dimanche 20 janvier 2013

Le vocabulaire de Lance Armstrong

Les aveux télévisés de Lance Armstrong à propos du dopage qu'il a pratiqué de nombreuses années sans jamais le reconnaître recouraient à un vocabulaire typique des Anglo-Saxons.

Le quotidien Le Monde publiait une double page sur l'émission télévisée. Les médias américains avaient donc annoncé la confession télévisée du champion cycliste, chez Oprah Winfrey (grande prêtresse des médias, ajouterons-nous). La litanie des péchés a commencé, avec une succession de questions auxquelles il a répondu par de simples “oui”. Puis il déplorait : “Je vois cette situation comme un gros mensonge que j'ai répété de nombreuses fois”, précisant qu'il “porte toujours la faute”. D'autres sources rapportent aussi la formule : “Je méritais d'être puni.”

Ce vocabulaire, traduit directement depuis l'américain, se signale par son registre presque enfantin : gros mensonge, confession, faute, punition (et non “sanction”). Enfin, toujours comme un petit enfant, il promet de se racheter… en rapportant : “Tout indique”, précise le Monde, “qu'Armstrong pourrait se faire lui-même dénonciateur et passer à son tour des accords avec la justice.”

Il ne manquait qu'un grand classique, popularisé par Bill Clinton, l'adjectif “inapproprié” qui, en français, a peu de force, voire pourrait laisser penser qu'on accorde peu d'importance à la “chose” ainsi qualifiée ! Je crois que DSK l'a employé (à confirmer), en lieu et place de termes comme “condamnable” ou “inexcusable”. Surtout que tous ces confessés s'empressent de “présenter leurs excuses” (plutôt que leur repentance ou leur contrition), autre expression sans grande force dans notre langue (“Excusez-moi ! Je vous ai bousculé ?”).

mercredi 16 janvier 2013

La triste guerre

À peine sortis des vœux de nouvel an, méthode Coué pour essayer de se redonner un peu le moral, voici que les médias d'information répètent avec gourmandise : “La France est en guerre”.

Mes connaissances en relations internationales sont pour le moins médiocres, aussi ne livrerai-je aucune opinion, encore moins une quelconque analyse de cette intervention française au Mali. Je me bornerai à confier à ce blog mon ressenti…

Il y avait la crise financière, endémique, la crise de l'euro, toujours vivace, la crise économique – chômage, restrictions de crédits, baisse de l'activité, pauvreté en hausse alarmante –, la crise écologique, qui couve, voici que l'on nous offre en prime… “la guerre”. Merci !

Étonnamment, on sent comme une sorte d'appétit, de fascination pour ce mot. Et pourtant ! Pour moi, il ne fait que rappeler les souvenirs de mes parents, qui ont connu ce qu'on appelait dans les conversations “la guerre”. Si elle avait été “drôle” durant quelques mois, en 1939-40, elle est très vite devenue infiniment triste.

La tristesse, c'est ce que je ressens aujourd'hui.

Cela étant dit, pourquoi la France intervient-elle au Mali, seule de surcroît – ou presque ?
Je vais me documenter, essayer de comprendre. J'espère juste une chose, importante : que jamais, pas une seconde, la décision de notre président de la République n'ait été inspirée par son souhait de modifier son “image”, ce qui semble pourtant l'une des retombées de cette intervention militaire. Tous les partis (ou presque) sont ravis, tous les médias sont enthousiastes à l'idée d'avoir un nouveau feuilleton à développer chaque jour, bref, la guerre, ça a l'air de réjouir tout le monde.

Sauf moi. Je n'ai donc sûrement rien compris. Je vais me rencarder.

samedi 12 janvier 2013

Prélèvements « obligatoires »

Dans Le Monde daté du 11 janvier, Nathalie Kosciuko-Morizet publie une tribune intitulée “Trouvons le Graal de la réciprocité fiscale, un principe d'égalité contre l'excès d'impôt”. Le texte est argumenté et plutôt de bonne foi dans l'ensemble, à une exception – notable – de la vieille rengaine des comparaisons abusives des taux de prélèvements obligatoires.

La députée UMP écrit en effet :
Aux États-Unis […] le poids des prélèvements atteint 31%. La France, elle, approche les 50%, sans combler les déficits.
Rapprocher des taux qui ne se comparent pas est caractéristique d'une mauvaise foi souvent rencontrée dans sa mouvance politique.

Qu'en est-il ?
Nous tentons ici une meilleure comparaison de taux, sachant que le temps nous a manqué pour affiner et approfondir. Les ordres de grandeurs glanés sur le web sont cependant éclairants.

Rappelons la définition des prélèvements obligatoires telle que fournie sur le site viepublique.fr) :
Versements effectifs opérés par tous les agents économiques au secteur des administrations publiques […] dès lors que ces versements résultent, non d’une décision de l’agent économique qui les acquitte, mais d’un processus collectif de décisions relatives aux modalités et au montant des débours à effectuer, et que ces versements sont sans contrepartie directe.
Cependant, selon les pays, le caractère obligatoire des prélèvements varie fortement, alors même que, dans nombre de cas, certaines dépenses théoriquement facultatives sont, de fait, quasi obligatoires, ce que souligne la même source :
En effet, ce taux apparaît plus faible dans les pays, comme les États-Unis, où l’assurance maladie et les régimes de retraite sont très largement privés. Les cotisations sont alors versées à des mutuelles, des assurances ou des fonds de retraite privés et ne constituent pas des prélèvements obligatoires. (c'est nous qui soulignons, même source que la citation précédente)

On imagine difficilement, en effet, que les Américains renoncent à préparer leurs retraites ou à assurer leurs risques de santé. Seulement, la part privée n'est pas considérée comme “obligatoire”.

Voici les éléments que nous avons pu collecter :
Les dépenses de santé aux États-Unis atteignent 16% du PIB, contre 11% en France (données 2007, voir ici), sachant que le PIB par habitant de nos amis d'Outre-Atlantique est supérieur de 40% au nôtre, ce qui accroît d'autant l'écart en valeur absolue. Quant aux flux financiers liés aux retraites, ils dépassent 11% du PIB aux USA, et 13% en France, des chiffres voisins.

Par ailleurs, on confond souvent prélèvements obligatoires et pression fiscale. Effectuer des recherches sur Google sur ces deux termes est éclairante !
Rappelons que les premiers incluent les contributions sociales, pas la seconde. Les impôts et les cotisations sociales ne sont pas de même nature, n'en déplaise aux esprits chagrins. Une étude canadienne indique (voir ce lien PDF) qu'en 2003, la pression fiscale stricto sensu était de près de 19% aux USA et de 27% en France. Un écart conséquent, certes, mais inférieur au rapport entre 31 et 50%.

Dès lors, en dépit des années de références différentes et sous réserve d'une étude plus approfondie, on obtient les ordres de grandeur suivants :
France = Impôts 27% + Retraite 13% + Santé 11% = 51%
États-Unis = Impôts 19% + Retraite 11% + Santé 16% = 46%
L'écart est nettement moins fort que dans la comparaison de NKM…
Ultime remarque : n'oublions pas que le déficit annuel des comptes publics des États-Unis dépasse les 8% du PIB (contre 5% en France, données 2011), ce qui relativise l'exclamation de la même NKM dans son article.

Alors, bien sûr, on peut voir dans le mot “liberté” celle de payer le moins de contributions obligatoires qu'il est possible, à charge pour chacun de négocier avec des organismes d'assurances privées, ou de payer de sa poche des dépenses comme l'éducation, la culture, certaines infrastructures (voire une partie des frais de justice)…
Et de souffler à ceux qui sont soit “trop malades”, soit “trop pauvres” la devise bien connue, que lance d'ailleurs un des personnages du film récent de Laurent Cantet (Foxfire) :
“Aide-toi et le ciel t'aidera” (“God helps those who help themselves”)
…non sans avoir fustigé ces “rouges” qui prônent les congés-maladie : “Vous vous rendez compte ? Ils veulent qu'on les paye alors qu'ils sont malades !!”
Vous aurez en mémoire, tout comme l'auteur de ces lignes, d'autres films ou romans américains dans lesquels des personnes sont surendettées suite au décès d'un conjoint d'un cancer, pour cause de frais médicaux non couverts par des assurances.

vendredi 11 janvier 2013

La montagne a accouché d'une souris

La métaphore est connue : “la montagne accouche d'une souris”.

La gauche, revenue au pouvoir après dix ans de cure d'opposition, annonçait des montagnes de réformes. On songe en particulier à la réforme fiscale que le candidat Hollande se faisait fort d'entreprendre dès les premiers mois de son septennat.

En fait de réforme fiscale, c'est à une simple modification des paramètres des systèmes existants que nous avons assisté (lire notre billet sur les “curseurs”).

La montagne de la réforme fiscale aura accouché d'une souris – la taxation à 75% des revenus de plus d'un million d'euros –, une pauvre souris malade, d'ailleurs, car piégée par le Conseil constitutionnel, mais une pauvre souris qui aura quand même fait peur à l'éléphant Depardieu (pardon, le “Mammuth”). C'est sa seule consolation…

Pour le reste, la fierté de notre président sera sûrement d'avoir aplani les montagnes… Il se trompe d'éléphant : il aurait fallu au contraire en élever de nouvelles ou, à tout le moins, franchir les cols des lobbies à la façon d'Hannibal et son armée dans les Alpes.

Ce sera pour une autre fois. Dans vingt ou trente ans ?

lundi 7 janvier 2013

Le pire et le mauvais

Je dois à JCFrog, blogueur (et spécialiste és-web, et musicien) d'avoir enfin trouvé la formule que je cherchais.
Elle a trait à tous ces débats dans lesquels les gens se jettent à la tête des phrases du genre : “Mais vous, vous avez fait bien pire, alors comment osez-vous nous critiquer ?”
La formule est la suivante, concise et, à mon sens, indispensable :

En quoi le pire justifie-t-il le mauvais ?

Elle me fait d'ailleurs penser à un sketch de Coluche, dans lequel un père dit à son fils : “Fais gaffe ! Si tu cherches à jouer au plus con avec moi, t'es pas sûr de gagner !”

Référence : le billet Moi aussi j'ai un avis sur adgate (jcfrog.com/blog)

dimanche 6 janvier 2013

Feuille de route

Pas mal du tout, le dernier éditorial de Laurent Joffrin dans Le Nouvel Obs (titré : “Faisons un rêve…”). Si, si, je vous assure. En extraire quelques unes de ses suggestions suffit à donner une feuille de route à notre président de la République. Le choix est partial et personnel, certes. Lisez l'intégralité du texte pour compléter !
  • Nous verrions l'État […] réformé et rendu plus efficace […] par l'élimination d'un de ces niveaux territoriaux qui s'empilent aujourd'hui dans la confusion.
  • Nous verrions le système des retraites réformé avec audace grâce à l'instauration d'un mécanisme de points accumulés pendant la vie professionnelle, égal pour tous
  • Imaginons que les dirigeants européens reconnaissent enfin que l'austérité simultanément imposée à tous les pays d'Europe mène tout droit à la récession…
  • Nous verrions le gouvernement allemand comprendre que la République fédérale ne saurait rester prospère dans un continent en récession…
  • Ainsi nous verrions la Banque centrale européenne se soucier de l'activité et non de la seule stabilité financière […] en cessant d'imposer à l'économie européenne un taux de change surévalué qui étouffe son activité et précipite sa désindustrialisation.
Ce dernier point me paraît fondamental. Des personnalités de bords et d'inspirations diverses semblent assez unanimes pour déplorer la surévaluation de l'euro. La baisse de son taux de change aurait certes des inconvénients – renchérissement des prix des produits importés – mais ils seraient, me semble-t-il, largement compensés par l'accroissement de nos ventes à l'exportation.

mercredi 2 janvier 2013

Quantophrénie

C'était en lisant L'Open space m'a tuer, de Alexandre des Isnards et Thomas Zuber, que j'avais découvert ce terme : la quantophrénie.
Les définitions que l'on peut en trouver sur le web parlent de “pathologie consistant à vouloir traduire systématiquement les phénomènes sociaux et humains en langage mathématique” ou, plus simplement, comme “la fascination du chiffrage des phénomènes”.

Il en est ainsi de ces (trop fameuses) statistiques de voitures brûlées dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier. Car il est des chiffres qui ne signifient pas grand-chose dans leur pseudo-exactitude, et c'est typiquement le cas de ces voitures brûlées, n'en déplaise au journaliste Hervé Gattegno qui affirme dans Le Point : “N'en déplaise aux amateurs de métaphores faciles, le meilleur moyen de mesurer la fièvre reste le thermomètre.” Le problème est que ce thermomètre n'en est pas un.

À mes yeux, tant qu'il y aura ne serait-ce qu'une seule et unique voiture brûlée, il y aura un malaise. Qu'il y en ait 50 de plus ou de moins sur plus de 1000 n'a aucun sens, ne serait-ce qu'en raison du nombre important de véhicules calcinés “par propagation” (344 nous dit-on). Ce sont les hasards de la proximité des voitures garées. Imaginons qu'il n'y ait eu que 500 voitures détruites. En aurait-on déduit une “formidable amélioration” du climat social ou de la prévention policière ?

Quant à ce “palmarès” des départements, il est tout simplement odieux. On en connaît les effets pervers, point besoin de revenir là-dessus. Et comme il porte sur des chiffres encore plus réduits (quelques dizaines), il est d'autant plus grotesque d'en tirer des enseignements. Selon le “thermomètre Gattegno”, donc, qu'il y ait eu, par exemple, 70 ou 50 voitures détruites dans un département serait, dans le premier cas, grave, et, dans le second, rassurant ? C'est absurde ! 

mardi 1 janvier 2013

Les fins et les débuts

Le temps ne s'arrête jamais, comme un train filant sur ses rails, sans quai, sans gare.
Ce n'est pas pour rien que nous “fêtons” les fins d'années, car tout finit et tout recommence, c'est une évidence… Les hasards font que j'ai appris successivement la disparition de mères d'amis proches, l'une la veille de Noël, l'autre durant la nuit du nouvel an. C'est ainsi, les fins d'années sont aussi des fins de vie. Et cela ne doit pas nous rendre plus tristes que la compassion et le souvenir nous le font à juste titre ressentir. Les années passent. Nous “passons” aussi, parfois. D'autres naissent, et le train poursuit son trajet, parfois un peu trop vite, c'est vrai. Il n'est écrit nulle part que la “trêve des confiseurs” doit être une trêve du cours des choses. Le nier serait plus triste encore que la réalité.
Raison de plus pour souhaiter une “bonne année” à toutes et à tous – en incluant que les “nouvelles” ne sont pas toujours bonnes, seule condition pour que d'autres le soient.