vendredi 5 avril 2013

Tous pourris !

« Tous pourris ! » Qui n'entend pas cette exclamation autour de lui ces jours-ci ? Après la mise en examen de Nicolas Sarkozy et le mensonge de Jérôme Cahuzac, le refrain devient une rengaine…
Pour l'avoir entendue maintes fois, j'ai été frappé par le ton de mes interlocuteurs. Outre de la colère ou de l'indignation, j'y ai décelé une sorte de soulagement implicite, comme si lâcher cette imprécation rassurait.

« Ils » sont donc « pourris » – les politiques qui nous gouvernent, sous-entend-on. Une bonne raison pour ne pas leur faire confiance, voire pour ne plus leur obéir. « Ils » fraudent fiscalement ? Alors pourquoi se gêner ? Le glissement est perceptible : nous voilà absous de nos fautes…
Si l'on se permet de rétorquer qu'il ne serait pas inutile de balayer devant notre porte, la réponse fuse, toujours la même : « Oui, mais moi, je ne suis pas homme politique ! », sous-entendu : « Je n'ai pas besoin d'être exemplaire », suivi de la précision : « Et il ne s'agit pas de millions d'euros, ce n'est pas pareil ».

En est-on bien sûr ?
Combien de fois avons-nous entendu dans notre entourage des gens se vanter de n'avoir jamais payé de redevance audiovisuelle, d'avoir considérablement arrondi des indemnités d'assurance suite à un cambriolage en présentant des factures plus ou moins fictives, ou de ne pas déclarer la totalité des honoraires perçus en espèces, j'en passe et des meilleures.

« Ce n'est pas pareil ! » Quid de l'exemplarité vis-à-vis de ses enfants, de ses amis ? N'oublions pas non plus que l'on peut devenir un homme (ou une femme) politique plus vite qu'on ne le pense, par exemple en se présentant sur une liste d'élections municipales. Quant aux montants, si on les exprimait en pourcentages de nos revenus, leur valeur relative pourrait s'accroître.

Il ne s'agit pas ici de donner des excuses aux politiques-fraudeurs. Je suis vent debout contre ce principe pervers consistant à justifier ses actes en pointant des actes “plus graves”, excuser le mauvais en invoquant le pire, comme disait un blogueur. Il n'en demeure pas moins que je m'interroge sur le sens du mot « Tous » dans l'expression « Tous pourris ! »

Notre inconscient ne nous inclurait-il pas dans le lot ?

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