mercredi 2 janvier 2013

Quantophrénie

C'était en lisant L'Open space m'a tuer, de Alexandre des Isnards et Thomas Zuber, que j'avais découvert ce terme : la quantophrénie.
Les définitions que l'on peut en trouver sur le web parlent de “pathologie consistant à vouloir traduire systématiquement les phénomènes sociaux et humains en langage mathématique” ou, plus simplement, comme “la fascination du chiffrage des phénomènes”.

Il en est ainsi de ces (trop fameuses) statistiques de voitures brûlées dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier. Car il est des chiffres qui ne signifient pas grand-chose dans leur pseudo-exactitude, et c'est typiquement le cas de ces voitures brûlées, n'en déplaise au journaliste Hervé Gattegno qui affirme dans Le Point : “N'en déplaise aux amateurs de métaphores faciles, le meilleur moyen de mesurer la fièvre reste le thermomètre.” Le problème est que ce thermomètre n'en est pas un.

À mes yeux, tant qu'il y aura ne serait-ce qu'une seule et unique voiture brûlée, il y aura un malaise. Qu'il y en ait 50 de plus ou de moins sur plus de 1000 n'a aucun sens, ne serait-ce qu'en raison du nombre important de véhicules calcinés “par propagation” (344 nous dit-on). Ce sont les hasards de la proximité des voitures garées. Imaginons qu'il n'y ait eu que 500 voitures détruites. En aurait-on déduit une “formidable amélioration” du climat social ou de la prévention policière ?

Quant à ce “palmarès” des départements, il est tout simplement odieux. On en connaît les effets pervers, point besoin de revenir là-dessus. Et comme il porte sur des chiffres encore plus réduits (quelques dizaines), il est d'autant plus grotesque d'en tirer des enseignements. Selon le “thermomètre Gattegno”, donc, qu'il y ait eu, par exemple, 70 ou 50 voitures détruites dans un département serait, dans le premier cas, grave, et, dans le second, rassurant ? C'est absurde ! 

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