jeudi 6 septembre 2012

Monopole et omnipotence

En lisant La Théorie de l'information, d'Aurélien Bellanger, la joute judiciaire qui oppose Apple et Samsung m'est apparue sous un autre jour. À première vue, en effet, quoi de plus logique que de défendre ses innovations contre la concurrence ? Ce sont les tendances monopolistiques, pour ne pas dire les rêves d'omnipotence, des géants de l'informatique qui deviennent effrayants. Bellanger l'illustre à sa façon, et ne manque pas d'épingler la mégalomanie des dirigeants de Microsoft, Apple ou Google. Voici donc qu'Apple refuserait à Samsung de “l'imiter”. Soit. Mais revenons un peu en arrière dans le temps…

Je ne me souviens pas de procès retentissants de Rank Xerox contre Apple quand le Lisa, puis le Macintosh, recyclèrent la souris, les menus déroulants, pourtant inventés par le premier. Je ne me souviens pas plus de querelles juridiques lorsque Windows réutilisa les fenêtres, les icônes, les dossiers et la… corbeille de la firme à la pomme. Pas de procès non plus quand Apple installa les menus contextuels dans son OS. Et quid des logiciels dits “libres”, qui proposent de véritables clones de célèbres logiciels et systèmes ? Mais peut-être des arrangements ont-ils eu lieu, dont je n'avais pas eu vent.

Chaque innovation de l'informatique, en particulier en termes d'ergonomie, s'est progressivement diffusée au sein des systèmes d'exploitation et des logiciels, pour devenir une norme implicite. L'homogénéité ergonomique en résultant a permis a tous de développer ses produits, et de les vendre. Chacun a récupéré chez l'autre ce qu'il avait de meilleur pour, progressivement, améliorer la qualité et la maniabilité des applications. Il aurait été ridicule, sous prétexte de brevets, de devoir manipuler chaque logiciel avec des règles différentes ! Ce sont les limites de la notion de brevet à l'anglo-saxonne. Il y a quelque chose d'exagéré, vous en conviendrez, à breveter les double, triple, voire quadruple clics de souris (dépêchez-vous de déposer le quintuple, il doit être encore disponible). Dans la pratique, ce furent heureusement de permanents “à charge de revanche”, bien compris.

Vouloir à tout prix bloquer le processus, ou, du moins, réclamer des royalties conséquentes, a tout de l'obsession monopolistique, et entre en contradiction flagrante avec la concurrence, tant vantée par ailleurs par ces firmes du monde “ultralibéral".

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire