dimanche 10 juin 2012

Législatives 2012, premier tour

C'est à dessein que je suis allé voter aux alentours de midi, comme ce fut le cas pour les deux tours de la présidentielle. Le bureau de vote n°121 de la 6e circonscription du Rhône (Villeurbanne) compte environ 1000 inscrits, ce qui facilite les calculs !

Le 22 avril dernier, j'avais été exactement le 300e votant, et le 6 mai le 319e. Dans les deux cas, ce taux de participation de 30% à midi avait conduit à un proportion de presque 80% en fin de journée. Aujourd'hui, le compteur de l'urne affichait 217 après mon vote. Une simple règle de trois semblerait impliquer que la participation serait en dessous des 60% ce 10 juin. Une alerte de Le Monde.fr vient d'ailleurs de m'indiquer que le taux national, 21% à midi, correspond pile à celui de mon bureau de vote.

Contrairement à ce que j'avais écrit dans le billet du 8 juin, ce ne sont pas 10 candidats qui postulaient, mais 12, deux bulletins supplémentaires figurant sur la table : ceux du Parti pirate et de l'Alliance écologiste indépendante. La dispersion des candidatures écologistes me plonge toujours dans la perplexité. Outre que ce n'est pas “bon pour la planète” en raison du papier consommé, cela dénote une désorientation de ce courant politique pourtant porteur d'enjeux majeurs.
Ma conviction est que l'écologie devrait plutôt infiltrer les autres partis pour leur insuffler une sensibilité verte, comme c'est le cas au PS – sans donner toute satisfaction aux écologistes, certes.

Quant à la succession des deux scrutins, présidentiel et législatif, elle est le symptôme des ambiguïtés de nos institutions. Si l'on y ajoute ceux des primaires socialistes – en attendant celles de la droite – ce sont six passages dans des bureaux de vote qu'il a fallu accomplir pour, enfin, mettre sur pied un nouveau contexte politique. C'est inextricable : on a beau tourner et retourner dans tous les sens ce processus, il a quelque chose d'illogique. Rares sont les démocraties modernes à procéder comme la France. Notre système a causé quelques “bugs institutionnels” majeurs, que ce soit les 9 années de cohabitation au sommet de l'exécutif constatées de 1986 à 2002, ou l'élimination du PS au premier tour de la présidentielle de 2002. Les Français, persuadés que l'élection présidentielle leur donne plus de prise sur leurs choix politiques se trompent : en 2002, il aurait mieux valu procéder comme en Grande-Bretagne…

L'hypothèse de jumeler les élections présidentielles et législatives est parfois évoquée. Serait-ce une correction efficace de notre logiciel institutionnel ? Et pourquoi pas ? Nous éviterions la période intermédiaire, durant laquelle un gouvernement se contente de faire des signaux à son électorat, tandis que la majorité de ses membres sont… en campagne électorale pour les législatives ! Peut-être éviterions-nous aussi certaines candidatures présidentielles de témoignage, leurs représentants choisissant plutôt de négocier avec les grands partis des accords électoraux sur le modèle de celui, imparfait, qu'ont conclu le PS et EELV. Nous gagnerions aussi presque deux mois. François Hollande a été élu le 6 mai. L'assemblée chargée de voter les lois mettant en œuvre son programme ne commencera à travailler que début juillet, le temps que tout se mette en place.

Rien n'est simple, cependant. Dans une telle configuration, la tentation serait grande de donner plus de place au système proportionnel pour les législatives, afin de corriger la tendance hyper-majoritaire de la présidentielle (deux candidats au second tour). Mais là, attention ! Quand on observe les difficultés de pays comme l'Allemagne – ou, pis, de la Grèce – à former une majorité à partir de scrutins législatifs, il y a de quoi s'inquiéter. Rien n'est plus dommageable, en effet, qu'une assemblée à majorité fluctuante, rendant une démocratie ingouvernable. Le prix payé pour une représentation plus “proportionnelle” des courants politiques peut être lourd. Très lourd…

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