lundi 5 novembre 2012

Thérapies de choc

Alors que le rapport Gallois est rendu public, deux mots-clés font les Unes des médias : “choc” et “pacte”. Du côté du Medef et de la droite, on préconise un “choc de compétitivité”, du côté du gouvernement on préfère parler de “pacte”. L'économiste Michel Didier, sur France Info, avouait une préférence pour un “choc” de l'ordre de 30 milliards d'euros, sous la forme de baisse de cotisations sociales patronales.

Les mauvaises habitudes sont tenaces ! Déjà, en 2007, Nicolas Sarkozy voulait créer un “choc fiscal” avec son “paquet” du même nom. Il en a résulté un choc des déficits. Aujourd'hui, alors qu'une relative unanimité semble exister autour de l'impératif de réduction de ces déficits, est-il responsable de prôner une diminution drastique des recettes ? N'oublions pas qu'un déficit social de 14 milliards d'euros est programmé pour 2013. Dans ces conditions, l'allègement de 30 milliards devrait être financé d'une façon ou d'une autre : réduction des dépenses – or elles sont d'ores et déjà difficiles à maîtriser, ou hausse des recettes. Car financer ce choc par une hausse des déficits à due proportion serait irresponsable !
Un transfert vers la CSG est une hypothèse. Le sigle l'indique, cette contribution est “généralisée”. Donc, elle toucherait tout le monde, y compris les ménages et les revenus du capital, ce qui mécontenterait à la fois la gauche, qui veut protéger le pouvoir d'achat, et la droite, qui souhaite privilégier l'investissement.

Ce parti délibéré de ne regarder qu'un aspect de la question est désespérant. L'économiste interviewé par France Info n'a pas voulu répondre à la question : qui payera la réduction des charges patronales salariales ? Un économiste incapable de raisonner en “dépenses / recettes”, en “débit / crédit”, voilà une lacune fondamentale ! Comment débattre sereinement si l'on ne cesse d'occulter les composantes d'une problématique ?

Il ne faut pas se voiler la face : réduire les cotisations sociales, c'est demander une contribution des ménages, in fine, soit par la baisse des prestations sociales, soit par la hausse de leurs cotisations (CSG, mutuelles si l'on “dérembourse” des dépenses de santé, etc.) Ne pas poser sur la table cet aspect du débat est ridicule… Alors, on peut toujours rêver : si ledit choc de compétitivité permettait d'accroître à due proportion nos exportations, on pourrait imaginer que cela réduise le chômage et / ou accroisse les salaires dans les entreprises exportatrices. Encore faudrait-il le démontrer, messieurs les économistes distingués (les économistes sont toujours “distingués”, c'est bien connu !)

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