samedi 27 octobre 2012

Fumeurs : la double peine

C'est un fait : fumer nuit à la santé. Une fois ce préalable posé, quelle politique “anti-tabac” mettre en place ? La gauche, revenue au pouvoir, n'a pas fait preuve de beaucoup d'imagination. Les taxes sur le tabac ont été une nouvelle fois augmentées.

Au-delà des couplets des “talibans anti-tabac”, peut-on réfléchir quelques instants ?

La politique des prix élevés concerne à l'évidence d'abord les moins favorisés, à plusieurs titres. On le sait, le tabac est une drogue, qui, parfois, joue le rôle d'antidépresseur. Or, qui souffre le plus ? Les plus modestes. A contrario, les plus aisés sont en mesure d'augmenter leur budget de fumeurs s'ils le souhaitent, tandis qu'ils disposent des ressources – financières et psychologiques – pour tenter de soigner leur addiction. Quid de l'égalité ?

C'est donc bien d'une sorte de double peine dont il s'agit : vous êtes chômeur ? Vous fumez pour tenter de tenir le coup ? Ce n'est pas bien : vous payerez plus. Et même le tabac à rouler, le tabac des pauvres, sera plus onéreux – il augmentera plus que les paquets de cigarettes… Malheur aux faibles !

J'aurais espéré de la part d'un gouvernement de gauche d'autres mesures : des crédits pour aider ceux qui veulent arrêter de fumer, par exemple, ou des normes de taux de goudrons plus sévères – histoire de montrer qu'on se soucie de la santé des fumeurs, et pas uniquement de leur porte-monnaie. Mais certainement pas de matraquer les plus modestes. Aurait-il fallu augmenter les taxes sur les cigares ? Peut-être que nos gouvernants ont eu peur que les fumeurs de cigares ne choisissent l'exil…

Il demeure l'ambivalence de cette politique de prix : la consommation ne baissant pas à proportion de la hausse des prix, l'objectif “sanitaire” n'est pas atteint (sans oublier l'évasion par le trafic ou les achats frontaliers). L'objectif budgétaire, lui, est atteint. C'est exactement comme pour les taxes vertes : elles devraient, à terme, ne rien rapporter car l'ajustement des comportements devrait les compenser…

Alors, bien sûr, la réponse toute faite, selon les grands principes du “yaka”, fusera : “Il n'y a qu'à arrêter de fumer !” Certes ! Mais nous, êtres humains, avons nos faiblesses. Pour les corriger, reconnaissons qu'il existe d'autres méthodes que l'anathème, l'agressivité simpliste ou… la contrainte financière. Ne dit-on pas que vouloir le bien des gens malgré eux est l'une des définitions de la dictature ?

Ajoutons pour terminer que la découverte récente (!) de la nocivité des particules de diésel, qui cause encore plus de décès que le tabac, n'émeut pas à due proportion. C'est un fait : il est toujours plus facile de “taper” sur ceux dont le “vice” ne souffre pas de doute, ça défoule, et ça évite de se poser des questions plus complexes et subtiles.

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