lundi 2 avril 2012

Sondages et abstention

Les sondages influent-ils sur les résultats des élections ? La question ne cesse de revenir, comme un vieux serpent de mer.

Pour être franc, je ne peux nier que je “vibre” aux sondages, à l'instar de nombre de nos concitoyens. Dire le contraire serait hypocrite. Nous avons tous envie de fantasmer un résultat avant que l'élection n'ait eu lieu. Le syndrome de l'oracle – ou du pronostic.

Et une information tombe ce matin : les Français se désintéresseraient du scrutin, au point d'être nombreux à envisager de s'abstenir. Et s'il y existait un lien entre les sondages et l'abstention ?

J'avais évoqué la fièvre médiatique, la perte des repères temporels, passé, présent et avenir se mélangeant dans nos esprits. Sondages et abstention vont dans ce sens : ce serait déjà joué, on passe à autre chose… au point d'oublier d'aller voter !

Or, les sondages restent la plupart du temps discrets sur le taux d'abstention, présentant leurs résultats sur ce qui ressemble à des suffrages exprimés. Rarement l'on voit une courbe des “intentions d'abstentions”. Ceci s'explique par la difficulté de mesurer le phénomène, typiquement de “dernier moment”. Pourtant, à quoi cela servirait-il de prendre en compte une opinion qui, au final, ne s'exprimerait pas ?

Quel a été le plus fort taux d'abstention à un premier tour de présidentielles ? La réponse fait froid dans le dos : 2002, avec 28,4%. On sait ce que cela donna… Et voici que l'on annonce un taux proche du tiers des inscrits !

Sans être expert, loin s'en faut, il me semble que l'abstention nuira avant tout au favori, les électeurs pensant que si “les jeux sont faits”, il n'est pas utile d'aller voter, “les autres” se chargeant d'exprimer à leur place la tendance dominante. On comprend que François Hollande ait vivement réagi à l'éventualité d'une forte abstention.
À l'inverse, le second, en l'occurrence Nicolas Sarkozy, pourrait en bénéficier en mobilisant son électorat. La remontée de Jean-Luc Mélenchon dans les intentions de vote pourrait aussi résulter de l'effet abstention, sous la réserve évoquée plus haut : dans quelle mesure les instituts prennent-ils en compte les non-votants ?

La seule véritable influence des sondages pourrait donc être l'incitation à l'abstention. Un beau sujet de dissertation pour les étudiants de Sciences Po !

Complément : abstention et vote d'extrême droite

Certes, les courbes n'expliquent pas tout. N'empêche, quand on illustre les taux d'abstention aux premiers tours des élections présidentielles et les votes s'étant portés sur l'extrême droite, un parallélisme apparaît.

1965 : Tixier-Vignancourt. Pour les autres élections : Jean-Marie Le Pen (plus Mégret en 2002).
En 1981, Le Pen n'avait pas obtenu les 500 parrainages, et en 1969 aucun candidat ne se réclamait de l'extrême droite, tandis que les électeurs socialistes avaient plutôt boudé les urnes.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire