pour s'assurer.

Un gros arbre, entouré d'un câble, marque la fin des difficultés. Un “broc” – ou “brai” – a été posé là par Zian afin d'annoncer votre retour à la civilisation. Au-dessus, les lacets réguliers de ce “sentier des Vieux” mène en une demi-heure au refuge, que l'on n'aperçoit qu'au tout dernier moment. C'est l'heure des agapes !


Le topo d'Aventures Alpines à Lognan


L'ensemble de l'itinéraire fait l'objet d'un balisage à la peinture jaune. Dans la première partie, le cheminement peut évoluer en fonction des caprices du torrent. La “via” évolue en terrain certes signalé, mais l'ensemble se situe dans un domaine “montagne”, avec ses aléas et les précautions qui en découlent, en particulier le débit du torrent, à estimer et surveiller. À noter que l'escalade n'est jamais facilitée par des artifices. La randonnée “jungle” est, en revanche, complétée de quelques cordes fixes.

Le dénivelé représente 800 mètres au total, une jolie bambée. Un horaire moyen pour parcourir l'itinéraire est de l'ordre de 4h30 : 1 heure d'approche, 2 heures d'escalade, 1h30 pour la randonnée conclusive. Mais on peut mettre beaucoup plus de temps – ou beaucoup moins si l'on a un tempérament de “trailers”.
Descente au choix… par le téléphérique de Lognan (à 20 minutes du refuge) ou par les sentiers habituels (1h30).
Matériel : 6 dégaines et une corde de 40 mètres.

mercredi 3 septembre 2014

Un doublé aux Chéserys

Les qualités de la falaise des Chéserys, au-dessus d'Argentière (Haute-Savoie) sont connues : accès aisé, rocher agréablement sculpté, itinéraires nombreux, microclimat tempéré, environnement magnifique… Elle n'a qu'un seul défaut : la hauteur des voies se limite à 100-160 mètres – à l'exception de la voie “Aubade” (200 m). D'où l'idée d'enchaîner deux itinéraires. Plus de 300 m d'escalade, un joli chiffre, qui exige cependant plus de persévérance qu'une ascension d'une traite, car la première descente en rappels rompt le rythme et déconcentre, même si, en un sens, elle permet aussi de se reposer les muscles.

D'où cette formule qui résume bien notre journée du 3 septembre :
« Aux Chéserys, un unique itinéraire laisse sur sa faim ; mais deux itinéraires, ça rassasie ! »


Épisode 1 : la voie “Greg-Buffat” - une coproduction réussie
Comme les chansons des Beatles, cette voie a deux compositeurs. Le McCartney, c'est Greg Liscot, qui l'a ouverte en 1997 ; le Lennon – les Lennon en réalité – ce sont Sylvain et Julie Ravanel, qui ont complété l'équipement et ajouté trois longueurs plus soutenues que la sortie originale, en 2000. Il en résulte un joyau très homogène en 4c.

Après les trois longueurs originales en dalles, ce sont trois passages bien typés qui s'enchaînent : un mur raide, au rocher sombre, bien prisu ; une dalle en traversée aérienne (ci-dessus), et enfin une petite fissure dans laquelle une main peut se coincer en guise de conclusion.

Sous la conduite de Zian Charlet (ci-contre), j'ai donc eu la joie de gravir ces six longueurs en une heure, les progressions à corde tendue ayant réduit les arrêts-relais. De quoi sentir les muscles des cuisses, bien plus sollicités que ceux des bras étant donné le style des passages. Avec un expert en rappels, la descente a été tout aussi rapide, trois longs rappels “à discrétion”, entrecoupés de petites désescalades.

Outre les photos qu'il a eu l'amabilité de prendre, Zian s'est improvisé vidéaste pour ces deux petites séquences, sous-titrées “de l'art d'assurer son client tout en le filmant” ! Vous remarquerez le vent – les brins d'herbe s'agitent, la concentration du second, dûment casqué…

Première partie



Seconde partie




Épisode 2 : la voie “La Rousse” - exigeante et espiègle
Honte au blogueur : il m'aura fallu deux ans pour comprendre pourquoi l'équipe “Grobéty” a baptisé trois de ses voies de dénominations thématiques sur les couleurs de cheveux ! En effet, “la Brune”, “la Blonde” et “la Rousse” (2009) sont chacune voisine des itinéraires historiques, désignés par trois couleurs : Noir, Jaune et Rouge. Tout simplement ! Si la première est au-delà de mon niveau (6a obligatoire) et donc inenvisageable, la seconde m'avait procuré d'agréables moments d'escalade en octobre 2012, en dépit d'une ampleur limitée.

Alors, quid de cette “Rousse” ? Le topo était attrayant avec ses longueurs en 5b. Idéal après l'échauffement de la Greg-Buffat. À une nuance près : un surplomb coté 6a. Je retrouvai là la configuration de la voie Spitnik aux dalles de Pré-de-Bar, qui oppose un passage déversant et athlétique au milieu d'une ambiance de dalles. Par goût – et surtout par constitution physique – les surplombs ne m'attirent guère. L'au-delà de la verticale me turlupine par construction !


Après trois longueurs homogènes en 4c avec de nombreux passages de 5b (voire un chouïa au-dessus), on relaye à droite d'un ressaut noirâtre. Le surplomb annoncé impressionne : à l'ombre, légèrement humide, haut de quelque quatre ou cinq mètres et sans aucun doute déversant (flèche sur la photo ci-dessus).

Son franchissement est acrobatique, les mouvements complexes, au point qu'on peut se demander si une prise-clé n'a pas cassé depuis l'ouverture. Par bonheur, les deux spits très proches autorisent quelques mouvements d'“A-zéro” pour un grimpeur de mon niveau, même s'il faut s'employer pour se rétablir au-dessus du dévers, en prenant garde à démousquetonner à temps, sans pour autant récupérer trop vite le matos.

L'avis du guide sur le passage reste dubitatif, au point qu'il s'autorisa deux essais. Il est vrai que ce dévers un brin tordu tranche singulièrement sur le style et le niveau d'ensemble de l'itinéraire. C'était semble-t-il le seul moyen d'accéder à la partie supérieure, très belle avec ses passages de 5b en fissure ou bombement, pas si évidents que cela ! On absoudra donc les ouvreurs, les remerciant sincèrement d'avoir découvert cette “Rousse” exigeante et espiègle, un caractère somme toute très juste – l'auteur de ces lignes en parle en connaissance de cause !

Ci-dessus : le franchissement du “mini-surplomb” au départ de L3.

Une heure trente d'escalade cette fois, pour une hauteur qui doit friser les 170 m. La descente en rappels gagnera à rejoindre la voie “Rouge”, ce qui évite de franchir le surplomb en rappel (relais désaxé) et réduit leur nombre tout en déposant les grimpeurs à proximité immédiate du départ, extrêmement proche. À ce propos, le nom peint au pied de la voie s'est effacé : il ne subsiste que le “L” de “La Rousse”, repérable sur un minuscule éperon arrondi placé sous un dièdre-cheminée de 4 mètres.

Nous avons eu le privilège d'être les seuls grimpeurs dans ces deux voies… quoique ! D'autres pratiquants, à l'aisance remarquable, s'étaient invités dans le voisinage.

Le topo de la voie Greg Buffat
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Ouverture : Greg Liscot (1997), compléments d'équipement et variante de sortie (70 m) par Sylvain et Julie Ravanel (septembre 2000).

Nous avons essayé d'apporter le plus grand soin à l'échelle de chaque longueur, sans cependant être certains de l'avoir parfaitement respectée.

La descente en rappels peut s'effectuer de plusieurs façons, certaines longueurs atteignant à peine 30 mètres. Attention toutefois aux risques de devoir désescalader des sections faciles, mais néanmoins exposées, avant de trouver l'ancrage suivant.
Le topo de la voie “La Rousse”
Cliquer sur l'image pour zoomer

Ouverture : André et Jacqueline Grobéty (septembre 2009).

Au départ de L2, un spit d'assurage avant de traverser une zone herbeuse est assez difficile à repérer. Mais il est bien là…
Le “mini-surplomb” en tout début de L3 se franchit par un pas athlétique très bref (le relais fournit un joli point d'aide !). Il s'évite facilement par la gauche.
Le “maxi-surplomb” de L4, avec deux points d'aide, est déjà athlétique et violent ; en libre, c'est un morceau de bravoure !
Il ne subsiste pas grand-chose de l'inscription à la peinture noire au pied de la voie, mais le dièdre cheminée encaissé et couronné d'herbes est assez aisément repérable, juste après avoir tourné l'angle de l'éperon séparant la voie “Rouge” de la voie “Rousse”.
Descente en 4 rappels avec compléments de désescalade possible (cordes de 50 m).

Les clins d'œil du hasard m'étonnent toujours. En redescendant vers Trélechamp, nous avons croisé un père et sa fille… une petite rousse ! L'ardeur avec laquelle la petite montait et redescendait sur tous les petits rochers qu'elle rencontrait augurait bien de l'avenir : peut-être ira-t-elle un jour gravir la voie qui porte son nom…

Et un grand merci à Zian pour m'avoir permis de passer ces heures merveilleuses aux Chéserys.

Si André et/ou Jacqueline Grobéty consultent cet article, je serais ravi de les remercier pour leurs itinéraires des Chéserys, et de discuter avec eux des circonstances de leur ouverture. Voir la page contact pour l'adresse de courriel. Merci !

Addendum juillet 2015
Hervé Thivierge, guide à Chamonix, publie régulièrement des topos sur son site web. Le 4 juin 2015, il a gravi la voie La Rousse. Il est toujours intéressant de comparer les cotations entre topos. Sur le sien, la L1 est cotée 5c. Est-ce que la dalle après la cheminée est plus difficile que je ne l'avais ressenti ? Le mini-surplomb du début de L3 est confirmé en 5c (ainsi que son évitement en 4b). Le crux reste en 6a (ou A0). Et le petit pas lisse et délicat de L5 confirme mon sentiment : 5c également.
Voir le sommaire complet des topos sur le site de Hervé Thivierge.

dimanche 31 août 2014

Un Président sur le fil

À bien des égards, la métaphore de l'alpinisme colle à la situation de notre Président de la République.

Nous choisirons pour cette métaphore la traversée Midi-Plan (massif du Mont-Blanc), vous allez comprendre pourquoi.

Cette course de haute montagne consiste à “traverser” de l'aiguille du Midi à l'aiguille du Plan, en cheminant sur une crête étroite et vertigineuse – une “arête” en langage d'alpinisme. L'aiguille du Midi s'atteint aisément grâce à un téléphérique, en deux tronçons, nous conduisant de la vallée (1000 m d'altitude) au sommet (3842 m).
Deux tronçons… comme ces deux tours qui conduisirent François Hollande au sommet, la présidence de la République.

Que faire, une fois là-haut ? Aller au mont Blanc, le Toit de l'Europe ? Notre alpiniste-président préféra commencer par la traversée vers son “plan” économique. Un cheminement délicat, vertigineux et aérien, avec sans cesse la crainte de tomber d'un côté ou de l'autre : soit du côté de l'austérité budgétaire, soit du côté de la prodigalité dépensière, soit du côté de la politique de l'offre, soit du côté de la politique de la demande… Rester sur le fil est son obsession. Être sur le “midi”, au milieu, toujours le compromis.


Durant deux années, il avança lentement, mais sûrement, plaçant un pied devant l'autre avec circonspection. Il franchit quelques obstacles, prit un peu d'altitude, redescendit quand c'était nécessaire, remonta, mais sans atteindre de sommet.
Puis le mauvais temps est arrivé. Le vent s'est levé. Il a dû alors ralentir, au risque de faire la dernière glissade. Peu confiant dans ses compagnons de cordée, il ne cessa d'en changer, leur intimant l'ordre de descendre dans la vallée et d'en faire monter de nouveaux.

Et le voici presque “en solo”, chahuté par les bourrasques, sur le point de s'arrêter et… d'attendre qu'un hélico vienne le secourir.
Or, l'hélico de la croissance ne parvient pas à décoller. Ses pales tournent, il reste au sol, comme un ventilateur brassant l'air. L'équipage attend une météo favorable, tout autant que son chef, isolé et perdu dans la tempête…


samedi 23 août 2014

Le petit paradis du petit Belvédère

“Improbable” ? Le terme est à la mode. À ne pas confondre avec “impossible”. Et pourtant ! En cet été à la météo exceptionnellement capricieuse, avec un calendrier ne laissant que quelques jours de disponibles, la “probabilité” de retourner en montagne nous paraissait bien ténue. Benoît serait dans la vallée du 18 au 21, et je ne sus qu'au dernier moment que je pouvais me libérer… Il fallait enfin que notre guide puisse nous consacrer une journée. Le 18 avait été choisi un peu au hasard…

Ça commençait mal : en dépit d'un beau temps radieux, le téléphérique des Grands Montets avait ouvert en retard. Un vent à 80 km/h en était la cause, soufflant depuis le sud-ouest. Notre objectif, la petite aiguille Verte, semblait bien compromis. Les tickets sont néanmoins achetés. Alea jacta est.

Là-haut, l'ambiance n'a rien de “bucolique”* : une cordée semble avoir renoncé à la petite Verte ; des vagues de neige volante balayent les alentours de la rimaye à toute allure. On imagine aisément l'inconfort du secteur… Que faire ?


Zian, notre guide, a plus d'un tour dans son sac – outre le matériel d'escalade. Nous nous équipons à proximité d'un dameur, non par amour pour l'engin, bien peu “mountain wilderness”, mais pour la simple raison qu'il nous abrite du vent…


Trop de vent côté petite Verte ? Qu'à cela ne tienne, nous partons sur le versant opposé, poussés par une jolie brise – comme dirait le capitaine Haddock. Zian le sait : la rimaye du col des Grands Montets est cette année détestable. Elle pourrait nous interdire l'accès au glacier des Rognons. Il n'en est heureusement rien, et elle est franchie in extremis, tout contre les rochers, ultime passage “improbable”.

Le sourire nous revient, dans une belle neige immaculée toute récente. Au fait, où va-t-on ? Au refuge d'Argentière, dont c'est l'une des voies d'accès ? Pas du tout. Zian a proposé une petite course connue des guides, mais peu répertoriée, répondant à la dénomination attrayante de “Petit Belvédère”. Cette nervure orientée grosso modo nord-est descend du sommet de l'aiguille des Grands Montets en direction du glacier d'Argentière. J'en ai une petite idée pour en avoir gravi l'ultime ressaut quelques années auparavant.
Nous allons cette fois la gravir presque intégralement, en s'approchant du fil de l'arête, le long de deux ressauts reliés par une section en neige bordée de petites aiguilles de granite.


En face, le Chardonnet (3824 m). Juste à gauche, l'arête du Petit Belvédère, que nous allons contourner en passant sous la petite aiguille bien visible.


Un amoncellement de granite qui ne manque pas d'allure ! Zian se dirige vers l'attaque, située sous un énorme bloc en surplomb.


Les apparences sont trompeuses : pour se rétablir sur l'écaille grise, un bref exercice de “dry-tooling” est recommandé, piolet coincé dans une fissure. Puis il suffit de traverser vers la gauche, là où Zian a établi un relais sur coinceurs, et conseille ses clients sourire aux lèvres… Se moquerait-il ? Il n'oserait pas !


Le relais (et-châteaux**) propose en prime un confortable siège. Benoît observe la progression de notre guide, ignorant malgré lui l'aiguille d'Argentière et le glacier homonyme, paysage de rêve.


Très jolie longueur d'une vingtaine de mètres, garnie juste ce qu'il faut de neige pour faciliter la progression dans une cheminée étroite et rectiligne. Le relais est établi sur becquets, dans la plus pure tradition Charlet-label 4 générations ® (dixit notre guide).


Au-dessus, louvoiements dans des blocs, selon inspiration du guide, que les clients suivent sans barguigner, évitant toute improvisation. Les crampons crissent sur le rocher, il est bienvenu de balayer devant soi pour examiner le granite sous-jacent. Tout cela est agréablement ludique !


Encore une longueur “père Noël”*** et nous débouchons au sommet du premier ressaut. Le second est rejoint par un cheminement aisé dans la même neige immaculée que précédemment.


Même si le soleil donne, la température reste basse : le vent climatise l'atmosphère, venant buter contre l'arête, à quelques mètres de nous.


Le second ressaut est plus aérien, car nous allons progresser sur le fil, ou à proximité immédiate. La Verte se révèle alors à nos regards – du moins lorsque nous ne cherchons pas les prises.


Le passage le plus délicat de la course est probablement cette cheminée étroite, au rebord droit assez lisse, dans lequel la “lecture du rocher” exige de prendre du recul – serions-nous presbytes ? Point de salut au fond de la fissure. Un coincement de pied gauche, un peu d'adhérence du droit, et ça devrait passer. Une cotation de 3c, voire 4a – à confirmer par les répétiteurs comme disent les topos vintage.


Au-dessus, c'est un nouvel épisode “danse avec les blocs”, avant de rejoindre à nouveau le fil de l'arête, sur une petite vire aérienne. De là, une dernière longueur en cheminée conduit à une antécime…


…ou un avion nous salue, tandis que la Lune trône juste au-dessus du chapeau (mythique) de Zian.
(Vous pouvez zoomer en cliquant sur la photo afin d'observer ces phénomènes surnaturels).


La dernière partie de l'itinéraire n'a rien de “sauvage”, reconnaissons-le. Tout au plus aurons-nous la satisfaction de procéder comme à l'aiguille du Midi : enjamber la rambarde de la plate-forme sommitale, au mépris du vide abyssal qui nous entoure (du moins est-ce le message que nous tentons de faire passer, personne n'étant présent pour le recevoir, contrairement à l'aiguille du Midi précitée, argument supplémentaire pour choisir les Grands Montets pour votre prochaine expédition touristique. Nous allons fermer la parenthèse bientôt, c'est promis. Ici :)


Au générique, de gauche à droite : Zian, le guide, Benoît et Jean-Luc, les monchus****.
Sans oublier “les” Verte, grande et petite, tout à gauche de la photo.

Et en prime, parce que nous aimons nos lectrices et lecteurs, un petit topo, sachant que les cheminements possibles sont nombreux. À ne pas prendre au pied de la lettre : l'épaisseur du trait peut recéler des prises cachées…

L'arête du Petit Belvédère à l'aiguille des Grands Montets (3297 m), pour une ascension de 150 mètres environ, variée et amusante, à entreprendre plutôt par bonnes conditions d'enneigement (déconseillé si trop sec).

On peut évidemment éviter le premier ressaut, ce qui est dommage si l'arête est l'objectif principal. Au début du second ressaut, une fissure (non équipée) semble utilisable, moyennant une escalade de 4c ou 5a (évaluation “à vue” sans la gravir).

Voir aussi l'itinéraire sur Camp To Camp : http://www.camptocamp.org/routes/551915/fr/aiguille-des-grands-montets-arete-du-petit-belvedere

GLOSSAIRE (parce que nous tenons à contribuer à l'enrichissement du veau qu'a bu l'air des internautes)

* Bucolique : campagnard et tranquille, au milieu des moutons, des herbages et des bergères.
** Un relais “et-châteaux” se distingue par son confort et sa vue imprenable.
*** En termes techniques : cheminée en conditions hivernales, remplie de cadeaux abandonnés.
**** Alpinistes conduits par des guides, se révélant, selon leur humeur, des sarpés ou des lanciers.

mercredi 16 juillet 2014

Les économies, c'est pour les autres !

Jean-Christophe Fromantin est maire de Neuilly et député des Hauts-de-Seine. Il envisage de se présenter à la direction de l'UDI.  Mardi 15 juillet, il était l'invité du matin sur France-Info, à 8h15.


L’UDI Fromantin juge "grotesque" la réforme... par FranceInfo

Dans ses réponses aux questions d'Edwige Coupez, il a très logiquement critiqué les déclarations de François Hollande de la veille, en particulier sur les questions budgétaires :
« Il nous dit qu'il est prêt à s'affranchir de l'engagement qu'il a pris auprès de Bruxelles de respecter la trajectoire de stabilité, en l'occurrence les 3%, puisqu'il annonce qu'il a déjà, dans la foulée de Renzi, envie de négocier une remise à plat de ces 3% […] Il dit : “j'ai envie de faire éclater cet accord”, cet engagement pris par la France d'être plus vertueuse en matière de respect des déficits. »
Être “vertueuse” au regard des déficits. Une exhortation claire. Or, qu'avait déclaré le même Jean-Christophe Fromantin au tout début de son interview ? Edwige Coupez lui avait demandé son avis sur la réforme territoriale, en cours de discussion au parlement, qui a notamment pour objectif “de faire des économies, 12 milliards d'ici 10 à 15 ans”. Qu'avait-il répondu ?
« Au-delà de ça, je pense que ce n'est pas bon d'aborder ce type de réforme qui vise à reconfigurer la France pour faire face aux enjeux du XXIe siècle en parlant d'économies. Au contraire, l'idée est de travailler notre territoire pour qu'il puisse redonner une perspective de croissance »
Avouez qu'il y a de quoi être perplexe ! En remplaçant le mot “territoire” par celui de “pays”, on retrouve exactement ce que M. Fromentin dénonce comme étant la “doctrine Montebourg” (avec des guillemets, a-t-il précisé), qui limite les efforts de réduction des déficits, doctrine qu'il dénonce comme étant irresponsable et dangereuse.

Conclusion : il faut faire des économies, mais elles sont toujours “pour les autres”. Un grand classique désormais. On songe à ce propos au verbe qui a désormais cours dans toutes ces discussions budgétaires : “sanctuariser”. On sanctuarise à tour de bras, le budget de la défense un jour, celui de la culture le lendemain, celui de l'éducation le surlendemain. On peut le souhaiter, mais alors cesser de prôner des “économies”. Si le budget se transforme en un “sanctuaire”, impossible d'oser le “profaner” !

mardi 1 juillet 2014

Amende record pour BNP-Paribas

Brève réaction à l'amende de 8,8 milliards de dollars que va devoir payer BNP-Paribas à la justice américaine.
L'imprudence de la première banque française a de quoi abasourdir.
En entendant à la radio que son dirigeant évoquait des “erreurs” et des “dysfonctionnements”, on l'est encore plus. Allons-y franco : pourquoi ne pas plaider l'erreur informatique, pendant qu'on y est ?  Assumer des décisions qui ne pouvaient être que délibérées serait tout de même plus honorable !

En tant que simple observateur, une chose me paraît essentielle : que ces 6,5 milliards d'euros ne soient pas déductibles des bénéfices du groupe bancaire. Le contribuable français a déjà participé à la perte de la Société Générale (5 milliards) par le biais de son imputation sur l'assiette de son IS. Ce serait cette fois… scandaleux, le terme s'impose. Rappelons que les amendes encourues par des salariés d'entreprises au volant de leurs véhicules de fonction ne sont jamais remboursées en frais professionnels. Alors, une amende (pénale) aux USA ne peut pas l'être !

Soyons conscients de l'échelle des valeurs : le budget de la Culture français pour 2014 est de 7,2 milliards, par exemple. Pour BNP-Paribas, qui fait partie des entreprises qui se targuent de “créer de la valeur”, il a matière à réflexion.

Petite digression historique : la BNP était née en 1966 de la fusion entre la BNCI et le CNEP (Banque Nationale pour le Commerce et l'Industrie, Comptoir Nationale d'Escompte de Paris). Le personnel du CNEP avait alors détourné le sigle en “Comme nous étions peinards”… avant la fusion. Le concours d'idées est lancé pour décliner les 3 lettres B, N et P !

vendredi 27 juin 2014

Courage… Fillon !

J'avais toujours pensé que François Fillon était un “faux mou”. Exaspéré par les “ruptures partielles” et les “petits pas” de celui dont il fut le zélé collaborateur, il vient de dévoiler un programme de “rupture totale”. Voilà qui semble apporter la preuve de sa dureté… quoique !

Une charretée de réformes vraiment “structurelles”, selon 8 axes – rien de moins !

Tout d'abord, briser le fameux “verrou” des 35 heures, tant dans le privé que dans le public. L'ancien premier ministre propose de revenir aux 39 heures. Mesquin ! Pourquoi se bloquer sur un autre “verrou” datant de Mitterrand ? Pourquoi ne pas “revenir” aux 40 heures… du Front Populaire ? Encore un symbole de gauche. Que nenni ! La durée du travail devrait être le maximum européen : 48 heures. Dommage !

Supprimer un jour férié du mois de mai. Quelle timidité ! Tout le monde sait que les Français abusent des jours fériés. Je serais, pour ma part, favorable à la suppression de tous les jours fériés, en les transformant en “journées de solidarité” diverses et variées : pour financer les bonus des traders, pour compenser la suppression de l'ISF, pour indemniser les footballeurs blessés, pour mieux équiper les armées, le concours d'idées est ouvert !

“Améliorer l'efficacité de l'indemnisation du chômage”. Soyons ef-fi-caces ! M. Fillon propose une dégressivité des indemnités, afin d'accroître l'incitation à la reprise du travail. Coupable concession : si l'indemnisation du chômage incite à l'inactivité alors l'inverse est vrai : la non-indemnisation du chômage incite à… l'activité. Supprimons donc toute indemnisation. CQFD.

Revoir l'indexation du SMIC en “se basant sur des comparaisons internationales”. Bien vu ! Comparons notre salaire minimal à ceux d'autres pays européens comme la Hongrie ou la Roumanie (environ 120-130 euros). Des marges de compétitivité à trouver !

Alléger les prélèvements sur les entreprises grâce à une hausse de 3 points de la TVA. Mais attention, une hausse “modulée”, ne confondons pas. Qu'est-ce que 3 malheureux points ? Je suis pour ma part favorable à une TVA à 33% sur tous les produits. La consommation est un luxe, soyons-en conscients à l'heure de la “décroissance”.

Repousser l'âge du départ à la retraite à 65 ans. C'est un minimum ! N'oublions pas que cet âge légal était déjà en vigueur dans les années 1960. Or, depuis, l'espérance de vie a considérablement augmenté. 70 ans, ça sonne plus “structurel” – du moins à mes oreilles.

Je m'étais trompé… Désolé ! François Fillon est donc un “faux dur”, voire un “faux derche” s'il n'explique pas comment il imposera de telles réformes aux Français sans qu'ils ne réagissent.

En tout cas, la conclusion s'impose : “Courage… Fillon” – si on le soutient – “Courage… fuyons !”, s'il devait parvenir au pouvoir.


mardi 10 juin 2014

Les ambigüités du statut des intermittents du spectacle

À la lecture d'articles de journaux et déclarations des intéressés, on ressent parfois le besoin de tenter de clarifier un débat… tout en étant conscient de n'en pas maîtriser tous les aspects. Mais qui n'essaye rien, n'a rien !

Le statut des intermittents du spectacle, donc.

Ambigüité n°1 : le mot “chômage”
Le régime des intermittents du spectacle appartient au régime d'indemnisation du chômage.
L'appellation nous paraît inexacte, voire impropre. Un exemple pour mieux comprendre.
Imaginons que les enseignants (école, université) ne soient payés qu'à l'heure de cours. On comprendrait aisément qu'un régime des “intermittents de l'enseignement” leur rémunère les heures de préparations de cours, de corrections de copies d'examen ou de recherche et autoformation. Or, ce ne serait à l'évidence pas l'indemnisation d'un chômage (inactivité) mais d'activités non prises en charge par leur employeur.
Il en est de même pour les artistes qui doivent affiner et améliorer leur art, concevoir et écrire leurs numéros, répéter quotidiennement en pratiquant (voix, instrument de musique, etc).

La logique supposerait, au choix, deux choses :

1. Soit que les prestations des artistes soient facturées à leur prix réel, incluant l'ensemble du travail périphérique nécessaire. Conséquence : les employeurs privés devraient augmenter les prix de vente des spectacles, les employeurs publics devraient mobiliser plus de fonds (d'où des impôts et / ou des dépenses publiques plus élevées). Le déficit du régime de chômage disparaîtrait, mais les besoins budgétaire de la culture augmenteraient.

2. Soit que le supplément d'indemnisation nécessité par le maintien de prestations à l'évidence sous-facturées soit affecté officiellement, clairement et sans ambigüité au budget… de la culture, qui soulagerait d'autant celui de l'UNEDIC. Personne ne semble souhaiter adopter ce parti, pour toute une série de raisons. Ce serait pourtant clair et logique. Et on cesserait alors de considérer les intermittents comme des paresseux qui passent la moitié de leur temps au chômage, ce qui est à l'évidence faux. Un soupçon de jugeote et de bonne foi suffit pour s'en convaincre.

Ambigüité n°2 : les artistes et les techniciens
Sans qu'il soit aisé de distinguer de façon simple et sans contestation possible les artistes des purs techniciens, force est de reconnaître que le régime des intermittents techniciens ressemble plus à un régime d'intérimaires dont on rémunère les périodes de non-travail qu'à un régime destiné à financer leurs travaux personnels, contrairement aux artistes.
Il nous semble avoir compris (à confirmer) que nombre de chaînes de télévision remplacent les congés payés par un passage annuel et systématique à l'intermittence de leurs employés. Il y a là quelque chose de malsain économiquement. Un salarié d'entreprise ne part pas en vacances financé par… des indemnités de chômage. Sinon, imaginez le déficit de l'UNEDIC, il serait abyssal !
De même, si une entreprise de télévision n'a besoin de techniciens qu'un jour par semaine, on ne comprend guère pourquoi le régime des intermittents doive payer le technicien les autres jours. Songeons aux caissières de supermarché, souvent employées deux fois deux heures à deux endroits différents dans la même journée. Pourquoi un régime d'intermittence ne leur verse-t-il pas le mi-temps non payé (alors qu'il n'est pas utilisable pour faire un autre métier en raison de la proximité des périodes de travail) ?

Ambigüité n°3 : l'assistanat à des structures privées
D'une façon générale, le régime de faveur dont bénéficient les entreprises de l'audiovisuel est de moins en moins justifié. En quoi de grandes structures ultraprivées telles que TF1 doivent-elles bénéficier d'aides publiques indirectes, elles qui sont les premières à dénoncer l'assistanat ? À tout le moins, ces financements de l'activité audiovisuelle courante (au sens en principe répétitive et régulière) devraient être affectés autrement : fonds d'aide à l'audiovisuel si on le juge nécessaire, pourquoi pas une taxe sur la publicité ? Pour l'audiovisuel public, peut-être faudrait-il augmenter la redevance – on entends déjà les hauts-cris des contribuables – pour financer les techniciens employés à temps très partiel, plutôt que de mettre en péril le régime d'indemnisation du chômage stricto sensu qui n'y est pour rien. Il faut placer les déficits là où ils se trouvent effectivement, et pas les déplacer pour masquer leur origine.

Le titre de ce blog, une fois encore, servira de conclusion. Oui, on dirait que j'exagère… mais, en toute franchise, n'y a-t-il pas de ça, cette fois, et “beaucoup” de ça ?
Au plaisir de lire des commentaires, n'hésitez pas, mais dans le sens constructif et argumenté, hein, pas dans le style "Tous des cons !", ça, on n'en a rien à faire, sincèrement.

jeudi 22 mai 2014

SNCF-bashing

Il y a quelque chose qui me dérange, dans la nouvelle campagne de “SNCF Bashing” qui déferle.
Oui, il s'agit de ces rames TER “trop larges” nécessitant des aménagements des quais des gares.

Acceptons d'examiner ces points :
1. Lorsque les TGV ont été mis en service, les quais ont été modifiés dans presque toutes les gares qui les reçoivent -- on n'a pas “hurlé” à l'erreur fatale et demandé la démission du président de la SNCF.
2. Lorsque des nouvelles rames de banlieue ont été mises en service, mêmes travaux (je me souviens pour ma part de la modification des quais du métro parisien, surélevés lors de la mise sur pneus de la ligne 6).
3. On annonce 50 millions de travaux.
4. La SNCF a commandé quelque 340 rames. Sur le long terme, ce sont 2000 rames nouvelles de ces TER qui seront construites.

Un rame coûte environ 10 millions d'euros pièce.
Rien que les 340 rames représentent un investissement de 3,4 milliards d'euros… à comparer aux 50 millions de travaux de modification des quais. Le pourcentage ? 1,5%

Quand bien même cet investissement serait – soyons larges – du quadruple, soit 200 millions, et qu'on les compare au prix des 2000 rames prévues, le pourcentage baisse à 1%.

Est-ce réellement “un scandale” que des travaux complémentaires représentent 1% (et encore, sur cette base “quadruplée”) de l'investissement ?

lundi 19 mai 2014

Les bras m'en tombent…

À la lecture des “professions de foi” des listes électorales, reçues ce lundi, les bras m'en tombent (vous allez comprendre pourquoi). Le désespoir saisit parfois le blogueur pourtant intéressé par la politique – si, si, ce n'est pas une blague. Et comme l'humour est la politesse du désespoir, nous allons ici nous attacher à être… polis.

Règle du jeu : associer à chacun de ces 12 numéros le nom de la liste qui se présente

1. Ce matin, donc l'heure du réveil a sonné (la France qui se lève tôt), et donc… Debout la France !
2. Les métaphores ont leur saveur : ne baissons pas les bras… et reprenons la main. Comme nous vous le disions supra, “les bras m'en tombent : j'en donnerais ma main à couper !” Ne soyons ni mesquins, ni manchots, ajouterions-nous volontiers.
3. Un nouveau parti voit ses adhérents exploser : il est vrai que 47 adhérents, c'était déjà beaucoup.
4. Ah, la “famille” et les “questions de société”. Qu'entendez-vous par là, chers amis ? Que l'Europe n'aurait pas les mêmes “valeurs” que vous ?
5. Certains proposent “la chaise vide” tout en “tapant du poing sur la table”. Ne restons pas assis sur la chaise, debout, donc, et renversons-là ! (NB : la table, mieux vaut préciser)
6. D'autres ont trouvé la solution. Comme dirait Charlotte Julian : “Allez hop ! tout l'monde à la campagne, Allez hop ! le soleil nous attend, Tous les petits oiseaux nous accompagnent, On va se payer du bon temps…”
7. “Notre programme n'est pas électoral”. En voilà, au moins, que l'on ne peut taxer d'électoralisme ! Mais alors… pourquoi voter pour une liste qui ne veut pas être élue ?
8. Les métaphores naturalistes font florès : de quel arbre (et de quels fruits) parle-t-on ? Les fruit défendus du paradis ?
9. “S'opposer au grand”… Mystérieuse allusion. À de Gaulle ? Quand on ne sait pas ce qu'est un “paragraphe solidaire”, c'est ennuyeux, surtout à gauche.
10. “Ne sont pas un vain mot”. Mais quel “mot” alors, parmi tous ceux qui précèdent ? C'est inquiétant, ça…
11. L'overdose de chasses d'eau (pour ceux qui font pipi… debout).
12. Pas de “régions à la hache”, une jolie métaphore bucheronne. Au bouleau, citoyens !

Mieux vaut donc en rire qu'en pleurer. Force est de constater que la rédaction, autant que la relecture, de ces tracts laissent à désirer. La pauvreté des métaphores confine aux actes manqués. C'est dur, la construction (ou, malheureusement, la déconstruction) européenne, non ?

Samedi 24 mai : solution

1. L'heure du réveil a sonné pour la liste “Nous citoyens”. Ils iront voter à l'ouverture des bureaux, de bon matin.
2. Europe Écologie prend les choses “en mains” sans baisser les bras. À bras raccourcis-citoyens aurait été aussi un joli slogan, avec ce “si-si” ressemblant au “ni-ni” d'antan.
3. Le nouveau parti, passé de 47 adhérents en 2007 à 4800 en 2014 répond au sigle de UPR et clame : « Sortons de l'UE ». Un conseil ? Qu'ils montrent l'exemple et sortent de l'Europe, créer leur nation de 4800 habitants.
4. Qui donc a peur que l'Europe réglemente leur vie familiale ? Réponse : l'UMP. La manif pour tous (réservée à quelques uns) est passée par là.
5. La chaise vide et le poing sur la table sont les armes de Nouvelle Donne, s'inspirant de deux personnalités très différentes : de Gaulle et… Margaret Thatcher. L'auteur de la formule des “cabris” allié à la femme de fer réclamant “my money !”
6. Les adeptes de l'exode vers la campagne sont l'Alliance écologiste indépendante. Une vache et un veau illustrent leur tract. Qui a dit que les Français étaient “des veaux” ? De Gaulle, encore…
7. On l'aura deviné : c'est Lutte Ouvrière qui n'a pas de programme électoral.
8. C'est Marine le Pen et son paternel de 85 ans qui veulent juger l'arbre à ses fruits. Mais quels fruits produit l'arbre du Front ? Des poires ? Des grenades ?
9. Le Front de Gauche, lui “s'oppose au grand… marché transatlantique”. La coupure du titre sur deux colonnes expliquait notre lecture dubitative.
10. Les adeptes des “mots” qui ne sont pas “vains” se trouvent dans les rangs de l'UDI. Il faudra donc trouver le “bon mot” parmi ceux-ci : droits de l'homme, liberté et solidarité. Vous n'avez “droit” qu'à une seule réponse. Les autres sont donc vains…
11. C'est M. Dupont Aignan qui focalise sur la réglementation des chasse d'eau.
12. La liste Régions et Peuples Solidaires vante la solidarité, mais avec un découpage de nouvelles régions non pas “à la hache”, mais plutôt… au microscope. À les lire, on aurait vite plusieurs centaines de régions en France. Y compris la mienne : mon immeuble. Et encore, ma cage d'escalier. Voilà “ma” région !

NB : ayant remarqué combien les internautes réagissent au premier degré, cette nota bene de fin de billet rappelle qu'il est placé sous le signe de l'humour. Et donc à ne pas “prendre au mot” !

Dimanche 25 mai : en vraie grandeur, 10h30

En allant voter, surprise : seuls les bulletins de 17 listes sont disposés sur la table (contre 23 en lice). Le président du bureau précise que certaines listes n'ont pas été en mesure de financer l'impression de leurs bulletins. D'après lui, ce serait la première fois que cette dépense serait à leur charge. À vérifier ! Quoi qu'il en soit, la situation était ridicule : pourquoi autoriser tant de listes à se présenter si elles ne peuvent, de fait, recueillir de suffrages ? Anomalie…
Découverte de listes inédites par rapport à celles ci-dessus, comme une liste féministe, une liste fédéraliste et une liste d'espérantistes (praticiens de la langue “espéranto”).
Quant à la participation, à 10 heures, soit deux heures après l'ouverture, seuls 60 électeurs sur 992 inscrits s'étaient déplacés.

Eh ben non : je ne vous dirai pas pour qui j'ai voté ! Non mais des fois : le scrutin est secret, jusqu'à nouvel ordre !