vendredi 4 mai 2012

Un scrutin singulier

À la veille du second tour, il ne faudrait pas occulter la singularité de cette élection présidentielle. Que ce soit en 1988, en 1995 ou en 2002, à chaque fois la France sortait d'une période de cohabitation. En 2007, Jacques Chirac ne se représentait pas, ce qui conféra à Nicolas Sarkozy une prime à la nouveauté, renforcée par ses slogans radicaux – la rupture, le volontarisme.

En ce mois de mai 2012, pour la première fois depuis 1981 – c'était il y a très longtemps ! – un président de la République sollicite le renouvellement de son mandat après l'avoir pleinement exercé, un euphémisme en parlant de Nicolas Sarkozy. Ce scrutin intervient dans un contexte de crise économique aigüe et de défiance accrue à l'égard de la politique. Jamais les Français n'ont autant douté de la capacité d'un président de la République à maîtriser leur destin collectif.

Un premier tour contrasté
Au premier tour, les votes contestant les deux principaux partis, UMP et PS, ont rassemblé plus de 40% des suffrages exprimés, de surcroît avec une participation élevée. Il y a là un paradoxe : des électeurs à la fois défiants et participants, exprimant leurs peurs tout en choisissant des candidats dont les programmes, s'ils étaient élus, seraient pour le moins risqués – pour ne pas dire dangereux.

L'enjeu du second tour
Dimanche, les Français devront donc choisir entre une gauche modérée et une droite dite “décomplexée”. François Hollande est porté avant tout par le rejet de son concurrent, un atout tactique en même temps qu'une faiblesse pour la suite s'il l'emporte. Nicolas Sarkozy souffre du syndrome classique de la sanction envers le sortant, atténuée pourtant par un réflexe “sécuritaire”, sur le mode : “On sait ce qu'on perd, on ne sait pas ce qu'on gagnerait”.

Du sang neuf ?
Si l'on tente de prendre de la hauteur, au-delà des clivages partisans, le fait d'élire un nouveau président, de donner sa chance à une gauche sociale-démocrate après dix ans d'UMP pourrait apporter du sang neuf, des solutions différentes, ainsi qu'un traitement moins violent de la crise budgétaire. Les frémissements au niveau européen en sont les premiers indices, tandis que le projet courageux de François Hollande de s'engager dans une réforme fiscale – on n'est rarement populaire quand on évoque des hausses d'impôts – est en un sens rassurant. Se limiter à des coupes claires dans les dépenses n'est pas en mesure de sécuriser les Français.

Les peurs
Il n'empêche ! La peur domine, attisée par la campagne de second tour de Nicolas Sarkozy. Il a joué son va-tout : brosser un tableau presque catastrophique du pays que l'on a gouverné pendant de nombreuses années est une arme à double détente. Elle risque de se retourner sur celui qui la tient.
Pour François Hollande, rien n'est joué non plus. Son handicap reste d'être une personnalité nouvelle, non pas par sa présence dans le paysage politique, mais en tant que candidat à la fonction suprême.

Dimanche prochain, nous saurons qui endossera les habits de président de la République, et si la fonction transfigurera l'homme – une nouvelle fois ou… pour la première fois.

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