vendredi 1 juin 2012

Réformes structurelles

La Commission européenne vient de conseiller à la France de procéder à des “réformes structurelles”.

Le sens des mots disparaît derrière la connotation qu'ils véhiculent.
Regardons ce qu'en dit un dictionnaire respectable comme Le Robert.

Réforme
Définition : “Amélioration apportée dans le domaine moral ou social
Dans le cas qui nous intéresse, il s'agit du domaine social. Les réformes structurelles sont-elles des “améliorations” ? On peut en douter…
Le Robert précise un peu plus loin sa définition : “Changement profond apporté dans la forme d'une institution afin de l'améliorer, d'en obtenir de meilleurs résultats

Alors ? Alors tout dépend ce que l'on entend par “améliorer” et, surtout, par “meilleurs résultats”.

Structurelles
Et cet adjectif “structurel”, que veut-il nous dire ?
Un changement “profond”, a priori, devrait toucher à la structure de l'institution concernée par la réforme. Nous serions alors dans le pléonasme… En économie, l'opposé de “structurel” est en principe “conjoncturel”. Il ne semble pas que ce soit ici l'objet de l'adjectif préféré des conseillers internationaux, sauf à considérer qu'ils nous demandent d'agir sur une conjoncture défavorable.

Pour être clair, force est de constater que les réformes sont qualifiées de structurelles lorsqu'elles dégradent la situation des personnes touchées. Réductions de salaires, augmentations des durées de cotisations de retraites, suppressions de divers avantages, plafonnements des remboursements de frais de santé, etc. Curieusement, agir sur ces “curseurs” (nombres d'années, rémunération horaire, forfaits, pourcentages) n'a rien de “structurel”, puisqu'on se contente de changer les paramètres à système constant.

Du pléonasme au paradoxe
Des réformes seraient donc structurelles quand elles ne touchent pas… à la structure des institutions et des systèmes concernés. Du pléonasme, nous passons au paradoxe !
Pour être de véritables réformes, enfin, celles-ci doivent aussi viser de meilleurs “résultats” au sens de “profits” (ou excédents). Ce sont donc bien des résultats… négatifs pour les humains ainsi… réformés. Mais nous sommes habitués aux inversions de sens : croissance négative (pour ne pas dire récession par exemple).

Les réformés
Et l'on a omis jusqu'ici un autre sens du mot réforme, d'origine militaire cette fois : “Mise hors service de ce qui est devenu impropre, situation qui en résulte”, toujours selon Le Robert.
Gageons que les réformes structurelles réformeront des centaines de milliers de gens, mis hors service, par exemple au chômage, en faillite ou dans l'incapacité de faire face à leurs dépenses.
Nous sommes tous menacés d'être “réformés”, non du service militaire, mais de l'économie.

Agréables perspectives !

Bonus en forme de post-scriptum
On retrouve une problématique comparable à propos des taux de TVA.
Je ne suis, pour ma part, pas convaincu par la baisse de la TVA sur la restauration intervenue il y a quelques années. Peu importe, je ne prétends pas avoir un avis autorisé sur la question.
Ce qui est intéressant, en revanche, c'est d'observer qu'il faut négocier durant six ou sept ans avec les institutions européennes pour faire baisser un taux de TVA, alors qu'une augmentation se décide en dix minutes sans que celles-ci n'y trouvent à redire. Le passage de 5,5% à 7% est ainsi passé comme une lettre à la Poste, tandis que le projet de TVA “sociale” du gouvernement Fillon a été voté par le Parlement sans non plus la moindre protestation de Bruxelles.
De même, si un pays membre de l'UE réduit son taux d'impôt sur les sociétés pour attirer des entreprises multinationales (l'Irlande, le Luxembourg), les instances européennes, pourtant chargées d'éviter les “distorsions de concurrence”, restent coites. Si, au contraire, on souhaite baisser un taux de TVA (la restauration, encore une fois), on entend de hauts cris dénoncer la “concurrence faussée”.

Que de paradoxes !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire