mardi 31 décembre 2013

Très Valeureuse Année !

Prenez le nouveau taux de TVA normal
20
Multipliez-le par 100
2000
Ajoutez le nouveau taux de TVA réduit
2010
Calculez la différence entre l'ancien et le nouveau taux normal
20 - 19,6 = 0,4
Multipliez ce nombre par 10
4
Ajoutez le résultat au nombre précédent
2014
Très Val-heureuse Année !
Et après, on va dire qu'il y a un ras-le-bol fiscal en France…

dimanche 22 décembre 2013

La perle du jour

La perle du jour : cet avis posté par un internaute sur iTunes à propos d'un film :


Sous-titrage : “Film marrant, mais un peu déçu de la fin…”
Record battu avec 4 fautes d'orthographes sur seulement 9 mots.
On aurait pu mieux faire : “filme marrent mai hein peut dessu deux la faim”.

Méfiance et crédulité

Internet et ses technologies facilitent considérablement la diffusion de toutes sortes d'informations, au point que nombre d'internautes sont convaincus qu'ils peuvent ainsi connaître “la vérité”, que l'on nous cacherait dans les autres médias (presse, radio, télévision). Pourtant, avez-vous remarqué que ceux qui sont les plus exigeants sont en même temps ceux qui diffusent le plus de fausses nouvelles ? Un étrange paradoxe qui veut que les plus méfiants soient aussi les plus crédules !

Il suffit pour s'en convaincre de lire les commentaires d'un article de blog écrit au second degré. Souvent, les commentateurs prennent l'article comme argent comptant, et s'indignent ou se révoltent.
Sur Facebook, ce phénomène est fréquent, j'en veux pour preuve le site du Gorafi, spécialisé en pastiches et informations fantaisistes. Combien de fois ai-je vu des utilisateurs de Facebook partager l'une d'elles avec un texte montrant qu'ils l'avaient pris au premier degré !
Et que dire des “hoax”, ces rumeurs propagées par courriers électroniques ? Étrangement, ceux qui les relaient semble accorder toute confiance à un message qu'un de leurs amis a fait suivre en masse, sans s'interroger une seconde sur sa véracité.

C'est à se demander si la méfiance affichée de ces personnes ne serait pas la conséquence de leur crédulité. Sachant qu'elles se font abuser facilement, elles tentent de contre-attaquer en prétendant “ne pas être dupes”, sauf qu'elles se trompent souvent de cible, en projetant leurs doutes sur ce qui devrait en susciter le moins, tout en prenant des informations farfelues pour des révélations pour initiés…

lundi 9 décembre 2013

Retenue à la source : une fausse bonne idée

Le Premier ministre vient de lancer la “remise à plat” de notre système fiscal.
À cette occasion, un vieux serpent de mer, le prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu (IR), a été à nouveau évoqué.

Deux idées sous-tendent ce système :
1. Faciliter le recouvrement de l'impôt, voire le rendre moins “douloureux”, en le déduisant des salaires versés aux contribuables.
2. Éviter les décalages dans le temps du système actuel, les revenus de l'année N étant imposés en N+1.

À notre avis, compte tenu des caractéristiques de notre impôt sur le revenu, la retenue à la source se révélerait d'une complexité inouïe, et cumulerait les inconvénients.
Lesquels ?

1. Déduit des salaires à la manière des cotisations sociales, l'IR risquerait de disparaître, en quelque sorte, confondu avec les cotisations patronales. D'autre part, certains salariés seraient tentés de négocier des augmentations “nettes d'impôt” – en particulier dans les très hauts salaires.
L'actuel système de prélèvement d'acomptes mensuels d'impôts sur le compte bancaire du contribuable est – à part le décalage de base de calcul – très proche d'une retenue par l'entreprise. Le salaire est viré sur le compte bancaire, sur lequel l'impôt est prélevé automatiquement. La différence est bien mince.

2. Pour qu'une entreprise déduise l'impôt des salaires versés, elle doit disposer des éléments de calculs. Or, ceux-ci sont extrêmement nombreux en France, à commencer par la situation familiale (célibataire ou couple, nombre d'enfants et autres personnes à charge). Elle devraient être communiquées aux entreprises.
Pour que le prélèvement à la source corresponde aux salaires de l'année, et, par construction, du mois, les modes de calcul devraient être actualisables mensuellement. Exemple : un célibataire se marie en mars, quid de son taux de retenue au 31 mars comparé à celui des 31 janvier et 28 février ?

3. Et les fameuses niches fiscales… comment seraient-elles gérées ? Toutes ces déductions seraient difficiles à prendre en compte dans le prélèvement mensuel, ce qui obligerait à les déclarer une fois par an et à obtenir des remboursements à due concurrence… l'année suivante ; retour à la case départ ! Sauf à envisager de fournir les informations nécessaires à une périodicité rapprochée, soit le cauchemar d'une déclaration de revenus… mensuelle !

4. Quant aux revenus financiers (intérêts, dividendes, revenus fonciers), ils échapperaient à la retenue à la source, sauf à forfaitiser leurs taux ou à communiquer aux établissement concernés (banques, voire locataires devant déduire l'impôt de leurs loyers), les mêmes informations qu'aux entreprises.

5. On songe toujours aux cas les plus simples, occultant les cas complexes, comme des salariés dont les salaires mensuels varient (primes, treizièmes mois, variation du nombre d'heures travaillées), sans oublier… les non salariés ! En effet, dans le simple cas d'une augmentation de salaire qui ferait basculer le salarié dans une autre tranche d'imposition, à quelle périodicité ferait-on la “mise à jour” de la tranche ? Et comment traiter un salaire qui doublerait du fait de primes avant de retomber au niveau initial ?

6. Une myriade de contraintes techniques viendraient s'ajouter, au premier rang desquelles les changements d'employeurs, ou les périodes de chômage. Toutes les informations de calcul devraient “migrer” en même temps que le salarié… Attention aux catastrophes informatiques du type de celles rencontrées récemment par l'Obama-care ou le logiciel de versement des soldes des militaires !

7. Enfin, basculer d'un impôt décalé à un impôt prélevé “en temps réel”, si l'on peut dire, reviendrait à ce qu'une année soit “blanche”, c'est-à-dire jamais imposée. Expliquons-nous : on met en place le prélèvement à la source sur les revenus 2015 le 1er janvier 2015. À l'automne 2014, le contribuable avait achevé de payer son IR sur les revenus 2013, payables en 2014. L'année 2014 passe à l'as ! On imagine que ceux qui en ont le pouvoir s'octroieraient de confortables “à-valoir” en fin d'année 2014 pour minorer leur IR 2015…
Sur ce point, le journaliste Antoine Krempf, sur le site de France-Info, pose l'ultime question, certainement la plus redoutable : “Quel sort réserver aux dépenses fiscales liées à l'année d'imposition supprimée ?”
Effectivement : si l'on saute une année, comment les contribuables bénéficiant de niches fiscales pourront-ils effectuer les déductions liées à l'année “blanche” ?

Alors, pas de retenue à la source ?
Vous allez trouver que l'auteur de ces lignes manque d'audace réformiste. À moins que…
À moins que l'on envisage de simplifier l'IR de façon à supprimer les inconvénients évoqués, et notamment :
- Remplacer les réductions conjugales et familiales par le versement de prestations majorées. Les contribuables payeraient plus d'IR, mais toucheraient plus d'allocations familiales par exemple. Abolition du quotient familial par conséquent, et donc une retenue à la source plus facile à calculer.
- Imaginer un tout autre procédé pour les niches fiscales. Au lieu de les déduire des impôts, on les considérerait comme des subventions ou des prestations, que le contribuable toucherait auprès des services compétents (allocation pour garde d'enfants au lieu de déductions pour frais de garde, subvention pour investissement dans le cinéma au lieu de déductions pour souscription de parts de SOFICA, réduction des mensualités d'emprunts immobiliers au lieu de déductions de type “loi Duflot”…) Attention, là encore, aux complications !


Pour se persuader de la complexité de la question, il suffit de télécharger le rapport de la Cour des comptes, Prélèvements à la source et impôt sur le revenu (février 2012), et de consulter son sommaire. C'est instructif !

mardi 12 novembre 2013

Dépenses et recettes publiques : quels taux ?

Vous vous êtes peut-être interrogés comme moi sur deux chiffres récurrents à propos des recettes et dépenses publiques, qu'on lit fréquemment dans la presse :
  • Les prélèvements obligatoires représentent 46% du PIB
  • Les dépenses publiques représentent 56% du PIB
Assez logiquement, vous en avez déduit, comme moi, que le déficit serait dans ce cas de 10% du PIB, alors qu'il est d'environ 4% (prévision 2013 à 4,1%).
Une journaliste du Monde m'a aimablement répondu quand je lui ai posé la question.
La différence s'explique par les recettes publiques dites “non fiscales”.
Elles regroupent en particulier (voir cette page du site Performance publique) :
  • Les revenus du patrimoine de l'État
  • Les revenus tirés de ses participations dans des entreprises
  • Des recettes particulières comme le produit des amendes, du PMU, des taxes liées aux jeux (casinos)
  • De recettes dites “avec contreparties directes”, au premier rang desquelles la redevance audiovisuelle (2 milliards d'euros).
  • Les “fonds de concours” – là, c'est plus technique, je n'ai pas vraiment compris…
Quoi qu'il en soit, si l'on additionne les prélèvements obligatoires et ces recettes complémentaires, les 46% précités remontent jusque 52% environ, et l'écart avec les dépenses ressort bien aux 4% du PIB, ce chiffre-clé dont on parle tant. Le fait est que la frontière symbolique de la moitié du PIB concerné par les dépenses et recettes publiques a bien été franchie, ce qui n'est pas neutre en termes psychologiques, politiques et économiques…

Le compte est bon, si l'on peut dire !

jeudi 7 novembre 2013

Angélisme numérique

Roberto Casati, dans son essai pertinent, Contre le colonialisme numérique, déplore le manque d'esprit critique à l'égard de la “numérisation” progressive du monde. Il n'est aucunement un adversaire des technologies et des outils numériques, pas plus que l'auteur de ces lignes d'ailleurs. Il s'insurge cependant avec raison contre ce parti pris sans alternative : “Si tu peux, tu dois”, nous commande-t-on insidieusement, “S'il est possible qu'une chose ou une activité migre vers le numérique, alors elle doit migrer.”

Si les progrès induits par le numérique sont non seulement indéniables, mais souvent admirables, pourquoi abandonnons-nous toute réflexion à leur propos ? Quel est cet angélisme numérique, qui pourrait bien nous exposer aux pires déconvenues ?

Les enfants savent se servir d'une tablette dès l'âge de 3 ans ? Sont-ils pour autant des “petits génies”, des “digital natives” ? Absolument pas ! Ils ont juste cette capacité d'apprentissage caractéristique des plus jeunes. Aujourd'hui, la qualité ergonomique des outils numériques n'exige plus de formation. Aucune raison, donc de s'extasier. Il vaudrait mieux se préoccuper des conséquences du virtuel sur le développement psychomoteur de l'enfant.

Le pire, avec le numérique, est sa nature concentrationnaire. Le virtuel rencontre peu d'obstacles physiques autres que la mise en ligne de serveurs et l'installation de liaisons. Aussi peut-il se développer très rapidement. De surcroît, les internautes préfèrent naturellement s'adresser aux sites concentrant le plus d'informations : Google pour les recherches, Apple pour la musique et les films, Facebook pour retrouver des connaissances, Amazon pour le catalogue disponible (livres, produits frais, œuvres d'art) – les désormais fameux “GAFA".

Par angélisme – un enthousiasme sympathique mais sacrément imprudent – voilà que nous avons confié nos données, nos identités, notre travail, nos loisirs à des organisations privées, à but éminemment lucratif, et, surtout, en situation de quasi-monopole. Pire encore : la plupart de ces organismes sont concentrés dans un seul pays, les États-Unis.

Essayons d'imaginer l'équivalent dans la vie matérielle. Que penserions-nous si la totalité de nos magasins, l'intégralité de nos livres, de nos films, de notre musique, de nos répertoires d'adresses, de nos cartes, ne nos déplacements, de nos dossiers médicaux, d'état-civil, d'assurances, nos comptes bancaires (on songe à PayPal), se trouvaient rassemblés dans un unique entrepôt localisé aux États-Unis ? Il ne s'agit pas ici de faire de l'anti-américanisme primaire. Le problème serait identique – à tout le moins (!) – si ledit entrepôt était à Monaco, en Russie ou en Chine…

D'autant que les récentes révélations sur l'espionnage de la NSA l'ont montré avec cruauté et acuité : eh bien oui, les GAFA précités n'ont pas rechigné à donner à des “espions” un libre accès à leurs fichiers. L'angélisme atteint son ultime degré : nous voici pieds et poings liés. Dommage ! Il aurait fallu y penser avant. “Si j'avais su, j'aurais pas venu”, disait Petit Gibus dans La Guerre des boutons. Il ne s'agissait pas de boutons sur lesquels on clique, vous l'aurez deviné. Imaginez un bref instant si l'un des quatre GAFA – ou même Wikipédia – était racheté par une puissance aux intentions moins lénifiantes que celles de Google ou Apple…

Réversibilité ?
Avec la rapidité et la fluidité avec laquelle les internautes et leurs données peuvent “migrer”, rien n'est toutefois acquis. Si, un jour, une start-up imagine un réseau social meilleur que Facebook, le milliard d'individus qu'il regroupe pourraient soudain le quitter. Pour autant, plus ces grands acteurs du Web progressent, plus leurs moyens s'accroissent, et la concurrence devient ardue. On le comprend aisément en posant cette question : qui pourrait créer un concurrent plausible à Google, en Europe par exemple ? Certainement pas un service public, car les GAFA ne contribuent que parcimonieusement aux impôts que des entreprises “normales” – avec attaches physiques claires – acquittent obligatoirement. De ce point de vue, il est un brin irritant de lire sur la page A propos de Google cette phrase :
Lorsque nous concevons un nouveau navigateur Internet ou lorsque nous apportons un plus à l'aspect de notre page d'accueil, c'est votre confort que nous cherchons à satisfaire, et non un quelconque objectif interne ni les exigences de résultats de la société.
Étonnante, cette incapacité à assumer le credo de l'économie telle qu'elle fonctionne : faire des bénéfices !

vendredi 1 novembre 2013

Les temps sont durs

Les temps sont durs, très durs, pour quelqu'un qui croit (encore) à la politique…

Eh oui, qu'importent les quolibets, l'auteur de ce blog reste persuadé que la “politique” – la gestion de la cité, d'après son étymologie – a encore un sens. Certes, pas pour changer la vie d'un claquement de doigts, certes, pas pour “enchanter nos rêves”. Plus prosaïquement, parce qu'on a pas trouvé d'autres méthodes pour avancer, du moins en démocratie, en dehors du repli sur soi ou de la dictature…

Et pourtant, que d'épisodes calamiteux ces dernières semaines.
Comment nos gouvernants, au premier rang desquels notre président de la République, ont-ils pu se laisser entraîner dans cet interminable feuilleton de contradictions, d'erreurs et de renoncements ?
Un pas en avant, un pas en arrière, un nouvel impôt aussitôt annulé – c'est devenu un rituel sordide –, une sorte de “jugement de Salomon” du pauvre, avec l'affaire Léonarda, jusqu'à cette écotaxe à nouveau reportée sine die, qui coûtera des centaines de millions en indemnités au prestataire chargé de la recouvrer. Et attendons la dramatique “grève du foot” de fin novembre pour vérifier qu'il ne cèdera pas au dernier moment au lobby du ballond rond…

Notre président imagine-t-il un seul instant que ces reculades puissent être ressenties comme des négociations, des compromis ? On négocie avant, pas après avoir fait voter des mesures. Comment peut-il ignorer qu'il est en train de saper son autorité, alors qu'il n'a pas encore atteint le tiers de son mandat ? Est-il aveuglé par cette obsession de se représenter au terme de son premier mandat, véritable virus malin qui attaque tout président dès son entrée à l'Élysée ?
Ce qu'il risque, dans cette attitude tâtonnante et frileuse, c'est de tout perdre. Son pari de l'inversion de la courbe du chômage, les élections municipales, européennes et celles qui suivront, et, in fine, sa réélection – à supposer qu'il ose se représenter ! Et nous aurons perdu avec lui, au passage, l'espoir de nous en sortir.

Alors, perdu pour perdu, allez-y, foncez, monsieur le Président, rangez les “boîtes à outils” et sortez les grandes idées, les grands desseins, les grandes réformes. Recrutez une nouvelle équipe gouvernementale, sur concours au besoin, et agissez selon vos convictions – s'il vous en reste. Ça ne pourra être pire que les louvoiements actuels.

Et si ça n'avance pas, il ne vous restera plus qu'une solution. La “sortie à la De Gaulle”. Si, souvenez-vous, un référendum perdu et une démission dans la foulée. Ça s'appelle un plébiscite (quand ça réussit !).

dimanche 27 octobre 2013

Être et avoir été…

L'interrogation est connue : “Peut-on être et avoir été ?”

Trois nouveautés quasi concomitantes, dans trois domaines et médias différents, y apportent des réponses contrastées. Musique, cinéma et bande dessinée.
  • Paul McCartney, 71 ans depuis le 18 juin, ex-Beatle de son état, vient de sortir un nouvel album de compositions inédites, intitulé avec à-propos New, le 14 octobre.
  • Luc Besson, 54 ans depuis le 18 mars, vient de livrer au public son quinzième film en tant que réalisateur, Malavita, projeté sur les écrans français depuis le 23 octobre.
  • Albert Uderzo, 86 ans depuis le 25 avril, a permis qu'un nouvel épisode des aventures d'Astérix et Obélix soit publié le 24 octobre, Astérix chez les Pictes.
Après avoir été un Beatle, un réalisateur marquant des années 80 et 90 ou le dessinateur (puis scénariste) de la plus célèbre BD française, peut-on encore être… à la hauteur ?

Concernant Luc Besson, la réponse s'avère délicate. Son adaptation du roman de Tonino Benaquista ressemble à un film d'adolescent pour adolescents, un film potache, un défoulement sans retenue. Et l'ado a pu “se payer” trois grandes pointures américaines : Robert de Niro (70 ans), Tommy Lee Jones (67 ans) et Michelle Pfeiffer. Excusez du peu ! La régression du réalisateur du Grand Bleu ou de Nikita pourrait inverser le questionnement : le voici “être” ce qu'il a été il y a une quarantaine d'années ! Aucune nuance dans ce film burlesque – et violent. Les protagonistes jouent leurs rôles de maffiosi sans scrupules, père, mère… et enfants (adolescents) compris. Ça castagne et ça défouraille de toutes parts dans ce petit village de Normandie (où tous les Français parlent anglais, étrangement). L'auteur du roman original semble ravi, dixit RTL. Eh ben…

Concernant Albert Uderzo, la réponse est plus nuancée. Astérix chez les Pictes, scénarisé par Jean-Yves Ferri, aux références solides (Le Retour à la terre, De Gaulle à la plage) et dessiné par Didier Conrad, ressemble à un honnête pastiche. Les nouveaux auteurs sont de bons élèves, respectant scrupuleusement le cahier des charges. Tout y est : la tradition des “voyages” du célèbre petit Gaulois et son ami livreur de menhirs, les anachronismes et le jeu avec les clichés sur les Écossais, le personnage réel caricaturé (Johnny), les noms en forme de jeux de mots, jusqu'aux calembours très “Goscinny” dans leur tonalité. Pour autant, quelque chose manque. La mécanique tourne un peu à vide. Quant à l'apparition du “monstre gentil” du Loch Ness, elle donne l'impression de vouloir toucher le public des tout-petits. On se croirait dans les aventures des Schtroumpfs, série pour enfants.

Concernant enfin Paul McCartney, force est de reconnaître que c'est lui qui s'en tire le mieux, et de loin. Notre ex-Beatle parvient à montrer qu'il sait encore exploiter sa verve mélodique, sa capacité à aborder des genres très différents, et à combiner une production résolument “actuelle” avec les traditions qui lui sont propres. Tout est conçu avec talent, et surtout efficacité. McCartney montre qu'il est un “professionnel de la profession”, n'hésitant pas à tenter l'autocitation sans tomber dans le pastiche. Un art de funambule. On pourrait regretter des arrangements parfois surchargés, voire inutilement bruyants, et une voix – cette si célèbre voix – trop souvent traitée avec des effets pas toujours justifiés. Mais notre Macca – un surnom qui n'a pas notre préférence – s'en sort avec les honneurs. Il parvient à “être” – encore et toujours ! –, ce surdoué, ce touche-à-tout de génie, depuis maintenant plus de cinquante années. Chapeau !

samedi 26 octobre 2013

Un machin populiste

Sur les réseaux sociaux, ce "machin" circule :


Que l'on soit mécontent des députés, des sénateurs, des ministres – du Président de la République, c'est compréhensible. Que l'on éprouve un “ras-le-bol fiscal” selon l'expression désormais consacrée, ça l'est tout autant.
Ce n'est pas une raison pour adhérer à ce genre de message aux relents populistes. Faire suivre ledit machin n'a rien de “citoyen”. Mieux vaudrait écrire : “soyez poujadistes, faites suivre…”

L'expression “LA solution” est non seulement prétentieuse, mais de surcroît ridicule. Que pèsent 11 malheureux millions comparés aux près de 100 milliards de nos déficits publics ? 0,01 % Pas vraiment “la solution”… Certes, c'est ironique. Dans ce cas, il aurait fallu mettre “la” entre guillemets pour souligner le second degré.

Étrangement, on n'a pas vu circuler de tels libelles à propos des salaires des footballeurs. Nul doute que les citoyens autoproclamés ci-dessus seront solidaires de la grève des matchs annoncée. Il y a fort à parier qu'ils trouvent les professionnels du ballon rond plus utiles que les parlementaires et ministres. À chacun ses goûts ! Pourtant, de combien faudrait-il “baisser les salaires” de ces joueurs pour récupérer 11 millions d'euros ? À vos calculettes !

P.S. : même si on n'aime pas les ministres, ce n'est pas une raison pour oublier la majuscule à État. Eh oui, cela distingue le terme du nom commun. D'ailleurs, il n'y a pas un seul secrétaire d'État au gouvernement… Quant au mot “légèrement", rappelons qu'il porte un accent grave sur le deuxième “e”. Précisons pour terminer que les sénateurs sont au nombre de 348 (et non 343), et que le gouvernement comprend 38 membres, Premier ministre compris, ce qui porte “la solution” à (577+348+38) x 1000 x 12 = 11 556 000 euros. Quand on veut être “citoyen”, mieux vaut savoir compter, savoir écrire sans fautes, et, surtout, réfléchir deux secondes avant de diffuser des stupidités – oui, je le concède, je suis en colère !

jeudi 24 octobre 2013

Vous avez dit : “Surconsommation” ?

Je suis sûr que vous avez déjà vécu pareille mésaventure. Au petit matin, les gestes encore maladroits, vous saisissez le pot en verre de la cafetière et – bang ! – le heurtez au rebord de la table du petit déjeuner. Vous voilà quitte pour un fastidieux nettoyage, sans avoir avalé la moindre goutte de ce breuvage censé vous réveiller.

Et après ? Comment remplacer ce pot qui vous manque tant ?
Ô joie, il existe des pièces détachées. Muni de la référence de la cafetière, nous trouvons notre bonheur grâce à Internet et ses moteurs de recherche :


Ce pot s'appelle en réalité une verseuse à café. Le prix, cependant, vous fait douter de votre bonne vue : 22,60 euros…


La cafetière complète, elle, est facturée 33,90 euros. De quoi hésiter ! Pour seulement 11,30 euros, vous pouvez disposer d'une cafetière neuve.

Ajoutez à cela que (1) l'achat par correspondance d'une verseuse en verre, et donc fragile, vous expose à la réception d'un objet cassé, et donc à toute une kyrielle de réclamations, remboursements et autres joyeusetés, et que (2) des cafetières standard vendues 20 à 35 euros sont légion dans les magasins, alors que les verseuses, par nature très diverses, sont plus difficiles à trouver.

Donc, vous faites quoi, à notre place ?
Je vous laisse deviner.

Il restera à se débarrasser de l'ancienne cafetière, normalement à déposer à la déchetterie, accessible uniquement en voiture, qui sera recyclée grâce aux quelque 15 centimes d'euros d'écoparticipation facturés lors de son achat.

Conclusion : un joli gâchis, mais qui aura contribué à la croissance économique, puisque j'aurai dépensé près de 34 euros au lieu de 23, et fait travailler les recycleurs pour 15 centimes, sans oublier le carburant – et le temps – consommés lors du voyage à la déchetterie.

Qui a dit que l'économie était rationnelle ?

mercredi 23 octobre 2013

Windows, huitième du nom

Les systèmes d'exploitation se suivent… et ne se ressemblent pas tant que ça.

La dernière mouture de Microsoft Windows, huitième du nom, surprend son monde. Par sa sophistication graphique ? Par ses effets de transparence ou de relief ? Pas du tout ! Par sa sobriété.


Une sobriété telle, d'ailleurs, qu'on a quelques secondes de doute : s'agirait-il du retour de Windows 3 ? Il semble bien que non : la version de Word est millésimée 2013 :


Rien de superflu ! Du noir sur fond blanc et des options de menu (de ruban) en lettres capitales, comme la bonne vieille informatique de grand-papa… Décidément, Microsoft nous étonnera toujours.

Bon, c'est pas tout ça. Comment éteint-on cet ordinateur ? Par le bouton “Démarrer” ? Non, il n'existe plus. Allons, ne soyons pas passéiste, cherchons un peu. Non… Rien n'y ressemble. Il faudra aller dans l'Aide pour trouver. C'est, en somme, assez simple :

1. Positionnez le curseur de la souris en bas à droite de l'écran (évidemment !)


2. Un volet apparaît. Cliquez sur l'icône des Paramètres (la roue dentée)


3. Dans le panneau des paramètres, cliquez sur le bouton Marche/Arrêt et choisissez Éteindre

Quoi de plus intuitif, en somme ?

jeudi 10 octobre 2013

Le rêve des 2000 milliards

Dans un récent numéro, Le Monde annonce que l'évasion fiscale coûterait 2000 milliards d'euros à l'Union Européenne, selon une mission parlementaire française, soit deux fois plus qu'une précédente évaluation, réalisée par le Parlement européen.

Ça fait rêver !

En allant à la pêche aux chiffres sur le web, notamment sur le site des Échos, j'ai tenté de récupérer quelques ordres de grandeur :

Le PIB de l'UE représenterait environ 16700 milliards de dollars, soit 12400 milliards d'euros. Le déficit global des finances publiques est annoncé à 4% pour 2012, soit à peu près 500 milliards.
Si je ne m'abuse, réduire l'évasion fiscale ne serait-ce que d'un quart permettrait donc de remettre à l'équilibre en moyenne les budgets des pays de l'UE.

Ne rêvons pas trop. D'abord, ce serait très difficile à faire. De surcroît, on pourrait raisonnablement souhaiter que la réduction de l'évasion profite à ceux qui payent honnêtement leurs impôts – directs ou indirects – en leur offrant en contrepartie une baisse de la pression fiscale.

L'idéal serait donc de réduire cette évasion, si elle est avérée, de moitié, puis de partager en deux la somme – 1000 milliards d'euros – entre la réduction des dépenses et celle des déficits… La pression fiscale s'en trouverait diminuée de 4 points, ce qui n'est pas rien sur un taux proche de 50% du PIB.

Au niveau français, une fourchette de 60 à 80 milliards est avancée par le rapport de la mission parlementaire. C'est un peu moins favorable que sur le total européen, puisque notre déficit est d'environ 90 milliards, à rapporter à d'un PIB voisin de 2000 milliards. Mais bon ! Récupérer quelques dizaines de milliards ne pourrait pas nous faire de mal !

lundi 16 septembre 2013

La prochaine usine à gaz (-oil)

Difficile, cette cohabitation entre socialistes et écologistes au gouvernement… Il ne se passe pas un mois sans que les seconds de menacent de quitter les premiers.

Dernier point d'achoppement : la fiscalité des carburants. En plein “ras-le-bol fiscal”, nos amis écologistes prônent une augmentation de la taxe sur le gas-oil, pour la porter (progressivement) au niveau de celle de l'essence sans plomb.

Nous permettra-t-on un peu de fantaisie, à ne surtout pas prendre au premier degré ? Allons-y…
Même s'il nous semblait que le caractère cancérigène des particules de diésel était connu depuis longtemps, ce constat est présenté comme inédit et nouveau. Admettons. Il n'est jamais trop tard pour bien faire…

L'idée de l'augmentation laisse donc supposer qu'il s'agit de décourager les amateurs de moteurs diésels, afin qu'ils préfèrent des engins à carburation classique, jugés plus “propres” (?). Dans ce cas, idée iconoclaste : pourquoi ne pas baisser le niveau de la taxe sur le sans plomb afin de l'aligner sur celle du gas-oil ?

Allons, allons ! Pas de panique ! Ne sautez pas sur vos claviers, je plaisante.

Un seul vœu, en conclusion : que l'on ne nous concocte pas une nouvelle “usine à gaz” (-oil), avec prélèvements, remboursements, dégrèvements, tranches, seuils, pourcentages, racines carrées, décomptes d'apothicaires et autres formules alambiquées, pour, au final, n'aboutir à… rien d'autre que des flux contradictoires mécontentant tout le monde.

mercredi 11 septembre 2013

Une morosité pas folichonne…

La morosité s'est-elle installée dans notre pays ? Les médias semblent le démontrer chaque jour… jusqu'à cette façon de présenter la météo sur France Info ce matin : “Faut-il en parler ? Ce n'est pas folichon…”

Oui, en un sens, l'ambiance n'est pas “folichonne”.

La réduction des déficits publics exige une ponction fiscale accrue couplée à des prestations publiques en diminution. Payer plus… pour bénéficier de moins. Peu folichon.

Désormais, quand on parle de “réformes”, ce n'est plus une promesse de progrès, mais plutôt de régression sociale et financière – surtout quand elles sont “structurelles”… Ainsi des réformes des retraites, indice d'une lente, mais régulière régression. Pas folichon du tout !

Le chômage ne cesse de s'accroître, en dépit des rêves d'inversion de courbes de notre président, et seule la croissance serait censée le réduire. Malheureusement, la croissance qu'on nous promet n'est évidemment pas à deux chiffres, ni même à un chiffre, elle se limite, au mieux, à quelques décimales de pourcent. Pas vraiment folichon.

Si l'on cherche à prendre de la hauteur, à aborder des thèmes plus forts, que voit-on ?

Du côté de l'écologie, la seule perspective qui nous est dessinée par les défenseurs de l'environnement, ce sont des hausses considérables du prix de l'énergie, des taxes “vertes” et autres péages urbains, dans une attitude presque totalement négative (le fameux “non à tout” si désespérant chez les écologistes), qui ne donne pas le moral. Rien de folichon là-dedans.

Du côté de l'international, on ne nous propose que des interventions militaires, utilisant avec gourmandise le mot “guerre”. Pour ma part, cela ne m'exalte “guère”, tant ce mot est sinistrement connoté par la mémoire de mes parents et grands-parents. Absolument pas folichon !

Alors, oui, il n'y a pas de quoi s'étonner que la morosité se soit installée.

vendredi 23 août 2013

Hémiplégie fiscale

En cette rentrée politique, la question des impôts revient sur le devant de la scène. Tout le monde s'y met. Pierre Moscovici se préoccupe du “ras-le-bol” fiscal des Français, Ségolène Royal parle de “moratoire”, tandis que Jean-François Copé assure que, s'il était au pouvoir, il baisserait drastiquement la pression fiscale. Seuls les écologistes sont à contre-temps en proposant des taxes vertes…

Ces discours sont hémiplégiques ! Toutes ces personnalités savent que l'on ne peut échapper à une limitation des déficits. Dès l'école primaire, on apprend à faire la différence entre recettes et dépenses. Or, toutes se gardent bien d'expliquer comment elles baisseraient la pression fiscale. Car il n'y a pas trente-six solutions : il faudrait bien supprimer des dépenses. Lesquelles ? Mystère et boule de gomme !

À ajouter au programme des “universités d'été” des partis, puisqu'ils y sont tous : petites révisions de “qu'est-ce qu'un budget ?”. Au fait, existe-t-il une “Politique fiscale pour les nuls” ?

lundi 19 août 2013

Aiguille de la Vanoise, traversée ouest-est


Vue de profil, l'aiguille de la Vanoise a fière allure ! L'arête qu'Émile – notre guide – a proposé de gravir ce jeudi 15 août paraît bien impressionnante depuis les Barmettes…

Nous attaquerons l'escalade au-dessus de raides pentes herbeuses (flèche).
En attendant, il faut patienter environ deux heures, le temps de s'échauffer dans une marche d'approche régulière, le long de beaux sentiers. Nous passerons au voisinage du Moriond avant de décrire un arc-de-cercle pour contourner les escarpements qui soutiennent la naissance ouest de l'arête.

Quel bel objectif, en tout cas, que l'aiguille qui porte le nom du superbe massif qui l'environne. De quoi méditer !

Vue sur son flanc sud, l'aiguille change d'allure du tout au tout, comme si elle plaisantait avec ses prétendants. Une longue, très longue arête sommitale se révèle. Il suffit de regarder cette photo pour comprendre la différence entre une “traversée” d'aiguille et une classique “ascension”.


La flèche indique l'attaque, qui offre une première longueur sur de belles dalles couchées, où le soleil nous accueille avec opportunité après la montée soutenue par un vif vent d'est.


Équipés de pied en cap – baudrier, casque, chaussons – nous observons Émile dérouler une trentaine de mètres de corde. Le contact avec ce beau calcaire gris nous rappelle combien les semelles des chaussons adhèrent, comme par magie, au grain du rocher.


L'arête se redresse. Ce n'est pas parce que l'on “traverse” qu'il n'y a pas de montée. Le soleil, plein est, a émergé de la Grande Casse et va rester dans l'axe de notre progression.
Derrière nous, deux cordées ont commencé à leur tour l'escalade et relayent en haut des dalles.


Le passage suivant est l'occasion de citer la formule célèbre, qui galvanise nos énergies : “La paroi, verticale, se redressait encore” (j'exagère, mais il y a de ça). Benoît observe avec attention la progression d'Émile…


Et c'est la “surprise du chef” : un passage plutôt biscornu, absent des topos en tant que tel, et pourtant assez difficile. Une échancrure étroite, légèrement déversante, se franchit avec un bon point d'aide (“horreur, malheur” diraient les puristes) et un mouvement que l'on peut qualifier de “violent” – oui, on le peut !


Ma position de troisième de cordée, à quelques mètres de Benoît, me fait jouer un rôle paradoxal. Je tente de lui donner le “mode d'emploi” du passage… sans l'avoir franchi, et pour cause. Quand vient mon tour, il me faut appliquer mes conseils si possible. Ce coup-ci, ça collait : un vif mouvement en se poussant sur le pied droit, et la surprise est surmontée.

Après une heure trente de grimpe dans ce style, varié, aérien et souvent amusant, nous approchons du sommet ouest, orné d'étranges “becs” sculptés par l'érosion. À notre gauche, on plonge dans la paroi redoutable du versant nord, où se déroulent des voies aux noms évocateurs, au premier rang desquelles la “voie Desmaison”. Brr !


Émile manœuvre les cordes avec maestria, installant moult relais pour notre confort et notre sécurité. Nous suivons, toujours admiratifs pour ces techniques peu valorisées et pourtant cruciales.

Et nous prenons pied sur le sommet Ouest, orné d'un cairn et spacieux – adjectif que nous devrons bannir de notre vocabulaire dans les heures qui suivront. La crête qui démarre ensuite en donne un avant-goût.


Pile dans l'axe de l'arête, sa majesté la Grande Casse, qui restera la ligne de mire de la course jusqu'à son terme. Un voisinage qui n'est pas pour nous déplaire !


Les guides le disent souvent, avec humour : “On n'a pas des métiers faciles !” Grimper en tête, assurer les clients, leur soutenir le moral et… aller prendre des photos depuis des endroits exposés.


Mais c'est la corde qui mérite toutes les attentions. Soigneusement “lovée”, elle s'attachera (ha ! ha !) à se dérouler sans accrocs pour notre protection.


Si les prises sont bel et bien présentes, la plongée du regard dans le vide du versant nord (à gauche), donne la mesure de l'ambiance : le trait blanc tout en bas est le large chemin d'accès au refuge du col de la Vanoise, près de 600 mètres sous nos pieds… Mieux vaut regarder où on les mets, ces pieds.


Alors, quand il s'agit de marcher sur ce petit “trottoir” d'altitude, on ressent quelque peine à imiter Émile, qui se déplace là-dessus comme s'il allait acheter sa baguette de l'autre côté de la rue. Avouez que l'esthétique de cette aiguille de la Vanoise a de quoi mettre le cœur en joie.

Il ne faudrait pas s'y tromper. Qui dit “traversée” ne dit pas forcément un cheminement strictement horizontal, comme la photo précédente pouvait le laisser penser. De fait, le point culminant étant franchi, l'arête a tendance à descendre, en une succession de petits ressauts spécialement aériens. L'auteur de ces lignes bénéficie alors de l'immense privilège de partir le premier, à la découverte des prises cachées. Ce qui s'appelle “faire des pieds et des mains”. Émile, quant à lui, manœuvre sans cesse les cordes afin de ménager des points d'assurage, puis doit les “rappeler” à lui avant de poursuivre.


L'ambiance pour le moins aérienne n'empêche pas Émile de dispenser quelques commentaires, gestes à l'appui. Que ne faut-il pas faire pour rassurer les second et troisième avant qu'ils ne le rejoignent.


Le final de la traversée est époustouflant. L'arête, devenue lame de couteau – ou presque – fait son baroud d'honneur, toujours sur fond de Grande Casse. La grande classe serait-on tenté d'ajouter. Ces moments appartiennent à ceux qu'on n'oublie jamais, mêlant beauté et ce petit serrement des tripes que le vide environnant ne manque pas d'occasionner…


Allez ! On double la photo. En hauteur, ça rend encore mieux. Si, à droite, quelques dizaines de mètres nous séparent du plancher des vaches (pour vaches agiles, cependant), à gauche, c'est toujours la plongée directe sur des centaines de mètres de paroi. Heureusement, le cheminement invite à passer sur la droite, mains sur l'arête, pieds en adhérence sur le calcaire rugueux.


Les deux “monchus”, heureux comme tout, n'oublient pas de bien se tenir aux reliefs, en dépit des exhortations du guide-photographe (“Allez ! Sans les mains, cette fois, on la refait”).


Deux bouts de doigts pour assurer l'équilibre, quand même, faudrait “voir à voir” comme disait mon grand-père.


Eh bien voilà ! Cette fois, c'est bien “sans les mains”… l'espace de quelques secondes.


Voici ce que pouvait voir Benoît du côté ouest. Le premier de cordée de celle qui nous suivait, en train de traverser, en plein “gaz”.


Après quelques pas dans les pentes qualifiées de “débonnaires” dans un topo que nous ne nommerons pas, nous compatissons aux efforts des deux seconds de cordée qui abordent la petite brèche très aérienne qui nous avait occasionné quelques hésitations en dépit d'une “échelle à becquets” d'apparence évidente…


Nous ne vous dirons pas où c'est, vous chercherez par vous-mêmes, hein ! Émile a tenu à nous faire visiter les ruines de l'ancien refuge, encore visibles. Certes, on n'y passerait pas la nuit. D'ailleurs, le “nouveau” refuge est, lui aussi, en cours de rénovation. Les anciens “Algeco” du refuge du col de la Vanoise vivent en effet leur dernière saison.

Au moment de conclure, que dire ? Qu'on aimerait encore être là-haut, ça oui, plutôt que dans nos plates vallées urbaines. Puisse cet article de blog nous rappeler ces moments d'exception.

Avec mes remerciements à Émile, pour son professionnalisme et sa gentillesse, et à Benoît, pour m'avoir convaincu de faire le déplacement à Pralognan afin de l'accompagner dans cette très jolie course. 

ANNEXE : Considérations sur le choix de l'itinéraire
La traversée de l'aiguille de la Vanoise est “réversible”, en quelque sorte, puisqu'on peut la réaliser soit dans le sens Ouest-Est, comme nous l'avons fait ici, soit dans l'autre sens. De plus, une suite d'antécimes, côté est, permet d'ajouter une section complémentaire à l'ascension. Pour les cordées partant du refuge du col de la Vanoise, cette dernière combinaison semble plus classique. Cependant, à notre avis, descendre par l'extrémité ouest de l'arête est non seulement assez délicat, mais fait perdre de surcroît le plaisir de franchir ses passages à la montée. Ils s'y prêtent en effet. Par ailleurs, si l'on s'arrête au sommet Ouest en venant de l'est, il faut alors parcourir à nouveau l'arête direction est pour trouver une descente, ce qui est moins logique. Conclusion : l'itinéraire décrit ici nous paraît préférable à bien des égards, par sa logique et sa variété dans les passages gravis. Il mérite l'allongement de l'approche, que ce soit en venant du refuge ou en partant du bas. 

On pourra consulter le topo mis en ligne par Benoît sur CampToCamp à cette adresse, ainsi que le compte rendu de notre ascension à celle-ci.

dimanche 28 juillet 2013

45 jours fin de mois

Les travailleurs indépendants, et plus largement tous ceux qui émettent des factures, connaissent bien cette formule laconique. Paiement à “45 jours fin de mois”.
Elle est si répandue que l'on pourrait penser qu'il s'agit d'une règle claire et sans ambiguïté. Eh bien non !

Petit exemple :
Une facture est émise le 29 mai 2013, payable selon ces conditions.

Première interprétation :
On attend la fin du mois, soit le 31 mai, puis on décompte 45 jours, ce qui nous conduit au 15 juillet. “Fin de mois” signifie ici “fin du mois de la date d'émission”.

Seconde interprétation :
On compte d'abord 45 jours à  compter de la date d'émission. Cette fois-ci, nous parvenons au 13 juillet (29 mai + 45 jours), et l'on va attendre la fin du mois correspondant à cette date, donc la fin du mois de juillet, quitte à reporter le paiement au premier jour du mois suivant, soit le 1er août. Tant qu'à faire, c'est encore un jour de gagné, et des comptes de juillet moins affectés !

Dans le premier cas, la facture est payée à 47 jours.
Dans le second cas, la facture est payée à 64 jours.
Reconnaissez que la différence est de taille !

Et, à votre avis, quelle interprétation choisissent la plupart des clients ?
Nous vous le laissons deviner !

Nous tenons à remercier ici les généreux clients qui partent en vacances sans payer leurs factures. Le délai de paiement devient, dans ce cas, 45 jours fin du mois de leurs congés (ou de ceux du comptable chargé de procéder aux paiements).

samedi 6 juillet 2013

L'espoir fait vivre ?

Un lecteur du Nouvel Obs a trouvé les mots qu'il fallait pour contester la rengaine des retraites (n°2539) : l’espérance de vie ne cessant de s'allonger – de trois mois chaque année, dixit les scientifiques – nous devrions travailler plus longtemps.
Sexagénaires et septuagénaires, nos années de vie comporteraient-elles 15 mois ? Vivrions-nous 455 jours par an durant cette tranche de vie ?
L'espoir fait vivre, dit le proverbe. Certes. Le lecteur de l'hebdomadaire ne mâche pas ses mots :
Cet allongement se fait à l'autre bout. On gagne des années d'incontinence, des années de déambulateur, des années de fauteuil roulant, puis grabataires.
Qu'en est-il de l'espérance de vie en bonne santé, la seule qui permette effectivement de travailler plus ? (définition de l'INSEE). Une rapide recherche sur le Web montre que, contrairement à ce que l'on imagine, celle-ci serait en diminution depuis 2007 (Atlantico). L'évolution de nos modes de vie, plus stressés en particulier, en serait l'une des causes (France Culture). Le site de l'INSEE ne semble pas corroborer cette tendance. Quoi qu'il en soit, l'Institut de statistiques indique ceci :
Espérance de vie : hommes 78 ans - femmes 85 ans
Espérance de vie en bonne santé : hommes 62 ans - femmes 64 ans
La nuance entre les deux indicateurs est spectaculaire ! Par un hasard étonnant, elle correspond grosso modo à l'âge actuel de prise de retraite minimal… Après tout, c'est logique : tant qu'on peut travailler, travaillons. Et, dès que l'on n'est plus en bonne santé, partons en retraite !

C'est toute l'ambigüité des statistiques. Ce sont des moyennes. N'oublions pas que la réduction de la mortalité infantile fait augmenter, mécaniquement, l'espérance de vie (qui est toujours calculée à la naissance). On pourrait poser cette question : la baisse de la mortalité infantile justifie-t-elle que l'on parte en retraite plus tard ? Cela semble difficilement défendable…

jeudi 4 juillet 2013

Pieds et poings liés

Que le temps a vite passé ! L'enthousiasme pour Internet nous a aveuglés. Désormais, les acteurs marquants de l'information sont tous, ou presque, américains (Google, Apple, Facebook, Microsoft…) Durant les vingt dernières années, nous avons été incapables de faire émerger des concurrents à ces firmes tentées par le monopole. Nous voici donc totalement dépendants, et pour longtemps. Il n'est guère étonnant que les protestations européennes soient si molles à l'encontre de l'affaire Prism. En un sens, s'il nous prenait de devenir menaçants, les États-Unis disposent de l'embarras du choix dans l'arsenal des “armes absolues” : couper Google, nos iPhone, Facebook, fermer le “cloud”, nos comptes PayPal, leurs serveurs de noms de domaines, la liste est longue. Nous sommes pieds et poings liés…

Le poids des maux

Avec la crise, la récession, notre PIB devient un PIBas… Pas étonnant que nous ayons élu un Hollande comme président. Fort heureusement, il a nommé un Premier ministre, Jean-Marc, un Ayrault, qui a su bien s'entourer, même s'il a fait couler son Bathot tant il l'a chargé de Bricq. L'essentiel est encore de planter quelques Sapins, et d'attendre Noël pour la décrue du chômage. D'ici là, pauvres Pellerins, Peillons nos impôts, méfions-nous Duflot de taxes écologiques en Hamon du budget 2014, et dansons une joyeuse Valls !

Choc de simplification

Notre Président a annoncé récemment un “choc de simplification”.
Pour en illustrer l'opportunité, petit inventaire des documents que doit fournir un indépendant comme l'auteur de ces lignes durant le premier semestre :
  • Établir sa comptabilité et la remettre à son expert-comptable pour vérification
  • Déclaration récapitulative de TVA, dite CA12 (régularisation des acomptes de l'année précédente).
  • Déclaration DAS des honoraires et droits d'auteurs versés
  • Déclaration “simplifiée” des résultats n°2033 (7 pages)
  • Déclaration d'impôt sur les sociétés n°2065 (1 seul montant à saisir)
  • Déclaration commune des revenus aux organismes sociaux, anciennement DCR, devenue depuis 2013 la DSI.
  • Rédaction du PV d'assemblée générale de SARL
  • Dépôt dudit PV et des comptes au greffe du tribunal de commerce
On n'en meurt pas, comme dit l'autre, mais, mine de rien, c'est pas mal de boulot ! Notez qu'il ne s'agit pas de se plaindre, le statut d'indépendant, ça s'assume. Il n'empêche, nombre des informations contenues dans ces documents pourraient circuler entre les services concernés. À noter que ces documents sont, pour la plupart, souscrits “en ligne”, ce qui économise du papier et des timbres, mais pas vraiment de temps, tous comptes faits.

mardi 2 juillet 2013

Boucle sans fin

À mon humble avis, il y aurait comme une "boucle sans fin" dans notre économie.

Croissance = 0,1%
Déficit budgétaire = 50 milliards

Répéter

     Selon l'humeur du jour
          Appeler (Augmenter recettes)
     Ou
          Appeler (Réduire dépenses)
     Fin humeur du jour

     Si (Croissance inférieure à 1%)
          Recettes = Recettes - 1,5 milliard
          Déficit budgétaire = Déficit budgétaire + 1,5 milliard
     Fin de si

Jusque (Déficit budgétaire = 0) et (si possible(Dette=0))

=======================

Fonction Réduire dépenses
     Dépenses = Dépenses - 1 milliard
     Croissance = Croissance - 0,1%
     Déficit budgétaire = Déficit budgétaire - 1 milliard
Fin Fonction

Fonction Augmenter recettes
     Recettes = Recettes + 1 milliard
     Croissance = Croissance - 0,1%
     Déficit budgétaire = Déficit budgétaire - 1 milliard
Fin Fonction

Il faudrait déboguer ce programme, au plus vite. Notre espoir est qu'il soit faux !

vendredi 21 juin 2013

Offres d'emplois non pourvues : échelle du phénomène

Intéressant sujet dans Le Monde daté du 21 juin. Les offres d'emplois non satisfaites. Pôle Emploi en dénombrerait environ 120000, et le MEDEF 300000 ; pour ces dernières, ce sont les recrutements échouant chaque année faute de candidats (sur 20 millions de recrutements annuels).

Ces quelques chiffres permettent d'indiquer à ceux qui pensent que les chômeurs pourraient se mettre au travail “s'ils le voulaient” n'ont pas la mesure du phénomène. Si, d'un coup d'un seul, 300000 demandeurs d'emplois pouvaient (1) se former aux offres en question (2) en accepter les conditions souvent médiocres (y compris se déplacer loin de chez eux) (3) être tous retenus sans exception par les employeurs offreurs, alors le chômage global baisserait péniblement de presque 10%. Ce n'est pas négligeable, mais notez qu'il resterait tout de même 2700000 personnes sans emploi…

À bons entendeurs…

samedi 15 juin 2013

Les mots ont un sens - du moins espérons-le !

Yannick Moreau vient de remettre son rapport sur les retraites. Le Monde cite ses propos.
L'urgence est de rééquilibrer les régimes et de stabiliser financièrement le système, pas de faire une réforme systémique. Ce n'est pas la demande des Français ; ils ne savent même pas ce que cela veut dire.
Et pour quelle raison les Français “ne savent pas ce que cela veut dire”, à votre avis ?
Pour une raison toute simple : les mots sont employés à tort et à travers, sans aucun égard pour leur sens. Or, de quoi disposons-nous d'autres que les “mots” pour nous comprendre ?
C'est le cas, emblématique, du terme “réforme”. À force de l'employer à tout bout de champ, il ne veut plus rien dire. Au point qu'il faut lui ajouter des adjectifs de l'ordre du pléonasme. Réforme “structurelle”, réforme ”systémique”. Si l'on se contentait de parler de réformes dès lors que l'on modifie un système, que l'on touche à sa structure, les Français n'auraient aucun problème de compréhension.

Yannick Moreau rend un rapport au Premier ministre qui ne contient aucune proposition de réforme (ou presque). Le document se borne à proposer des mesures, des décisions, des ajustements, mais certainement pas de réforme. La citation ci-dessus en est d'ailleurs la preuve.

Examinons cet exemple :
On modifie les taux des tranches de l'impôt sur le revenu ou le plafond d'avantage pour une part,  est-ce une réforme fiscale ? Évidemment non ! Ce n'est qu'un ajustement à système identique, sans toucher à la structure de l'impôt.
Repousser l'âge de départ à la retraite de 62 à 63 ans, accroître la durée de cotisation de 42 à 44 ans, sont-ce des réformes ? Pas plus !
Cessons donc de parler de réformes, une bonne fois pour toutes. On en reparlera quand un système nouveau, à la structure nouvelle sera proposé.

L'origine de ces confusions horripilantes se trouve dans les plans de rigueur imposés par le FMI, la Banque centrale ou la Commission européennes. Leurs responsables n'ont à la bouche que le terme de “réformes structurelles”. Ce pléonasme revendiqué ne sert, en pratique, qu'à désigner des mesures fiscales et sociales visant à réduire les déficits en s'attaquant à tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à des systèmes de solidarité. Là encore, on ne touche pas à la structure, on se contente de diminuer telle ou telle prestation, dépense publique ou allocation. L'adjectif “structurel” est devenu synonyme de “régressif”. Il faudrait donc parler de “mesures restrictives” ou d'économies drastiques. Seulement voilà, c'est moins brillant que “réformes structurelles”.

Ah, technocratie, quand tu nous tiens, le vocabulaire n'a qu'à bien se tenir !

Pour revenir à Yannick Moreau, la rapporteuse a parfaitement compris de quoi il s'agissait. Dommage qu'elle en conclue que les Français non seulement sont un peu stupides, mais, de surcroît, ne demandent pas de réforme réelle et profonde du système des retraites. Qu'en sait-elle ? Préfèrent-ils cette fuite en avant vers la constante diminution, le constant durcissement, la constante paupérisation de tous, actifs et retraités ? Il lui reste à le prouver !

lundi 10 juin 2013

Clés USB, Mac OS et Windows

Piège parmi les pièges !
Vous travaillez sous Mac OS et copiez des fichiers d'images sur une clé USB afin de les transmettre à quelqu'un qui l'ouvrira sur un PC sous Windows.


Quatre fichiers JPEG. Remarquez au passage que les images sont affectées en tant qu'icônes aux fichiers informatiques stockés sur la clé USB.

Votre correspondant l'ouvre sur son PC sous Windows. Surprise !


Au lieu de 4 fichiers, l'explorateur en affiche le double – sans compter quelques dossiers aux dénominations ésotériques (pour zoomer, cliquez sur l'illustration).

Si votre correspondant est pressé, il ouvre le premier fichier de la liste d'images, soit :


…au lieu du fichier (presque homonyme) :


Jouez au jeu des différences :
• Le premier “pèse” seulement 83 Ko, et sa dénomination est précédée d'un point et d'un tiret bas.
• Le second affiche 361 Ko.

En pratique, le premier fichier est l'imagette qui sert d'icône sous Mac OS, mais dont le fichier est invisible sous Mac OS.
Et le second est le vrai fichier d'image.

Si votre correspondant n'ouvre que le fichier d'imagette, il va, immanquablement, déplorer qu'il est en “basse définition” – et pour cause, c'est, de fait, une imagette, autrement dit une petite image…

La seule parade consiste à ouvrir la clé sur un PC – si vous en disposez – et à effacer les fichiers inutiles avant diffusion de l'objet…

mercredi 5 juin 2013

Une durée de cotisation virtuelle

Nous évoquions dans de précédents billets le manque d'imagination de nos “réformateurs structurels”, qui les conduit à agir exclusivement à système inchangé, en déplaçant les curseurs existants – sans aucune innovation.

Comme c'est devenu une habitude, le gouvernement lance des ballons d'essais, indiquant que la durée de cotisation exigée pour une retraite à taux plein serait portée à 44 ans en 2020. À force d'augmenter cette durée, l'absurdité nous guette. En pratique, ce paramètre a pour seul but de réduire le montant de la pension de ceux qui partent sans avoir cotisé suffisamment longtemps. En parallèle, on déclare hypocritement que l'on ne touche pas à l'âge minimum de départ. Le calcul est vite fait : 44 ans de cotisation, départ à 60 ans… Il faut avoir commencé à travailler à 16 ans.

Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? La mode est au virtuel, à la “réalité augmentée”. Décrétons que la durée de cotisation est désormais de 50 ans, voire 60 ans. Ainsi, toutes les pensions seront amputées de 50 ou 60%, et l'équilibre de la branche sera assuré, tout en préservant l'apparence d'un système inchangé.

Est-il impossible à nos réformateurs de comprendre que faire porter le rééquilibrage d'un système uniquement sur ceux qui vont prendre leur retraite dans les prochaines années est inéquitable et, de surcroît, inefficace ? Ont-ils pris la mesure de l'injustice flagrante qu'ils causent, les écarts entre les pensions de chaque “classe” d'âge selon les années devenant de plus en plus importants, sans que rien ne le justifie : ils ont bien tous cotisé, année après année, au même taux, non ? Sans oublier les inévitables périodes de chômage avant de parvenir à l'âge de départ.

Allez, messieurs les réformateurs, encore un petit effort, l'imagination est au pouvoir, disait-on volontiers en parlant de la gauche…

lundi 3 juin 2013

Capitulations face aux lobbies

Après avoir envisagé de plafonner les allocations familiales en fonction du revenu des bénéficiaires, le gouvernement recule et préfère agir sur le quotient familial de l'impôt sur le revenu. Après avoir envisagé de limiter à deux ans le statut d'autoentrepreneur en tant qu'activité principale, le Premier ministre annonce que la mesure ne concernera que le secteur du bâtiment, contredit quelque temps plus tard par la ministre concernée, Sylvia Pinel.

Quoi qu'on pense du fond et de l'opportunité de ces mesures, force est de constater que le gouvernement – et le président de la République – montrent leur insigne faiblesse dès lors qu'il s'agit de prendre des mesures. Dès qu'un lobby lève le sourcil, ils capitulent en rase campagne. Pourquoi, alors, faire des annonces, si c'est pour reculer piteusement à la moindre réaction ?

Des lobbies autrement plus puissants
Car affronter les lobbies devient la condition sine qua non pour gouverner. À Bruxelles, la Commission européenne est encerclée de lobbies qui lui dictent ses décisions. Si François Hollande et Jean-Marc Ayrault sont incapables de se mesurer à des groupes de pression comme les “pigeons” et autres “poussins”, voire les associations de familles, alors il n'y a aucun espoir qu'ils puissent dompter ceux qui assaillent l'Europe, autrement plus puissants !

Effets collatéraux
Les effets collatéraux de ces reculades vont à l'encontre du “choc de simplification” prôné par notre Président. Inévitablement, les compromis débouchent sur de nouvelles “usines à gaz” législatives et réglementaires, spécialité de nos énarques virtuoses en complications. C'est ainsi que le statut d'autoentrepreneur va se décliner selon les activités, que de nouveaux “plafonds” pour tenter de définir une activité “principale” seront imaginés, etc, etc. Côté politique familiale, l'objectif était de résorber le déficit de la branche des allocations familiales. La réduction du plafond du quotient familial concerne un autre budget, celui de l'État – puisqu'il s'agit de l'impôt sur le revenu. On imagine aisément le bricolage que l'on va nous pondre pour verser le surplus d'impôt ainsi collecté au budget social de la nation…

Stérilité imaginative
Dans ces deux tentatives de réformes, on remarque une fois encore le triste manque d'inventivité de nos gouvernants. Ils agissent toujours à système constant, rognant un plafond, créant de nouvelles “tranches” et autres effets de seuils, sans jamais prendre le temps d'examiner les choses dans leur globalité.

On aurait pu concevoir, à l'occasion d'une réforme des allocations familiales, d'examiner le cas du premier enfant, qui ne donne droit à rien, contrairement d'ailleurs à ce que prétendent les associations, à savoir qu'un enfant “coûte” la même chose quel qu'il soit. On aurait pu aussi rêver que l'examen du statut des indépendants débouche sur une révision des règles de calcul des charges sociales, abominablement complexes et décalées dans le temps. S'inspirer de la taxation strictement proportionnelle proposée aux autoentrepreneurs aurait pu rétablir un semblant d'équité dans ce secteur constellé d'inégalités sans justifications. Même remarque sur les retraites. La réforme qui se prépare va encore s'effectuer a minima, en déplaçant les curseurs de l'âge de départ, de celui de la pension à taux plein et de son mode de calcul, sans bien sûr examiner tout le reste, à commencer par la pénibilité, le chômage de seniors, les écarts gigantesques entre pensions selon les caisses et le régime, l'indexation des pensions confortables ou le niveau du minimum vieillesse…

Quand le personnel politique dépose les armes, renonce à avoir des idées, il y a du souci à se faire pour les scrutins à venir. Nos gouvernants feraient bien de méditer sur le sujet. Céder devant les lobbies n'a jamais rapporté durablement de majorités stables.

Vidéo sans son dans YouTube sous Mac OS X 10.6

Récemment, j'avais constaté que les vidéos en provenance de YouTube n'éméttaient plus de son, qu'elles soient visionnées dans Firefox ou dans Safari. La petite icône de haut-parleur portait une croix à sa droite. Irritant !

Configuration :
Mac OS X 10.6.8
Firefox 21.0 avec modules d'Applet Java 13.9.2, Quicktime plug-in 7.6.6 Shockwave Flash 11.7.700.203 (ça, c'est du numéro de version !)
Safari 5.1.9
Après une succession de tentatives diverses, telles que mises à jour de navigateurs et autres modules complémentaires, la solution est venue du côté de Flash, récemment mis à jour selon les recommandations de son éditeur – ce à quoi j'aurais dû songer !

Dans les Préférences système figure en effet une option Flash :


Celle-ci donne accès à un tableau de bord assez fourni :


L'onglet Avancé propose d'effacer les “données et paramètres de navigation”.


Ce genre de commande, aux intitulés peu intelligibles, rebute toujours. On se demande bien, au moment de cliquer sur le bouton Supprimer les données, si l'on ne va pas se créer de nouveaux ennuis.
Ce ne fut pas le cas, et le son des vidéos se remit à fonctionner dans les deux navigateurs.

vendredi 31 mai 2013

Élucubrations européennes

La Commission Européenne vient de rappeler à l'ordre la France à propos des “réformes structurelles”, en lui donnant des instructions pour le moins… précises.

C'est le cas sur les retraites, mais aussi sur l'assurance-chômage. Et sur ce dernier point, la maladresse le dispute au cynisme ! En voici les termes (confer Le Monde) :
[La Commission] insiste pour que soit lancée “en urgence” une réforme de l'assurance-chômage pour rendre plus attractif le retour au travail.
En clair : diminuer les allocations des chômeurs pour les inciter à trouver un travail.
Pourquoi pas… s'il y avait du travail ! Alors que la rigueur que connaît la France (et ses voisins européens) résulte des règles imposées par la Commission, cette dernière en remet une couche. Non seulement la dépression économique accroît le nombre de chômeurs, mais il faudrait en plus qu'on les pénalise parce qu'ils le sont. Dans leurs petites cervelles de technocrates bornés, les vaillants “commissaires” devraient réfléchir à une chose : quelles créations d'emplois interviendraient “comme par magie” pour les chômeurs trouvant soudain “attractif” de travailler ? D'où les sortent-ils, de quel chapeau ? Et surtout dans quelles proportions ? Ont-ils un stock de 2 millions d'offres d'emplois non satisfaites quelque part, bien cachées dans un de leurs bureaux, pour les proposer aux Français sans emploi ?

Seconde réflexion – toujours empreinte de colère – peut-on faire comprendre aux mêmes commissaires que le déficit des retraites (pour ne citer que celui-ci) résulte en premier lieu de l'ampleur du chômage, qui réduit mécaniquement les cotisations des actifs.
En résumé : la commission exige une réduction rapide des déficits ; cela crée du chômage, qui creuse lesdits déficits. Jusqu'où faudra-t-il aller dans cette spirale perverse, selon eux ?

À une petite année des élections européennes, il faut vraiment avoir la foi européenne chevillée au corps pour accepter d'entendre ces élucubrations du “gouvernement européen”. Vous ne trouvez pas ?

Il reste à espérer que notre Président de la République, mou parmi les mous, réagisse autrement que par des déclarations gratuites et lénifiantes…

samedi 4 mai 2013

Religion antifiscale

Même Le Monde s'y met ! Qui l'eût cru ? Dans un éditorial du 2 mai, le quotidien titre sur “la religion de l'impôt”, et emploie des expressions sans nuances. La France serait “malade de sa fiscalité”, une “pathologie lourde”.

L'éditorialiste s'appuie sur les statistiques d'Eurostat, qui donnent un “taux global d'imposition” de 43,9% en 2011, que seuls le Danemark, la Suède et la Belgique dépassent (respectivement 47,7%, 44,3% et 44,1%), oubliant de mentionner que la Finlande, l'Autriche ou l'Italie dépassent toutes les trois les 40%.
Nathalie Nougayrède avait pourtant promis dans sa première intervention en Une (8 mars) que le journal serait “toujours plus pertinent, plus soucieux de comprendre et faire comprendre”, avec “honnêteté et rigueur”. Ce n'est pas le cas de cet éditorial, loin s'en faut !

Rengaine antifiscale
Car l'on retombe dans la sempiternelle confusion entre “impôts” et “prélèvements obligatoires”, vieux serpent de mer de l'antifiscalisme primaire. Nathalie Kosciusko-Morizet avait déjà utilisé ce raisonnement biaisé lors d'une tribune parue dans Le Monde en janvier dernier. Il ne s'agit pas de jouer sur les mots, mais d'utiliser les mots avec honnêteté. Si l'on consulte les statistiques Eurostat précitées, on retrouve (page 174) le taux incriminé de 43,9%. En revanche, si l'on passe à la page suivante, on peut consulter un tableau des taux d'impôts stricto sensu, hors cotisations de sécurité sociale (SSC en anglais). La France présente un taux de 27%, proche de la moyenne de l'Europe des 27 (26,2%). Ce sont donc bien les cotisations sociales qui font la différence.
Or, chacun sait que la notion de prélèvements “obligatoires” en ce qui concerne la santé ou la retraite est sujette à caution. Quand bien même les prélèvements ne sont pas “obligatoires”, il faut en général en accepter “volontairement”, sans avoir vraiment le choix. Le raisonnement est donc, encore un fois, biaisé.

Encore plus étrange : l'éditorial du Monde affirme que l'État-providence est “plus performant” au Danemark et en Suède qu'il ne l'est en France, juste après avoir précisé que les taux d'imposition de ces deux pays étaient, justement, “supérieurs” à ceux de la France ! En outre, nous trouvons hasardeux de comparer des pays aussi petits au nôtre : le Danemark compte 5,5 millions d'habitants, la Suède 9,5 millions, et la France plus de 65 millions. L'échelle des problématiques économiques n'est pas la même – sans oublier que ces deux pays n'appartiennent pas à la Zone Euro.

L'éditorial poursuit en entonnant la rengaine des “pigeons”, déplorant une fiscalité défavorable aux entreprises. Il présente la différence de taux d'impôt sur les sociétés entre la France (36%) et l'Allemagne (30%) comme un écart spectaculaire… La conclusion est sans appel, sans pour autant exprimer clairement ses conséquences : il faudrait donc “alléger la charge pesant sur les entreprises”. L'éditorialiste ne poursuit pas le raisonnement : en contrepartie, il faudrait bien augmenter la charge pesant sur les ménages.

Tout cela n'empêche pas de s'interroger, comme le fait l'éditorial, sur la qualité et l'efficacité des prestations publiques. Sans livrer aucun chiffre, aucune donnée probante, Le Monde affirme non sans vulgarité que “les Français n'en ont pas pour leur argent”. Décidément, nous sommes loin  de l'honnêteté et de la rigueur prônées par la directrice du quotidien du soir… D'où le titre de notre billet : c'est de religion antifiscale qu'il s'agit, et rien d'autre.

dimanche 21 avril 2013

Le “procès Hollande”

La cote de popularité du président de la République ne cesse de baisser ; seuls 25% des Français seraient satisfaits de l'action de François Hollande. De partout, on instruit son procès, tandis que la presse rivalise de formules assassines. Que lui reproche-t-on, au juste ?

La rigueur figure au nombre des griefs qu'il récolte, que ce soit à gauche ou même à droite – cette dernière restant allergique aux impôts. Pourtant, quel pays d'Europe n'est pas engagé dans une politique de rigueur ? Aucun ! Par quel miracle la France y échapperait-elle ? Au moins la rigueur à la française, telle qu'appliquée depuis un an, reste-t-elle modérée, quoi qu'on en dise. Les baisses de dépenses sont plus des “coupes sombres” que des “coupes claires” (*), et les hausses d'impôts les ont limitées par construction.

Dans son livre L'Étrange Capitulation, l'ancien de Libé et du Monde, Laurent Mauduit, accuse le gouvernement de collusion avec le monde de la finance, déplorant sa faiblesse face aux banques et aux intérêts financiers. Il est vrai que les mesures financières prises depuis mai 2012 sont bien timides comparées aux diatribes du candidat Hollande pendant sa campagne. Ni la loi sur les banques, ni la création de la Banque Publique d'Investissement ne peuvent être qualifiées d'audacieuses… Quant au “redressement productif” d'Arnaud Montebourg, on en attend encore des résultats probants.
Avec le crédit d'impôts compétitivité d'une part, la hausse programmée de la TVA d'autre part, François Hollande marche-t-il dans les pas de son prédécesseur ? On peut légitimement l'en accuser. Est-ce pour autant aussi nuisible que le prétendent ses détracteurs ? Seul l'avenir le dira…

L'action contre le chômage demeure, quant à elle, dramatiquement insuffisante. Mais, encore une fois, le traitement social de ce fléau n'a-t-il pas montré ses limites, ce qui expliquerait que ses énièmes variations – emplois d'avenir et contrat de génération – ne déclenchent ni l'enthousiasme, ni des embauches significatives. Il n'empêche : les chômeurs représentent désormais plus d'un actif sur dix ! C'est le symptôme le plus grave, et de loin, de notre perpétuel état “de crise”.

À moins de s'engager dans des “aventures” à la façon de la gauche en 1981 – mais notre destin est désormais ultra-dépendant de l'Europe – on ne voit guère quelle autre politique aurait pu mener François Hollande. Tout au plus pourrait-on lui reprocher de ne pas conduire à leur terme ses réformes, qui se terminent souvent en réformettes – on songe à la “révolution fiscale”, qui, pour le moment, n'est vraiment pas visible, si ce n'est dans les cris d'orfraies des “pigeons” (**) et les exils médiatisés de personnalités en mal de publicité.

Ce qu'il manque à notre président, en définitive, c'est de l'envergure et du leadership dans les négociations européennes. Car il n'y a pas trente-six solutions : changer de politique économique, mettre au pas le monde la finance, infléchir la politique monétaire ou commerciale, rien de tout cela ne peut plus être entrepris à l'intérieur de notre seule nation, quoi qu'en dise le Front de Gauche, pour ne citer que lui. Sur le plan national, on doit aussi reconnaître que l'équipe gouvernementale ne brille ni par sa cohésion, ni par son efficacité, ni par sa résistance aux lobbies. Autre déficit de leadership…

Le reproche le plus pertinent à l'égard de François Hollande serait celui-ci : il semble attendre la reprise en serrant les dents, espérant que sa politique de rigueur permette de conserver des ratios d'endettement supportables, et tablant sur la marge de manœuvre procurée par un retour de la croissance pour aller plus loin dans ses réformes.

Mais que se passera-t-il si la reprise tarde à se manifester ?

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(*) Rappel : les coupes claires sont plus violentes que les coupes sombres, la luminosité étant fonction du nombre d'arbres coupés. Le terme “sombre” (“sombre individu”, par exemple), nous induit en erreur…
(**) On notera l'audace consistant à rapprocher l'orfraie (rapace) du pigeon.