jeudi 29 novembre 2012

Une ruche d'abeille…

L'actualité du spam est abondante, ces derniers jours. Et l'occasion de nouvelles perles, comme celle-ci :


L'avant-dernier paragraphe utilise une expression surprenante :


J'avoue ne pas connaître l'expression “traîner une ruche d'abeille” derrière quelqu'un. Certainement une expression idiomatique traduite directement d'une autre langue. Ah, le charme du spam… Inaltérable ! Quelqu'un connaît-il cette expression ?

mercredi 28 novembre 2012

Un objet costaud

L'art du spam déploie une inventivité qui laisse pantois.
Comment, par exemple, s'assurer que le message apparaisse immédiatement et attire l'attention du “recipient” (anglicisme, vous l'aurez noté) ? Rien de plus simple : insérer l'intégralité du texte dans… l'objet du courriel ! Exemple.


Le classique parmi les classiques, l'inusable proposition de remise d'une somme coquette (ici, la bagatelle de 5 millions de dollars), doit faire toujours recette auprès de personnes naïves.
L'art du spam consiste aussi à soigneusement doser les petites erreurs et effets de style décalés. Comme de s'adresser à un “bien aimé”, d'avouer franchement que l'on a utilisé un “robot électronique” pour trouver l'adresse mail du destinataire, et ce sur un ordinateur PC de type W.7AR (Windows 7 Aller-Retour ?). Petite note très “polar”, la “malette de couleur noire”, ça c'est du concret, coco ! La somme était destinée bien sûr à aider les enfants, ainsi que les femmes enceinte (sans S à enceinte). Il ne reste plus qu'à répondre au mail pour, vous vous en doutez, que l'on vous demande quelques dizaines ou centaines d'euros en frais de dossier et de transfert. Libre à vous de tenter votre chance !

Une rapide recherche sur le taux de retour des spams semble indiquer un ordre de grandeur de 1 sur plus de 10 millions. C'est assez faible… Cependant, nombre de robots, à l'image de celui évoqué dans ce mail, sont capables d'en envoyer des quantités spectaculaires. Avec une réponse par jour, l'escroquerie peut se révéler rentable pour les auteurs…

Mais la véritable conclusion de ce billet est la suivante : bon sang, mais c'est bien sûr, je vais désormais rédiger mes messages carrément dans l'objet du courriel, c'est tellement plus élégant ! Ainsi, les destinataires pressés en verront immédiatement le contenu. Super !

mardi 27 novembre 2012

Elections “gigogne”

Le feuilleton de l'UMP atteint des sommets.

Dernière idée : organiser un référendum interne à l'UMP pour savoir s'il faut réorganiser des élections afin de désigner le président du parti.
Bon. Pourquoi pas ?
Mais que se passera-t-il s'il n'y a que 50 voix en faveur du “oui” ?
Une seule solution : organiser un référendum pour savoir s'il faut organiser un référendum…
Etc.
En informatique, ça s'appelle : une boucle sans fin. Ça tourne en tâche de fond, éternellement.

Comme le sigle UMP se retourne en PMU, finissez-en une bonne fois pour toutes : tirez à pile ou face. Ça ne coûte pas cher et c'est radical. Il n'y a qu'un seul vote à comptabiliser. Ce devrait être à la portée du premier umpiste venu…

L'UMP… dissolu ?

Rien de plus délicat que les “tweets”. Ce moyen de communication rapide est sujet aux coquilles et autres gags. C'est ainsi que nous lisons celui de Lionel Tardy, annonçant la création d'un groupe parlementaire UMP dissident à l'Assemblée nationale. En voici le texte :

François Fillon demande une nouvelle élection sous 3 mois et constitue un groupe "le rassemblement UMP" [suite : ] ce groupe sera dissolu dès que les nouvelles élections auront été organisées

Ah, ce verbe “dissoudre” ! Il en évoque, des choses : la dissolution ratée de 1997, par exemple, un quitte ou double resté historique. Sa conjugaison est un véritable piège, et plus encore ses dérivés. “Dissous” ou… “Dissolu” ? On songe à l'expression “une vie dissolue”. L'adjectif est en effet synonyme de corrompu ou… débauché ! Est-ce l'inconscient du “tweetos” qui l'a conduit à taper un mot pour un autre ? Il est vrai que, en un sens, les mœurs de l'UMP semblent particulièrement “dissolues”, ces derniers jours. Le grand parti de droite risque-t-il de devenir “soluble” dans la concurrence effrénée entre les deux prétendants à sa présidence ?

mercredi 21 novembre 2012

Vous avez dit “communication” ?

Plus nous disposons de moyens de communications et moins nous parvenons à communiquer efficacement. L'abondance des TIC – Technologies de l'Information et de la Communication – crée un désordre parfois dommageable.

Retour en arrière
Quand j'ai commencé à travailler en entreprise, la communication s'effectuait par courrier postal, ce qui supposait d'anticiper les délais d'acheminement, et par téléphone bien sûr. En cas d'urgence collective (des dizaines de personnes à prévenir), on recourait au telex. Je ne m'en suis servi qu'une seule fois, c'était épique : une sorte d'énorme machine à écrire, dotée des seules lettres capitales, où l'on ne pouvait effacer un caractère car il était immédiatement transmis. C'était fastidieux, quoique relativement efficace…
Puis est arrivé le fax. Engouement immédiat ! On économisait les délais postaux. Au début, les services s'envoyaient des kilomètres de télécopies, dont les banderoles étaient souvent accrochées aux murs pour être lues, un peu comme les dazibao chinois. Le plus souvent, on photocopiait les fax car l'impression sur papier thermique ne tenait que quelques jours. Cet outil, porté aux nues par les consultants en NTIC (les TIC étaient “nouvelles” à l'époque), finit par lasser tout le monde.

L'arrivée du courrier électronique a paru merveilleuse : croisement entre la lettre et le télégramme, entre langage écrit et langage parlé, il permettait de ne pas déranger son interlocuteur tout en s'assurant de le solliciter. Extrêmement efficace, légèrement désynchronisé, c'était une panacée pour nombre de ses utilisateurs, d'autant qu'on peut y joindre des documents sous forme électronique.

Le courriel a plutôt bien tenu le coup. Une quinzaine d'années. Pas mal ! Aujourd'hui, peu à peu, nos interlocuteurs saturent et ne répondent plus aux mails. Il faut téléphoner pour relancer sur le contenu du mail. Certains arguent même ne pas l'avoir reçu pour se dédouaner. Mais, en téléphonant, on tombe de plus en plus sur une messagerie, surtout sur les fixes, messageries qui, à leur tour, ne sont plus consultées – aucun espoir d'être rappelé, tandis que certaines annonces demandent d'envoyer un mail (on tourne en rond, là).
Le mobile est censé être le “sans-fil à la patte” moderne : tout un chacun mettait un point d'honneur à répondre en toutes circonstances : dans la rue, dans les transports, en pleine nuit, dans l'ascenseur, voire aux toilettes (en attendant sous la douche). Inévitablement, la saturation guette. Et le message laissé sur le mobile n'obtient pas plus de réponse. Il faut alors passer au SMS, sorte de “mail téléphonique” en plus bref (et le plus souvent payant). Si ce nouveau mode de communication échoue, il ne reste plus que FaceBook  – pour ceux qui y sont, et, condition supplémentaire, qui ne reçoivent pas 500 messages de leurs 5000 amis chaque jour, auquel cas le vôtre se noiera dans la masse.

L'ultime solution, dès lors, est de monter dans sa voiture ou dans un TGV, et d'aller carrément rendre visite physiquement à son interlocuteur. C'est un peu plus coûteux, et nettement plus consommateur en temps et en énergie.
À quand des cabines de téléportation qui nous transmettront par “paquets IP” via Internet d'un bout à l'autre de la planète ?

mardi 20 novembre 2012

Ric-Rac

Étranges, ces effets statistiques !
  • Souvenez-vous, en 2000, George W. Bush l'emporte sur Al Gore avec 51 millions de suffrages contre 50,5 millions. Un écart représentant seulement 0,5%. Il a fallu attendre des recomptages pour que le résultat soit proclamé.
  • Souvenez-vous, encore, en novembre 2008, Martine Aubry est élue secrétaire générale du PS avec 67451 voix contre 67349 voix à Ségolène Royal, soit un écart de 102 voix, de seulement 0,08% !
  • Et tout récemment, c'est l'UMP qui parvient difficilement à départager les deux candidats à sa présidence, Jean-François Copé ayant très légèrement dépassé son rival François Fillon de… 98 voix sur un total de 174678 suffrages, soit 0,06%, record battu !
Par quel phénomène les suffrages finissent-ils par se répartir en deux groupes quasiment égaux ?
Difficile à dire ! En tout cas, même si la majorité démocratique se joue, théoriquement, à une voix près, on ne peut s'empêcher de rappeler que tout scrutin de masse ayant une marge d'erreur, ces trois exemples se situent à l'intérieur de celle-ci.

À côté de ces scores, le plus serré de notre Vème République, l'élection présidentielle de 1974, semble presque remportée largement par un Giscard d'Estaing recueillant 424000 voix de plus que François Mitterrand, soit un écart de 1,6%…

Addendum du 25 novembre
Dans Le Monde daté du 24, Jean-Pierre Dupuy (professeur émérite de philosophie), nous livre quelques réflexions complémentaires sur ce qu'il appelle une “élection à pile ou face”. Il parle aussi de cette élection américaine de 2000, soulignant l'illusion de croire qu'à condition “d'y mettre le temps et l'argent” on peut obtenir une marge d'erreur aussi faible qu'on le souhaite. Il enfonce le clou : “Un homme de science donne toujours le résultat de ses expériences avec une marge d'erreur”, et l'on n'atteint jamais une marge égale à zéro. Le dépouillement d'un scrutin n'échappe pas à cette règle. Et quand “la marge d'erreur incompressible [se révèle] supérieure au seuil critique qui fait basculer la victoire d'un camp dans l'autre”, alors on se trouve dans le domaine du hasard, un “immense pile ou face”. L'UMP ne peut croire qu'une précision de 100 voix, a fortiori de 25, soit possible sur un total de presque 200000.
Les jours qui viennent nous en dirons plus sur la solution que l'UMP trouvera à ce dilemme statistique…

samedi 17 novembre 2012

Tourner les pages du “Monde”…

Il y a des jours où la lecture d'un quotidien déclenche un feu d'artifice d'émotions : indignation, passion, exaspération… Ce fut le cas pour l'édition du Monde datée de ce samedi 17 novembre.

Les intérêts de la dette
Page 14, j'ai mesuré combien les intérêts que la France paye à ses créanciers représentent un épée de Damoclès redoutable. La mauvaise réputation des dettes italienne, espagnole ou portugaise, en attirant les prêteurs sur nos titres, nous aura permis d'économiser cette année 2,4 milliards d'euros par rapport à ce qui était prévu fin 2011… l'équivalent du budget de la culture !
Les intérêts représenteront au total plus de 46 milliards d'euros sur l'année, à comparer aux sommes consacrées à notre défense (38 milliards) ou à l'éducation (62 milliards).
A ce compte-là, si l'on ose l'expression, que va-t-il se passer en 2013 ? De deux choses l'une : soit “les marchés”, rassurés par la politique rigoureuse du gouvernement, acceptent toujours des taux bas, soit, apeurés par la dégradation de notre économie (quasi-stagnation, explosion du chômage), ils font repartir les taux à la hausse. Et là, des milliards pourraient à nouveau s'envoler vers d'autres cieux…

L'huile de palme : Nutella panique
Double page couleur (12 et 13) achetée par Nutella pour vanter les mérites de la célèbre crème, nous assurer que l'huile de palme n'est “pas dangereuse” pour la santé, tandis que le producteur a un objectif “zéro déforestation”. Quelques pages en arrière, on apprend que BP a payé une amende de 4,5 milliards de dollars pour la marée noire que la société a déclenchée. C'est toujours a posteriori que ces problèmes de nuisances, au sens large, se traitent…

Print ou Web ?
Page 18, le médiateur du Monde rend compte du débat entre le “papier” et l'écran. Que doit privilégier un quotidien ? L'un des lecteurs qu'il cite, geek en diable, apprécie énormément de pouvoir réagir en commentant les articles sur le site lemonde.fr (tout comme je le fais ici à ma manière). En m'incluant dans la critique, je suis souvent dubitatif, pour ne pas dire horripilé, en consultant les commentaires publiés par les internautes : mauvaise foi, virulence, absence de toute argumentation… Non, à ce compte-là, je préfère les lettres du courrier des lecteurs dans la version papier, comme celle de ce médecin évoquant la grève de ses confrères : “La revendication [de ces grévistes] est essentiellement vénale. […] Je ressens un sentiment de honte devant un tel cynisme, un tel égoïsme, quand une proportion importante de la population souffre financièrement”.

Par une sorte d'ironie, ces questions sont “emballées” dans une Une dont le titre proclame :
“Notre-Dame-des-Landes, plate-forme des colères”
J'avoue ma perplexité. Je n'ai pas d'opinion autorisée (au sens d'auteur, argumentée) sur l'opportunité de construire cet aéroport. À première vue, il me semble que ce ne soit pas un équipement crucial pour Nantes. Quoi qu'il en soit, je ressens une réelle tristesse à constater que les “alter” vont faire joujou à la révolution dans ce secteur, dans un état d'esprit qui m'apparaît quasi nombriliste, alors que tant de nos concitoyens souffrent avant tout de la conjoncture économique dégradée. Peut-être obtiendront-ils l'abandon de ce projet. Très bien. Et puis ? En quoi cela améliorera-t-il le sort des Français ? À part une poignée d'habitants – que je respecte – ça ne changera rien. Mais on aura fait du raffut, joué aux héros, bref, du spectacle pour distraire le téléspectateur au 20-Heures.

Vous trouvez que j'exagère ? Je pense qu'il y a de ça, tout de même (et peut-être est-ce moi, tout simplement, qui suis en colère, qui sait ?).

PS : je suis sûr que l'un des lecteurs de ce blog (au moins) aura envie de commenter ;-)

mardi 13 novembre 2012

Un phishing en émail

L'art du “phishing" (hameçonnage) et un art difficile. Ce courrier électronique, reçu dans ma boîte aujourd'hui, se distingue par sa mauvaise rédaction et sa grande naïveté. Jugez-en :

L'un des moyens de repérer un faux message est, en premier lieu, de se méfier… des fautes d'orthographe ! Et là, elles sont cocasses, leurs coquilles :
“Congestion de touts les utilisateurs de comptes émail"
Outre ce joli “touts”, remarquez la confusion entre “l'émail” et l'email ! Et la “congestion” ne semble guère le mot approprié !
Le formulaire ridicule, avec ces petits points, incluant la saisie… du mot de passe ! Et puis quoi encore ? serait-on tenté de dire. Jamais, au grand jamais, ne communiquez un mot de passe par courrier électronique. Et qu'est-ce que cette “occupation” qu'on nous demande d'indiquer ?
Quant au “compte suspendu en permanence”, la formule est bien peu correcte !

Surtout, ne répondez jamais à ce genre de plaisanterie douteuse.

lundi 12 novembre 2012

Des droites pour tous les goûts

Vu dans le magazine “20-Minutes” : une intéressante anthologie des “droites” de toutes sortes que l'UMP a fait éclore en son sein, et qui rappelle la structuration en courants du PS.

Le paradoxe est de rigueur : c'est ainsi que la Droite sociale de Laurent Wauquiez a comme slogan prioritaire la lutte contre l'assistanat. Qu'entendent-ils par “social”, alors ? Quant à la Droite populaire, animée par Thierry Mariani, peut-être aurait-elle dû s'appeler Droite populiste, tant son absence de complexes la pousse aux extrémités – pardon, vers les extrêmes. La Droite forte, elle, semble au contraire se faire remarquer par la faiblesse de ses idées (plutôt courtes).
Il reste la France moderne et humaniste, qui se définit par le slogan : “Plus d'entreprises, moins d'impôts”. Qu'est-ce qui est “moderne” ou “humaniste” dans ce slogan ? Aux lecteurs de le deviner…

Il reste aux UMPistes à piocher dans cette brochette aux goûts variés, sinon avariés, pour élire leur futur dirigeant.

mercredi 7 novembre 2012

Les deux Monde(s)

Abonné au quotidien Le Monde, je le reçois dans ma boîte aux lettres avec un léger retard. Le lundi, par exemple, c'est le numéro du “dimanche-lundi” qui me parvient.

Ce lundi 5 novembre, ce sont non pas un, mais deux Monde(s) que je découvre en ouvrant la boîte.
Deux Monde estampillés “dimanche-lundi”, titrant tous les deux sur Mitt Romney.

Étrange ! Serait-ce une facétie du quotidien, qui aurait édité deux numéros légèrement différents à l'occasion du week-end ? Une édition spéciale, liée à l'élection présidentielle américaine ? Dans ce cas, pourtant, on aurait pu imaginer que l'une affiche Romney et l'autre Obama…

Un examen plus attentif (cliquez sur l'image pour zoomer) me donne toutefois la solution de l'énigme… du moins partiellement.

Le journal en bas de la photo est bien daté des 4-5 novembre, alors que l'autre (en haut), date des… 26-27 août derniers !

Par quel hasard le numéro 21026 a-t-il attendu plus de deux mois pour me parvenir ? La Poste l'avait-elle égaré, puis retrouvé ? Ou bien serait-ce le service d'expédition du Monde qui l'aurait oublié dans un recoin ?

Le mystère reste entier !

Le monde selon… Obama
Quoi qu'il en soit, nous savons aujourd'hui que le président Obama a été réélu. Nous n'aurons donc pas à voir les Américains “à droite toute”, ni à subir “Le monde selon Romney”. Au passage, notez l'importance de la première lettre du mot “monde”. Sans majuscule, c'est le monde, la Terre. Avec une majuscule, c'est le quotidien Le Monde. Écrire “Le Monde selon Romney” aurait indiqué que le candidat à la présidentielle aurait été rédacteur en chef du numéro des 4-5 novembre !

lundi 5 novembre 2012

Thérapies de choc

Alors que le rapport Gallois est rendu public, deux mots-clés font les Unes des médias : “choc” et “pacte”. Du côté du Medef et de la droite, on préconise un “choc de compétitivité”, du côté du gouvernement on préfère parler de “pacte”. L'économiste Michel Didier, sur France Info, avouait une préférence pour un “choc” de l'ordre de 30 milliards d'euros, sous la forme de baisse de cotisations sociales patronales.

Les mauvaises habitudes sont tenaces ! Déjà, en 2007, Nicolas Sarkozy voulait créer un “choc fiscal” avec son “paquet” du même nom. Il en a résulté un choc des déficits. Aujourd'hui, alors qu'une relative unanimité semble exister autour de l'impératif de réduction de ces déficits, est-il responsable de prôner une diminution drastique des recettes ? N'oublions pas qu'un déficit social de 14 milliards d'euros est programmé pour 2013. Dans ces conditions, l'allègement de 30 milliards devrait être financé d'une façon ou d'une autre : réduction des dépenses – or elles sont d'ores et déjà difficiles à maîtriser, ou hausse des recettes. Car financer ce choc par une hausse des déficits à due proportion serait irresponsable !
Un transfert vers la CSG est une hypothèse. Le sigle l'indique, cette contribution est “généralisée”. Donc, elle toucherait tout le monde, y compris les ménages et les revenus du capital, ce qui mécontenterait à la fois la gauche, qui veut protéger le pouvoir d'achat, et la droite, qui souhaite privilégier l'investissement.

Ce parti délibéré de ne regarder qu'un aspect de la question est désespérant. L'économiste interviewé par France Info n'a pas voulu répondre à la question : qui payera la réduction des charges patronales salariales ? Un économiste incapable de raisonner en “dépenses / recettes”, en “débit / crédit”, voilà une lacune fondamentale ! Comment débattre sereinement si l'on ne cesse d'occulter les composantes d'une problématique ?

Il ne faut pas se voiler la face : réduire les cotisations sociales, c'est demander une contribution des ménages, in fine, soit par la baisse des prestations sociales, soit par la hausse de leurs cotisations (CSG, mutuelles si l'on “dérembourse” des dépenses de santé, etc.) Ne pas poser sur la table cet aspect du débat est ridicule… Alors, on peut toujours rêver : si ledit choc de compétitivité permettait d'accroître à due proportion nos exportations, on pourrait imaginer que cela réduise le chômage et / ou accroisse les salaires dans les entreprises exportatrices. Encore faudrait-il le démontrer, messieurs les économistes distingués (les économistes sont toujours “distingués”, c'est bien connu !)

dimanche 4 novembre 2012

Il exagère, Bruckner !

Le quotidien Le Monde daté du samedi 3 novembre publiait dans sa page Débats une tribune de Pascal Bruckner. Sans vraiment connaître cet essayiste et écrivain, je crois savoir qu'il se distingue par le manque de nuances de ses propos. Il exagère sûrement… mais il y a de ça ! Quelques-unes de ses analyses rejoignent en effet mon ressenti sur certains points.

Chauvinisme régional
« L'Europe a bien érodé le patriotisme des États qui la composent, elle n'a pas su élaborer un patriotisme européen, nous laissant orphelins de toute appartenance. C'est de là que fleurissent les chauvinismes régionaux, qui ont hérité de tous les défauts du nationalisme, à échelle réduite. »
Il faudrait nuancer la dernière phrase : les régions aux velléités sécessionnistes, comme l'Écosse, la Flandre ou la Catalogne, n'ont pas (jusqu'à présent !) le principal défaut du nationalisme : son agressivité militaire… Mais l'absence de “patriotisme européen” est patent. Jean-Claude Guillebaud le relevait d'ailleurs dans son récent essai (Un autre monde est possible), déplorant que l'on nous ait laissés “au milieu du gué” : abandons de souveraineté sans contreparties sérieuses au niveau européen.

Les peurs
Pascal Bruckner relève aussi la montée de la peur, des peurs, plutôt, qu'il voit “érigées en vertu cardinale” (peut-être exagère-t-il, là !). Cependant, quand il en dresse la liste – peurs de la science, de la technologie, de la médecine, du climat, des intempéries… – force est de reconnaître qu'elles sont bien présentes dans les médias. Selon l'essayiste, le but ne serait plus désormais “d'inventer le meilleur”, mais “d'éviter le pire”, ce qu'il qualifie d'“entrée dans l'ère du renoncement”. Bigre !

Le devoir de mémoire
Il stigmatise avec la même vigueur le “lamento des imprécateurs”, trouvant que ce “devoir de mémoire” dont on parle tant est, par certains aspects, “la faculté de ne se souvenir que des mauvaises choses pour mieux s'empêcher d'entreprendre”. Un autre constat sévère, que l'on ressent parfois à l'écoute de ces litanies mémorielles. Est-ce l'obsession du présent qui caractérise notre époque qui, par ricochet, déclenche cette angoisse de l'oubli de l'Histoire ? Au point d'en faire trop ? Difficile à dire, tant ces questions sont délicates et sensibles…