jeudi 30 août 2012

Un horaire du TMB en 1958

En feuilletant un livre de ma bibliothèque, je suis tombé sur cette coupure de presse datant de… 1958. Ceux qui s'intéressent au mont Blanc, aux chemins de fer de montagne et, plus précisément, au Tramway du Mont Blanc (TMB) pourront consulter cet horaire de l'époque (l'image est disponible en plus grande définition par un simple clic).


En 1958 l'aller-retour du Fayet au Nid d'Aigle (alias Glacier de Bionnassay) était facturé 1250 francs (anciens, bien sûr !) À quoi cela équivaudrait-il en euros d'aujourd'hui ? Le site France-Inflation nous propose un convertisseur que j'ai déjà eu l'occasion d'employer. Il nous donne la valeur de 22 euros. En 2012, la Compagnie du Mont Blanc facture 30,40 euros. Par rapport à la moyenne de l'inflation, l'augmentation serait donc de près de 40%. Depuis, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts – et beaucoup de neige sur les voies du TMB. Des travaux ont été entrepris, en particulier cet été (le service s'arrête au Mont-Lachat).
 Ceci explique en partie cela !

Plus amusant sont les trains de soirée, qui permettaient aux touristes hébergés à l'hôtel du col de Voza de rentrer au bercail après une soirée à Saint-Gervais. Pour peu que 20 voyageurs en émettent le souhait, un train partait du Fayet à 23h30, desservait Saint-Gervais à 23h40 et atteignait le col de Voza à 0h20. Dans l'autre sens, les “fêtards” du col de Voza pouvaient redescendre dans la vallée, par le même train au retour (arrivée au Fayet à 1h20 !) Des dessertes comparables au métro parisien !

Le TMB était aussi plus matinal, puisqu'en 1958 le premier train (du 1er juin au 1er septembre) partait dès 7h40 du Fayet (contre 8h00 en 2012), desservant le Nid d'Aigle un peu avant 9h.


samedi 25 août 2012

Ah ! Le livret A…

Le gouvernement chercher à développer la construction de logements sociaux. La mesure-phare consiste à relever le plafond du livret A, dont une partie des encours sert à financer le logement social (par des prêts). Cependant, le nerf de la guerre, en matière de construction, ce sont les terrains. Car on a beau offrir des prêts, en l'absence de foncier, il ne se passera rien. C'est la raison pour laquelle la ministre envisage de céder des terrains publics – ou semi-publics – aux bailleurs sociaux.

Cela ne suffira pas. Les résistances risquent d'être fortes chez des propriétaires comme la SNCF et RFF, dont l'endettement incite à valoriser les réserves foncières. Plusieurs pistes pourraient être explorées :
  • Rendre possible l'essaimage du logement social, sous la forme de logements acquis, ou réservés, de façon ponctuelle dans d'autres ensembles immobiliers. Une révolution culturelle qui sera difficile, tant les bailleurs sociaux sont habitués à gérer des “cités” ou, à tout le moins, des immeubles entiers !
  • Exploiter les micro-parcelles des villes (les fameuses “dents creuses”) en autorisant la construction de logements à loyers inférieurs au marché sur ces emplacements. Un travail de détail, certes, mais dont les résultats seraient intéressant en “recousant” le tissu urbain, moyennant une légère sur-densification de surcroît élégante visuellement (je m'étais essayé à décrire ce processus dans un billet de 2008). Ce parti semble plus efficace que le supplément “forfaitaire” de constructibilité imaginé par le gouvernement précédent.
  • Essayer de supprimer la “césure” entre logement social et logement privé à loyers élevés. Cette marche d'escalier énorme laisse en effet un “vide” au niveau intermédiaire (surtout en Île-de-France ou, a fortiori, à Paris). Il ne faudrait plus de “solution de continuité” entre les niveaux de loyers, avec un système d'aides (aux locataires ou aux bailleurs) dégressives au fur et à mesure que le loyer s'accroît.
  • Préférer les baux fonciers à long terme sans redevance à la cession gratuite, afin de mieux disposer les propriétaires publics mentionnés plus haut. Une cession gratuite est à double tranchant : sur le très long terme, d'autres gouvernements, en privatisant les bailleurs ayant bénéficié de cessions gratuites, pourraient générer des rentes de situation injustes !
  • Financièrement, ne pas oublier que les prêts accordés à partir des fonds du livret A ne sont pas à taux zéro. L'équilibre d'exploitation des opérations ne supporte pas toujours une forte quotité de prêts. Dans la pratique, ce seraient plutôt des subventions qu'il faudrait accorder – en particulier en cas de charge foncière élevée ou de coûts de construction hors normes (on songe encore une fois à l'Île-de-France).
Construire 150000 logements “sociaux” par an relève de la gageure ! Il faudra beaucoup plus que les deux mesures symboliques annoncées ces jours derniers.

vendredi 24 août 2012

Rien de bien réjouissant ?

Peu après 7 heures, ce matin, la présentatrice de France Info introduit la météo : “Rien de bien réjouissant, ce matin !” Le météorologue le confirme sur un ton contrit : des orages et de la pluie. “Il faudra attendre lundi pour que ça s'améliore” conclut la journaliste. Il y a quelques jours seulement, les mêmes protagonistes se lamentaient parce qu'il faisait trop chaud, les “alertes canicules” étaient réitérées sans relâche. Alors, à quelles conditions la météo pourrait-elle être “réjouissante” ?

Ces petits travers entrent en écho avec des extraits d'un livre de Jean-Claude Guillebaud intitulé Une autre vie est possible, publiés dans Le Nouvel Obs. L'auteur nous fournit une analyse pertinente :
Par définition, le flux médiatique est un discours attristé, voire alarmé. Il s'habille en noir. […] À n'insister que sur les ombres, on pèche – et on ment – par omission. […] L'optimisme n'est plus “tendance” depuis longtemps. On lui préfère le catastrophisme déclamatoire.
Pourtant, comme Guillebaud le dit joliment un peu plus loin :
L'espérance a beaucoup à voir avec le petit matin. […] L'idée d'un commencement, d'une remise en route, d'une infatigable renaissance.
Difficile de ressentir l'espérance du petit matin quand, dès ses premiers bulletins, le principal média spécialisé dans l'information qualifie tout négativement, jusqu'au retour (espéré !) de la pluie et la fin des grosses chaleurs, qualifiés de “pas réjouissant” !

Il ne s'agit pas évidemment de tout repeindre en rose, de se voiler la face sur la réalité des choses. Citons une dernière fois Jean-Claude Guillebaud pour préciser notre propos:
Or la réalité n'est jamais aussi sombre. Elle est faite d'ombres et de lumières.
Petit message à l'intention de la rédaction de France Info : accordez l'égalité du temps de parole à l'ombre et à la lumière !
Merci d'avance, chers journalistes radiophoniques.

NB : j'ai envoyé à France Info un lien vers ce billet, espérant qu'ils y trouvent matière à réflexion.

jeudi 23 août 2012

Pour un label "humain"

C'est un billet de blog de mon copain Daniel qui m'y a fait songer. Il évoquait la question du "made in France" et de l'impact des choix des consommateurs, par exemple à partir de ces fameux "labels". Je me suis d'ailleurs fendu d'un commentaire que je vais un peu préciser ici.

Notre société souffre du chômage, du harcèlement au travail, de la précarité et de toutes sortes d'abus qui deviennent, peu à peu, la norme.
Une simple recherche sur Google montre qu'il y a pléthore de labels, depuis le bio jusqu'à l'environnement, en passant par le respect des animaux. Paradoxalement, rien sur… les êtres humains !

J'ai été frappé, par exemple, par le slogan du label Nature et Progrès (www.natureetprogres.org) :
« À Nature et Progrès, les paysans n'exploitent pas la terre, ils la cultivent ! »
Dans le même ordre d'idée, des labels s'assurent également que les animaux impliqués dans la production ne font pas l'objet de mauvais traitements (les tests de cosmétiques notamment).

Ah, je sais, cela va paraître audacieux, voire hors de propos. Pourtant, s'il existait un label Emploi et Respect, avec un slogan voisin, comme : « À Emploi et Respect, les employeurs n'exploitent pas les salariés, ils les respectent », cela ne donnerait-il pas envie d'acheter les produits et services des entreprises adhérentes ?

Les critères seraient aisés à trouver pour le cahier des charges :
  • Absence de méthode de management de type anglo-saxon à base de harcèlement
  • Aucune rémunération en deçà du SMIC + 20%
  • Proportion de CDD et d'intérimaires en deçà d'un seuil modeste
  • Absence de licenciements économiques depuis plusieurs années
  • Absence de conflits aux prud'hommes dans les dernières années
  • Proportions de jeunes et de seniors dans les effectifs conformes à la moyenne nationale de la population active
  • Etc.
On pourrait y ajouter, bien sûr, des critères relatifs aux emplois extérieurs à notre territoire, sur la condition des employés lorsque des produits sont importés.
Notez que, depuis 1977 (35 ans tout de même !), les entreprises de plus de 300 salariés sont tenues de publier un “Bilan social”, dont les indicateurs pourraient permettre d'enrichir et d'évaluer un tel label.

Pour autant, quelles seraient les entreprises qui parviendraient à obtenir le label ? La question mériterait d'être posée…

mardi 14 août 2012

La pointe du Dard : une course “impeccable”

Ce 13 août 2012, le trio Benoît, Louis et Jean-Luc avait bouclé ses sacs en vue de l'ascension de la pointe du Dard (3206 m), dans le massif de la Vanoise. Particularité notable : pour Louis (pas encore onze ans), ce serait sa toute première course en haute montagne. Un événement !


Le point de départ de la course est le refuge du col de la Vanoise (2517 m), atteint en 2h30 depuis le mont Bochor (2022 m), où notre guide, Émile, nous a rejoints pour le dîner. Car le trio susnommé sera emmené vers les hauteurs par un professionnel !


Après une nuit en dortoir, un lever matinal (4h) et le petit déjeuner “dans le coaltar”, nous avons pris le départ vers 5h, les lampes frontales éclairant notre chemin. L'obscurité favorise la concentration et atténue l'inévitable monotonie de toute marche d'approche. Nous montons ainsi de quelque cinq cents mètres de dénivelé…


…pour prendre pied sur l'immense plateau glaciaire de la Vanoise, à 3000 m d'altitude. C'est le moment pour Louis de découvrir les crampons, et en premier lieu la façon de les fixer solidement aux pieds. À cette altitude et à cette heure, la température est voisine de 0° C : toujours étonnant en plein été !


Ainsi équipés, nous pouvons progresser sur les surprenants reliefs formés par le dégel et le regel à la surface du glacier. Ces vaguelettes, aussi nommées “pénitents”, ne favorisent pas la régularité de la marche : il faut, selon l'expression galvaudée mais qui a ici son sens propre, “regarder où l'on met les pieds”. Notre objectif, la pointe du Dard (flèche à droite) est encore éloigné, puisqu'il nous faudra parcourir près de 4 kilomètres (en 1h45) pour atteindre la base de ses rochers.


Au passage, quelques petites crevasses et autres “moulins” agrémentent le cheminement. Louis les franchit sans barguigner, salué par les “impeccable !” de son guide.


Derrière nous, le soleil se lève et illumine le superbe décor alpin qui nous entoure. Magnifique !


Enfin, vers 8h30, après trois heures et demi de marche patiente, nous sommes sur le point de toucher la “rive” de cette mer de glace. De là, il sera aisé de rallier le cairn sommital (flèche), où ce seront les congratulations d'usage ! Bravo, Louis ! La joie de la cordée est à la mesure des motivations de chacun des participants : outre la toute première course de Louis, Benoît, son père, réalise sa troisième ascension dans ce secteur (après la Réchasse et le mont Pelve), et Jean-Luc, la cinquantaine bien avancée, est enchanté d'avoir partagé l'aventure avec Louis et d'ajouter à sa liste cette course inédite. Quant à Émile, nous ne savons pas combien de fois il a traversé ce glacier – plusieurs dizaines sans aucun doute – et admirons son enthousiasme intact, exprimé par ses multiples commentaires pédagogiques ou topographiques, ainsi que par le soin apporté à rendre l'expérience agréable à son tout jeune client (“Ça va, Louis ? – Oui, ça va ! – Impeccable !”)


Depuis la pointe du Dard, le panorama s'étend tous azimuts, y compris sur Sa Majesté le mont Blanc, qui émerge fièrement à l'horizon (au centre de la photo). Nous ne resterons que trois quarts d'heure là-haut, car il faut penser à redescendre : 1200 m de dénivelé nous attendent.


Dès 9h30, c'est donc reparti. Nous allons retraverser le glacier, mais par une ligne plus directe – et plus accidentée. De grandes vagues de glace figées sont autant d'occasions d'exercices de cramponnage en pente inclinée comme on le voit ci-dessus (avec la Grande Casse en toile de fond).


Comme souvent, une légère impatience nous habite tandis que le refuge apparaît “tout en bas” (à gauche du lac sur la photo) et que l'on a plus de six heures de marche dans les pattes…
Nous y engloutirons omelettes et crêpes avec appétit avant d'entreprendre la descente du refuge en direction des Barmettes.

Sacrée journée !

Tous mes remerciements à :
Émile Chaillan pour nous avoir guidés et encouragés
Benoît et Louis pour m'avoir accepté dans leur cordée
L'équipe du refuge du col de la Vanoise, organisée et accueillante

Un compte rendu signé de Benoît figure aussi sur Camp To Camp à cette adresse.