lundi 31 décembre 2012

Le “Monde” sous le signe du 13

Le Monde finit l'année en beauté, sous le symbole du 13.

Entendez bien le Monde, en italiques : le quotidien qu'on dit “de référence” (et qui, à mes yeux, le demeure).


C'est assez rare qu'un quotidien couvre trois journées : 1 numéro pour 3 jours (et sur deux années, pour corser le tout : 30-31 janvier 2012 et 1er janvier 2013). Un dimanche et un jour férié sont passés par là. Un Monde qui compte triple, par conséquent !


Autre symbole du 13, l'augmentation du prix du quotidien, qui passe de 1,60 à 1,80 €, soit (presque) 13% d'augmentation (12 et demi, nous avons arrondi !)
Les deux dernières hausses remontent à décembre 2010 (de 1,40 à 1,50 €) et à juillet 2012 (de 1,50 à 1,60 €), soit près de 30% en deux ans seulement.

Mais nous ne jetterons pas la pierre au Monde. La presse écrite souffre, c'est un fait : baisse des budgets publicitaires, hausse du prix du papier, difficultés de diffusion dans les kiosques, les maux s'accumulent. Si 20 centimes de hausse sont le prix à payer pour profiter de cette lecture quotidienne, eh bien nous les dépenserons (avec une nuance : les abonnés ne sont pas concernés, pour le moment, par cette hausse).

Petit retour en arrière. Je me souviens que le Monde était vendu 50 centimes (de franc) en 1968. Le site France-Inflation nous donne une inflation cumulée depuis cette année-là équivalant à une multiplication par huit (tout de même !) Toutes choses égales par ailleurs, le quotidien devrait donc valoir 60 centimes d'euros. Son prix, en valeur constante, aura donc été multiplié par 3 en 44 ans…

dimanche 30 décembre 2012

Des commentaires gratuits…

Hier, le Conseil constitutionnel a annoncé la censure de la taxe spéciale de 75% sur les revenus de plus d'un million d'euros. Sur le site du Monde, les commentaires ont vite fait d'affluer. Ce qui frappe, dans ce web dit “2.0” où chacun peut s'exprimer anonymement, ce sont le manque de nuance et les affirmations gratuites et non vérifiées.

En voici un premier exemple.


Mlk relève avec raison que le Conseil compte, en plus de ses 9 membres nommés, 3 membres de droit (et de… droite), les anciens présidents de la République Giscard d'Estaing, Chirac et Sarkozy. Il suffit cependant de lire la décision du Conseil constitutionnel sur son site officiel pour constater ceci, tout en bas du document, pour le moins copieux d'ailleurs :


Lisez bien et comptez bien : 9 membres, pas d'ancien président de la République ! (Rappel : pour zoomer, cliquer sur l'image).

Un autre commentaire livre une analyse manquant singulièrement de nuance :


Ce “Petit Rapporteur” résume la méthode Sarkozy de façon très personnelle : laisser filer les déficits ne semblait plus être la devise de l'ancien président de la République en 2011 et 2012. Comment auraient réagi les marchés et nos partenaires européens si François Hollande avait décidé de les laisser filer, ces déficits ? Et qu'en auraient dit les commentateurs de droite ? “Irresponsabilité !” auraient-ils clamé d'une seule voix !

Quant à la paresse, ce phénomène ne se soigne pas par une politique fiscale, me semble-t-il. Supprimer une taxe à 75%, que l'on peut critiquer, suffira-t-il à rendre les paresseux… courageux ? Dans ce cas, il faudrait supprimer aussi tous les jeux d'argent (loteries, tiercé, loto…) Et la vieille rengaine contre l'assistanat mériterait aussi une analyse plus mesurée. J'espère juste que ce “Petit Rapporteur” n'aura pas besoin, un jour, d'être “assisté” pour cause de maladie, de dépression ou de revers économique (licenciement, faillite).

On donnera partiellement raison au Rapporteur sur l'impact psychologique du taux de 75%. Même si le dynamisme ne se mesure pas qu'à l'aune d'un revenu de plus d'un million d'euros, l'effet d'affichage du seul taux a permis d'alimenter toutes sortes de défiances. Un taux plus modéré, avec une assiette plus large, aurait permis d'aboutir à des recettes comparables sans déclencher l'ire des adversaires de la solidarité par l'impôt…

lundi 24 décembre 2012

Europe : une passoire fiscale

Au-delà de ses aspects “people” et polémiques, l'affaire de l'exil fiscal de Gérard Depardieu illustre une fois encore une absurdité fondamentale de l'organisation européenne : la libre circulation des personnes et des capitaux, la concurrence fiévreusement entretenue par les institutions communautaires comme la flamme par la vestale, sans aucun garde-fou contre leurs effets pervers.

Il ne s'agit pas ici de promouvoir le rétablissement des frontières, tant économiques que physiques, ni d'entraver l'activité économique de l'UE, ce (trop) fameux “marché unique” qui génère des débouchés pour tous les membres de l'Europe à 27. Il ne faut cependant pas occulter un vice structurel néfaste : la quasi-absence de coordination fiscale. Nous écrivons “quasi”, car certains aspects de la politique fiscale sont coordonnés, à commencer par la TVA – on se rappelle des difficultés à obtenir l'autorisation de baisser le taux applicable aux cafés et restaurants (alors que, étrangement, une hausse ne semble pas nécessiter d'autorisation, mais passons !).

Ce n'est pas nouveau : la sacro-sainte concurrence “libre et non faussée”, le dogme européen, est en pratique unijambiste. Les agents économiques peuvent librement commercer entre eux, certes. Cependant, c'est comme si nous jouions tous au Monopoly, mais avec des cartes Chance et Caisse de communauté qui nous sont propres, une case départ où l'on ne touche pas les mêmes montants, et un capital de départ plus ou moins gros. Les règles fiscales et de protection sociale diffèrent fortement d'un pays à l'autre. Dès lors, comment s'étonner que ceux qui le souhaitent ne choisissent le territoire pratiquant la fiscalité qui leur paraît la plus favorable ? Avez-vous déjà proposé, pendant une partie de Monopoly, de doubler de votre propre initiative le montant à verser à la Caisse de communauté ?

Le pire, dans cette Europe, ce sont les petits pays qui, de fait, jouent aux “paradis fiscaux”. On songe au Luxembourg, à l'Irlande ou, dans une moindre mesure, à la Belgique. Leur faible PIB, en valeur absolue, leur permet de réduire fortement leurs niveaux d'imposition, car les agents économiques qui s'y installent vont verser des impôts qui, toujours en valeur absolue, représenteront des sommes très élevées. Que Google, Apple, Amazon ou PayPal décident de payer leurs impôts en Irlande ou au Luxembourg, même à des taux très bas, et ces pays recueillent une manne gigantesque à leur échelle.

Cette concurrence fiscale est intolérable : elle met en péril les systèmes de solidarité des grands pays de l'UE. Une “communauté” européenne ne peut s'appuyer sur un principe d'égoïsme placé au centre du système. C'est la course au moins-disant fiscal (et social), dont la conséquence logique ne peut être que la baisse perpétuelle des niveaux de dépenses publiques. Pour nombre d'économistes libéraux, c'est probablement un objectif majeur. Pour la plupart des citoyens européens, c'est plutôt un désastre.

Nous serions bien inspirés d'y réfléchir à deux fois avant de procéder de la même façon à l'intérieur de chaque pays. La décentralisation a ses limites : à force de prôner une plus large autonomie fiscale locale, nous pourrions créer des paradis fiscaux à l'intérieur même de nos frontières. Nombre de régions françaises, par exemple, sont plus importantes économiquement que l'Irlande ou le Luxembourg…

Pour revenir à l'affaire Depardieu, il convient d'être justes. Les effets combinés de la réforme Sarkozy de l'ISF et du bouclier fiscal et des mesures exceptionnelles prises par l'actuel gouvernement aboutissent de fait à une surimposition de contribuables de sa catégorie – le taux de 85% sur ses revenus qu'il invoque. Dès lors que l'Europe autorise le tourisme fiscal, il est bien difficile de lui demander, au nom du seul patriotisme, de rester un contribuable français. Il faudrait au contraire mettre en place une harmonisation fiscale progressive. Quel chantier ! Pas étonnant qu'il ait été occulté jusqu'ici.

Nous n'échapperons pas à réfléchir à des règles fiscales communes, même modestes : taux plancher et assiettes communes pour l'impôt sur les sociétés, impôt sur la fortune coordonné, imposition sur les titres et les plus-values au moins générales, sinon de proportions comparables, impôt sur le revenu encadré. Les règles de “territorialisation” devront enfin être amendées, de façon à ce qu'un acteur économique dont l'activité n'a pas de support physique suffisamment précis soit imposé dans le pays où il réalise son chiffre d'affaires.

Peut-être l'avez-vous expérimenté, tout comme l'auteur de ces lignes. Acheter un logiciel, comme la suite Adobe en ce qui nous concerne, a conduit à payer une facture émise en Irlande, alors même que cette suite logicielle est bel et bien utilisée en France (*). Google procède de même pour son nouvel environnement Google Play, toujours depuis l'Irlande. PayPal, dont le siège est au Luxembourg, fait comme si son activité ne se développait que dans ce minuscule duché. Comprenez bien que les sommes que vous payez pour ces services ne rapportent pas un centime au pays dans lequel vous vivez et exercez votre activité professionnelle. Absurde !

Nous n'avons rien contre ces “petits pays”, comprenez-le bien, cher lecteur. Mais nous préférerions que cette solidarité s'exerce au grand jour, par des crédits liés à un budget européen voté explicitement, et non en catimini par des règles fiscales dignes des taux d'usure de prêts bancaires, mais à l'envers. On le voit : il faudrait créer des “planchers” fiscaux en deçà desquels la fiscalité d'un pays serait considérée comme abusive par son laxisme. Pour balayer devant notre porte, il ne serait pas inutile non plus de créer quelques plafonds, ne serait-ce que pour nous aider à ne pas inciter maladroitement des contribuables à s'exiler…

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(*) Il en irait autrement si l'achat avait été facturé depuis le pays d'origine d'Adobe, les États-Unis. Ce serait une importation classique. Qu'il soit facturé depuis l'Irlande, en revanche, n'a aucune autre justification que l'optimisation fiscale : l'intelligence qui a permis de créer ces logiciels ne provient pas d'Irlande, mais bien de San José (Californie).

vendredi 7 décembre 2012

Radio-bruits

La différence entre la radio et la télévision, vous l'aurez remarqué, c'est que la première ne diffuse que du son, et la seconde du son et des images. Une remarque superflue, me direz-vous, nous prenez-vous pour des demeurés ?
Pas vraiment ! Je m'explique.

Avez-vous noté combien il est difficile, au 20-Heures, de se concentrer sur une information illustrée d'images animées ? L'attention aux commentaires oraux, au son, est distraite par ce que l'on regarde, quitte à brouiller le message. Les exemples sont nombreux. Comme cette personnalité qui quitte le tribunal en voiture, innocentée, à peine visible derrière la vitre, semblant cacher sa honte. On ressent une “fuite d'un coupable” à l'écran, tandis que le commentaire dit le contraire.

C'est l'une des raisons qui me fait préférer la radio, comme France-Info. On va à l'essentiel, il suffit d'écouter, c'est bref, pas de brouillage.

Or, depuis maintenant une année au moins, France-Info semble frustrée de ne pas diffuser de vidéo. Et voici que la radio singe la télévision, en se servant des bruits.

Exemple : un journaliste décrit une de ces “scènes de liesse” dans la bande de Gaza, il indique que “les manifestants tirent des coups de feu en l'air avec leurs fusils”. Et l'on entend : “pan ! pan ! pan !”. Puis il ajoute que des gens crient leur satisfaction. On entend des “ha, bah, houah, ha, ho, ho !!” Etc.
Au lieu d'ajouter à l'information, ces bruits la perturbent. Le montage, naïf, donne de surcroît l'impression d'un bruitage a posteriori, un peu comme dans les vieux films.
C'en est souvent risible :
“Il monte dans sa voiture - clac ! (bruit de portière) - puis démarre sans répondre à nos questions - vroum ! vroum ! - tandis que les flashs crépitent - flash ! flash ! flash !”

Tout cela est amusant. Mais ça n'apporte rien à la qualité de l'information. On perd du temps, de la concentration et, in fine, de l'efficacité, pour une radio dont chaque seconde est comptée. Autant de secondes gâchées.

Dommage !