lundi 3 juin 2013

Capitulations face aux lobbies

Après avoir envisagé de plafonner les allocations familiales en fonction du revenu des bénéficiaires, le gouvernement recule et préfère agir sur le quotient familial de l'impôt sur le revenu. Après avoir envisagé de limiter à deux ans le statut d'autoentrepreneur en tant qu'activité principale, le Premier ministre annonce que la mesure ne concernera que le secteur du bâtiment, contredit quelque temps plus tard par la ministre concernée, Sylvia Pinel.

Quoi qu'on pense du fond et de l'opportunité de ces mesures, force est de constater que le gouvernement – et le président de la République – montrent leur insigne faiblesse dès lors qu'il s'agit de prendre des mesures. Dès qu'un lobby lève le sourcil, ils capitulent en rase campagne. Pourquoi, alors, faire des annonces, si c'est pour reculer piteusement à la moindre réaction ?

Des lobbies autrement plus puissants
Car affronter les lobbies devient la condition sine qua non pour gouverner. À Bruxelles, la Commission européenne est encerclée de lobbies qui lui dictent ses décisions. Si François Hollande et Jean-Marc Ayrault sont incapables de se mesurer à des groupes de pression comme les “pigeons” et autres “poussins”, voire les associations de familles, alors il n'y a aucun espoir qu'ils puissent dompter ceux qui assaillent l'Europe, autrement plus puissants !

Effets collatéraux
Les effets collatéraux de ces reculades vont à l'encontre du “choc de simplification” prôné par notre Président. Inévitablement, les compromis débouchent sur de nouvelles “usines à gaz” législatives et réglementaires, spécialité de nos énarques virtuoses en complications. C'est ainsi que le statut d'autoentrepreneur va se décliner selon les activités, que de nouveaux “plafonds” pour tenter de définir une activité “principale” seront imaginés, etc, etc. Côté politique familiale, l'objectif était de résorber le déficit de la branche des allocations familiales. La réduction du plafond du quotient familial concerne un autre budget, celui de l'État – puisqu'il s'agit de l'impôt sur le revenu. On imagine aisément le bricolage que l'on va nous pondre pour verser le surplus d'impôt ainsi collecté au budget social de la nation…

Stérilité imaginative
Dans ces deux tentatives de réformes, on remarque une fois encore le triste manque d'inventivité de nos gouvernants. Ils agissent toujours à système constant, rognant un plafond, créant de nouvelles “tranches” et autres effets de seuils, sans jamais prendre le temps d'examiner les choses dans leur globalité.

On aurait pu concevoir, à l'occasion d'une réforme des allocations familiales, d'examiner le cas du premier enfant, qui ne donne droit à rien, contrairement d'ailleurs à ce que prétendent les associations, à savoir qu'un enfant “coûte” la même chose quel qu'il soit. On aurait pu aussi rêver que l'examen du statut des indépendants débouche sur une révision des règles de calcul des charges sociales, abominablement complexes et décalées dans le temps. S'inspirer de la taxation strictement proportionnelle proposée aux autoentrepreneurs aurait pu rétablir un semblant d'équité dans ce secteur constellé d'inégalités sans justifications. Même remarque sur les retraites. La réforme qui se prépare va encore s'effectuer a minima, en déplaçant les curseurs de l'âge de départ, de celui de la pension à taux plein et de son mode de calcul, sans bien sûr examiner tout le reste, à commencer par la pénibilité, le chômage de seniors, les écarts gigantesques entre pensions selon les caisses et le régime, l'indexation des pensions confortables ou le niveau du minimum vieillesse…

Quand le personnel politique dépose les armes, renonce à avoir des idées, il y a du souci à se faire pour les scrutins à venir. Nos gouvernants feraient bien de méditer sur le sujet. Céder devant les lobbies n'a jamais rapporté durablement de majorités stables.

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