vendredi 29 mars 2013

Mise en boîte

Notre président de la République a tenté hier soir de mettre en perspective son action et celle du gouvernement. Une expression est revenue souvent dans sa bouche, celle de “boîte à outils”. Selon François Hollande, cette boîte serait abondamment pourvue — au point qu'il ne serait pas nécessaire de la compléter. Nous aurions préféré qu'il nous présente une “boîte à idées” pour accentuer la lutte contre la dépression économique. La sienne serait-elle vide ? Que va donc faire le gouvernement pour “inverser la courbe du chômage” ? Attendre la fin de l'année en espérant que le vent de la croissance se lève et souffle dans les voiles du “paquebot France”, comme le laissait entendre Pujadas, pour une fois pertinent dans son choix de métaphore ? Outre que ledit paquebot carbure au fuel, et qu'il est depuis de longs mois à quai, les nuages sombres de la dépression économique s'amoncèlent sur l'horizon européen.

Une prestation plus proche de la mise en boîte, par conséquent.

Et pourtant, il en avait, des idées, notre candidat au printemps 2012. De la réforme fiscale à la modification des assiettes des cotisations sociales, en passant par l'assainissement du secteur de la finance, sans oublier l'activation de tous les leviers de l'Union Européenne. Tout cela semble oublié, enterré, comme si l'épuisement avait gagné l'exécutif. On nous pardonnera de répéter l'expression : la montagne accouche d'une souris. Et nous voyons peu de raisons qui permettraient à ce minuscule animal de changer le cours des choses.

vendredi 8 mars 2013

8 mars : journée de la Directrice

Dans le numéro 21192 daté du vendredi 8 mars, la Une du quotidien Le Monde a enfin retrouvé la mention qui lui faisait défaut depuis plusieurs mois, depuis la disparition d'Erik Izraelewicz (novembre 2012). À droite de la traditionnelle indication “Fondateur : Hubert Beuve-Méry” figure à nouveau celle de la direction.

Est-ce un hasard ? Probablement pas. C'est en effet le 8 mars, journée de la Femme, que Natalie Nougayrède est devenue “directrice” du célèbre quotidien du soir. Une première ! Très soucieux de la féminisation des noms de fonctions, le journal n'a pas eu de difficulté à choisir “directrice”, heureusement répandu, à la différence d'autres cas comme “auteure” ou “proviseure”.

Le premier éditorial de celle qui est désormais directrice, membre du directoire et directrice des rédactions ne peut que remporter nos suffrages :
Plus que jamais, la mission du Monde est essentielle. À une époque où le citoyen croule sous une masse d'informations qui lui parviennent à un rythme effréné, par de multiples canaux, dans un étourdissant maelström médiatique, cette mission, cette exigence, conservent tout leur sens.
Combien de fois, à l'écoute de la radio, ou en consultant le Web, n'avons-nous pas songé en notre for intérieur : “Attendons la réception du prochain numéro du Monde pour faire le point” ? Aux approximations, au laconisme imposé, à l'absence de mise en perspective de ces médias de l'instantané, nous préférons l'exposé complet, quoique concis, des articles du quotidien, ainsi que les nombreuses analyses et commentaires, avec en contrepoint ces pages signées de personnalités extérieures qui nous incitent à réfléchir, loin de toute vision simpliste. La directrice entend :
…déjouer les pièges de l'ère de la communication, cette habile production de récits clés en main.
Cette dernière expression nous paraît résumer à elle seule les travers de l'information pré-digérée qu'on nous impose trop souvent. Ces “récits” – de véritables romans ! – que l'on est priés d'avaler sans protester. Natalie Nougayrède conclut ainsi :
…un journal à votre écoute, toujours plus pertinent, plus soucieux de comprendre et faire comprendre les réalités contemporaines. Et d'éclairer l'avenir. Avec dévouement, honnêteté et rigueur.
Nous souscrivons pleinement !

Récits clés en main

Dans ce même numéro – passage immédiat à la pratique – trois exemples spectaculaires de récits clés en main nous étaient donnés.

Page 11 : un petit élève d'école maternelle, âgé de seulement 3 ans, s'était présenté avec un tee-shirt portant les mentions “Je suis une bombe” d'un côté, et “Jihad, né le 11 septembre” de l'autre. Lors d'une audience du tribunal d'Avignon, où les parents comparaissaient pour “apologie de crime”, le récit donné par la défense était que tout cela n'avait rien à voir. Le mot “bombe” signifie juste “beau gosse”, tandis que le prénom et la date de naissance n'impliquent absolument aucune allusion. Un pur et malencontreux hasard…

Page 13 : Microsoft est sanctionné par une amende de 561 millions d'euros pour avoir omis de donner le choix aux utilisateurs de Windows d'un autre navigateur qu'Internet Explorer. La firme américaine a feint la surprise, déplorant une “erreur technique” – un oubli, un bug, en quelque sorte. Solennellement prévenu il y a presque un an, Microsoft n'aurait donc pas vérifié ce point pourtant crucial. Cette façon de tenter de se dédouaner par une fable est déplorable, quand bien même la firme reconnaît “assumer” ladite erreur…

Pages 18-19 : la page Décryptage Débats revient sur les suicides de salariés et de chômeurs pour répondre à la question insidieuse posée sans cesse dans les médias. S'agit-il seulement de “drames personnels” ? C'est tellement commode, ce récit clés en main ! Qu'un salarié se suicide et son geste n'aurait “rien à voir” avec l'activité qui occupe une grande part de sa vie ? Qu'un chômeur se suicide et cela n'aurait aucun rapport avec le fait qu'il n'ait pas de travail ? Voici ce qu'on tente de nous faire croire de façon bien cynique…

Le storytelling veut bien dire ce qu'il veut dire en langue française : raconter des histoires.