samedi 15 juin 2013

Les mots ont un sens - du moins espérons-le !

Yannick Moreau vient de remettre son rapport sur les retraites. Le Monde cite ses propos.
L'urgence est de rééquilibrer les régimes et de stabiliser financièrement le système, pas de faire une réforme systémique. Ce n'est pas la demande des Français ; ils ne savent même pas ce que cela veut dire.
Et pour quelle raison les Français “ne savent pas ce que cela veut dire”, à votre avis ?
Pour une raison toute simple : les mots sont employés à tort et à travers, sans aucun égard pour leur sens. Or, de quoi disposons-nous d'autres que les “mots” pour nous comprendre ?
C'est le cas, emblématique, du terme “réforme”. À force de l'employer à tout bout de champ, il ne veut plus rien dire. Au point qu'il faut lui ajouter des adjectifs de l'ordre du pléonasme. Réforme “structurelle”, réforme ”systémique”. Si l'on se contentait de parler de réformes dès lors que l'on modifie un système, que l'on touche à sa structure, les Français n'auraient aucun problème de compréhension.

Yannick Moreau rend un rapport au Premier ministre qui ne contient aucune proposition de réforme (ou presque). Le document se borne à proposer des mesures, des décisions, des ajustements, mais certainement pas de réforme. La citation ci-dessus en est d'ailleurs la preuve.

Examinons cet exemple :
On modifie les taux des tranches de l'impôt sur le revenu ou le plafond d'avantage pour une part,  est-ce une réforme fiscale ? Évidemment non ! Ce n'est qu'un ajustement à système identique, sans toucher à la structure de l'impôt.
Repousser l'âge de départ à la retraite de 62 à 63 ans, accroître la durée de cotisation de 42 à 44 ans, sont-ce des réformes ? Pas plus !
Cessons donc de parler de réformes, une bonne fois pour toutes. On en reparlera quand un système nouveau, à la structure nouvelle sera proposé.

L'origine de ces confusions horripilantes se trouve dans les plans de rigueur imposés par le FMI, la Banque centrale ou la Commission européennes. Leurs responsables n'ont à la bouche que le terme de “réformes structurelles”. Ce pléonasme revendiqué ne sert, en pratique, qu'à désigner des mesures fiscales et sociales visant à réduire les déficits en s'attaquant à tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à des systèmes de solidarité. Là encore, on ne touche pas à la structure, on se contente de diminuer telle ou telle prestation, dépense publique ou allocation. L'adjectif “structurel” est devenu synonyme de “régressif”. Il faudrait donc parler de “mesures restrictives” ou d'économies drastiques. Seulement voilà, c'est moins brillant que “réformes structurelles”.

Ah, technocratie, quand tu nous tiens, le vocabulaire n'a qu'à bien se tenir !

Pour revenir à Yannick Moreau, la rapporteuse a parfaitement compris de quoi il s'agissait. Dommage qu'elle en conclue que les Français non seulement sont un peu stupides, mais, de surcroît, ne demandent pas de réforme réelle et profonde du système des retraites. Qu'en sait-elle ? Préfèrent-ils cette fuite en avant vers la constante diminution, le constant durcissement, la constante paupérisation de tous, actifs et retraités ? Il lui reste à le prouver !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire