mercredi 25 avril 2012

Hoax-busters

Véronique Campion-Vincent est chercheur au CNRS. Elle a travaillé sur les “rumeurs et légendes urbaines”. De quoi s'agit-il ? Eh bien, c'est simple : toutes ces explications fantaisistes censées contrecarrer tout discours “officiel” considéré par construction comme faux. Ce qu'on appelle les adeptes des théories du complot.

Sur ces questions, le site hoaxbusters – que nous ne saurions trop vous recommander – joue un rôle éducatif salutaire, en démontant les mécanismes de ces rumeurs toxiques.

Quelques citations d'une interview de Mme Campion-Vincent reproduite sur ce site circonscrivent bien le syndrome :
Ces théories mobilisent d'authentiques croyants, qui adhèrent avec ferveur à la valeur des savoirs stigmatisés - les idées rejetées sont sûrement les vraies et à l'inverse les idées acceptées sûrement les fausses.
Une inversion radicale, qui, à sa façon, rassure… “Je” suis exceptionnel car “je” connais la “vérité”, sans se soucier de son absurdité : on est “initié”, donc c'est parfait !
Ceux que la vie a déçu écouteront davantage les sirènes du conspirationnisme qui les dédouanent de toute responsabilité dans leurs échecs.
C'est, entre autres choses, un signe de paranoïa aigüe.
Adhérer aux théories du complot c'est nier le hasard et penser que tout dans le monde peut être prédéterminé, voulu. De telles thèses conviennent à ceux qui se situent aux extrêmes, de droite ou de gauche, et proposent des clés simples et universelles de la complexité de notre monde.
L'angoisse face à l'inexpliqué incite à fantasmer des… explications, aussi alambiquées soient-elles. Plus elles sont fantaisistes, d'ailleurs, et plus elles sont considérées comme exactes ! D'autres sources attribuent cette réaction pathologique à la décrue de la foi religieuse : si Dieu n'existe pas, alors qui “gouverne le monde” ? Cette angoisse incite à fabuler les plus fantasmatiques interprétations (Kennedy assassiné par des extraterrestres pour ne citer que cet exemple).

Dès lors, ne soyez pas étonnés si certains amis vous bombardent de mails évoquant toutes sortes d'horreurs, de pièges et d'arnaques. Ils procèdent du même système. Numéros de téléphone piégés, aiguilles infectées dans les cinémas, Martine Aubry portant le voile islamique (sic !), personnalités flashées au volant d'un véhicule de luxe financé par une organisation de charité, tsunamis déclenchés par des expériences militaires, etc, etc. Et le plus drôle est que, lorsque l'on objecte que ces hypothèses sont pour le moins étranges, on nous répond : “Démontre-moi le contraire !”

C'est Michel Onfray – dont je ne suis pas un fan par ailleurs – qui avait eu la formule juste. Il imaginait cette scène, où il lançait : “Dans le taxi que j'ai pris pour venir vous voir, Jésus était assis à côté de moi.” Réponse : “Tu ne manques pas d'air !” Réplique sur le mode conspirationniste : “Démontrez-moi que Jésus n'était pas assis à côté de moi dans ce taxi !”

Les scores du FN

On parle beaucoup du score du Front national à ce premier tour de l'élection présidentielle.
Il importe, à notre avis, d'en mesurer précisément l'ampleur.
Marine Le Pen a recueilli, d'après les dernières données disponibles, 6 421 802 voix sur 35 885 801 suffrages exprimés, soit 17,895%.

1. Les voix recueillies par Bruno Mégret en 2002
En 2002, Bruno Mégret, séparatiste du FN, recueillait 667 026 voix. Ajoutées à celles de Jean-Marie Le Pen (4 804 713), cela donne un total de 5 471 739. Rapporté aux suffrages exprimés (28 498 471), le pourcentage ressort à 19,2%, soit 1,3 point de plus qu'en 2012.
Si l'on considère en outre que, sur les 1 200 000 voix qui s'étaient portées sur Jean Saint-Josse, certaines se seraient reportées sur Le Pen en l'absence d'un candidat des chasseurs, par exemple un sixième, alors le score de l'extrême droite aurait atteint les 20% en 2002, totalisant environ 5,7 millions de suffrages. Le candidat de la mouvance des chasseurs s'est en effet désisté cette année en faveur de M. Sarkozy, sans qu'on puisse affirmer que son électorat n'ait pas quelques tentations frontistes, tout au moins pour une minorité de ses composantes.

2. La participation
Autant en 2002 l'abstention avait été élevée (28,4%), autant la participation de 2012 a été importante, avec plus de 80% de votants. Mécaniquement, la candidate du Front national enregistre donc plus de voix en valeur absolue, même si son pourcentage est plus faible. Presque 6,5 millions, soit 800 000 de plus que dix ans auparavant (incluant nos corrections).

3. Le corps électoral
Pour être tout à fait exact quand on juge les valeurs absolues, il faut tenir compte de l'accroissement de la population – et donc des électeurs inscrits. En 2002, ils étaient 41 194 000. Cette année, ils dépassent légèrement les 46 millions, soit tout de même une hausse de 12%.
Il convient donc de comparer le nombre des voix obtenues par le FN toutes tendances confondues au total des inscrits :
• En 2002, 5,7 rapportés à 41,2 soit 13,8%
• En 2012, 6,5 rapportés à 46, soit 14,1%
• L'écart n'est alors que de 0,3% des inscrits
Il ne s'agit pas ici de minimiser l'impact du vote FN, ni de nier ses conséquences politiques. L'objectif de ce petit billet était juste de ramener les chiffres à leurs justes proportions : n'exagérons pas, même s'il y a de ça !

mardi 24 avril 2012

Une simulation de second tour

Plutôt qu'une énième analyse du premier tour, nous vous proposons en exclusivité une simulation de second tour.
Elle repose sur les hypothèses suivantes :

1. Résultat du premier tour disponibles


2. Hypothèses de reports de voix


3. Nouveaux électeurs
Il faut inclure un calcul sur les abstentionnistes du premier tour qui se mobiliseront au second.


4. Résultats de la simulation


Flûte et zut, ils sont à égalité !
Ah, c'était bien la peine de se décarcasser avec un tableau Excel…
Tant pis ! On verra le 6 mai au soir.

Rappelons en conclusion cet alinéa de l'article 7 de la Constitution française :
En cas de décès ou d’empêchement de l’un des deux candidats les plus favorisés au premier tour avant les retraits éventuels, le Conseil constitutionnel déclare qu’il doit être procédé de nouveau à l’ensemble des opérations électorales ; il en est de même en cas de décès ou d’empêchement de l’un des deux candidats restés en présence en vue du second tour.
Notre conseil : que les deux candidats ménagent leur santé et leurs efforts !

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28/04/2012 : Petite note complémentaire à propos de la notion de “retrait”.
Voici ce que dit la Constitution, au début de l'article :
Le Président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages exprimés. Si celle-ci n'est pas obtenue au premier tour de scrutin, il est procédé, le quatorzième jour suivant, à un second tour. Seuls peuvent s'y présenter les deux candidats qui, le cas échéant après retrait de candidats plus favorisés, se trouvent avoir recueilli le plus grand nombre de suffrages au premier tour.
Une constitution a pour but de tout prévoir, même le plus improbable.
Ce cas improbable serait, pour prendre un exemple d'actualité, que si Nicolas Sarkozy, au lendemain du premier tour, déçu par son score, avait décidé de se retirer, alors le second tour aurait eu lieu entre François Hollande et Marine Le Pen (n'y voyez rien de polémique ! Juste pour être précis et pédagogique). Comme cette précision sur le retrait date de 1962, on pourrait l'interpréter ainsi : De Gaulle, qui souhaitait être élu dès le premier tour, aurait pu, en 1965, déclarer qu'il renonçait au second tour et se retirer en boudant. Le second tour aurait alors opposé Mitterrand et Lecanuet (si c'est pas de l'uchronie, ça…)

dimanche 22 avril 2012

Premier tour

12h00
Peu avant midi, ce 22 avril, j'ai eu le plaisir d'être le trois centième votant du bureau où je suis inscrit, comme l'indiquait le compteur de l'urne électorale. 300 sur 1004, presque un tiers des inscrits s'étaient donc déplacés… au tiers de la durée d'ouverture du bureau de vote (8h-20h). Mais ne rêvons pas : les 100% de votants à 20 heures ce soir ne devraient pas être atteints !
Ce serait donc légèrement mieux que la moyenne nationale (28,3% à midi selon le Ministère).
16h00
Après une traversée du Parc de la Tête d'or (Lyon), j'ai déambulé dans la Cité internationale. Ma décision est prise : j'attendrai 20 heures pour connaître les premières estimations. Pourquoi ? Un vieux reste de “joueur préférant respecter les règles”. Et puis “farfouiller” frénétiquement dans le web pour grappiller des renseignements qui pourraient être faux ne m'intéresse guère…
18h00
C'est long ! Mais je patiente… En attendant, la participation semble meilleure qu'annoncé : plus de 70% à 17 heures, ce qui pourrait permettre d'atteindre les 80%. Une bonne nouvelle, allant à l'encontre des estimations récentes qui tablaient sur 25 – voire 30% – d'abstention.
Rappel des participations de premiers tours :
1965 : 84,8% - 1969 : 77,6% - 1974 : 84,2% - 1981 : 81,1% - 1988 : 78,4 % - 2002 : 71,6 % - 2007 : 83,8 %
19h45
Dans un quart d'heure…
20h00
Comme quoi les sondages ont toujours des difficultés à vraiment estimer les résultats. Et c'est tant mieux, en un sens, sinon, pourquoi organiser des élections ?
Beaucoup de surprises, le terme consacré est approprié : Marine Le Pen largement au-dessus des estimations, Jean-Luc Mélenchon et François Bayrou en dessous. François Hollande tient la corde, Nicolas Sarkozy prend un revers. Rien n'est joué, c'est évident, comme en témoigne la nervosité des intervenants…
Lundi, 6h00
Bis repetita à propos des estimations de résultats : hier, à 20h, France 2 annonçait 20% pour Marine Le Pen. Ce matin, on évoque 18%. À noter que si, en 2002, son père avait recueilli 16,86% des suffrages, leur ex-compagnon Mégret avait bénéficié de 2,34%, pour un total de 19,2% des exprimés. Pour autant, le score du Front national demeure élevé, ne serait-ce qu'en raison de la participation (80% contre 72%). Il faudra comparer les proportions par rapport aux inscrits pour mesurer cette progression préoccupante…
L'écart entre les deux finalistes, estimé à 3 points (toujours côté France 2, 28,4% contre 25,5%), n'est plus que de 1 point et demi ce matin (28,6 contre 27,1%).
C'est Jean-Luc Mélenchon qui doit être le plus déçu, si l'on peut dire, avec 11% et quelque, alors que certains sondages l'avaient placé au-dessus de 15%. De même, François Bayrou se situe sous la barre symbolique des 10%.

———
Pronostic : j'avais tenté un pronostic il y a une semaine. Sur l'ordre des candidats, j'étais dans la plaque. Sur les pourcentages, c'était moins évident. Pour Hollande et Sarkozy, passe encore (29% / 28%), mais pour Marine Le Pen j'avais parié 15%, ce serait 18%; pour Mélenchon j'avais hasardé 13%, ce serait 11%. Bayrou, avec 9,1%, récolte presque un point de moins que ce que j'escomptais…

mercredi 18 avril 2012

Suspenses…

Le suspense est complet quant au premier tour de la présidentielle. On devrait écrire plutôt “les suspenses”, car il y en a au moins deux :

1. Combien de candidats atteindront ou dépasseront le seuil des 10% ?
Depuis 1965, jamais plus de 4 candidats n'ont réussi à franchir cette barre symbolique.
(Par souci de clarté, les noms seuls sont indiqués et les pourcentages arrondis à l'unité, sauf en 2002…)

• 1965, 3 candidats : De Gaulle (45%), Mitterrand (32%), Lecanuet (16%)
• 1969, 3 candidats : Pompidou (44%), Poher (23%), Duclos (21%)
• 1974, 3 candidats : Mitterrand (43%), Giscard (33%), Chaban-Delmas (15%)
• 1981, 4 candidats : Giscard (28%), Mitterrand (26%), Chirac (18%), Marchais (15%)
• 1988, 4 candidats : Mitterrand (34%), Chirac (20%), Barre (17%), Le Pen (14%)
• 1995, 4 candidats : Jospin (23%), Chirac (21%), Balladur (19%), Le Pen (15%)
• 2002, 3 candidats : Chirac (20%), Le Pen (16,8%), Jospin (16,2%)
• 2007, 4 candidats : Sarkozy (31%), Royal (26%), Bayrou (19%), Le Pen (10%)

• 2012, 5 candidats pourraient dépasser ce niveau : Sarkozy et Hollande (autour de 27% chacun), Marine Le Pen et Mélenchon (crédités d'environ 15%), et Bayrou (s'il ne repasse pas en-dessous des 10%, son étiage maximum dans les récents sondages, dont la marge d'erreur dépasse un point).

2. Ordre d'arrivée final des principaux candidats
Mises à part les élections de 1995 et 2002, les deux postulants pressentis pour le second tour n'ont jamais été aussi proches dans les sondages d'intentions de vote : tant Nicolas Sarkozy que François Hollande font le yoyo entre 27 et 29% des intentions depuis deux mois. Certains instituts les donnent à égalité (en pourcentage, pas en nombre de voix !)
La troisième place est âprement disputée par Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, là encore avec un écart inférieur à la marge d'erreur des sondages.

La soirée électorale de dimanche soir devrait donc être haletante (du moins pour ceux qui s'intéressent à cette élection !)

Tapis électoral

Ils sont arrivés et rassemblés sur le tapis électoral. Dix candidats, par conséquent…


Sur la droite, c'est le mot France qui est mis en exergue. Rien d'étonnant : Oui, la France pour Marine Le Pen (et non à l'Europe et à nombre de Français), la France libre pour Dupont Aignan (il en fait trop dans le registre gaulliste; quand part-il pour Londres ?), la France forte pour Nicolas Sarkozy (qui prônerait une France faible ?), la France solidaire pour François Bayrou (au moins est-ce humain).

À gauche, tant Eva Joly que François Hollande proposent le changement, la première insistant en le qualifiant de “vrai” (celui de son concurrent serait-il faux ?), le second en martelant “c'est maintenant” (attendons encore une vingtaine de jours). Seul Mélenchon se détache du lot avec son Prenez le pouvoir qui a le mérite de la simplicité et de la radicalité. Une radicalité moins évidente chez Nathalie Artaud, qui se limite à se définir comme “une candidate communiste”. Un peu court ! Philippe Poutou serait le plus “rouge” en proclamant “Aux capitalistes de payer la crise !

Quant à Jacques Cheminade, last but not least, il se fait fort de nous propulser dans “un monde sans la City ni Wall Street”. Sur quelle planète ?

Nous y sommes, J - 4. Les indécis peuvent encore contempler ce tapis, sur lequel deux cartes seulement subsisteront au soir du 22 avril !

mardi 17 avril 2012

Klondike : récupérer les scores

Le jeu de réussites Klondike, de Michael Casteel, existe depuis… plus d'un quart de siècle. Dès 1984, ce fut l'un des tout premiers jeux disponibles sur Mac, après avoir été développé sur un Lisa (l'ancêtre, expérimental, du Macintosh). Aujourd'hui, il est aussi disponible sur iPhone et iPad, dans sa version iKlondike.


Klondike propose pas moins de 5 réussites différentes, avec un système de calcul de scores stimulant et intelligent. Ce jeu dépasse largement en qualité ceux que l'on peut trouver sous Windows.
Si, comme l'auteur de ces lignes, vous êtes fiers de vos meilleurs scores, vous apprécierez de pouvoir les récupérer lorsque vous changez de système, de disque dur ou d'ordinateur.


La fonction Import scores était réservée aux anciennes versions. Dans la version 10.3 (ou 10.4), les scores sont enregistrés dans un fichier de préférences intitulé org.casteel.klondike.plist. Vous le trouverez dans un dossier Bibliothèque, dans lequel figure un sous-dossier Preferences.
En cas de migration, récupérez donc ce petit fichier et placez-le dans le nouveau dossier Preferences.
C'est l'auteur lui-même, Michael Casteel, qui a pris le temps de répondre à ma demande, témoignant d'un réelle attention à l'égard de ses utilisateurs fidèles (plus de vingt ans en ce qui me concerne).

Rappelons que Klondike est un shareware à 10 dollars, un prix modique, tandis que iKlondike est facturé 2,99 dollars sur l'AppStore (et 7,99 euros en France, allez savoir pourquoi…). Dans leur veine rétrograde et réactionnaire, les responsables d'Apple le classent en 12+, autrement dit réservé aux plus de 12 ans, au motif qu'il comporte des “simulations de jeux de hasard”, dans la même catégorie que les jeux pouvant “comporter un langage parfois grossier, une violence fictive ou réaliste fréquente, des thèmes adultes ou suggestifs modérés ou peu fréquents”. Eh ben ! Nous ne sommes pas loin d'une censure “à la chinoise” !

samedi 14 avril 2012

Plus qu'une semaine !

Une semaine ! Plus qu'une semaine avant le premier tour des élections présidentielles.

Au moins y a-t-il une justice : le candidat “pochette-surprise” a beau dégainer plus vite que son ombre, les Français ne parviendraient plus à retenir ses propositions contradictoires et incessantes. À défaut de convaincre, voici que l'UMP se fait menaçante, prête à tout, y compris à provoquer la spéculation contre la dette française. Est-ce exagérer de penser qu'il y a de la “haute-trahison” dans une telle irresponsabilité ? Faut-il être désespéré pour en arriver là ?

François Hollande reste coincé dans un piège qui pourrait lui coûter cher : il cherche à être serein, voire “normal”, et on le taxe de mollesse ou de manque d'envergure. Pourtant, son programme est cohérent, jusqu'à ce calendrier précis de mise en œuvre. Que faut-il de plus pour qu'il soit crédible ? On s'étonne de constater qu'un spécialiste de la synthèse et du consensus ne soit pas l'homme de la situation, tant les affaires de l'Europe exigeront, justement, négociations, synthèse et consensus. Quant à son souhait de n'être plus un “hyperprésident”, n'est-ce pas une assurance d'un meilleur rassemblement de tous les talents ?

Les peurs
La peur est passée par là, entretenue par la plupart des candidats : peur de l'insécurité, peur de la crise économique, peur de l'immigration, peur du nucléaire et des catastrophes écologiques, partout, on instrumentalise la peur. Or, répétons-le, la peur est mauvaise conseillère – et si elle donne des ailes, ce n'est que dans les fantasmes des Normands d'Astérix. Des électeurs apeurés pourraient soit se détourner du scrutin, soit se réfugier dans le vote protestataire.

Le jeu (dangereux) des pronostics
À si peu de jours du premier tour, on est tenté de se livrer au jeu des pronostics, aussi risqué soit-il !
Les sondages demeurent dubitatifs. Les challengers adoptent la méthode Coué, se répétant en boucle qu'ils gagneront, chacun, leur pari : être en tête du premier tour pour Sarkozy ou Hollande, être le troisième pour Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon, provoquer un ultime sursaut pour François Bayrou. Seuls les candidats crédités de moins de 5% dans les sondages semblent se résigner… et se vengent en nous promettant des lendemains qui déchantent – toujours la peur.

Ultimes corrections
En observant les courbes de sondages des précédentes élections, on constate presque toujours une “correction de dernière minute”. Au-delà des tendances, souvent amplifiées par les sondages (l'effet de loupe “à un moment donné”), des ajustements interviennent. Le plus spectaculaire fut celui du 21 avril 2002. Un tout petit ajustement qui eut d'énormes conséquences : l'écart entre Le Pen et Jospin avait été de 194600 voix sur 28 millions et demi de suffrages exprimés. 0,68% !

Les ajustements qui pourraient intervenir la semaine prochaine ne devraient pas empêcher Hollande et Sarkozy de s'affronter au second tour – sauf tsunami électoral ! En revanche, ils pourraient influer sur leurs places respectives, car les estimations des instituts ne sont pas convergentes sur ce point. De même, la volatilité des intentions de vote en faveur de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon ménage un vrai suspense : qui passera devant qui ? Qui sera le troisième homme… ou la troisième femme ?

Puisqu'il s'agit de se livrer au jeu des pronostics, alors allons-y.
Nos esprits volontiers “romanesques” nous poussent à anticiper des surprises qui ne se produisent pas. À ce jeu, on pronostiquerait Mélenchon à 18%, Sarkozy à 28% et Hollande à 22%, ou encore un rebond de Bayrou, voire un Front national battant son record de 2002. Ce serait compter sans ces fameux “ajustements”.

Les réflexes de dernière minute pourraient donc, à notre avis, permettre à François Hollande de passer en tête, mais de peu. La trop récente remontée de Mélenchon lui interdirait de dépasser Marine Le Pen, certes en décroissance régulière, mais championne toutes catégories du vote dit “protestataire”. Globalement, Sarkozy récupérerait donc un peu moins de voix d'extrême droite que prévu, et François Hollande un peu plus de voix de gauche, au détriment de son challenger du Front de gauche. Des hypothèses, reconnaissons-le, fragiles.

Voici donc les paris (qui ne seront pas modifiés a posteriori, nous vous le promettons !)
Hollande (29%) Sarkozy (28%) Le Pen (15%) Mélenchon (13%) Bayrou (10%), ce qui laisse exactement 5 points à se partager pour les cinq autres candidats et candidates. Sur l'abstention, nous la verrions aux alentours de 25%, un peu moindre que celle, record, de 2002 (28,4%).

Mais je le répète : je n'ai jamais été un pronostiqueur doué. Lisez ce billet, certes humoristique, d'avril 2007 : il était totalement à côté de la plaque !

vendredi 6 avril 2012

Ces titres qui cèdent au gimmick

Amusante, l'initiative du blog “cestitresqui” ! Les blogueurs font une anthologie d'un cliché souvent employé dans les titres des articles de journaux : “Ces XXX qui YYYY…”
Le Monde lui-même en a parlé dans sa chronique C'est tout net du jeudi 5 avril, précisant que le journal du soir était au-dessus de telles facilités :


Or, quel titre le grand quotidien a-t-il choisi dès le lendemain ?

“Ces électeurs qui rejoignent Nicolas Sarkozy”

Comme le disait Marlène Duretz dans la chronique précitée :
Oui, pas facile de passer outre “ces titres qui sont à incriminer” !

lundi 2 avril 2012

Sondages et abstention

Les sondages influent-ils sur les résultats des élections ? La question ne cesse de revenir, comme un vieux serpent de mer.

Pour être franc, je ne peux nier que je “vibre” aux sondages, à l'instar de nombre de nos concitoyens. Dire le contraire serait hypocrite. Nous avons tous envie de fantasmer un résultat avant que l'élection n'ait eu lieu. Le syndrome de l'oracle – ou du pronostic.

Et une information tombe ce matin : les Français se désintéresseraient du scrutin, au point d'être nombreux à envisager de s'abstenir. Et s'il y existait un lien entre les sondages et l'abstention ?

J'avais évoqué la fièvre médiatique, la perte des repères temporels, passé, présent et avenir se mélangeant dans nos esprits. Sondages et abstention vont dans ce sens : ce serait déjà joué, on passe à autre chose… au point d'oublier d'aller voter !

Or, les sondages restent la plupart du temps discrets sur le taux d'abstention, présentant leurs résultats sur ce qui ressemble à des suffrages exprimés. Rarement l'on voit une courbe des “intentions d'abstentions”. Ceci s'explique par la difficulté de mesurer le phénomène, typiquement de “dernier moment”. Pourtant, à quoi cela servirait-il de prendre en compte une opinion qui, au final, ne s'exprimerait pas ?

Quel a été le plus fort taux d'abstention à un premier tour de présidentielles ? La réponse fait froid dans le dos : 2002, avec 28,4%. On sait ce que cela donna… Et voici que l'on annonce un taux proche du tiers des inscrits !

Sans être expert, loin s'en faut, il me semble que l'abstention nuira avant tout au favori, les électeurs pensant que si “les jeux sont faits”, il n'est pas utile d'aller voter, “les autres” se chargeant d'exprimer à leur place la tendance dominante. On comprend que François Hollande ait vivement réagi à l'éventualité d'une forte abstention.
À l'inverse, le second, en l'occurrence Nicolas Sarkozy, pourrait en bénéficier en mobilisant son électorat. La remontée de Jean-Luc Mélenchon dans les intentions de vote pourrait aussi résulter de l'effet abstention, sous la réserve évoquée plus haut : dans quelle mesure les instituts prennent-ils en compte les non-votants ?

La seule véritable influence des sondages pourrait donc être l'incitation à l'abstention. Un beau sujet de dissertation pour les étudiants de Sciences Po !

Complément : abstention et vote d'extrême droite

Certes, les courbes n'expliquent pas tout. N'empêche, quand on illustre les taux d'abstention aux premiers tours des élections présidentielles et les votes s'étant portés sur l'extrême droite, un parallélisme apparaît.

1965 : Tixier-Vignancourt. Pour les autres élections : Jean-Marie Le Pen (plus Mégret en 2002).
En 1981, Le Pen n'avait pas obtenu les 500 parrainages, et en 1969 aucun candidat ne se réclamait de l'extrême droite, tandis que les électeurs socialistes avaient plutôt boudé les urnes.

dimanche 1 avril 2012

Retour vers le futur

Ce billet est un rapide test de la datation par Blogger.
Étape 1 : il est publié “aujourd'hui”, soit le 17 mars 2012.
Étape 2 : modification de la date de publication, le 1er avril par exemple.
Étonnant, n'est-ce pas ?
C'est donc soit un bug, soit un poisson…