mardi 12 novembre 2013

Dépenses et recettes publiques : quels taux ?

Vous vous êtes peut-être interrogés comme moi sur deux chiffres récurrents à propos des recettes et dépenses publiques, qu'on lit fréquemment dans la presse :
  • Les prélèvements obligatoires représentent 46% du PIB
  • Les dépenses publiques représentent 56% du PIB
Assez logiquement, vous en avez déduit, comme moi, que le déficit serait dans ce cas de 10% du PIB, alors qu'il est d'environ 4% (prévision 2013 à 4,1%).
Une journaliste du Monde m'a aimablement répondu quand je lui ai posé la question.
La différence s'explique par les recettes publiques dites “non fiscales”.
Elles regroupent en particulier (voir cette page du site Performance publique) :
  • Les revenus du patrimoine de l'État
  • Les revenus tirés de ses participations dans des entreprises
  • Des recettes particulières comme le produit des amendes, du PMU, des taxes liées aux jeux (casinos)
  • De recettes dites “avec contreparties directes”, au premier rang desquelles la redevance audiovisuelle (2 milliards d'euros).
  • Les “fonds de concours” – là, c'est plus technique, je n'ai pas vraiment compris…
Quoi qu'il en soit, si l'on additionne les prélèvements obligatoires et ces recettes complémentaires, les 46% précités remontent jusque 52% environ, et l'écart avec les dépenses ressort bien aux 4% du PIB, ce chiffre-clé dont on parle tant. Le fait est que la frontière symbolique de la moitié du PIB concerné par les dépenses et recettes publiques a bien été franchie, ce qui n'est pas neutre en termes psychologiques, politiques et économiques…

Le compte est bon, si l'on peut dire !

jeudi 7 novembre 2013

Angélisme numérique

Roberto Casati, dans son essai pertinent, Contre le colonialisme numérique, déplore le manque d'esprit critique à l'égard de la “numérisation” progressive du monde. Il n'est aucunement un adversaire des technologies et des outils numériques, pas plus que l'auteur de ces lignes d'ailleurs. Il s'insurge cependant avec raison contre ce parti pris sans alternative : “Si tu peux, tu dois”, nous commande-t-on insidieusement, “S'il est possible qu'une chose ou une activité migre vers le numérique, alors elle doit migrer.”

Si les progrès induits par le numérique sont non seulement indéniables, mais souvent admirables, pourquoi abandonnons-nous toute réflexion à leur propos ? Quel est cet angélisme numérique, qui pourrait bien nous exposer aux pires déconvenues ?

Les enfants savent se servir d'une tablette dès l'âge de 3 ans ? Sont-ils pour autant des “petits génies”, des “digital natives” ? Absolument pas ! Ils ont juste cette capacité d'apprentissage caractéristique des plus jeunes. Aujourd'hui, la qualité ergonomique des outils numériques n'exige plus de formation. Aucune raison, donc de s'extasier. Il vaudrait mieux se préoccuper des conséquences du virtuel sur le développement psychomoteur de l'enfant.

Le pire, avec le numérique, est sa nature concentrationnaire. Le virtuel rencontre peu d'obstacles physiques autres que la mise en ligne de serveurs et l'installation de liaisons. Aussi peut-il se développer très rapidement. De surcroît, les internautes préfèrent naturellement s'adresser aux sites concentrant le plus d'informations : Google pour les recherches, Apple pour la musique et les films, Facebook pour retrouver des connaissances, Amazon pour le catalogue disponible (livres, produits frais, œuvres d'art) – les désormais fameux “GAFA".

Par angélisme – un enthousiasme sympathique mais sacrément imprudent – voilà que nous avons confié nos données, nos identités, notre travail, nos loisirs à des organisations privées, à but éminemment lucratif, et, surtout, en situation de quasi-monopole. Pire encore : la plupart de ces organismes sont concentrés dans un seul pays, les États-Unis.

Essayons d'imaginer l'équivalent dans la vie matérielle. Que penserions-nous si la totalité de nos magasins, l'intégralité de nos livres, de nos films, de notre musique, de nos répertoires d'adresses, de nos cartes, ne nos déplacements, de nos dossiers médicaux, d'état-civil, d'assurances, nos comptes bancaires (on songe à PayPal), se trouvaient rassemblés dans un unique entrepôt localisé aux États-Unis ? Il ne s'agit pas ici de faire de l'anti-américanisme primaire. Le problème serait identique – à tout le moins (!) – si ledit entrepôt était à Monaco, en Russie ou en Chine…

D'autant que les récentes révélations sur l'espionnage de la NSA l'ont montré avec cruauté et acuité : eh bien oui, les GAFA précités n'ont pas rechigné à donner à des “espions” un libre accès à leurs fichiers. L'angélisme atteint son ultime degré : nous voici pieds et poings liés. Dommage ! Il aurait fallu y penser avant. “Si j'avais su, j'aurais pas venu”, disait Petit Gibus dans La Guerre des boutons. Il ne s'agissait pas de boutons sur lesquels on clique, vous l'aurez deviné. Imaginez un bref instant si l'un des quatre GAFA – ou même Wikipédia – était racheté par une puissance aux intentions moins lénifiantes que celles de Google ou Apple…

Réversibilité ?
Avec la rapidité et la fluidité avec laquelle les internautes et leurs données peuvent “migrer”, rien n'est toutefois acquis. Si, un jour, une start-up imagine un réseau social meilleur que Facebook, le milliard d'individus qu'il regroupe pourraient soudain le quitter. Pour autant, plus ces grands acteurs du Web progressent, plus leurs moyens s'accroissent, et la concurrence devient ardue. On le comprend aisément en posant cette question : qui pourrait créer un concurrent plausible à Google, en Europe par exemple ? Certainement pas un service public, car les GAFA ne contribuent que parcimonieusement aux impôts que des entreprises “normales” – avec attaches physiques claires – acquittent obligatoirement. De ce point de vue, il est un brin irritant de lire sur la page A propos de Google cette phrase :
Lorsque nous concevons un nouveau navigateur Internet ou lorsque nous apportons un plus à l'aspect de notre page d'accueil, c'est votre confort que nous cherchons à satisfaire, et non un quelconque objectif interne ni les exigences de résultats de la société.
Étonnante, cette incapacité à assumer le credo de l'économie telle qu'elle fonctionne : faire des bénéfices !

vendredi 1 novembre 2013

Les temps sont durs

Les temps sont durs, très durs, pour quelqu'un qui croit (encore) à la politique…

Eh oui, qu'importent les quolibets, l'auteur de ce blog reste persuadé que la “politique” – la gestion de la cité, d'après son étymologie – a encore un sens. Certes, pas pour changer la vie d'un claquement de doigts, certes, pas pour “enchanter nos rêves”. Plus prosaïquement, parce qu'on a pas trouvé d'autres méthodes pour avancer, du moins en démocratie, en dehors du repli sur soi ou de la dictature…

Et pourtant, que d'épisodes calamiteux ces dernières semaines.
Comment nos gouvernants, au premier rang desquels notre président de la République, ont-ils pu se laisser entraîner dans cet interminable feuilleton de contradictions, d'erreurs et de renoncements ?
Un pas en avant, un pas en arrière, un nouvel impôt aussitôt annulé – c'est devenu un rituel sordide –, une sorte de “jugement de Salomon” du pauvre, avec l'affaire Léonarda, jusqu'à cette écotaxe à nouveau reportée sine die, qui coûtera des centaines de millions en indemnités au prestataire chargé de la recouvrer. Et attendons la dramatique “grève du foot” de fin novembre pour vérifier qu'il ne cèdera pas au dernier moment au lobby du ballond rond…

Notre président imagine-t-il un seul instant que ces reculades puissent être ressenties comme des négociations, des compromis ? On négocie avant, pas après avoir fait voter des mesures. Comment peut-il ignorer qu'il est en train de saper son autorité, alors qu'il n'a pas encore atteint le tiers de son mandat ? Est-il aveuglé par cette obsession de se représenter au terme de son premier mandat, véritable virus malin qui attaque tout président dès son entrée à l'Élysée ?
Ce qu'il risque, dans cette attitude tâtonnante et frileuse, c'est de tout perdre. Son pari de l'inversion de la courbe du chômage, les élections municipales, européennes et celles qui suivront, et, in fine, sa réélection – à supposer qu'il ose se représenter ! Et nous aurons perdu avec lui, au passage, l'espoir de nous en sortir.

Alors, perdu pour perdu, allez-y, foncez, monsieur le Président, rangez les “boîtes à outils” et sortez les grandes idées, les grands desseins, les grandes réformes. Recrutez une nouvelle équipe gouvernementale, sur concours au besoin, et agissez selon vos convictions – s'il vous en reste. Ça ne pourra être pire que les louvoiements actuels.

Et si ça n'avance pas, il ne vous restera plus qu'une solution. La “sortie à la De Gaulle”. Si, souvenez-vous, un référendum perdu et une démission dans la foulée. Ça s'appelle un plébiscite (quand ça réussit !).