mercredi 30 mai 2012

Contre-performance

Les entreprises n'ont que ce mot à la bouche : Performance.

On les comprend, car les difficultés économiques les incitent à pousser à son paroxysme la productivité pour parvenir envers et contre tout à augmenter leur chiffre d'affaires.

Attention, cependant ! Une “performance” est un acte fort, le mot a d'ailleurs aussi le sens de “prouesse”. Deux proverbes à méditer : “À l'impossible nul n'est tenu” et “La perfection n'est pas de ce monde”.

Petite anecdote illustrative
Nous devions faire modifier la plaque signalétique de plastique apposée sur notre interphone, pour y rajouter une information. La commande, par écrit, comportait toutes les informations, mentions à inscrire, étage, adresse, etc.
L'entreprise a voulu jouer la performance, réalisant rapidement la gravure de la plaque, et venant la poser avec une célérité indéniable.

Malheureusement, nous avons déploré deux graves défauts :
1. L'un des noms était entaché d'une faute d'orthographe rédhibitoire,
2. La plaque a été posée à un emplacement ne correspondant pas à celui de l'ancienne.

Pour qu'une performance soit rentable, encore faut-il qu'une seule et unique contre-performance ne réduise pas à néant l'ensemble des bénéfices des (nombreuses) performances précédentes.

Micro-gains… et maxi-pertes
Dans ce cas précis, la personne chargée de graver la plaque a peut-être gagné une (petite) minute en lisant trop vite la commande et en validant la gravure. Quant à celle chargée de la livrer et de la mettre en place, elle a encore gagné une (petite) minute en avisant le premier emplacement disponible et en apposant à toute allure la plaque. Il est probable, d'ailleurs, que ces erreurs soient dues à une qualification insuffisante desdites personnes…
Ces “deux fois quelques minutes” ont été plus que compensées par les conséquences de l'erreur : nouvelle gravure et nouvelle livraison ! Sans compter le temps perdu par le client, qui doit supporter un délai double de réalisation de sa commande.

Même dans l'hypothèse où cet aléa est rarissime, il est absurde de considérer qu'il ne se produira jamais. Et le temps perdu, estimons-le à une heure trente, équivaut en prix de revient à une centaine au moins de performances réussies… Un pari que l'entreprise est quasi-certaine de perdre, sauf à recruter des personnes exceptionnelles. Mais alors, les salaires ne seront plus dans ses moyens !

vendredi 18 mai 2012

Monkberry Moon Delight

Monkberry Moon Delight est un morceau de Paul McCartney, publié sur l'album “Ram”.
La voix éraillée de l'ex-Beatle sur ce titre causa quelques embarras aux musiciens chargés de rédiger l'album de partition, au point que les paroles divergent selon les sources :

Voici un extrait du texte dudit album de partitions :
So I sat in the attic a pillow up my nose
So was I bound to crack with my head in this hole
Ketchup, ketchup, super dooray
When I rattled the brass I'd awoken
What do your stars conceal in a barrel
Sucking Monkberry Moon Delight
Et le texte "officiel" :
So I sat in the attic a piano at my nose
Sore was I from the crack of an enemy's hose
Catch up ! Catch up ! soup and puree
When a rattle of rats had awoken
Of two youngsters concealed in a barrel
Sucking Monkberry Moon Delight
Traduire ces deux extraits via Google ne nous éclaire guère :

La première version :
Donc, je me suis assis dans le grenier un oreiller dans mon nez
Ainsi ai-je été lié à craquer avec ma tête dans ce trou
Ketchup, ketchup, super dooray
Quand je secoué le laiton je réveillé
Qu'est-ce que vos étoiles cacher dans un tonneau
Sucer Monkberry Lune Delight
Et la seconde :
Donc, je me suis assis dans le grenier d'un piano à mon nez
Sore était I de la fissure du tuyau d'un ennemi
Catch up! Catch up! soupe et la purée
Quand un bruit de rats avait réveillé
De deux jeunes cachés dans un tonneau
Sucer Monkberry Lune Delight
Si vous avez envie de remixer ce morceau emblématique, rendez-vous ici. Nous vous recommandons la piste piano + basse.

dimanche 13 mai 2012

Alternance interdite

Vieilles antiennes
L'élection de François Hollande a réveillé de vieilles antiennes que l'on est stupéfait d'entendre. Ces refrains ô combien datés remontent à 1981 – trente et un ans en arrière – pour affirmer la conception “patrimoniale” du pouvoir dont la droite ne parvient pas à se départir (1). L'alternance (au profit de la gauche, bien sûr) serait par principe illégitime sous la Ve République !

L'exercice du pouvoir responsabilise
Les décisions hâtives et risquées de 1981 ne provenaient-elles pas, justement, de cette absence d'alternance depuis plusieurs décennies ? Car l'exercice du pouvoir responsabilise. Depuis 1981, la gauche est revenue au pouvoir en 1988, en 1997 et en 2012. Faire l'amalgame entre les excès de 1981, la phase rocardienne de 1988-1991 ou, plus encore, les cinq années de Jospin premier ministre relève de la mauvaise foi la plus grossière. D'autant que François Hollande est loin de représenter l'aile la plus ultra du Parti socialiste, son programme et sa campagne le prouvant sans ambiguïté – en contradiction claire avec les paniques catastrophistes de l'UMP (2).

Cohabitation ?
Alain Juppé, en homme politique “à l'ancienne”, a affirmé que l'important était que la France réussisse. Cette attitude l'honore. Quel contraste avec un Copé “post-moderne” qui semble souhaiter l'échec, et va jusqu'à prôner la cohabitation. Quand on sait que la conséquence la plus néfaste de la cohabitation a été la double représentation dans toutes les négociations internationales, source de “couacs” et d'attentisme, il serait dommageable que la France reproduise ce schéma au moment où sa présence sur les scènes européennes et internationales est cruciale et décisive !

Manque de sang-froid
On a parfois l'impression que la droite appelle de ses vœux la réalisation de ses fantasmes apocalyptiques, allant jusqu'à “souhaiter” que la spéculation contre la dette française s'avive.
La peur panique n'a jamais été bonne conseillère ! Y céder montre un manque de sang-froid bien peu rassurant pour de futurs candidats aux fonctions suprêmes…

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(1) « Ma sévérité, je préfère la réserver à cette droite hargneuse qui a une conception patrimoniale du pouvoir et chez laquelle toute victoire de la gauche est vécue comme une usurpation. » Jacques Julliard, dans Marianne.
(2) « Certains Français de droite paniquent, comme en 1981. Ils ont si peu l'habitude de l'alternance présidentielle qu'ils finiraient par oublier que les Français de gauche sont aussi la France… » Caroline Fourest, dans Le Monde.

jeudi 10 mai 2012

Résultats définitifs

Le temps médiatique est tellement rapide que l'on oublie souvent l'information définitive et exacte. Dès dimanche 6 mai au soir, nous disposions d'estimations de résultats du second tour de l'élection présidentielle, puis, dans la nuit, de résultats partiels fournis par le ministère de l'Intérieur, et enfin de résultats hors Français de l'étranger.
Le Conseil constitutionnel vient de proclamer les résultats définitifs.

Folklore électoral
Dans la pratique, outre qu'ils comprennent la totalité des suffrages, ils excluent aussi les résultats de quelques bureaux de vote, comme par exemple celui d'Artigue, le Conseil précisant ceci :
Considérant que, dans la commune d'Artigue (Haute-Garonne), dans laquelle 33 suffrages ont été exprimés, le délégué du Conseil constitutionnel a relevé que seul le président du bureau de vote était présent une grande partie de la journée, qu'il émargeait à la place de certains électeurs et disposait seul des clefs de l'urne, en méconnaissance des dispositions des articles R. 42, L. 62-1 et L. 63 du code électoral ; que, par suite, il y a lieu d'annuler l'ensemble des suffrages émis dans la commune ;
Un président qui “émarge à la place de certains électeurs” et “dispose seul des clefs de l'urne” semble en effet bien peu respecter les règles en vigueur !
Artigue, nous apprend Wikipédia, est une commune des Pyrénées (département de la Haute-Garonne). Elle ne compte que 38 habitants pour une superficie de presque 10 km2.

Un peu moins de 1,2 million de voix d'écart
Une fois déduits ces quelques bureaux de vote “spéciaux”, on remarque que François Hollande a tout juste dépassé les 18 millions de voix (18 000 668) et que son rival, Nicolas Sarkozy, a recueilli 16 860 685 suffrages. Le nombre de suffrages exprimés s'élevant à 34 861 353, leurs pourcentages respectifs sont de 51,635% et 48,365%. Il aura donc manqué à François Hollande quelque 43000 voix pour égaler le score de François Mitterrand du 10 mai 1981 (51,76%).

L'écart entre les deux finalistes (3,27 points, 1 139 983 voix) est relativement réduit, quoique beaucoup moins que le record en la matière, qui date de 1974 : Valéry Giscard d'Estaing avait obtenu 50,81% des voix, contre 49,19% à François Mitterrand, soit à l'époque un écart de seulement 424 599 voix !

dimanche 6 mai 2012

Quelle participation ?

En ce 6 mai au matin, le premier enjeu est la participation.
Wikipédia nous donne les informations suivantes :

Il en ressort que la plupart du temps le second tour a connu une meilleure participation que le premier – à l'exception de 1969, quand le duel Pompidou-Poher avait incité la gauche à l'abstention.
C'est encore 1974 qui détient le record, avec moins de 13% d'abstention au second tour !
Il sera intéressant de voir si, cette année, les votants protestataires tentés par l'abstention seront absents du scrutin ou s'ils se rendront tout de même au bureau de vote, quitte pour certains d'entre eux à voter blanc ou nul.
En 2007, la participation avait été comparable aux deux tours (presque 84% dans les deux cas).
On remarque qu'en 2002, probablement honteux-z-et-confus du triste résultat du premier tour, les électeurs avaient été 80% à voter au second, contre moins de 72% au premier !
Nous en saurons plus dans quelques heures…

Tout comme le 22 avril, j'ai voté un peu avant midi. Sur 1005 inscrits dans mon bureau de vote, j'ai été le 319e à déposer une enveloppe dans l'urne, alors que j'étais pile le 300e au premier tour. Cet accroissement de 2 points sera-t-il représentatif de la moyenne observée ?
Il semble que ce soit le cas : le ministère de l'Intérieur annonce 30,7% de participation à midi, contre 28,2% le 22 avril, soit 2,5 points de plus.

Addendum du 7 mai
La participation du second tour a très légèrement dépassé celle du premier, avec 80,35% contre 79,48%. À noter que les bulletins blancs et nuls (2 146 000) ont représenté 5,8% des votants, soit plus qu'en 2002 (5,4%), et trois fois plus qu'au premier tour. Le record remonte à 1969 avec presque 6,5% des votants (le second tour Pompidou-Poher). Ce phénomène, peu commenté, le mériterait.
Si l'on calcule les résultats sur les votants, voici ce que l'on obtient :
  • Votants 37 016 404 - 100%
  • Blancs et nuls 2 146 000 - 5,8%
  • François Hollande 18 004 656 - 48,6%
  • Nicolas Sarkozy 16 865 340 - 45,6%

vendredi 4 mai 2012

Un scrutin singulier

À la veille du second tour, il ne faudrait pas occulter la singularité de cette élection présidentielle. Que ce soit en 1988, en 1995 ou en 2002, à chaque fois la France sortait d'une période de cohabitation. En 2007, Jacques Chirac ne se représentait pas, ce qui conféra à Nicolas Sarkozy une prime à la nouveauté, renforcée par ses slogans radicaux – la rupture, le volontarisme.

En ce mois de mai 2012, pour la première fois depuis 1981 – c'était il y a très longtemps ! – un président de la République sollicite le renouvellement de son mandat après l'avoir pleinement exercé, un euphémisme en parlant de Nicolas Sarkozy. Ce scrutin intervient dans un contexte de crise économique aigüe et de défiance accrue à l'égard de la politique. Jamais les Français n'ont autant douté de la capacité d'un président de la République à maîtriser leur destin collectif.

Un premier tour contrasté
Au premier tour, les votes contestant les deux principaux partis, UMP et PS, ont rassemblé plus de 40% des suffrages exprimés, de surcroît avec une participation élevée. Il y a là un paradoxe : des électeurs à la fois défiants et participants, exprimant leurs peurs tout en choisissant des candidats dont les programmes, s'ils étaient élus, seraient pour le moins risqués – pour ne pas dire dangereux.

L'enjeu du second tour
Dimanche, les Français devront donc choisir entre une gauche modérée et une droite dite “décomplexée”. François Hollande est porté avant tout par le rejet de son concurrent, un atout tactique en même temps qu'une faiblesse pour la suite s'il l'emporte. Nicolas Sarkozy souffre du syndrome classique de la sanction envers le sortant, atténuée pourtant par un réflexe “sécuritaire”, sur le mode : “On sait ce qu'on perd, on ne sait pas ce qu'on gagnerait”.

Du sang neuf ?
Si l'on tente de prendre de la hauteur, au-delà des clivages partisans, le fait d'élire un nouveau président, de donner sa chance à une gauche sociale-démocrate après dix ans d'UMP pourrait apporter du sang neuf, des solutions différentes, ainsi qu'un traitement moins violent de la crise budgétaire. Les frémissements au niveau européen en sont les premiers indices, tandis que le projet courageux de François Hollande de s'engager dans une réforme fiscale – on n'est rarement populaire quand on évoque des hausses d'impôts – est en un sens rassurant. Se limiter à des coupes claires dans les dépenses n'est pas en mesure de sécuriser les Français.

Les peurs
Il n'empêche ! La peur domine, attisée par la campagne de second tour de Nicolas Sarkozy. Il a joué son va-tout : brosser un tableau presque catastrophique du pays que l'on a gouverné pendant de nombreuses années est une arme à double détente. Elle risque de se retourner sur celui qui la tient.
Pour François Hollande, rien n'est joué non plus. Son handicap reste d'être une personnalité nouvelle, non pas par sa présence dans le paysage politique, mais en tant que candidat à la fonction suprême.

Dimanche prochain, nous saurons qui endossera les habits de président de la République, et si la fonction transfigurera l'homme – une nouvelle fois ou… pour la première fois.

jeudi 3 mai 2012

Le passif et le passé

Eh bien j'ai tenu le choc : presque trois heures de débat, hier soir, entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. Record battu !
Vous vous souvenez de cet échange entre Mitterrand et Giscard d'Estaing sur “l'homme du passé” et “l'homme du passif” ?
Hier soir, François Hollande ne m'a en tout cas aucunement semblé “passif”, c'est le moins que l'on puisse dire. Et Nicolas Sarkozy n'était pas non plus l'homme du passé, surtout quand il s'agissait de “participe” : j'ai été étonné de sa fréquente faute de français sur l'accord du participe passé. Un exemple parmi d'autres : “Les décisions que j'ai pris”. Étonnant !

PS : Il ne semble ni être le premier, ni en être à sa première coquille sonore, notre candidat sortant. Consultez un florilège à ce lien.

mardi 1 mai 2012

Calendriers présidentiels

Depuis combien de temps la fête du 1er-Mai est-elle située entre les deux tours des présidentielles ?
C'est en 1981 que le calendrier actuel a été utilisé pour la première fois, avec un premier tour fin avril et un second tour début mai. Seuls les jours ont varié selon la position du dimanche les années concernées.

Les deux tours :
21 avril et 5 mai - 2002
22 avril et 6 mai - 2007 et 2012
23 avril et 7 mai - 1995
24 avril et 8 mai - 1988
26 avril et 10 mai - 1981

En 1974, l'élection s'était tenue à la suite du décès de Georges Pompidou, les 5 et 19 mai.
En 1969, l'élection avait suivi la démission de Charles de Gaulle provoquée par le Non au référendum du 27 avril. Elle avait eu lieu les 1er et 15 juin.
En 1965, la première élection au suffrage universel direct du président de la République avait été organisée sept ans après l'élection de De Gaulle au suffrage indirect, le 21 décembre 1958 (78,5% des suffrages). Premier tour le 5 décembre 1965, second tour le 19.