dimanche 21 avril 2013

Le “procès Hollande”

La cote de popularité du président de la République ne cesse de baisser ; seuls 25% des Français seraient satisfaits de l'action de François Hollande. De partout, on instruit son procès, tandis que la presse rivalise de formules assassines. Que lui reproche-t-on, au juste ?

La rigueur figure au nombre des griefs qu'il récolte, que ce soit à gauche ou même à droite – cette dernière restant allergique aux impôts. Pourtant, quel pays d'Europe n'est pas engagé dans une politique de rigueur ? Aucun ! Par quel miracle la France y échapperait-elle ? Au moins la rigueur à la française, telle qu'appliquée depuis un an, reste-t-elle modérée, quoi qu'on en dise. Les baisses de dépenses sont plus des “coupes sombres” que des “coupes claires” (*), et les hausses d'impôts les ont limitées par construction.

Dans son livre L'Étrange Capitulation, l'ancien de Libé et du Monde, Laurent Mauduit, accuse le gouvernement de collusion avec le monde de la finance, déplorant sa faiblesse face aux banques et aux intérêts financiers. Il est vrai que les mesures financières prises depuis mai 2012 sont bien timides comparées aux diatribes du candidat Hollande pendant sa campagne. Ni la loi sur les banques, ni la création de la Banque Publique d'Investissement ne peuvent être qualifiées d'audacieuses… Quant au “redressement productif” d'Arnaud Montebourg, on en attend encore des résultats probants.
Avec le crédit d'impôts compétitivité d'une part, la hausse programmée de la TVA d'autre part, François Hollande marche-t-il dans les pas de son prédécesseur ? On peut légitimement l'en accuser. Est-ce pour autant aussi nuisible que le prétendent ses détracteurs ? Seul l'avenir le dira…

L'action contre le chômage demeure, quant à elle, dramatiquement insuffisante. Mais, encore une fois, le traitement social de ce fléau n'a-t-il pas montré ses limites, ce qui expliquerait que ses énièmes variations – emplois d'avenir et contrat de génération – ne déclenchent ni l'enthousiasme, ni des embauches significatives. Il n'empêche : les chômeurs représentent désormais plus d'un actif sur dix ! C'est le symptôme le plus grave, et de loin, de notre perpétuel état “de crise”.

À moins de s'engager dans des “aventures” à la façon de la gauche en 1981 – mais notre destin est désormais ultra-dépendant de l'Europe – on ne voit guère quelle autre politique aurait pu mener François Hollande. Tout au plus pourrait-on lui reprocher de ne pas conduire à leur terme ses réformes, qui se terminent souvent en réformettes – on songe à la “révolution fiscale”, qui, pour le moment, n'est vraiment pas visible, si ce n'est dans les cris d'orfraies des “pigeons” (**) et les exils médiatisés de personnalités en mal de publicité.

Ce qu'il manque à notre président, en définitive, c'est de l'envergure et du leadership dans les négociations européennes. Car il n'y a pas trente-six solutions : changer de politique économique, mettre au pas le monde la finance, infléchir la politique monétaire ou commerciale, rien de tout cela ne peut plus être entrepris à l'intérieur de notre seule nation, quoi qu'en dise le Front de Gauche, pour ne citer que lui. Sur le plan national, on doit aussi reconnaître que l'équipe gouvernementale ne brille ni par sa cohésion, ni par son efficacité, ni par sa résistance aux lobbies. Autre déficit de leadership…

Le reproche le plus pertinent à l'égard de François Hollande serait celui-ci : il semble attendre la reprise en serrant les dents, espérant que sa politique de rigueur permette de conserver des ratios d'endettement supportables, et tablant sur la marge de manœuvre procurée par un retour de la croissance pour aller plus loin dans ses réformes.

Mais que se passera-t-il si la reprise tarde à se manifester ?

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(*) Rappel : les coupes claires sont plus violentes que les coupes sombres, la luminosité étant fonction du nombre d'arbres coupés. Le terme “sombre” (“sombre individu”, par exemple), nous induit en erreur…
(**) On notera l'audace consistant à rapprocher l'orfraie (rapace) du pigeon.

vendredi 5 avril 2013

Tous pourris !

« Tous pourris ! » Qui n'entend pas cette exclamation autour de lui ces jours-ci ? Après la mise en examen de Nicolas Sarkozy et le mensonge de Jérôme Cahuzac, le refrain devient une rengaine…
Pour l'avoir entendue maintes fois, j'ai été frappé par le ton de mes interlocuteurs. Outre de la colère ou de l'indignation, j'y ai décelé une sorte de soulagement implicite, comme si lâcher cette imprécation rassurait.

« Ils » sont donc « pourris » – les politiques qui nous gouvernent, sous-entend-on. Une bonne raison pour ne pas leur faire confiance, voire pour ne plus leur obéir. « Ils » fraudent fiscalement ? Alors pourquoi se gêner ? Le glissement est perceptible : nous voilà absous de nos fautes…
Si l'on se permet de rétorquer qu'il ne serait pas inutile de balayer devant notre porte, la réponse fuse, toujours la même : « Oui, mais moi, je ne suis pas homme politique ! », sous-entendu : « Je n'ai pas besoin d'être exemplaire », suivi de la précision : « Et il ne s'agit pas de millions d'euros, ce n'est pas pareil ».

En est-on bien sûr ?
Combien de fois avons-nous entendu dans notre entourage des gens se vanter de n'avoir jamais payé de redevance audiovisuelle, d'avoir considérablement arrondi des indemnités d'assurance suite à un cambriolage en présentant des factures plus ou moins fictives, ou de ne pas déclarer la totalité des honoraires perçus en espèces, j'en passe et des meilleures.

« Ce n'est pas pareil ! » Quid de l'exemplarité vis-à-vis de ses enfants, de ses amis ? N'oublions pas non plus que l'on peut devenir un homme (ou une femme) politique plus vite qu'on ne le pense, par exemple en se présentant sur une liste d'élections municipales. Quant aux montants, si on les exprimait en pourcentages de nos revenus, leur valeur relative pourrait s'accroître.

Il ne s'agit pas ici de donner des excuses aux politiques-fraudeurs. Je suis vent debout contre ce principe pervers consistant à justifier ses actes en pointant des actes “plus graves”, excuser le mauvais en invoquant le pire, comme disait un blogueur. Il n'en demeure pas moins que je m'interroge sur le sens du mot « Tous » dans l'expression « Tous pourris ! »

Notre inconscient ne nous inclurait-il pas dans le lot ?